• En 1860, Marie-Jeanne Tréhorel nait à Saint Carreuc, en Bretagne du nord, dans le département des Côtes d’Armor. Ses parents, grands parents, et ses ascendants retrouvés par Guy dans les registres paroissiaux sont Bretons (les recherches s’arrêtent au XVII ème siècle).

    En 1885, Marie-Jeanne se marie à Viarmes, en Ile de France, dans le département du Val d’Oise avec Alfred Eugène Breton, qui, contrairement à ce que laisse supposer son nom, n’est pas d’origine bretonne. Le frère de Marie-Jeanne, Guillaume, est également à Viarmes, à cette époque.

    Marie-Jeanne et Alfred ont plusieurs enfants, dont Jeanne qui épousera Paul Bonneton. De cette union naitra Georges, plus connu par la suite sous le surnom de Jojo.

    Tout ça pour arriver à la conclusion qu’avec une arrière grand-mère bretonne, et un huitième de sang breton dans les veines, une petite reconnaissance sur le territoire de ces aïeux bretons s’imposait.

    Nous voici donc partis, avec Guy, en direction du nord de la Bretagne, en partant d’Arradon. Nous traversons des zones essentiellement agricoles, des petits bourgs, des fermes isolées avec, souvent, de grands hangars, probablement destinés à l’élevage intensif de vaches, cochons, poulets…

    Nous arrivons à Saint Carreuc, un des berceaux de la famille. C’est un bourg de 1500 habitants, avec des maisons en pierres grises ou badigeonnées de blanc, des toits en ardoise à double pente, comme la majorité des maisons bretonnes.

    pèlerinage en Bretagne

    Au centre du bourg, l’église est entourée de quelques vieilles maisons.

    pèlerinage en Bretagne

    Le village est assez désert, mais depuis quelques jours une tempête s’est abattue sur la Bretagne, le vent est violent, il pleut encore plus qu’habituellement, donc c’est normal qu’à part deux touristes particulièrement motivés, les autochtones et les visiteurs ne mettent pas le nez dehors. Aucune plaque n’indiquant la maison des Tréhorel , nous sommes bien incapables de savoir où ils habitaient, mais nous avons vu l’église où ils ont été baptisés et où certains se sont mariés puis, plus tard, ont assisté, témoins silencieux, à leur dernière messe. Pourquoi Marie-Jeanne et son frère Guillaume ont-ils quitté la terre de leurs ancêtres ? Leurs parents étaient agriculteurs, laboureurs. A Viarmes, Marie-Jeanne était cuisinière, journalière, Guillaume cantonnier. Il est probable que les conditions de vie étaient devenues difficiles, et qu’aux aléas de la terre, ils ont préféré un travail salarié plus stable. A une soixantaine de Km de St Carreuc, à Pontigny, une plaque, posée devant la maison du collecteur des impôts nous apprend que sous Louis XIV la population était pressurée par les maitres du pouvoir. Les années passent, les régimes changent, les méthodes restent les mêmes.

    Nous poursuivons notre recherche à Ballandes, lieu-dit situé à 2km de Saint Carreuc. Une vieille ferme, quelques maisons anciennes et de nouvelles constructions : on peut imaginer l’environnement de nos aïeux, leur style de maison.

    pèlerinage en Bretagne

    Nous nous dirigeons ensuite à Saint Brieuc, d’où sont originaires quelques ancêtres encore plus lointains. La ville, très étendue, a un relief surprenant : elle est traversée par deux vallées encaissées creusées par des rivières. Deux viaducs impressionnants ont été construits. Nous renonçons à nos recherches pour faire un peu de tourisme le long des côtes. Nous allons jusqu’à Paimpol, et ses falaises (air connu). Cette côte est très belle, sauvage, préservée, et, nous avons de la chance, la pluie s’est enfin arrêtée.

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En plus des photos prises lors de cette visite en Bretagne, les quelques cartes postales anciennes trouvées sur internet vous donneront une idée de la vie des habitants de Saint Carreuc il y a quelques décennies. Il n'est d'ailleurs pas impossible que certains des personnages qu'on voit sur ces cartes soient nos cousins.

     

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    pèlerinage en Bretagne

    Avons-nous eu des ancêtres marins ou pêcheurs ? ou bien étaient-ils agriculteurs, à l’intérieur des terres ? Notre escapade ne donne pas la réponse, mais nous avons planté le décor, à vous d’imaginer l’histoire …


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  • Nous savons vu dans le premier billet consacré à la maison familiale de Saint Pierre de Bœuf qu’elle était occupée par les deux familles fondées par les enfants de Paul Jean Félix Bonneton. A gauche lorsqu’on regarde la maison depuis la rue, logeait la famille de Marcel, l’ainé des enfants de Paul, avec son épouse Germaine Merle et leurs deux enfants Michel et Daniel. A droite, vivaient donc Jojo, son épouse Fernande, que selon son état civil, on aurait plutôt du appeler Louise, et leurs trois enfants Mireille, Guy et Jean Paul.

    Marcel et Jojo avaient respectivement dix huit et dix sept ans au début de la seconde guerre mondiale. Ils furent tout d’abord embrigadés dans les chantiers de la jeunesse, organisation mise en place par le gouvernement de Pétain pour se substituer au service militaire, supprimé par l’occupant allemand. Ces chantiers de jeunesse étaient inspirés du scoutisme, le volontariat en moins. Jojo ne parlait pas volontiers de cet épisode de sa vie et nous n’avons malheureusement pas suffisamment insisté pour recueillir ses souvenirs. Les rares évocations dont je me souviens sont tout sauf des souvenirs de camps de vacances. Lutte pour le ravitaillement, incluant de longs périples à vélo pour visiter des fermes et se procurer des victuailles, vie fruste et idéologie d’un autre âge prônant le retour à la terre et culte du maréchal Pétain, père et sauveur de la nation.

