• Notre grand-mère paternelle, dont beaucoup de lecteurs de ce blog garde le souvenir vivait avec nous à Condrieu. Nous déjà évoqué son étonnante et triste histoire, au moins au début. Jeanne Joséphine Breton vivait  en région parisienne, née d’un père de la région aussi et d’une mère venue des Côtes d’Armor, qu’on appelait alors les Côtes du nord, elle à épousé Paul Jean Félix Bonneton un menuisier venu de saint Pierre de Bœuf mobilisé dans la région pendant la grande guerre.

    Leur départ vers la vallée du Rhône fut un déracinement d’autant plus cruel que Paul mourut très jeune, la laissant seule avec trois enfants. De sa famille parisienne, la mémoire familiale n’a conservé que quelques visages au premier rang desquels il faut mettre Émile Caillet, son demi-frère et ses trois enfants, Claudie, Pierre et Jean Claude. Emile, travaillant aux chemins de fer voyageait gratuitement et nous rendait visite assez souvent  à Saint Pierre de Bœuf.  Divorcé de la mère de ses enfants, il était accompagné de sa deuxième épouse, Garda. Il faut citer aussi tante Fonfon et son mari d’origine anglaise, Charles Mortimore, que nous rencontrions lors de nos visites à Viarmes.

    Nous avons longtemps pensé que Fonfon était issue du même mariage qu’Emile et était donc une demi-sœur de Jeanne Joséphine. Les premiers pas en généalogie s’étant fait, comme presque toujours, à partir des documents conservés en famille, en particulier le livret de famille de Paul et Jeanne, qui ne donne que la filiation des époux.

    On ne pouvait pourtant pas décemment laisser dans l’arbre familial une indication aussi vague que Fonfon, et je me suis donc mis à la recherche de plus d’informations sur elle. Mais le val d’Oise , où se trouve Viarmes depuis le charcutage de la Seine et Oise en 1968, ne s’est toujours pas décidé, en 2013, à mettre en ligne ses registres paroissiaux et d’état civil, condamnant les chercheurs à fréquenter mairies et archives départementales.

    Le mystère Fonfon fut finalement éclairci il y a quelques jours. Son nom complet est Alphonsine Désirée Breton et elle est la sœur ainée de Jeanne Joséphine, puisqu’elle est née en 1887, le 18 aout, alors que Jeanne Joséphine est née en 1891.

     Henri, le grand oncle vennu de nulle part

     

    Henri, le grand oncle vennu de nulle part

    Elle a épousé à Paris dans le XVII Charles James Mortimore le 29 octobre 1910.

     Henri, le grand oncle vennu de nulle part

     

    Henri, le grand oncle vennu de nulle part

     

    Le mariage de Jeanne Joséphine avec Paul Jean Félix, connu par le livret de famille posait si peu de questions que je n’avais jamais songé à récupérer, en mairie de Viarmes, une copie de l’acte. Cette grave erreur, comme nous allons le voir, fut enfin réparée hier, 31 mai 2013.

     Henri, le grand oncle venu de nulle part

     

    Henri, le grand oncle venu de nulle part

     

    Henri, le grand oncle venu de nulle part

    Car cet acte, en plus des informations déjà connues par le livret de famille, révèle que Paul était bien seul de sa région pour la cérémonie. Son père, Jean, ne s’est pas déplacé, sa mère est décédée en 1914. Tous les témoins de mariage sont donc des proches de l’épouse. Et parmi eux, Henri, qui m’a incité à écrire ce billet, puisque l’acte mentionne qu’il est frère de l’épouse, qu’il à 26 ans et qu’il exerce la profession de boucher à Paris au 2 de la rue neuve des boulets, dans le XIeme.

    L’apparition de ce grand oncle est une véritable surprise car je n’avais absolument jamais entendu parler de lui. C’est aussi un défi, car il va falloir travailler pour en savoir un peu plus sur lui.


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  • Cette lettre, trouvée dans les papiers de la maison familiale de Gencenas parmi les actes de vente et autres quittances a été envoyée par Claudy Boucher, mobilisé quelque part pour la grande guerre, à son épouse Amélie Chantelouve. Ce prénom qu'il lui donne et que nous avons tous utilisé n'est pourtant pas celui des actes d'état civil où elle se prénomme officiellement Catherine Emilie. Nous verrons que cette liberté prise avec les prénoms est extrêmement courante.

    La lettre se présente sous la forme d'une demi-page 21x27 pliée en deux pour former un livret de 4 pages. le bas de la feuille portant les pages 3 et 4 est déchiré et le texte est donc tronqué. En l'absence de signature, il n'est pas impossible que la lettre ait comporté d'autres pages.

