• Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

    Dans les archives familiales, quelques cartes de la période de la « grande guerre » ont été retrouvées, dans le même lot que celles de Claudy Boucher : ce sont celles de son beau frère Jean-Pierre Chantelouve. Jean-Pierre les adresse à sa sœur Amélie (l'épouse de Claudy) et à sa tante par alliance Rosalie Boucher. Rosalie et son mari Jean Baptiste, sans descendance, avaient vendu leur maison en viager à leur neveu Claudy et à leur nièce Amélie, et vivaient avec eux. Jean Baptiste est décédé en 1909, Rosalie restera dans la maison jusqu'à sa mort en 1916.

    Jean-Pierre réside à 2,5 km de Gencenas, au lieu dit le Tonard, tout près de Bessey. Sa femme, Maria Oriol, est décédée en 1910, après avoir mis au monde trois enfants, dont un est mort en bas âge. En 1914, l'ainée, Germaine Francine a 9 ans, le benjamin Joannès Etienne 7 ans.

    Au moment de la mobilisation, Jean-Pierre est âgé de 37 ans. D' après son livret militaire, il intègre le 102ème régiment territorial d'infanterie le 3 aout 1914, le 139 ème RI (régiment d'infanterie) le 19 septembre 1914, le 100 ème RI le 11 mai 1915 , le 71 ème RI le 3 octobre 1917 , le 37RI à une date non précisée.

    Réserviste, Jean-Pierre n'est pas envoyé au front au début de la guerre. Le 139 RI tient garnison à Aurillac, dans le Cantal.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

     

    Aurillac (Cantal), 1er juillet 1915

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Bien cher tante et cher sœur

    Je vous envoie deux mots pour vous dire que j'ai fait un très bon voyage cher tante et cher sœur. Je suis arrivé jeudi le 1er à 9 heures du matin en parfaite santé. Je ne vous mets l'adresse car je vous envoie ces deux mots avant de rentrer en caserne. cher tante, votre neveu et ton frère, cher sœur vous envoie bien le bonjour d'Aurillac et toujours bon courage. Chantelouve

     

    Deux semaines après, une carte est envoyée de Montsalvy , à une trentaine de km d' Aurillac.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    14 juillet 1915 Chantelouve au 100ème territorial en détachement à Montsalvy Cantal

    Cher tante et cher sœur

    Un bonjour pour vous annoncer mon arrivée à Montsalvy. Cher tante et sœur je peut vous dire que je me trouve très heureux d'avoir tomber dans un poste sy bon. Pourvu que sa dure.Nous sommes pas nombreux. Nous sommes 5 :4 hommes et un caporal tout a fait bien raisonnable pour nous. Nous sommes bien soigner. Nous couchons dans un bon lit separer du poste dans une chambre tous les 5. Cet comme pour manger nous n'avons pas la peine de faire notre cuisine nous mangeons au restaurant , se net pas nous qui plaignons et bien nourris ; Vous voyez cher tante et sœur que je net pas a plaindre ; Pourvu que sa dure. Votre neveu et frère . Chere sœur vous envoie une bonne santé souhaitons que ces deux mots vous trouverons tous de même. Chantelouve

     

    Que faisait-il à Montsalvy ? Jean Pierre ne donne aucune précision, mais le groupe de 5 fait penser à une équipe de mitrailleurs, il était probablement en période d' instruction. Ses conditions de vie le satisfont. Malheureusement pour lui, et contrairement à son souhait répété deux fois, ça ne dure pas. La carte suivante provient de La Fontaine du Berger, camp militaire situé près de Clermont Ferrand. C'est une photo de deux groupes de mitrailleurs composé chacun de 5 soldats, et d'un muletier.

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    La Fontaine du Berger (Puy de Dôme),8 septembre 1915

    Cher tante et sœur

    Un petit souvenir de ma petite campagne à la Fontaine du Berger comme mitrailleur dont vous verrez l'équipe formée sur la carte pour le tir de la mitrailleuse. Vous remarquerez à la droite le sergent et le caporal ensuite le tireur guide sur sa mitrailleuse, le chargeur à gauche pour faire passer les bandes de cartouches sur la mitrailleuse, et l'aide chargeur qui fait passer les bandes au chargeur et enfin le mulet en arrière qui porte les pièces et les munitions.Vous comprendrez bien le travail que je fais sur la mitrailleuse. Votre neveu va toujours bien à la Fontaine et demande que vous de même et le bonjour à tous. Chantelouve

     

     

    La même photo est envoyée un peu plus tard, avec l' annonce de ce que redoutait probablement Jean Pierre : le départ au front.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