    Lorsque le troisième Reich, manquant de main d’œuvre, a exigé des pays occupés qu’ils fournissent une main d’œuvre à bon compte pour remplacer les ouvriers et fermiers allemands partis au front, de nombreux jeunes des chantiers de jeunesse ont du partir outre Rhin. Le dispositif portant le nom de STO, pour service travail obligatoire, fut présenté par la propagande vichyssoise comme un moyen de relever et faire revenir en France les prisonniers de guerre français détenus en Allemagne.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il s’agissait bel et bien en fait de répondre à la demande de main d’œuvre formulée par les autorités allemandes. De nombreux prisonniers étaient d’ailleurs déjà forcés au travail dans l’industrie de guerre sur le sol allemand. Si certains jeunes refusèrent cette réquisition et rentrèrent dans la clandestinité pour rejoindre la résistance, Marcel et Jojo partirent pour l’Allemagne et ne revinrent en France qu’à la fin de la guerre. Comme pour les chantiers de jeunesse Jojo ne nous a jamais donné beaucoup de détails sur cette période. Les courriers échangés ont été perdus. Seule, parmi les photos familiales, le portrait d’une jeune allemande étonne. Jojo travaillait dans une ferme donc  sans doute moins surveillé que dans une usine. S’agit-il d’une idylle ? Le fait n’aurait rien d’anodin car les autorités allemandes réprimaient sévèrement tout contact avec la population non justifié par le travail. Les relations sexuelles étaient même passibles de la peine de mort. Nous ne sauront de toute façon jamais quelle place a occupée cette jeune fille dans la vie de Jojo. Un travail sur les archives des STO nous permettrait peut être tout au plus de mettre quelques dates et lieux sur ces années. Une tâche de plus à mettre au programme de nos recherches !

     A leur retour en France, les deux frères ne tardèrent pas à se marier. Les deux couples sont installés dans la maison de Saint Pierre de Bœuf mais tous les enfants naitront à la maternité de l’hôpital de Condrieu.  Même si saint Pierre de Bœuf, tout comme Gencenas ou Malleval, les villages d’origine de leurs épouses, ont été épargnés par les bombardements alliés, le pays est à reconstruire et le travail ne manque pas. Marcel et Jojo sont engagés comme soudeurs. Jojo travaille aux Roches de Condrieu dans l’usine chimique de Progil. Il se rend tous les jours au travail depuis Saint Pierre de Bœuf en vélo d’abord puis en mobylette.

    La vie dans le foyer de Jojo et Fernande s’organise la journée dans la grande pièce du rez de chaussée qui donne directement sur la rue. Cette pièce sert de cuisine avec son évier, seul point d’eau – froide- de la maison, son poêle, seul chauffage de la maison, et de salle à manger avec la grande table, œuvre du père de Jojo, ou de son grand père puisqu’ils furent tous deux menuisiers. Au fond de cette pièce un couloir desserts deux escaliers. Le premier monte vers l’étage et le second vers la petite cour. Dans la cour se trouve la fosse d’aisance, car le tout à l’égout n’est pas encore été installé dans la commune. Périodiquement un camion pompe vient vidanger les fosses des maisons du quartier et nous nous enfuyons le plus loin possible car l’odeur qui se dégage pendant cette opération est épouvantable. De la cour on accède aussi à la cave où sont conservés les aliments frais car le réfrigérateur ne fera son apparition que bien plus tard. D’ailleurs, l’électricité dans la maison sert exclusivement à l’éclairage. L’appareil dont l’arrivée dans les foyers, quelques années plus tard, a le plus soulagé les ménagères est sans doute la machine à laver. Dans les années cinquante, la lessive est une véritable corvée, le linge est porté à l’ébullition dans la lessiveuse, puis frotté sur la planche à laver, rincé à l’eau claire puis essoré par torsion et enfin étendu, sur un fil au jardin. Cette opération se répète chaque semaine et le volume de linge est considérable, les couches jetables n’existent pas et les enfants portent des langes qu’il faut maintenir propres. Il n’y a bien sûr pas de télévision ni même de radio. L’information sur la vie du pays et du monde arrive dans la maison par les Allobroges, journal créé en 1942 par la résistance communiste puis devenu quotidien à la libération dont le nom n’a pas été choisi au hasard puis qu’il est celui de la peuplade gauloise, réputée rebelle, qui occupait depuis l’antiquité la prospère région s’étendant de Vienne à la frontière suisse. Ce journal disparaîtra en 1958 et sera remplacé dans les foyers de ses lecteurs par le Progrès ou le Dauphiné, certes libéré mais bien moins libre.

    la photo ci-dessous est prise devant la maison. De gauche à droite, on voit Jeanne Joséphine, Jojo et, sans doute Marie Françoise, une sœur du grand père de Jojo, veuve d'un marinier, Jean Hippolyte Giroux qui décédera en 1943 et est enterrée, avec son époux dans le caveau familial. On distingue à l’intérieur l'évier.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Il y a deux chambres à l’étage de la maison. La première, assez vaste, accueille le lit conjugal et, sur trois cotés, de petits lits cages dans lesquels dorment les enfants. La deuxième chambre, minuscule est réservée à Jeanne, la grand-mère qui vit avec nous. L’organisation de la maison de la famille de Marcel est à peu près identique. La maison est un peu plus vaste puisqu’elle n’est pas amputée par la cour, mais on y est guère plus à l’aise car la chambre réservée à la tante Marie Louise occupe inutilement un précieux espace. On ne traîne pas dans les chambres, en particulier l’hiver ou, en l’absence de chauffage, la température peut être glaciale. Chaque soir, à la mauvaise saison, de gros galets du Rhône choisis pour leur taille et forme ovoïde sont placés dans le four puis au moment du coucher, enveloppés dans une grosse chaussette, glissés au fond du lit qu’ils réchauffent.