    Claudy a 38 ans au moment où il écrit cette lettre. Sa famille se compose alors de son épouse et de ses fils Claudy âgé de 10 ans et Joannes âgé de 3 ans. Nous avons bien connu Claudy et Joannes que tout le monde appelait Nesto. Ce prénom lui fut donné alors qu'un autre enfant du couple, lui aussi prénommé Joannes, mourut noyé à l'âge de 2 ans dans le bassin, aujourd'hui comblé, situé près de la maison familiale au bord du chemin menant à Malleval.

    Voici donc le facsimilé de cette lettre à l'écriture élégante qui me rappelle un peu celle de sa fille Fernande, notre mère. L'orthographe parfois un peu approximative a été conservée dans la transcription que je vous propose après chaque page.

     

    Génération III - Claudy Boucher, lettre du front

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le 31 aout 1916

    Bien Chère Amélie

    Et Chers Enfants

    Je m’empresse de répondre à ta lettre du 22 qui m’a beaucoup causé de peines en la lisant Tu me dis que notre Boucher a été un peu malade mais heureusement qu’il a repris l’apétit d’après ce que tu me dis. J’avais recu une de tes lettres ou tu me disais que tu lui avait achetté une bouteille de fortifiant, mais je ne croyais pas qu’il est été un .............................................................................................................................

    Génération III - Claudy Boucher, lettre du front

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tiens lui du fortifiant toujours, car Il est encore jeune pour travailler Comme il travaille. Et ne t’oublie pas non plus Chere Amélie ainsi que notre petit Joannes. Le travaille que vous faittent n’est pas pour vos forces a tous Donc soignez vous tous comme il faut C’est ce que je recommande. Tu me dis aussi que voila plus De 15 jours que vous n’avez pas reçu de nouvelle de ton frère ca fait déjà un peu du temps mais il ne faut pas t’en  effrayer car avec les mouvements de troupes qu’il y a .......

     

    Génération III - Claudy Boucher, lettre du front

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    nouvelles ce n’est pas pour tranquilliser. Tu me dira de quel coté ils sont allé apprès leur Repos, ou j’avai vu de ces camarades Et tu me tiendra au courant Autant que tu le pourra Cherre Amélie tu me dis que vous ne pensez pas que la machine vienne a Gencenas pour battre le blé et qu’il avec Hipolitte vont

    de battre le  

    dis vous

    Génération III - Claudy Boucher, lettre du front

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Et que vous que j’aime, vous haites Tous hobliger de vous tuer pour faire le travaille. Il y aurait vraiment de quoi rendre anarchiste. Mais c’est comme tu me dis Chere Amélie c’est pour nos enfants Et ne nous découragons pas maintenant. Fait comme tu pourra supporte tes misères tant bien que tu pourra mais comme je te le dis soigne toi

    ......................................................................................…… ainsi que les enfants ..................................................................................................... courage. J’ai

    ......................................................................................................................

    Claudy, dans cette lettre nomme Boucher son fils ainé, sans doute pour lui donner du courage car, malgré ses dix ans, c'est sur lui que repose l'avenir de la ferme. Le petit Joannes, lui aussi nommé par tendresse est sans doute le plus jeune de ses enfants.

    le frère de son épouse dont elle est sans nouvelle est Jean Pierre Chantelouve, né le 30 mars 1877 qui a donc 39 ans cette année du conflit.

    On sent dans ce texte toute la détresse de l'homme qui a dû abandonner sa famille en proie aux pires problèmes. La référence à l'anarchisme, que la censure militaire a étrangement laissé passer, est une contestation forte de l'ordre établi qui envoie ses enfants au massacre.

     

     

     


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  • La génération III, celle de mes grands-parents démontre de façon presque caricaturale les différences entre hommes et femmes pour l'espérance de vie. Je n'ai connu aucun de mes deux grands-pères. L'un est mort à 35 ans l'autre à 48. Mes deux grands-mères ont, au contraire fait preuve d'une grande longévité puisqu'elles sont décédées à respectivement 96 et 91 ans.

    La branche maternelle vivait à Gencenas, près de Bessey et vivait d'agriculture, pratiquant la polyculture. Au décès du père de famille, c'est le fils ainé alors âgé de 19 ans, lui aussi prénommé Claudy qui a conduit les affaires de la famille, jusqu'à son mariage et son départ pour Vintabrin, près de Chavanay.

    La branche paternelle vivait à Saint Pierre de Bœuf où le père était menuisier. A sa mort, son fils ainé n'avait que 3 ans. C'est son épouse Jeanne, qui en plus était enceinte de sa fille Paulette dont elle accouchera quelques jours après avoir enterré son époux, qui a tenu sa famille à bout de bras. Les économies du ménage avait été consumées par la galopante inflation de l'après guerre et le reste de la famille Bonneton, qui n'avait pas apprécié son mariage avec une inconnue loin des bases de la famille, ne la soutenait guère. C'est dire quelle  pouvait être la ténacité de cette femme au caractère si doux.


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