• Je m’étais préparé à écrire la suite du billet (le carnet de Paul Bonneton (I)) sur le fameux carnet de Paul Bonneton, travail considérable puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de revivre la grande guerre à ses côtés en rapprochant les noms de lieux notés par lui des journaux de marches et d’opérations des régiments auxquels il a appartenu.

    Vous devrez pourtant attendre pour cette expérience car, toujours sur le carnet, une inscription m’intriguait et je viens tout juste d’en comprendre le sens. Comme cela remet en cause les conclusions du premier billet, je donne la priorité au texte que vous êtes en train de lire.

    Vous vous souvenez peut-être que le nom de Mortimore apparaît à trois reprises parmi les adresses, peu après celle d’Henri Breton.

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

     

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

    La première donne une adresse rue des Ternes à Paris, adresse qui est la sienne à la naissance de ses deux enfants, Fred Henri le 10 septembre 1914 et Georges Albert le 7 janvier 1916. La suivante est textuellement :

    C mortimore

    C/O Middletown

    Car Company

    La Rochelle Charente Inférieure

    La troisième adresse est une adresse précise à La Rochelle, chez une certaine Mme Vignaud.

    La clef de l’énigme se trouve, vous l’avez compris, dans la seconde adresse.

    Le « C » qui précède le nom mortimore est l’abréviation de Charles.

    « C/O » sur la seconde ligne signifie « Care of », « aux  bons soins de », en bon français. Vous vous demandez peut-être pourquoi Paul Bonneton éprouve subitement le besoin de s’exprimer dans  la langue de Shakespeare. Soyez patient, vous le saurez bientôt.

    Middletown Car Company est le nom d’une filiale de la Standard Steel Car Company, une société américaine, deuxième constructeur de matériel ferroviaire sur le continent américain. Lorsque les américains entrent en guerre en 1917, les troupes venues d’outre atlantique débarquent à  La Rochelle et ils y installent un atelier pour monter des wagons de chemins de fer à partir de pièces venues elles aussi des Etas Unis. En effet, les américains veulent renforcer les moyens logistiques afin de lutter plus efficacement contre l’Allemagne. C’est l’armée qui se charge du travail et, en avril 1919, elle passe le relais à la Middletown Car Company. L’état français rachète les 38000 wagons construits pour l’effort de guerre et incite la société à rester en France pour y établir une industrie durable de construction de matériel de chemin de fer.

    Charles Mortimore a apparemment été impliqué, d’une façon ou d’une autre dans cette aventure. Peut-être que sa parfaite maitrise de l’anglais, sa langue maternelle,  a fait de lui un interprète pour les employés américains à leur arrivée en France. Charles avait 28 ans au début de la guerre et nous ignorons quelle fut son rôle dans cette tragédie, alors qu’il avait les deux nationalités française et anglaise. Est-ce le commandement militaire qui l’a envoyé à La Rochelle pour participer à la mise en place du dispositif ? Bizarrement, bien plus tard en 1945 lors du mariage de son fils Georges Albert, il déclarera qu’il exerce la profession d’interprète, alors qu’habituellement il dit travailler dans l’hôtellerie. Mais en 1945, il y a de nouveau beaucoup d’américains en France, et il n’est pas exclu qu’il soit redevenu interprète.

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

    La seule chose certaine à retenir de tout cela, c’est que le scénario laborieusement imaginé d’une rencontre entre le compagnon Paul Bonneton de passage à La Rochelle pendant son tour de France et Charles Mortimore vers 1910 s’effondre, tel un château de carte.

    A quel moment Paul a-t-il  noté ces adresses dans son carnet ? Pour celle d’Henri Breton, forcément après son retour d’Allemagne le 2 janvier 1919 (il était prisonnier outre-Rhin, précision pour ceux qui ont du mal à suivre) et avant le départ de Charles Mortimore pour la Rochelle, puisque cette adresse est notée après dans le carnet, donc plutôt avant avril 1919. Les autres adresses, celles de Charles Mortimore ont été notées à l'occasion du déplacement vers la Rochelle. Charles ne sait apparemment pas où il va résider et il demande tout d'abord à Paul de lui écrire à la société pour le compte de laquelle il va travailler. Comme le courrier va être reçu par un américain, l’instruction de faire suivre est en anglais. Un peu plus tard, et donc un peu plus loin dans le carnet, Paul note l’adresse à La Rochelle que Charles vient de lui envoyer et où il doit dorénavant lui écrire. Ce qui prouve au moins qu’ils correspondaient de façon régulière. Il faut à ce sujet se souvenir que Paul n’a été démobilisé que le 31 juillet 1919. Il était encore en service actif au moment où se déroulent ces évènements. Et son mariage avec Jeanne Joséphine le 22 février a forcément été célébré pendant une permission.