    Nous avons vu que la porte de la maison donne directement sur la route nationale 86, dont elle n’est séparée que par un trottoir. En 1950 les autos sont encore rares et ne se sont pas encore approprié exclusivement les routes. La vie sociale était alors bien plus centrée sur le village, les habitants sortaient peu et la rue était le théâtre de toutes sortes d’activités. Ma mémoire en a retenue quelques une que je vous livre, un peu en vrac.

    Le marchand de peaux de lapin : la viande étant chère, la plupart des foyers, même dans ce village plus vraiment agricole,  disposait d’une basse cour avec des lapins et parfois des poules qui permettait d’améliorer l’ordinaire. Les clapiers de Jojo étaient installés au jardin, situé au bord de la rue parallèle à la RN86, qui porte aujourd’hui le nom charmant de passage du p’tit matin. Une fois le lapin destiné à finir en civet tué et dépouillé, la peau était soigneusement conservée car, régulièrement passait dans le village un personnage qui s’annonçait en criant « peaux de lapin !». Il rachetait pour quelques francs les peaux qui, après traitement deviendraient des parures pour les belles.

    Le rémouleur : installé sur le trottoir avec sa meule entraînée par un mécanisme similaire à celui des machine à coudre d’avant l’apparition de la fée électricité, il aiguise les couteaux et ciseaux des ménagères.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

    Le vitrier : Portant sur son dos le verre brut, un pot de mastic et les quelques outils nécessaires à son ouvrage, il arpente les rue en criant « vitrier !». Les fenêtres étaient alors munies de verre simple, sans grande conséquence sur le coût du chauffage, puisqu’on ne chauffait guère les logis. La fragilité de ce matériau, combinée avec la turbulence des enfants provoquait de nombreux dégâts, et la chanson  « encore un carreau de cassé, v’la le vitrier qui passe… » était parmi les plus populaires. L’usage voulait que le carreau cassé soit remplacé par du carton, en attendant le passage du vitrier. Celui de la photo est parisien, mais il est en tout point semblable à celui qui remplaçait les carreaux cassés à saint pierre de Bœuf.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

    La traction hippomobile : On voit aussi encore fréquemment des chevaux. Ceux des paysans bien sûr, mais aussi celui des éboueurs, le ramassage des ordures, ou plutôt des équevilles nom aujourd'hui oubliés qui était alors en usage, se fait avec un simple tombereau. Il faut se souvenir que nous ne sommes pas encore dans l’époque des emballages perdus. La plupart des produits sont vendus en vrac, le lait, les pâtes  ou en emballage recyclé, le vin, l’eau minérale. Les déchets collectés par les éboueurs sont donc essentiellement organiques et leur volume plus que limité. Et tous ces chevaux marquent régulièrement leur passage par un tas de crottin sur la chaussée que les ménagères recueillent car c’est, parait-il, le meilleurs engrais possible pour les géraniums. Le cheval qui tracte le brinquebalant corbillard municipal n’échappe pas à cette règle lorsqu’il transporte depuis leur domicile vers l’église puis le cimetière les pétribociens trépassés. Le convoi des familiers éplorés doit être vigilant et faire un détour pour éviter de piétiner le crottin.

    Le cardeur : les matelas étaient faits de laine de mouton qui, au fil des années, se tassait, en altérant le confort. On appelait alors le cardeur qui dépeçait les matelas, en extrayant la laine pour la passer dans sa cardeuse, machine un peu effrayante au balancier munis de clous recourbés qui, en démêlant la laine lui donne du volume. Le matelas était ensuite reconstruit avec sa toile, ses bourrelets qui en font le tour et ses ficelles terminées par des boutons régulièrement espacés et reliant les deux flancs. Ce travail, dégageant beaucoup de poussière se faisait lui aussi dans la rue.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

    C’est aussi cette route que nous empruntions pour nous rendre à l’école communale, située dans le même bâtiment que la mairie, face à l’église. Nos jeux pendant le trajet était insouciants et la cohabitation avec les voitures, dont le trafic croissait rapidement,  pas toujours pacifique. Nombreux étaient les chocs. Le rédacteur de ces lignes, pas plus que son frère Jean Paul n’ y échappèrent, avec pour conséquence quelques membres plâtrés.

    Sur la photo ci-dessous, la mairie est le batiment de gauche avec son double escalier. A sa gauche, l'entrée de l'école des filles, et à sa droite celle de l'école des garçons.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (2) enfance d'après guerre

     

    En ces années d’après guerre, une bonne partie de la France, mal logée, aspire à de meilleures conditions de vie. Jojo et Fernande ne font pas exception. En effet, la maison de Saint Pierre de Bœuf, acceptable avec trois enfants, devient vraiment trop juste avec des adolescents. L’état fait des efforts et, par le biais du crédit foncier permet l’accession à la propriété aux ménages, même avec des revenus modestes. Fernande n’a pas de qualification. Plus jeune elle a bien travaillé dans un atelier de tissage, mais c’est en faisant des ménages qu’elle contribue aux finances de la famille. J’imagine que le projet de construction à Condrieu devait avoir un budget très serré. D’ailleurs seul le gros œuvre sera réalisé par une entreprise. Pour les finitions, carrelage, électricité, se sont des collègues de travail de Jojo qui sont sollicités. Mais l’inflation galopante des trente glorieuses favorise les endettés et le couple n’aura pas à regretter de s’être lancé dans la construction de la maison de Bassenon.

    Nous avons quitté Saint Pierre de Bœuf enfants, Condrieu sera plutôt le temps de l’adolescence.

     


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  • Après la maison familiale de Gencenas, destination des dimanches de la belle saison, nous allons nous attarder un peu sur celle de Saint Pierre de Bœuf où nous avons vécu, jusqu’au déménagement vers celle de Condrieu en 1961.