    Lyon, 26 septembre 1916  

    Cher tante et sœur

    Je vous annonce mon arrivée de la Fontaine du Berger le 22 septembre mercredi. En arrivant on nous annonce notre départ pour le front le 24 septembre comme mitrailleurs et aujourd'hui 26 septembre nous sommes de passage à Lyon. Cher tante et sœur je pars avec assez de courage, je suis avec des camarades de Loire que je connais et en plus je vais rejoindre le beau frère Beraud car nous partons pour le 339. Cher tante et sœur recevez bien le bonjour et les meilleures amitiés de votre neveu et de ton frere cher sœur. Chantelouve

     

    La guerre devait être brève, pourtant le gouvernement a promulgué, dès le début des hostilités, une loi concernant l' organisation de l' armée : 

    N° 7452. LOI relative à l'incorporation, en temps de guerre, des hommes de troupe et des officiers de l'armée territoriale dans l'armée active, et réciproquement. 

    Du 5 Août 1914. 
    (Promulguée au Journal officiel du 6 août 1914.) 

    LE SENAT ET LA CHAMBRE DES DEPUTES ONT ADOPTE, 

    LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

    ARTICLE UNIQUE. Par modification aux dispositions des lois en vigueur et notamment à celles de la loi du 21 juin 1890, modifiant les lois du 24 juillet 1873 et du 13 mars 1875, ainsi qu'à celles de l'article 2 de la loi du 24 juillet 1892, les officiers, les gradés et les hommes de troupe de l'armée active, de la réserve de l'armée active, de l'armée territoriale ou de sa réserve, peuvent être employés indistinctement dans les corps de troupes ou services de l'une ou l'autre armée, au fur et à mesure des besoins qui viendront à se produire au cours d'une guerre.

    La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l’État.

    Fait à Paris, le 5 Août 1914. 

    Signé : R. POINCARE 

    Le Ministre de la guerre, 
    Signé : MESSIMY.

     

    Cette loi autorise l' envoi au front des hommes de tous âge. Après les pertes terribles du début de la guerre, elle est rapidement appliquée.

    C'est ainsi que Jean-Pierre va , « avec assez de courage » au front, avec des camarades de la Loire, et « rejoindre le beau frère Béraud ». Petite parenthèse familiale : Jean-Pierre Chantelouve est l'ainé et le seul garçon de la fratrie. Il a trois sœurs : Marie, née en 1879, Amélie, ma grand mère, née en 1882 et Claudia, née en 1888. Claudia a épousé en 1910 Joseph Béraud, de 2 ans son ainé, le beau frère du 139 RI. 

    Le N° 339 est le N° du régiment de réserve du 139 RI.



    En septembre 1916, le 100RI et le 339RI sont engagés dans la bataille de Verdun. Les Allemands ont abandonné les positions conquises en février, et les alliés aménagent le terrain repris.

    Extrait du JMO du 20 au 31 décembre 1916 : «Le plan de défense comporte la construction de plusieurs lignes de tranchées. Les travaux existants sont peu développés. Les hommes ont relevé les soldats du 8 tirailleur établis dans des trous d'obus. Quelques abris allemands ont pu cependant échapper au bombardement. Le 100° se met au travail d'arrache pied malgré le mauvais temps et le harcèlement continuel de l'artillerie allemande. Les hommes travaillent dans la boue glacée. De nombreux cas d'évacuation se produisent pour pieds gelés. Les pertes commencent à devenir sérieuses et pourtant chacun déploie toute son énergie pour servir et travailler ».

    En mars 1917, le 100RI est relevé et, après quelques batailles dans le Haut Rhin (Montbéliard, Carspach), il va combattre en Champagne, à partir de juin 1917 (crête du Téton).

    Le 3 octobre 1917, le livret militaire de Jean-Pierre indique qu'il rejoint le 71RI, engagé dans une contre offensive à Verdun : « Par des patrouilles fréquentes poussées jusque dans les tranchées ennemies, par de nombreuses embuscades tendues de jour comme de nuit, nos hommes acquièrent sur les Allemands une supériorité marquée. »

    Ensuite, essayer de retracer le parcours de Jean-Pierre devient hasardeux, puisque sa date d'incorporation au 37 RI n'est pas connue.

    Il envoie 2 cartes, non datées, de Sarreguemines, redevenue française, et de Saarlouis, occupée par les alliés. L'organisation des régiments a été revue, et il semble que le 37RI ait été dissous.

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919



    Libéré le 23 janvier 1919, Jean-Pierre retrouve sa ferme, sa famille. Il meurt en 1944. Je n'ai pas connu ce grand oncle, mais il ressemble à sa sœur, ma grand mère, que les enfants de Gencenas avaient surnommé affectueusement « mémé Biquet » : il ne se plaint pas, pense à sa famille, leur souhaitant même « bon courage ».


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