    Il est notoire que les poilus écrivaient beaucoup, ce lien épistolaire avec leur ancienne vie était même sans doute ce qui les aidait le plus à supporter leur terrible condition. Comme les autres soldats, Paul voulait  garder contact non seulement avec son épouse mais aussi avec ses proches et il notait donc les adresses où les joindre dans le fameux carnet. On pourrait aussi s’étonner de l’absence totale d’Emile Caillet dans ce carnet alors qu’on sait que celui-ci était très proche de sa demi-sœur Jeanne Joséphine. L’explication est sans doute que, vu son jeune âge – Emile avait 14 ans en 1919- il vivait encore avec sa mère et sa demi sœur, à Viarmes. Et cette adresse-là, Paul n’avait pas besoin de la noter dans son carnet.

    A part le fragment de lettre de Claudy Boucher (Claudy Boucher, lettre du front), mon autre grand-père, à son épouse, évoqué dans un précédent billet, nous n’avons malheureusement aucune trace des correspondances avec nos ancêtres soldats.

    Reste la grande question qui n’a pas trouvé de réponse à ce jour, puisque l’hypothèse La Rochelle vers 1910 ne tient plus : comment Paul a-t-il rencontré Jeanne Joséphine ?


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  • Si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, vous devez vous souvenir de Henri Louis Breton, ce frère de Jeanne Joséphine, notre grand-mère, découvert assez récemment. Deux billets lui ont déjà été consacrés :

    Henri le grand-oncle venu de nulle part

    Des Nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

    La seule chose que nous savions sur la fin de sa vie était qu’à la date du mariage de son fils Maurice Henri avec Renée Griset, le 24 avril 1937, il était décédé, puisque ce décès est mentionné sur l’acte rédigé à cette occasion.

    Son nom sur le carnet de Paul Bonneton m’a incité à reprendre les recherches sur lui. Comme la plupart des départements, le Val d’Oise, où est né Henri Louis, à Viarmes exactement, a mis en ligne les fiches matricules des soldats nés dans ce département pour la période qui nous intéresse.

    Voici celle d’Henri louis (ref : classe 1912 cote 1R/RM474 vue 455/698)  :

    Henri Breton, une triste fin

    Comme toujours, cette fiche est une mine d’informations. Nous y apprenons que Henri Louis mesurait 1m71 était blond aux yeux bleus. A défaut d’une photo que seul un miracle nous ferait découvrir, nous pouvons faire une idée de son apparence. Nous découvrons aussi qu’après avoir été garçon boucher, profession qu’il déclare lorsqu’il est témoin au mariage de sa sœur Jeanne Joséphine le 22 février 1919, il sera électricien.

    Mais le plus important est la description de sa carrière militaire active puis ses résidences en tant que réserviste qui vont nous permettre de suivre sa trace dans le temps et, peut-être, de préciser des dates sur le carnet de Paul.

    Henri est affecté au 164ème régiment d’infanterie et il arrive au fort de Longwy le 9 octobre 1913. La frontière entre la France et l’Allemagne tracée après la défaite de 1870 a donné l’Alsace et une partie de la Lorraine  à notre adversaire et Longwy se trouve à deux pas des turbulentes troupes du kaiser.

    Moins de trois semaines après le début de la guerre, le fort de Longwy est pris par les allemands et Henri, prisonnier, passera la guerre dans un camp à Königsbrück. C’est pendant cette captivité qu’il épousera en 1916 Jeanne Mathilde Lebret et reconnaitra l’enfant qu’il a eu avec elle, né en juin 1914. Tout cela est décrit précisément dans le billet cité plus haut.

    Lorsqu’il est rapatrié en France à la fin de la guerre, il est affecté successivement à différents régiments, puis démobilisé le 15 aout 1919 et il déclare se retirer à Parie au 2 rue des boulets dans le 11ème arrondissement. C’est l’adresse qu’il donne lorsqu’il témoigne au mariage de sa sœur, et c’est aussi celle qui est notée dans le carnet de Paul.