    Ce premier billet s’attachera à décrire la maison en tant que bâtiment en essayant d’en retrouver les origines. Il faut commencer par dire quelques mots de ce village, Saint Pierre de Bœuf, et de l’origine de cet étrange nom. Selon la légende, en 1570 lors d’une crue du ruisseau  Arbuel, à Condrieu la ville fut inondée et un enfant, Jean Cellard, ne dut la vie sauve qu’à un bœuf sur le dos duquel il s’accrocha. L’animal, entrainé vers le Rhône, nagea longtemps et ne revint sur la terre ferme que plusieurs kilomètres en aval, près d’un hameau. Les habitants du lieu recueillirent l’enfant et le soignèrent. Il raconta naïvement que durant son voyage, il avait prié Saint Pierre, connu pour avoir marché sur l’eau, de soutenir le bœuf.  Plus tard, devenu maréchal ferrant dans son village d’accueil, il fit placer sur la porte de sa maison un Saint Pierre et un bœuf grossièrement sculptés dans le bois. Les passants prirent l’habitude de nommer l’endroit  du nom de Saint Pierre de Boeuf. Bien entendu, ce n’est pas à dos de bœuf que nous avons fait le chemin inverse, quatre siècles après Jean Cellard, partant de Saint Pierre de Bœuf pour aller à Condrieu.

    Si on en croit cette légende, Saint Pierre de Bœuf doit donc son nom à un enfant arrivé par le Rhône. Nous reviendrons plus tard sur l’importance qu’avait ce fleuve dans la vie de nos aïeux, pour le moment, examinons la maison familiale. On la distingue sur cette carte postale, probablement prise quelques années avant la naissance du rédacteur de ces lignes. Elle se trouve au droit du mot village dans la légende de la carte. Elle est construite au bord de ce qui était la nationale n°86. J’utilise l’imparfait car, si la route existe toujours, elle a été déclassée et est devenue une départementale qui change donc de nom au long de son parcours. Pour la clarté du texte, nous l’appellerons RN86.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sur le cadastre actuel, récupéré sur le site de l‘IGN, Geoportail, dont un extrait est inséré ci-dessous, la maison occupe la parcelle n°242. Sur cette carte, on été tracés, en bleu, l’axe de la rue du milieu, la RN86 en vert, la maison familiale en rouge et, en violet, un bâtiment à la forme atypique.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Napoléon avait ordonné le relevé de plans cadastraux dans tout le pays. C’est en 1830 que celui de Saint Pierre de Bœuf fut dressé. La plus grosse différence entre ces deux plans est l’absence, en 1830, de la RN86. C’est en effet en 1824 qu’il fut décidé d’ouvrir cette voie pour relier Lyon à Nîmes et, en 1830, les travaux n’étaient apparemment  pas encore faits dans le village. Attention, la carte ci-dessous, issue du site des archives départementales, n’est pas orientée au nord, il faut l’imaginer avec une rotation de 67° dans le sens horaire.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

    Les tracés réalisés sur la carte 2013, pivotés pour tenir compte de l’orientation de la carte de 1830, ont été reportés sur celle-ci, en se repérant sur la rue du milieu, autrefois artère principale du village et sur le bâtiment  atypique. On voit clairement que la parcelle sur laquelle la maison familiale a été construite, qui porte le n° 406, est nue. La maison a donc été construite après l’ouverture de la nationale, en bordure de celle-ci et postérieurement à 1830.

    Une autre carte postale, vraisemblablement plus ancienne montre l’artère principale du village, avant la construction de la RN86.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

    On n’ose imaginer ce que serait devenue, avec le trafic d'aujourd'hui, cette voie pittoresque et paisible si la RN86 n’avait pas été construite.

    Nous possédons dans les papiers récupérés à Condrieu, un document qui fourni de précieuses informations sur la maison familiale de Saint Pierre de Bœuf. Il s’agit du contrat de mariage entre Jean Antoine Bonneton, notre arrière grand père et Marie Philomène Paret, qui n’a jamais été appelée autrement que Marguerite.

    Nous sommes en février1884, deux semaines environ avant le mariage et le père de Jean Antoine, lui aussi appelé Jean, est présent avec son épouse Marguerite Favier chez maitre Michoudet , notaire à Saint Pierre de Bœuf. L’acte précise, à l’article 5 que Marguerite Favier fait don au titre du préciput d’une parcelle de terrain d’environ 40m2 sur laquelle Jean, le fils a édifié une construction. 

    Des détails sur cette construction située au midi de l’ancienne sont donnés à l’article 6.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

    Vous avez compris qu’il s’agit de constructions bâties sur la parcelle n°406 du plan de 1830. Marguerite Favier a probablement hérité de ce terrain de son père, mort en 1845. La maison a été construite en deux temps. La première partie construite après 1830 est déjà qualifié d’ancienne en 1884 dans l’acte que nous avons sous les yeux. Est-ce Jean Bonneton père ou  Jean Baptiste Favier, le père de Marguerite qui l’a construite ? Nous ne sommes pas capables de répondre à cette question aujourd’hui. Donc en 1884, ce terrain porte deux maisons, l’ancienne et une plus récente construite par Jean Bonneton  fils. L’acte régularise une situation de fait. Vu de l’extérieur cette construction en deux temps ne se voit guère, la façade ne comporte aucun décrochement. Cependant, si on examine le cadastre vu de dessus on voit bien que la partie située sur la droite est plus courte et si on mesure la surface de cette partie avec l’outil de Geoportail on trouve 39m2, presque exactement ce que le notaire a écrit dans l’acte. Une fois cette adjonction construite, il ne reste du terrain qui jouxtait la maison d’origine qu’une petite cour, située à l’arrière.

    Le couple Jean Bonneton père et Marguerite Favier a eu sept enfants mais cinq moururent en bas âge. Seuls deux survécurent, l’ainé  Jean Antoine, notre arrière grand père, et Marie Françoise marié à  Hyppolyte Giroux qui mourra après huit ans seulement de mariage, sans descendance et dont le nom m’intriguait sur la tombe familiale avant que je m’occupe de généalogie.

    A la disparition de Jean Bonneton le père, c’est apparemment Jean fils qui hérita de la totalité de la maison de Saint Pierre de Bœuf.

