• Génération V

    Cette carte donne la répartition géographique des ascendants de la génération V. En rose, la branche maternelle, en bleu la branche paternelle. Le lieu noté est celui ou réside le couple au moment de la naissance de l'enfant dont nous descendons. les professions sont aussi celles déclarées à ce moment. L'arbre lui même peut être consulté sur geneanet.org

     Génération V

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Branche maternelle 

    Bessey, Loire (42) :

    3 cultivateurs

    3 cultivatrices

     

    Branche paternelle

    St Pierre de Bœuf, Loire (42):

    1 menuisier

    1 ménagère

    Lupé (42)

    1 propriétaire

    1 non définie

    Viarmes Val d'Oise (95) :

    1 journalier

    1 non définie

    St Carreuc (22) :

    1 laboureur

    1 ménagère

    Les ascendants résidant dans les côtes d'Armor sont les parents de Marie Jeanne Trehorel qui est venue épouser Alfred Breton à Viarmes

    La branche maternelle ne compte que 6 personnes du fait d'un implexe de 25% (le couple Jean Baptiste Boucher / Jeanne Boucher est parent de deux individus de la génération IV.

    L'implexe est représentée en hachuré sur la carte.

  • On ne peut guère se livrer à des recherches généalogiques sans être confronté rapidement aux aléas de la mémoire humaine et aux difficultés de communication lorsqu’il s’agit de donner les noms et prénoms des personnes pour la rédaction des actes. Avant l’instauration de l’école obligatoire, l’illettrisme était le triste état d’une grande partie de la population. Les noms de famille étaient transmis de façon phonétique. Souvent dérivés de nom de lieux ils étaient aussi affectés par la forme utilisée en patois. Avant la révolution, les registres étaient tenus par les curés de village. Lorsqu’un nouveau curé démarre son ministère on sent bien qu’il peine parfois à communiquer avec ses ouailles. Peut-être parce que, lorsqu’il vient d’une région éloignée, il n’est pas familier de la façon locale de s’exprimer. Des variantes de noms existants apparaissent donc régulièrement lorsqu’un nouveau curé s’installe dans une paroisse. Les confusions de prénoms sont aussi très fréquentes, mais elles sont plutôt dues à des pratiques et facteurs sociaux. Les mêmes prénoms sont réutilisés sans aucune retenue et la dramatique mortalité infantile fait que les parents eux-mêmes s’embrouillent avec les prénoms de leurs propres enfants. Le renforcement de l’état, à l’instauration de la république, ne pouvait que tenter d’introduire un peu de rigueur dans la rédaction des actes pour en accroitre la fiabilité. Ainsi demande-t-on aux officiers d’état civil, lors des mariages, d’exiger des futurs conjoints qu’ils produisent un extrait d’acte de naissance et, lorsqu’ils sont mort, l’extrait d’acte de décès des parents. Le but était sans doute de s’assurer de l’identité des personnes présentes mais aussi d’éviter les  évolutions de patronymes. Si ces dispositions ont eu un effet bénéfique incontestable sur la qualité des informations dont nous disposons aujourd’hui, elles avaient aussi leurs limites comme le montre l’histoire que je vais vous conter.

    Tout commence le seize février 1809 par la naissance à Limonne de Marie Paret, fille d’André Paret et de Marie Anne François et arrière petite fille d’André Paret, le meunier de Loye, dont Guy et Mireille recherchent les traces en arpentant infatigablement les contreforts rhodaniens du Pilat.

     

     

    L'an mil huit cent neuf et le dix sept février à neuf heures du matin par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas âgé de trente deux ans lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier à sept heures du soir de marie anne françois son épouse et dont il se déclare le père et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de jean boudin âgé de trente cinq ans et de louis rouhé âgé de trente sept ans propriétaires domiciliés à maclas qui ont signé avec nous maire, après que nous avons eu fait lecture du présent acte, le dit paret a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis et requis

    La malheureuse marie décède moins d’une semaine après sa naissance le  vingt deux févier.