    Le 5 juillet 1921, il réside à Dinard, rue de la vallée.  Dinard est la ville d’origine de son épouse, Jeanne Mathilde Lebret.

    Le 21 juillet il est à Chatou, au 10 de la rue Carmélie Perier, qui doit en fait être la rue Camille Perier, qui fut maire de la ville au XIXème, puis de nouveau à Dinard le 21 janvier 1931 et à Viarmes, rue de la fontaine, le 16 mai 1931.

    Le 6 juillet 1732 il se trouve au sanatorium de Bligny à Briis sous Forges car il est atteint de tuberculose. Il a d’ailleurs été déclaré invalide à 100% en 1932 et réformé définitivement en 1934. Le sanatorium de Bligny se trouve à 35km de l’endroit où est tapé ce texte !

    Il meurt à Chatou le 26 mars 1936. Il avait seulement 43 ans.

    Question à mes lecteurs : à quel moment Paul a-t-il noté le nom et l’adresse d’Henri sur son carnet ?


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  • Le billet dont vous commencez la lecture est consacré à une pièce de notre histoire familiale qui se présente sous la forme d’un petit carnet à la couverture brune de format in-18 (soit 9,3x14,5 en cm) dont les pages sont nommées coquille ou carré dans le jargon des imprimeurs.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Ce carnet a accompagné notre grand-père paternel, Paul Bonneton – Paul Jean Félix selon l’état civil- une bonne partie de sa vie. Il y a noté, au fil des jours, ce qui lui semblait important. La quasi-totale absence de date fait de chacune des  lignes de ce carnet une énigme. Certaines ont été résolues et les autres devront attendre des chercheurs plus perspicaces.

    Voici les deux premières pages du carnet :

     Le carnet de Paul Bonneton (I)

    A Gauche, Paul a collé une feuille extraite d’un de ces calendriers dont on arrache chaque matin celle de la veille pour faire apparaitre, accompagnant la date,  le saint du jour et la phase de la lune.  Il a collé celle du   samedi 22 février en ajoutant l’année 1919 de sa main. Il s‘agit de la date de son mariage avec Jeanne Joséphine Breton, notre Grand-mère.

    Sur le côté gauche de ce collage, une autre date manuscrite : le 28 juillet 1919, trois jour exactement avant son retour à la vie civile, le 31 juillet, selon sa fiche matricule militaire. En effet était donc sous les drapeaux au moment de son mariage, ce qui explique la tenue qu’il porte sur la photo que nous avons publiée dans un billet précédent (artilleur et caoutchoutière).  Toujours sur cette première page, il a noté Raunheim qui est le nom d‘une ville allemande, proche de Francfort. Bien difficile de savoir ce que signifie cette indication. Ne désespérons toutefois pas, ce nom apparait de nouveau plus loin dans le carnet avec, peut-être, la clef de l’énigme.

    On trouve aussi, écrits à l’envers sur cette page, quelques mots dont je renonce à chercher le sens.

    La seconde page du carnet est moins mystérieuse puisqu’on y trouve l’identité du propriétaire, sa profession et séparés par trait qui court aussi sur la première page, ses affectations militaires successives.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Après une page vierge on trouve ensuite dans le carnet une adresse, 7 quai de Bondy, Hôtel du Louvre et une indication : « mardi avant midi ». La ville n’est pas précisée mais il s’agit probablement de Lyon où un des quai de Saône porte encore ce nom et où, au numéro 7, on trouve aujourd’hui un hôtel, le Phenix qui a pris la place de celui mentionné dans le carnet. Seule votre imagination pourra vous aider à comprendre à quel genre de rendez-vous et même à quelle date devait se rendre Paul avant midi en ce mardi.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

     

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    La page suivante et le début de celle qui la suit nous ramènent sur un terrain mieux connu puisque la liste de ville qu’on y trouve rappelle presque immédiatement son parcours de compagnon du tour de France initiatique de menuisier tel que nous le connaissons et qu’il a été décrit dans un billet déjà ancien (tour de France des compagnons). Mais la liste des villes de ce carnet nous permet de tracer son itinéraire sur une carte de façon bien plus détaillée. Suivez son chemin en vert sur la carte ci-dessous.

     Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Les compagnons voyageaient généralement à pied. Le périple, évalué grâce à google map,  représente 3572km. J’ai ajouté à la somme des étapes du carnet la distance entre Clermont Ferrand et Lyon, car, bien que cette ville ne soit pas notée dans le carnet, on peut supposer qu’il a terminé son tour de France à son point de départ.

    Comme Paul ne notait aucune date sur son carnet, on en est, une fois de plus, réduit à des hypothèses pour évaluer la durée de son tour de France. Nous savons toutefois qu’il a été reçu compagnon menuisier à Bordeaux à la Toussaint 1910, donc le 1er novembre. Nous savons aussi grâce à sa fiche matricule militaire qu’il a effectué son service militaire à partir de 10 octobre 1911. Imaginons que Paul à planifier son périple pour être de retour à Lyon à cette date et qu’il a noté sur son carnet les localités où il travaillé pour compléter sa formation, cela donne 334 jours pour les 23 étapes qu’il y a entre Bordeaux et Lyon. Et comme il y en a 16 entre Lyon et Bordeaux pour la première partie du tour, nous pouvons estimer que celle-ci a duré 232 jours. Paul aurait donc quitté Lyon, ou plutôt Saint Pierre de Bœuf, puisqu’il vivait avec ses parents dans ce village, dans le courant du mois de mars 1910, après son vingtième anniversaire. Puisque nous sommes dans les calculs, ôtons aux 566 jours de la durée du tour les 123 jours de marche, sur la base d’un rythme de 30km par jour, il nous reste 443 jours pour 38 étapes, soit une durée de séjour d’environ 11 jours, ce qui ne semble pas idiot.

    Sur la même carte, vous pouvez voir un autre itinéraire, tracé en pourpre. Il lie les villes listées à la suite des précédentes sur le carnet de Paul. Bien que rien ne les sépare des précédentes sur le papier, il est peu vraisemblable qu’elles fassent partie de son tour de France de compagnon, à moins qu’il l’ait poursuivi après son service militaire. On ne voit de toute façon pas la logique qui conduit de Clermont Ferrand à Corbeil, tout près de Paris. Il n’y a pas non plus de tradition de compagnonnage dans le nord et l’est de la France où Paul dirige ses pas.

    Examinons la carrière militaire de Paul pour formuler une hypothèse, encore une.

    Arrivé au 11eme régiment d’artillerie 10 octobre 1911, il est réformé le 11 mai 1912 car on lui a diagnostiqué une pleurésie au poumon droit et un amaigrissement, le tout incompatible avec le service militaire, au moins en 1911. Il retrouve donc à la vie civile et commence un nouveau périple au nord-est de l’hexagone. Il poussera même jusqu’en Allemagne puisque qu’on trouve dans le carnet les villes de Sarrelouis, Mayence et Wiesbaden. Celle-ci est la dernière de la liste. Il y a fort à parier que les évènements qui ont conduit à la guerre de 14-18 l’ont amené à un retour précipité en France. Paul n’avait pas de d’autres ressources que celles produites par son travail de menuisier. Si son périple dans la région a effectivement duré les trois années qui séparent son retour à la vie civile du début de la guerre dite grande, on peut raisonnablement penser qu’il a exercé sa profession pour en vivre. Mais pourquoi devenir menuisier aussi loin de sa région d’origine ?

    La réponse se trouve peut-être un peu loin dans le fameux carnet. On y trouve en effet une liste de personnes avec leur adresse.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

      

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Parmi elles,  celles d’Henri Breton, son futur beau-frère, à Paris rue neuve des boulets et trois adresses de Mortimore, une à Paris et deux à la rochelle. Henri Breton est le frère de la future épouse de Paul et l’adresse est celle qu’il donnera lors de la rédaction de l’acte de mariage de sa sœur dont il est témoin. Et Charles Mortimore a épousé le 10 octobre 1910  Alphonsine Désirée Breton qui n’est autre que la sœur ainée de Jeanne Joséphine, la future épouse Paul et grand-mère de l’auteur de ces lignes. On ne sait bien sûr pas à quel moment ces adresses ont été notées dans le carnet, avant ou après sa rencontre avec sa future épouse, mais le passage à La Rochelle pendant son tour de France et la présence de ce nom associé à cette ville dans le carnet ne ressemble vraiment pas à une coïncidence. Donc, Paul s’est lié, lors de son étape dans les charentes, avec la famille Mortimore qui était peut-être accompagnée de la sœur de l’épouse de Charles. Libéré de ses obligations  militaires, l’amour a Paul appelé auprès de sa dulcinée qui ne s'appelait d'ailleurs ni Dulcinée ni Virginie.