    Jean n’eu que deux enfants, Paul, notre grand père, et Marie Louise qui épousa un artisan de Lyon qui réussira dans la carrosserie et qui fut probablement la seule de nos aïeux de cette époque à vivre dans une certaine aisance. Paul mourut un an avant son père, laissant sa veuve avec trois enfants dont une fille à naitre. Comment se passa cette double succession ? Il faudrait rechercher les actes pour le savoir. Il est néanmoins sûr que toute la famille vécut dans la double maison de Saint Pierre de Bœuf. Marie Louise se réservant une chambre où elle n’a jamais mis les pieds. Une fois adulte, Marcel l’ainé des fils de Paul occupa la partie d’origine et Jojo celle construite par son grand père. Nous n’étions pas vraiment au large et les conditions de vie dans cette maison ne correspondaient plus aux attentes de l’époque. C’est ce qui à conduit Jojo à se lancer dans la construction de la maison de Condrieu. Mes souvenirs d’enfance à Saint Pierre de Bœuf sont, malgré tout, ceux d’une époque heureuse. C’est un autre billet qui tentera de vous faire partager cette mémoire.

    Si vous souhaitez consulter en totalité le contrat de mariage entre Jean Antoine Bonneton et Marie Philomène Paret, cliquez sur le lien.


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  • Comme promis, nous voici de retour sur le sujet de l’histoire de la maison familiale de Gencenas pour un troisième et dernier billet, au moins pour le moment.

    Tout au long de ce billet, vous trouverez des extrtaits des actes cités. A la fin, des liens vous permettront d'acceder aux textes complets.

    Vous vous souvenez que lors de l’achat par le couple Claudy Boucher et Amélie Chantelouve de cette maison à leur oncle Jean baptiste Boucher et à sa femme Rosalie, le notaire avait précisé dans l’acte que le terrain sur lequel était construite cette maison était hérité du père de Jean Baptiste et qu’il avait construit, pendant son mariage, la maison qu’il est en train de vendre. Et il faisait référence à un acte reçu chez Camier, notaire à Chavanay en 1871. Etrangement la date exacte n’est pas précisée, un peu comme si ce notaire n’avait fait que cela dans l’année. Plus vraisemblablement, il a simplement noté ce que lui disait le vendeur qui ne se souvenait pas de la date exacte.

    Nous avons, dans la liasse de papiers récupérés à Gencenas, un acte effectivement dressé chez Me Camier, à Chavanay le 17 aout 1871 qui est certainement celui auquel il est fait référence.

    Cet acte  rappelle que, le 23 mai de la même année, Le couple Jean Baptiste Boucher Jeanne a fait don de tous ses biens à ses enfants.

    Ces biens sont détenus par ces enfants depuis cette date, en indivision. L’acte qui va être signé aujourd’hui vise à faire cesser cette indivision en répartissant les biens entre les huit enfants.

    Pour être tout à fait complet, il faut aussi signaler que dès 1869, un premier partage a été réalisé entre Jean Baptiste Boucher, le père, et Jean Baptiste Boucher son fils ainé au titre de préciput, tel que mentionné dans le contrat de mariage entre Jean Baptiste Boucher, le fils, et Rosalie Boucher. Ce terme barbare de préciput désigne la faveur faite à l’ainé des garçons lui garantissant, lors de la succession, un quart de tous les biens à partager. C’est une tradition qui permettait à l’héritier du titre, chez les nobles, de tenir son rang. Lors de ce partage, Jean Baptiste Boucher, le fils ainé, se voit attribuer un certains nombre de parcelles de terrain situées sur la commune de Bessey et, en reprenant les termes du notaire :

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

    8° la totalité de l’angar situé à Gencenas contigü à la maison d’habitation

    9°une parcelle du jardin sis à Gencenas à prendre du coté nord, ayant un peu plus de la moitié de la contenance totale selon les limites plantées par les co-partageants.

    Il est aussi précisé qu’un mur sera construit pour séparer le hangar de la basse cour restant au père. Si le hangar est celui qui se trouvait au bas de la cour en forte pente, je ne me souviens pas qu’un mur le séparait de cette basse cour. Il en va ainsi des promesses faites devant les notaires.

    Revenons maintenant en 1871, pour partager les trois quarts restants. Jean Baptiste Boucher, le père, a soixante six ans. Il a eu avec son épouse, qui a deux ans de moins que lui, huit enfants. Fait exceptionnel pour l’époque, tous ont vécu. Il y a bien eu un décès au foyer du couple, mais c’est celui d’une nièce que j’ai trouvé, en dépouillant systématiquement les actes enregistrés à Bessey. Attardons nous un instant sur cet événement qui nous en apprend un peu plus sur ce qu’était la vie à la campagne au milieu du XIXeme siècle.

    Cette nièce s’appelle Marie et est la fille de Joseph Boucher, le frère de Jean Baptiste qui vit à Saint Paul en Jarez. Elle a trois ans et demi lors de son décès en 1854. Les huit enfants du couple ont cette année là entre 6 et 20 ans, aucun n’est encore marié. Imaginez vous aujourd’hui, avec huit enfants à charge, dont certains en relativement bas âge, héberger un neuvième enfant, même de la famille, que se soit comme nourrice rétribuée ou pour rendre service. On n’hésitait pas à se serrer dans les logements en ce temps là.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    Revenons chez Camier notaire à Chavanay, le 17 aout 1871. Tous les héritiers putatifs de Jean Baptiste Boucher père sont présents, les filles sont accompagnées de leur époux, sauf Rosalie, la future mère d’Amélie Chantelouve qui ne se mariera  qu’en 1875.