     

    L'an mil huit cent neuf et le dix le vingt deux février à quatre heures du soir par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire sont comparus andré paret cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas âgé de trente deux ans et andré oriol propriétaire domicilié à maclas âgé de trente quatre ans lesquels nous ont déclaré que ce jourduy sur l'heure de midi marie paret fille d'andré paret et de marie anne françois son épouse, âgée de six jours est décédée dans le domicile de son dit père dans lequel nous nous sommes transportés et assurés dudit décès et avons signé le présent acte avec oriol, l'un des comparants après que nous leur en avons fait lecture, andré paret a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis et requis

    Ce décès d’un nourrisson, pour triste soit, n’a vraiment rien d’extraordinaire à cette époque, tout comme la naissance, le quatorze octobre 1810 d’une seconde fille à qui on donne le prénom de Magdelaine.

     

    L'an mil huit cent dix et le quatorze octobre à quatre heures du soir par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente quatre ans cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas  lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né ce jourd'huy à deux heures du soir de lui déclarant et de marie anne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de magdelaine paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de pierre mellier âgé de trente huit ans et de lean pierre trouillet âgé de quarante  ans propriétaire domicilié à maclas et avons signé le présent acte avec les comparants après leur en avoir fait lecture 

    Après avoir donné naissance à quatre autres filles et un garçon, Pierre, décédé à vingt et un ans, sans descendance, Marie Anne François décède le vingt six juillet 1827.

     Le vingt sept janvier 1841, l’affaire se complique sérieusement. Un mariage est célébré à Maclas entre Jean Claude Rouhé, natif de Bessey,  et Marie Paret.  

     

    Ce jourd'hui vingt sept janvier mil huit cent quarante un à neuf heures du matin par devant moi maire officier de l'état civil de la commune de maclas, sont comparus publiquement en la maison commune  pour contracter mariage, Jean Claude Rouhé né à Bessey le vingt un novembre mil huit cent neuf, fils majeur et légitime à Joseph Rouhé et à Marie Guillot, propriétaires cultivateurs avec lesquels il demeure au lieu et commune de Bessey, futur époux d'une part et Paret Marie née audit Maclas le dix sept février mil huit cent neuf, fille légitime et majeure d'André propriétaire cultivateur demeurant  ensemble au lieu de Limonne commune de Maclas et de défunte Marianne François décédée audit maclas le vingt six août mil huit cent vingt sept, future épouse d'autre part, lesqueks agissant savoir : le futur époux comme libre et majeur néanmoins du consentement de Joseph Rouhé son père, ici présent et consentant audit mariage et la future épouse aussi comme libre et majeure néanmoins du consentement // d'André Paret son père, ici présent et consentant audit mariage nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux dont la publication a été faite en cette mairie ainsi qu'en celle de Bessey les dimanches dix sept et vingt quatre du présent mois, aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée non plus qu'en la mairie de la commune de Bessey ainsi qu'il résulte de son certificat délivré en date d'aujourd'hui. Nous avons donné lecture aux comparant de l'acte de naissance des époux et du décès de la mère de la future épouse et ?? ainsi que le chapitre 6 titre 5 du code civil après quoi nous avons demandé  à chacun des futurs séparément s'ils entendaient se prendre pour mari et femme et nous ayant l'un et l'autre répondu affirmativement, nous avons prononcé au nom de la loi que lesdits Rouhé Jean Calude et Paret Marie sont unis par le mariage et avons du tout rédigé le présent acte en présence de Louis Collombet âgé de soixante deux ans, de François Mousset, âgé de quarante neuf ans, Nicolas Constant Dervieux, âgé de quarante ans et de Jean Georges Gay , âgé de trente sept ans, tous quatre propriétaires domiciliés à Maclas, témoins requis qui ont avec moi signé avec l'époux et le père de ce dernier non l'épouse ni le père de cette dernière pour ne le savoir faire de ce requis et sommés. Le tout après lecture faite.