    Mais il n’épousera celle-ci que bien plus tard en 1919, après la guerre, qu’il fera dans l’artillerie, car le réformé de 1912 a été jugé bon pour le service en 1915. Mais c’est là une autre histoire que vous découvrirez dans un prochain billet, puisque Paul a noté, toujours dans le précieux carnet, les villes où il se trouvait.


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  • Ni implexe ni fumeuse spéculation à base de numéros Sosa dans le présent billet, une simple évocation des parents de Jojo et de leur vie, au tout début du XXeme siècle.

    Il va donc être question de Paul Jean Félix Bonneton, né à saint Pierre de Bœuf le 2 mars 1889 et de Jeanne Joséphine Breton née à Viarmes le 6 mars 1891. Mireille nous a conté le tour de France de Paul, devenu compagnon menuisier à Bordeaux en 1910. Nous savons par sa fiche matricule militaire qu’il mesure 1m68, qu’il a les yeux bleu clair et les cheveux châtain clair. Incorporé pour son service militaire le 10 octobre 1911, il est réformé le 11 mai 1912 pour motif de pleurésie droite et amaigrissement, toujours selon sa fiche matricule. Classé dans la réserve en 1914, il a 25 ans lorsqu’on le rappelle, le 20 février 1915 au 36eme régiment d’artillerie. A cette date, ce régiment, selon le journal de marche visible sur le site mémoire des hommes (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-viewer/26_N_968_003/viewer.html) , est en opération dans la Somme du coté de Fresnières.

    Paul sera mis en congé illimité de démobilisation le 31 juillet 1919. Il est donc encore sous les drapeaux, lors de son mariage, à Viarmes le 22 février 1919. Nous pensions ne pas avoir de trace photographique de Paul, mais Mireille, examinant une nouvelle fois le contenu de la boite à chaussure contenant les photos venues du passé,  découvert celle-ci :

    Le numéro 36 sur le col de l’uniforme de ce militaire ne laisse aucun doute, il s’agit bien de Paul et il est en compagnie de Jeanne Joséphine. Cette photo à probablement été prise lors de leur mariage. A l’époque on posait traditionnellement devant une toile peinte simulant un décor antique dans le studio du photographe, après être passé devant monsieur le maire.

     caoutchouc

    Quelle émotion de découvrir le visage de ce grand père ! La suite de sa triste histoire vous a déjà été contée. Mort en 1924 à l’âge de 35 ans, alors que Jojo n’avait même pas deux ans, il a cruellement manqué à son épouse et à ses enfants. Et ses petits enfants, les enfants de Jojo et Fernande, n’ont pas pu connaitre cette relation si particulière qui unit les cœurs, tel un pont, par-dessus une génération.

    La jolie brune au coté de Paul sur la photo est donc Jeanne Joséphine, la douce et réservée personne qui a assisté notre apprentissage de la vie à saint Pierre de bœuf puis à Condrieu. Née à Viarmes en 1891, d’une mère venue de Bretagne et d’un père natif du Val d’Oise, elle déclare lors de son mariage la profession de caoutchoutière. Intrigué par ce métier peu commun, j’ai fais quelques recherches et, grâce aux sites internet de la ville d’Asnières sur Oise, toute proche de Viarmes, et de son office du tourisme nous en savons un peu plus sur cette activité.

    En effet, si le caoutchouc, produit à partir de la sève de l’hévéa est connu depuis des siècles, ce n’est que pendant le dix neuvième siècle que son développement deviendra vraiment industriel. Monsieur Cullaz, industriel parisien installe donc vers 1860 à Asnière un atelier de fabrication d’imperméable puis de jouets. L’activité ne cessera de se développer jusqu’à employer 700 personnes en 1960. Fortement touchée par la crise pétrolière des années 70 elle sera reprise par Vully, fabricant de la célèbre girafe Sophie, aujourd’hui considérée comme toxique, mais mâchouillée par des générations d’enfants. Toute production cessera sur le site d’Asnière en 1993.