    Cet extrait de l’arbre généalogique vous permettra de suivre plus facilement.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

    Et ça commence plutôt mal, au moment d’établir la liste de ces héritiers, deux des filles prétendent s’appeler Marie Rose. En fait, si l’ainée, née en 1834 porte bien se prénom, la seconde a été prénommée Marie, sur l’acte de naissance et c’est son père qui a choisi ce prénom puisque, sur cet acte, il est le déclarant. Et lors de son mariage, cinq ans auparavant, son prénom, Marie, est aussi correctement noté. Mais aujourd’hui, dans l’étude du notaire, tout le monde semble frappé d’amnésie et avoir deux filles portant le même prénom dans la même famille ne semble gêner personne. Et cela ne gêne pas trop le notaire non plus, qui a probablement déjà eu à faire à des situations identiques. Pas contrariant, il ajoute simplement à la suite du prénom de la deuxième Marie Rose, le qualificatif « la jeune ».

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    S’ensuit une description de ces biens mobiliers et immobiliers sur laquelle nous ne nous attarderons pas. Retenons simplement sous le n° 13 de cette masse mobilière, une maison d’habitation au hameau de Gencenas composée d’une cave voutée, d’une cuisine et chambre au dessus avec grenier, fenils et écurie. Au nord de cette maison on trouve un hangar appartenant à Mousset, à l’est un jardin appartenant aussi à Mousset, au sud un bâtiment rural appartenant à Jean Boucher et à l’ouest, le chemin vicinal de Malleval à Pelussin. Cette description correspond exactement à celle de la maison vendue en 1904, exception faite du Jardin qui appartenait, au moins en partie, à Mousset en 1871 et est rattaché à la maison en 1904.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    Ensuite, ce patrimoine est divisé en huit lots, un par enfant héritier. La description inclue les servitudes qui découlent du charcutage de certaines parcelles. La maison d’habitation est traitée séparément mais se trouve finalement dans le cinquième lot. Il est aussi précisé que le gagnant de ce cinquième lot devra réserver une pièce pour le logement du donateur. Pourtant, à son décès en  1888, il vit à tonard, près de Bessey, chez son gendre, le père d’Amélie. Il est aussi précisé dans l’acte de décès de Jean Baptiste qu’il est veuf au moment de sa mort. Pourtant, il n’y a aucune trace de son décès dans les registres de Bessey pour cette période. Auraient-ils profité de leur retraite pour voyager ? L’acte de partage de 1871 précise aussi que l’attribution de la maison au cinquième lot déséquilibre le partage et que le propriétaire de ce lot devra dédommager les autres héritiers.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le tirage au sort attribue à Jean Baptiste Boucher, le futur vendeur de 1904, le lot n° 6, constitué de parcelles de terrain aux alentours de Gencenas, mais rien dans le village lui-même. Le cinquième lot, celui qui contient la maison, est attribué à Jean François. D’obscures dispositions financières sont appliquées pour respecter différents engagements.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    L’ambiance doit être assez tendue. Le notaire note scrupuleusement les débats. On demande que soit tenu compte du fait que Jean Baptiste, le fils ainé a payé un remplaçant pour ne pas effectuer son service militaire. Mais Jean Baptiste objecte que c’est avec son argent que ce remplaçant a été payé et qu’il ne faut donc  pas en tenir compte.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

    Il faut savoir qu’une loi de 1818 instaure un tirage au sort pour désigner les conscrits qui devaient faire cinq ans de service militaire, ce service était même de six ans jusqu’en 1872. Les gens qui en avaient les moyens pouvaient payer un homme pour qu’il prenne la place d’un malheureux au tirage.

    Claudy, le fils de Marie Rose, notre grand père maternel lui aussi tirera vers 1899 un mauvais numéro mais il ne se fera pas remplacer. Son service militaire le conduira jusqu’en Chine pour participer à l’expédition contre  la révolte des Boxers, dans un épisode de l’histoire familiale que nous vous raconterons un jour, lorsque les éléments nécessaires auront été rassemblés.

    Cet aparté militaire étant clos, il est temps de revenir à notre partage. Si vous avez bien suivi, vous savez que Jean Baptiste Boucher, le vendeur de 1904 a hérité, lors du partage réalisé par son père, dans un premier temps au titre de son quart de propriété, de plusieurs parcelles de terrain, du hangar situé près de la maison et d’une partie du jardin, puis dans un deuxième temps, lors du partage du reste, d’autres parcelles de terrain. Mais la maison elle-même a été attribuée, lors de ce partage à Jean François Boucher,  gagnant du lot n° 5 au tirage au sort.

    Jean Baptiste Boucher conservait soigneusement tous ses papiers. Claudy Boucher, chez qui il a vécu la fin de sa vie, en viager, y ajouta les siens et sa veuve, notre grand mère Amélie Chantelouve fit de même. C’est cette liasse de papiers qui m’a fourni la substance de ce billet. J’ai examiné chacun de ces documents. Il y a des quittances, quelques contrats de mariage et de nombreux actes de vente car les paysans de l’époque passaient leur vie à reconstituer un patrimoine de terres cultivables pour le voir impitoyablement charcuté lors des successions. Et aucun de ces actes ne concerne la vente de la maison de Gencenas par Jean François Boucher à son frère  Jean Baptiste.

    Au moment du partage le 17 aout 1871, Jean François est mentionné comme cultivateur propriétaire à Gencenas. Moins de deux semaines plus tard, le 30 aout, il épouse Marie Mounier et déclare être cultivateur au lieu de Morzelas, commune de Malleval. Marie Mounier n’est d’ailleurs pas une inconnue, elle est la veuve de Jean Claude Boucher, dont le fils, Jean François Paul, épousera en 1888 Marie Rose Boucher, la fille de Jean Baptiste, le vendeur de 1904. Relisez le billet précédent sur la maison de Gencenas pour vous rafraichir la mémoire. Les histoires des Boucher donnent décidément le tournis !

    Et ce laborieux billet débouche donc sur une question : que c’est-il passé entre le 17 aout 1871, jour où Jean François Boucher à reçu en partage la maison de Gencenas et le 16 février 1904, jour où Jean Baptiste Boucher vends ce bien à son neveu Claudy ?