    Le maire applique soigneusement les consignes et note dans l’acte que la future mariée est née à Maclas, commune où est célébré le présent mariage, le dix sept févier 1809. Sans doute a-t-il consulté l’acte de naissance en question. Il a choisi de noter la date de l’acte sans prendre garde que celui-ci précise que la naissance a eu lieu la veille, soit le seize févier. Plus grave, il ne s’aperçoit pas que la future épouse, devant lui, aux  termes de l’état civil est décédée le vingt deux février 1809. En cette année 1809, les actes sont enregistrés sur des registres séparés pour les naissances, mariages et décès. Reconnaissons qu’il n’avait pas de raison de douter de ce que lui disaient les présents, dont le père et la mariée elle-même.

    La question est donc : si ce n’est pas Marie Paret,  née le seize février 1809, qui est devant lui, de qui s’agit-il ?

    Sauf à imaginer une solution extravagante, on peut tout de même supposer qu’il s’agit d’une sœur de la défunte Marie.

    Il y a donc cinq possibilités :

    -          Magdelaine, née en 1810, peu de temps après la défunte Marie mais qui porte clairement un prénom différent

    -          Françoise née en 1814 dont je n’ai trouvé trace à ce jour ni d’un mariage ni du décès

    -          Marguerite née en 1815, même situation que la précédente

    -          Marie née en 1821, idem

    -          Marie née en 1823 idem

    Voici les actes de naissance de celles que vous ne connaissez pas encore :

    Françoise Paret :

    Recheche Marie, desperement

      

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent quatorze le vingt deux mai sur les sept heures du matin devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente cinq ans  propriétaire demeurant à Limonne commune de maclas lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier sur les  dix heures du matin de lui déclarant et de marie anne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de françoise paret, les dites déclarations et présentations faites en //présence d'andré Tranchand propriétaire demeurant audit Limonne, commune de Maclas plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés.

    Marguerite Paret

    Recheche Marie, desperement

     

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  quinze le treize décembre sur les huit heures du matin devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente neuf ans  cultivateur demeurant de Limonne commune dudit maclas lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né ce matin à deux heures de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marguerite paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de jacques Tranchand et de Pierre Plasson voisins cultivateurs audit Limonne, plus que majeur de tout //quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Marie Paret, née en 1821

    Recheche Marie, desperement

      

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  vingt un le vingt quatre janvier sur les sept heures du matin devant nous Gabriel merle maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu en la maison commune andré paret âgé de quarante ans  propriétaire demeurant de Limonne susdite commune  lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier à deux heures du matin de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de laurent //dervieux et d'andré Dumas  propriétaires audit Limonne, plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Marie Paret, née en 1823

    Recheche Marie, desperement

     

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  vingt trois le vingt cinq juillet sur les onze heures du matin devant nous Gabriel merle maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu en la maison commune andré paret âgé de quarante trois ans  cultivateur  demeurant au lieu de Limonne commune  dudit maclas lequel nous //a présenté un enfant du sexe féminin né hier à six heures du soir de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de laurent dervieux et de claude jaquet voisin du comparant Limonne, plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Tant que nous n’aurons pas retrouvé la trace de toutes les filles du couple André Paret et Marie Anne François, il sera bien difficile de dire avec certitude qui était devant le maire, aux cotés de Jean Claude Rouhé.

    Comme il faut bien décider pour progresser dans la construction d’un arbre, j’ai choisi l’option Magdelaine, à cause de la différence d’âge trop grande entre la défunte Marie et les autres sœurs portant dans l’état civil le prénom de Marie.

    Bien sûr cela implique que la mariée ignorait sa date exacte de naissance, ce qui n’a rien de vraiment étonnant, mais aussi son prénom.