    Si Jeanne Joséphine n’a donné naissance à aucune Sophie, puisque le permier bébé girafe n’a vu le jour en qu’en 1961,  elle a vraisemblablement exercé dans cette usine d’Asnière sur Oise  la mystérieuse profession de caoutchoutière.

    Pour donner plus de substance à cet épisode de l’histoire industrielle de notre pays, je vous livre les photos issues de la photothèque  du site évoqué plus haut, que je remercie au passage.

    http://www.ville-asnieres-sur-oise.fr/content/passe-industriel

    http://tourisme-asnieres-sur-oise.fr/usine-delacoste.html

    Les photos ne sont pas datées, il n’est pas impossible  que Jeanne Joséphine apparaisse sur l’une d’entre elle !

    L'autoclave de cuisson des ballons

    caoutchouc

     le gonflage des ballons

    caoutchouc

     

    la calandre à tirer les feuilles de caoutchouc

    caoutchouc

      

     L'atelier de petite peinture

    caoutchouc

     

    carte postale avec vue de l'usine

    caoutchouc

     

    autre vue de l'usine

    caoutchouc

     

    les ouvrières devant l'usine

    caoutchouc

      

    les ouvriers devant l'usine

    caoutchouc


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  • Le billet précédent a vu l’apparition pleine de mystères d’un grand oncle nommé Henri, frère de ma grande mère paternelle Jeanne Joséphine Breton. 

    Une visite à Viarmes à permis d’en savoir plus sur Henri Breton. Son acte de naissance et surtout les mentions marginales de cet acte, avec les actes vers lesquels elles mènent, content une étonnante histoire.

    Examinons tout d’abord l’acte de naissance d’Henri Breton :

     Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

      

    Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

    Henri est bien né le 7 octobre 1892 comme le mentionnait l’acte de mariage de sa sœur Jeanne Joséphine et il porte un deuxième prénom, Louis. C’est le plus jeune des enfants issu du couple formé par Alfred Eugène Breton et Marie Jeanne Tréhorel.

    En marge de cet acte, le mariage d’ Henri Louis Breton avec Jeanne Mathilde Lebret à Viarmes le 2 aout 1916 est mentionné.

    Dans les registres de l’état civil à cette date du 2 aout 1916, on trouve deux actes concernant Henri Breton. Le premier est l’acte de reconnaissance du fils de sa future épouse, Maurice Henri. Le deuxième est l’acte de mariage lui-même. Le plus étonnant est que ces deux actes sont établis par procuration, le principal intéressé, Henri Breton etant absent. On ne peut guère lui reprocher puisque, mobilisé au 164eme régiment d’infanterie, il a été fait prisonnier et se trouve actuellement à Königsbruck .

    C’est donc son oncle, Guillaume Tréhorel, qui a reçu procuration pour agir en son nom dans ces deux actes. Les témoins de ces actes sont les deux sœurs d’Henri, Alphonsine Désirée et jeanne Joséphine.

    Voici l’acte de reconnaissance de Maurice Henri :

     Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

     

    Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

    Voici l’acte de mariage entre Henri Louis Breton et Jeanne Mathilde Lebret :

     Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

     

    Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

     

    Des nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

    La grande nouvelle de cette journée est que ce grand oncle dont nous ignorions l’existence il y a peu s’est marié et a eu au moins un enfant. Cet enfant est de la génération de Jojo et Fernande. Que sont devenu Henri, sa femme et son fils ? La dernière trace que nous avons d’Henri à ce jour est sa présence comme témoin au mariage de sa sœur Jeanne Joséphine en 1919. Il n’y a pas de mention de son décès en marge de son acte de naissance, mais, s’il est toujours vivant, né en 1892  il a 121 ans aujourd’hui. Plus probablement, la mairie du lieu où il est décédé à omis d’en informer celle de Viarmes. Nous en déduirons sans prendre un grand risque qu’il n’est pas mort à Viarmes.

    L’enfant de Jeanne Mathilde Lebret, reconnu par Henri Louis Breton est né le 13 juin 1914 à Paris dans le 11eme arrondissement. C’est là qu’il va falloir aller trouver de quoi écrire un nouvel épisode de cette saga.


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