    Vous vous souvenez peut-être que le notaire mentionne, dans l’acte de vente de 1904, le partage de 1871, sans en donner la date exacte. Mon sentiment est que jean Baptiste, dont nous sommes absolument certain qu’il avait ce document à portée de main, puisque nous même sommes en mesure de le lire aujourd’hui, ne tenait pas à ce que le notaire en connaisse le contenu exact.

    Si l’un des lecteurs de ce billet est capable de répondre à la question posée juste au dessus, il aura le devoir d’exposer son point de vue dans ce qui sera le quatrième billet sur cette demeure.

    Comme promis, voici les liens vers les textes complets, dans l'ordre chronologique :

    le contrat de mariage entre jean Baptiste Boucher et Rosalie Boucher, avec sur la page 2, l'article 3 qui concerne le préciput

    l'acte de partage de 1869

    l'acte de partage de 1871

    l'acte de vente de 1904, que vous connaissez normalement déjà.


    5 commentaires
  • Billet édité suite au commentaire de Céline. Les adjonctions apparaissent en bleu.

    Comme promis, voici le deuxième billet consacré à la maison familiale des Boucher à Gencenas. C’est l’acte par lequel notre grand père et sa future épouse ont acquis cette maison, qui est la principale source d’information. Mais avant de nous occuper de la maison elle même, intéressons nous quelques instants au village de Gencenas. Ce lieu dit regroupant quelques maisons appartient à la commune de Bessey a mis beaucoup de temps à figer l’orthographe de son nom.

    Lorsque Cassini  relève les premières cartes systématiques du royaume durant la deuxième moitié du XVIIIeme siècle le nom donné est Jeanssena (au centre, juste au dessus de Bessey).

    Gencenas - carte Cassini

    Un peu plus tard, le géographe Granet, vers 1830, lui donne le nom de Jancenay ou Jeancenay car le nom est différent sur la carte d’assemblage et sur le détail de la section !

    La maison familiale de Gencenas (2) le viager

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sur les registres paroissiaux, le nom varie aussi car les curés communiquaient avec leurs ouailles presque exclusivement par voie orale, les lettrés parmi la population étant particulièrement rares. C’est tout de même l’orthographe actuel qu’on retrouve le plus, y compris  sur les premiers actes, vers 1650. La probabilité que se nom provienne d’un patronyme, Jean Cena par exemple, comme pourrait le laisser penser les noms mentionnés sur les premières cartes est donc faible. La vraie origine de ce nom est, au moins pour moi, un mystère. Ce mystère ne doit pas nous empêcher de passer à la suite, c'est-à-dire l’histoire de la maison familiale elle-même.

    L’acte de vente donne bien sûr le nom des vendeurs, le couple Jean Baptiste Boucher et Rosalie Boucher et celui des acheteurs, mes grands parents maternels, Claudy Boucher et Amélie Catherine Chantelouve, telle qu’elle se nomme devant le notaire, le 16 février 1904, quelques jours avant leur mariage à Bessey le 5 mars. Sur ces quatre personnes, trois se nomment Boucher, mais vous devez commencer à avoir l’habitude de l’omniprésence de ce patronyme dans notre environnement familial si vous avez lu les billets précédents de ce blog. Les recherches ne sont pas très longues pour découvrir que les vendeurs sont apparentés à l’acheteur Claudy Boucher. En effet, Jean Baptiste, le vendeur, est son oncle. Un petit coup d’œil à l’extrait de l’arbre ci-dessous vous donnera sans doute une vision plus claire de la situation. Si vous cliquez sur l'image, elle passe en plein écran.

    La maison familiale de Gencenas (2) le viager

    Donc Jean Baptiste Boucher, le vendeur du bien est le frère de Marie Rose Boucher, la mère de Claudy, l’acheteur. Tous deux sont les enfants de Jeanne Boucher, vous savez, celle qui est née du couple formé par Benoit Boucher et Rose Françoise Crotte cinq ans avant leur mariage dont j’ai promis de vous conter l’histoire prochainement.

    Et comme Claudy Boucher et Catherine Emilie Chantelouve sont eux-mêmes cousins germains, c'est une partie du sujet du billet titré "double implexe au pied du Pilat", ils ont les mêmes oncles et tantes dans cette branche de leur ascendance. Catherine Emilie, ou Amélie, au choix, est donc aussi la nièce de Jean Baptiste Boucher (né en 1836) car celui-ci est le frère de Rosalie Boucher (née en 1849) elle même mère de la dite Amélie. Chacun des acheteurs a donc avec Jean Baptiste Boucher, le mari dans le couple vendeur, le même lien de parenté.

    Ce couple de vendeur à eu deux filles : Marie Rose, née en 1865 et Marie Joséphine née en 1867. Marie Joséphine ne vivra que deux mois. Marie Rose épousera en 1888 Jean François Paul Boucher de Malleval. Vous ne rêvez pas, Marie Rose, dont les deux parents portent le nom de Boucher ne trouve rien de mieux à faire que d’épouser, elle aussi, un gaillard nommé Boucher ! Au moment de ce mariage, Rosalie, la mère de la mariée a 44 ans et n’a pas eu d’enfant depuis plus de vingt ans.  Jean François Paul épouse donc la seule héritière du couple qui a quelques biens. Ils auront un enfant, Jean Baptiste Hippolyte, un an après leur mariage. Cet enfant est né à Gencenas et, lors de la déclaration en mairie, Jean François Paul se désigne comme propriétaire cultivateur. De toute évidence, son projet avance comme il le souhaite. Y a t’il eu un problème lors de l’accouchement ? Marie Rose, la maman décède tout juste un mois après la naissance. Le bébé ne lui survivra que quatre mois. Les deux déclarations de décès sont faites par Jean Baptiste Boucher, le père de la mariée défunte et grand père du bébé. Jean François Paul, privé de tout espoir d’héritage puisque son épouse est décédée avant ses beaux parents est-il retourné à Malleval pour repartir dans la vie ?