    Pour conclure ce billet, on ne peut que dire que, dans cette famille, on aimait particulièrement le prénom de la femme de l’infortuné charpentier.

    Rien ne prouve d’ailleurs que pour se simplifier la vie, André n’utilisait pas ce prénom pour appeler toutes ses filles qu’il s’agisse de Magdelaine, Françoise, Marguerite ou, bien sûr d’une des Marie.

     


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  • L’inscription sur les registres de l’état civil des nouveaux nés est aujourd’hui une formalité accomplie par les maternités, dans laquelle les parents ne sont en rien impliqués, en dehors du fait qu’ils choisissent le prénom de leur enfant. Ce ne fut pas toujours le cas et, au moins jusqu’au début du XX eme siècle, c’est généralement le père, qui allait, tout fier, en mairie pour faire la déclaration d’une naissance. Il devait aussi présenter physiquement le nouveau né, afin que l’officier d’état civil constate son existence. De même, lors d’un décès, l'officier devait se déplacer au domicile du défunt et, suivant la formule pré imprimée dans les registres, « s’assurer du décès » de la personne. La nécessité de présenter physiquement les nouveaux nés impliquait pour certaines familles de longues distances à parcourir dans des conditions de confort qui n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Lors des froides journées d’hiver, cela a probablement contribué à cette mortalité infantile des siècles passés qui nous bouleverse lorsqu’on parcourt les registres.

    Contrairement à cette  tradition, lorsque Jeanne nait, en mars 1807 à Chezenas, hameau situé sur les hauteurs de Saint Pierre de Bœuf, ce n’est pas son père qui va en mairie pour déclarer sa naissance. C’est Henry Crotte, père de Rose, la maman du nouveau né, qui fait les deux kilomètres qui séparent sa maison de la mairie de Saint Pierre de Bœuf, à pied ou en charrette.

    Car Rose, qui d’ailleurs est prénommée Rose Françoise sur son acte de baptême, est une mère célibataire. Bien que la révolution ait enlevé aux curés la mission de gérer les registres de naissances, le poids social d’une telle situation pouvait être assez lourd. Le père du nouveau né est connu, il se nomme Benoit Boucher et habite aussi le hameau de Chezenas. Gageons que dans un petit groupe d’habitations comme  celui-ci, le secret des amours de Rose et Benoit devait être bien difficile à garder, avant même que le ventre de Rose s’arrondisse. Benoit est d’ailleurs allé voir, un mois avant la naissance, le trente janvier exactement, Me Mathis, notaire à Malleval, pour faire dresser un acte dans lequel il reconnait la paternité de l’enfant à venir. Henry Crotte, le déclarant, montre ce document au maire qui en consigne l’existence dans l’acte de naissance. Voici cet acte et sa transcription.

    Jeanne, enfant de l'amour

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Dix huit cent sept le cinq du mois de mars, sur les six heures le soir par devant moi, maire de la commune de St Pierre de Bœuf soussigné remplissant les fonctions d’officier de l’état civil de la dite commune canton de Pelussin, arrondissement de St Etienne ont comparu Henry Crotte cultivateur domicilié à Chezenas commune de Bœuf lequel en vertu de la procuration spéciale et authentique de Benoit Boucher aussi cultivateur au dit lieu de Chezenas insérée  dans un acte d’aveu de paternité par lui passé et dressé par Me Mathis notaire en la résidence de Malleval le trente janvier dix huit cent sept enregistré et qui en a gardé minute nous a déclaré que le jour d’hier   sur les une heure après midi, Rose Crotte sa fille a accouché dans sa maison de Chezenas d’un enfant naturel de sexe féminin, lequel enfant il nous a présenté et auquel il donne les noms et prénoms de Jeanne Boucher. Les déclarations et présentations faites en présence de Pierre Boucher aussi cultivateur domicilié au lieu dit de Chezenas commune de Bœuf, oncle paternel du dit Benoit Boucher âgé de quarante six ans et de Pierre Peyssonneau vigneron âgé de soixante cinq ans tous domiciliés au dit Bœuf. Et ont le dit déclarant et témoins déclarés ne savoir écrire ni signer de ce enquis par nous, maire qui avons signé de suite le tout après lecture faite.

    Ce n’est qu’en 1812, le 28 juillet, que Benoit et Rose passeront devant le maire pour contracter mariage. La présence d’un enfant, Jeanne, né avant ce mariage, est mentionnée dans l’acte dressé à cette occasion. Il s’est donc passé plus de cinq ans entre la naissance de Jeanne et le mariage de ses parents.

    Tenter de reconstruire l’histoire de nos aïeux, consiste presque toujours à bâtir des hypothèses à partir des informations contenues dans les documents que nous avons sur eux, puis à tenter de les vérifier. Cette attente de cinq ans, entre 1807 et 1812 devrait normalement ouvrir dans votre mémoire un tiroir dans lequel vous avez rangé, il y a fort longtemps peut-être, les dates d’une leçon d’histoire consacrée à une période particulièrement riche de celle-ci.

    Vous y êtes ? Napoléon Bonaparte s’est sacré Empereur lui-même le 2 décembre 1804 et il continue comme empereur, les conquêtes commencées comme premier consul. En 1807, au début de la période qui nous intéresse, il bataille à l’est de l’Europe et gagne à Friedland, en 1812, quelques mois après que Benoit Boucher ait réapparu et se soit marié avec Rose, Moscou brule et la Grande Armée commence la désastreuse retraite qui va la détruire et redonner espoir aux monarques européens défaits par le général corse. Benoit Boucher a-t‘il été impliqué dans cette épopée ? Son âge et les dates sont troublants et, sauf exemption, il n’avait aucune chance d’échapper au service rendu obligatoire par la loi Jourdan-Delbrel de 1798.

    Quelques recherches vont bien sûr devoir être faites pour confirmer, ou infirmer, cette hypothèse.

    En particulier, le notaire chez qui Benoit est allé reconnaitre sa paternité a déposé ses archives au département. La lecture de ce document nous en permettra peut-être d’en savoir un peu plus sur ses projets.

    Nous devrions donc reparler, un jour, de Benoit Boucher. Malheureusement, je ne vois pas comment on pourrait alimenter un deuxième billet sur Rose, elle aussi victime du cruel déséquilibre de traitement entre les sexes.

    Rose et Benoit auront d’autres enfants, mais c’est bien de Jeanne que nous descendons, elle est l’arrière-arrière-grand-mère des enfants de Jojo et Fernande. Puisse le fait que coule dans nos veines un peu du sang de Jeanne, dont la vie commença hors des sentiers battus,  nous inciter à fuir tout conformisme.

    La conclusion de ce billet va maintenant en expliquer le titre : « Jeanne, enfant de l’amour ».

    Nous avons vu à plusieurs reprises en examinant le passé de nos aïeux que les questions de patrimoine expliquaient bien des comportements. Ces si fréquents mariages entre apparentés visaient aussi à préserver un cadre social dans lequel les parents se sentaient en sécurité. Nous sommes au moins certain que la liaison entre Rose et Benoit, dont Jeanne fut le fruit, n’était en rien arrangée par leurs parents mais bien due à une sincère attirance que j’ai décidé d’appeler amour, pour faire plus romantique.


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  • Ce billet est consacré à Françoise Bonneton, née le 2 mars 1832 à Saint Pierre de Bœuf.