    Si le travail restant à faire sur nos ascendants directs n’était pas une tâche quasi insurmontable, il serait intéressant de passer un peu de temps sur ce Jean François Paul Boucher. Etait-il apparenté à ses beaux parents ? Qu’est-il devenu ?

    M’avez-vous suivi dans cette historiette consacrée aux vendeurs ou êtes vous définitivement égarés dans ce labyrinthe de personnages presque tous appelés Boucher ? Cela n’a guère d’importance, retrouvons nous en 1904, seize ans après la mort de leur fille aînée, les époux Boucher, sans héritiers, vendent donc leurs biens au neveu de jean Baptiste, mon grand père maternel et à sa future épouse (souvenez vous, elle est en photo avec ses chèvres dans le premier billet consacré à la maison).

    La vente concerne sans doute la totalité de leur patrimoine qui se compose de la maison avec sa basse cour et son jardin, de onze parcelles de terrains situés sur la commune de Bessey ainsi que d’une douzième parcelle située à Morzelas, à cheval sur les communes de Chavanay et de Malleval.

    Le notaire a précisé le nom des propriétaires des parcelles entourant celles de la vente. Pour la maison, au nord, il se nomme Mousset, à l’ouest (couchant), c’est le chemin vicinal de Malleval, Au sud (midi) et à l’est (levant) il s’agit de Boucher. Comme il ne précise pas les prénoms, cela ne nous sert pas à grand-chose. Nous savons néanmoins que la parcelle sud, sur laquelle est construite la remise appartient à un Boucher. Sans doute Beraud l’achètera plus tard et y construira la remise qui gâche la vue.

    L’acte précise ensuite que deux vaches sont aussi vendues avec du matériel agricole, charrue, herse. Il y a aussi six tonneaux, une cuve et un pressoir. Le foin présent en grange est aussi vendu, avec ce qui reste de la récolte précédente de blé et de pommes de terre. Viennent ensuite les meubles : deux lits garnis, une garde robe, un poêle –dont je ne me souviens pas- une table ronde, une commode, un pétrin, une horloge, un placard, une batterie de cuisine, douze chaises et le linge de ménage.

    L’acte précise ensuite l’origine de la propriété.

    La maison familiale de Gencenas (2) le viager

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La maison familiale de Gencenas (2) le viager

     

     

    Voici la transcription de ce texte :

    Les immeubles vendus appartenaient aux époux boucher savoir :

    1° le sol du bâtiment et le jardin pour avoir été recueillis dans la succession du père de M Boucher suivant acte reçu de Me Camier notaire à Chavanay en mil huit cent soixante onze et le bâtiment pour avoir été construit par eux pendant le mariage

    Suit la liste des autres immeubles, des parcelles de terrains situées aux alentours de Gencenas, d’un intérêt moindre pour ce billet, mais sans doute pas pour l’acheteur, puisqu’ils vont lui permettre de gagner sa vie en les exploitant.

    Donc, le vendeur à hérité de son père d’un terrain, en 1871, sur lequel il à construit une maison qu’il se propose de vendre. Je devrais d’ailleurs plutôt utiliser le conditionnel, vous comprendrez pourquoi à la fin de ce billet.

    A la suite de la liste des biens objet de la vente, on apprend que la vente est un viager, les vendeurs se réservant le droit d’occuper la chambre située à droite de la pièce par laquelle on entre dans la maison, appelée cuisine dans l'acte. Il est même prévu de transformer, aux frais des vendeurs, la fenêtre de cette chambre afin de disposer d’un accès indépendant, ce qui ne sera de toute évidence jamais fait, vous pouvez vérifier sur la photo du premier billet consacré à cette demeure, si vous avez un doute. Le reste des conditions de ce viager est ensuite détaillé. Il y a une rente annuelle, le droit d’entreposer leurs provisions de bois, charbon et autres, un espace suffisant à la cave pour y déposer leur vin et leurs pommes de terre.

    Les deux ménages vont donc cohabiter dans la maison jusqu’à la mort des vendeurs.

    Juste après la signature de cette vente, mes grands parents vont se marier. Notons au passage que le maire, plus attentif, rédigera l’acte avec le vrai prénom de la mariée, Catherine Emilie, et non Amélie Catherine comme elle avait dit se nommer au notaire. Je pense que la valse des prénoms était la danse régionale la plus pratiquée et, s’ils se sont rendu compte de la chose au moment où elle se produisait, nos deux jeunes mariés ne sont pas retournés voir le notaire pour corriger les textes.

    Deux ans plus tard, un premier enfant viendra égayer la vie des deux couples habitant la maison. Pour ne pas rompre avec les bonnes habitudes et continuer à empoisonner la vie des futurs généalogistes, il portera comme premier prénom celui de son père, Claudy.

    La mort séparera le couple vendeur en 1909, et Rosalie restera seule à partager la demeure avec mes grands parents. Nous ne connaissons pas la date du décès de Rosalie Boucher, l’acte n’est pas dans ceux mis en ligne par les archives départementales. Il est donc postérieur à 1909, puisque le dernier acte accessible qui concerne justement le décès d u mari de Rosalie précise qu’il était son époux et non veuf.

    Vous vous souvenez peut-être que, plus haut dans ce billet, j’ai promis une explication sur un conditionnel que j’aurais dû utiliser. Voici de quoi il s’agit : l’acte rédigé en 1871 chez Camier, notaire à Chavanay par lequel Jean Baptiste et Rosalie auraient hérité du terrain sur lequel ils auraient construit leur maison fait partie des papiers récupérés que je potasse pendant mes insomnies. Et cet acte raconte une histoire un peu différente. Il contient aussi quelques perles qui nous en apprennent beaucoup sur les mœurs de ce temps.

    N’imaginez pas une seconde que je vais rater une occasion aussi belle de vous infliger un troisième billet sur la demeure familiale de Gencenas.

    Enfin, s’il y a parmi les lecteurs de ce blog des amateurs de charabia notarial, l’acte de vente complet est accessible en suivant le lien.


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