    Son père, Jean François Bonneton est le premier des Bonneton à ne pas déclarer, sur les actes d’état civil, la profession d’agriculteur puisque il est marinier. D’ailleurs, à la génération précédente, la famille a quitté le plateau qui lie la vallée du Rhône aux contreforts du massif du Pilat pour se rapprocher du fleuve. Le grand père de Françoise, lui aussi prénommé Jean François, histoire de compliquer un peu la vie des malheureux généalogistes à venir, est né à Véranne , la  épousé Jeanne Rondet, une fille de Saint Michel sur Rhône, qu’on appelait d’ailleurs Saint Michel sous Condrieu jusqu’à la révolution et dont le sol porte les ceps du divin Château Grillet. Le père de Françoise est donc marinier sur le Rhône. Le fleuve impétueux est utilisé depuis l’antiquité mais, au dix neuvième siècle, l’essor industriel  provoque un fort développement du transport fluvial et attire une nombreuse main d’œuvre que la terre peine à nourrir. Ce nom de marinier recouvre de nombreuses professions soit embarquées soit au sol pour le halage. La seule chose certaine est qu’il est salarié puisque les propriétaires sont appelés dans les actes du nom de patron sur le Rhône. Il a épousé Magdeleine Seux, qui compte aussi beaucoup de marinier dans sa famille. Lui même est né à Limony, toujours au bord du fleuve mais déclare vivre à Saint Pierre de Bœuf jusqu’à sa mort. Le couple a trois enfants. L’aîné  né en 1820 sera menuisier, le premier d’une lignée que mon père, le regretté jojo, aurait sans doute continuée si les aléas de la vie ne s’y était opposé. C’est de lui que nous descendons. Le benjamin, François né en 1827 sera marinier, comme son père. La cadette, Françoise naît en 1832.

    Cet extrait de l'arbre vous aidera, je l’espère, à mieux comprendre le contexte familial de ce billet.

     

    Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En 1832, Françoise naît trois ans avant l’ouverture de la première filature de soie à Saint Pierre de Bœuf. Car la soie est la grande affaire du moment. Lyon a acquis pour son travail une réputation qui ouvre de nombreux débouchés et favorise un peu partout dans la région l’ouverture d’ateliers. Françoise était ouvrière en soie, sans doute depuis son adolescence. Des journées de quatorze heures de travail, jusqu’à un décret de 1848 qui les a limitées à douze, passées dans l’atmosphère surchauffée par les bacs d’eau bouillante, nécessaire au dévidage des cocons, ont été la vie de  la sœur de l’arrière grand-père de Jojo.

    La suite tient en quelques lignes tracées sur le registre d’état civil par Joseph Berger, maire du village en 1851.

    C’est Jean, le frère aîné de Françoise, qui fait la déclaration que je transcris pour épargner un pénible déchiffrage aux lecteurs peu familiers de l’écriture de cette époque.

     Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce jourd’hui sept aout mil huit cent cinquante-un à sept heures du matin devant nous Berger Joseph maire et Officier de l’état civil de la commune de St Pierre de Bœuf sont comparus Jean Bonneton agé de trente ans, menuisier, frère de la décédée ci après dénommée et Seux Pierre âgé de cinquante son oncle maternel patron tous deux domiciliés à St Pierre de Bœuf qui nous ont dit que Bonneton Françoise, âgée de dix neuf ans, fille légitime de défunt Jean Bonneton et de vivante Magdeleine Seux, ouvrière en soie domiciliée à St Pierre de Bœuf ayant disparu dans la nuit du quatre au cinq de ce mois a été trouvée et reconnue gisante au bord du Rhône hier matin du courant suivant le rapport de M. le juge de paix en date de ce jour.

    Peut-être que la lecture du rapport du juge de paix sur cette mort nous en apprendrait plus, mais les tentatives que j’ai fait pour l’obtenir auprès des archives départementales de la Loire, où il est censé se trouver, sont restées vaines. En allant sur place, nous aurions peut-être plus de succès.

    La disparition d’une jeune fille de dix neuf ans par une nuit d’aout au bord d’un fleuve, qui ferait sans doute l’ouverture des journaux télévisés aujourd’hui, a été réglée, sous Louis Philippe qui régnait à ce moment,  en deux jours. Autres temps, autres mœurs.


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