• Après la maison familiale de Gencenas, destination des dimanches de la belle saison, nous allons nous attarder un peu sur celle de Saint Pierre de Bœuf où nous avons vécu, jusqu’au déménagement vers celle de Condrieu en 1961.

    Ce premier billet s’attachera à décrire la maison en tant que bâtiment en essayant d’en retrouver les origines. Il faut commencer par dire quelques mots de ce village, Saint Pierre de Bœuf, et de l’origine de cet étrange nom. Selon la légende, en 1570 lors d’une crue du ruisseau  Arbuel, à Condrieu la ville fut inondée et un enfant, Jean Cellard, ne dut la vie sauve qu’à un bœuf sur le dos duquel il s’accrocha. L’animal, entrainé vers le Rhône, nagea longtemps et ne revint sur la terre ferme que plusieurs kilomètres en aval, près d’un hameau. Les habitants du lieu recueillirent l’enfant et le soignèrent. Il raconta naïvement que durant son voyage, il avait prié Saint Pierre, connu pour avoir marché sur l’eau, de soutenir le bœuf.  Plus tard, devenu maréchal ferrant dans son village d’accueil, il fit placer sur la porte de sa maison un Saint Pierre et un bœuf grossièrement sculptés dans le bois. Les passants prirent l’habitude de nommer l’endroit  du nom de Saint Pierre de Boeuf. Bien entendu, ce n’est pas à dos de bœuf que nous avons fait le chemin inverse, quatre siècles après Jean Cellard, partant de Saint Pierre de Bœuf pour aller à Condrieu.

    Si on en croit cette légende, Saint Pierre de Bœuf doit donc son nom à un enfant arrivé par le Rhône. Nous reviendrons plus tard sur l’importance qu’avait ce fleuve dans la vie de nos aïeux, pour le moment, examinons la maison familiale. On la distingue sur cette carte postale, probablement prise quelques années avant la naissance du rédacteur de ces lignes. Elle se trouve au droit du mot village dans la légende de la carte. Elle est construite au bord de ce qui était la nationale n°86. J’utilise l’imparfait car, si la route existe toujours, elle a été déclassée et est devenue une départementale qui change donc de nom au long de son parcours. Pour la clarté du texte, nous l’appellerons RN86.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sur le cadastre actuel, récupéré sur le site de l‘IGN, Geoportail, dont un extrait est inséré ci-dessous, la maison occupe la parcelle n°242. Sur cette carte, on été tracés, en bleu, l’axe de la rue du milieu, la RN86 en vert, la maison familiale en rouge et, en violet, un bâtiment à la forme atypique.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Napoléon avait ordonné le relevé de plans cadastraux dans tout le pays. C’est en 1830 que celui de Saint Pierre de Bœuf fut dressé. La plus grosse différence entre ces deux plans est l’absence, en 1830, de la RN86. C’est en effet en 1824 qu’il fut décidé d’ouvrir cette voie pour relier Lyon à Nîmes et, en 1830, les travaux n’étaient apparemment  pas encore faits dans le village. Attention, la carte ci-dessous, issue du site des archives départementales, n’est pas orientée au nord, il faut l’imaginer avec une rotation de 67° dans le sens horaire.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

    Les tracés réalisés sur la carte 2013, pivotés pour tenir compte de l’orientation de la carte de 1830, ont été reportés sur celle-ci, en se repérant sur la rue du milieu, autrefois artère principale du village et sur le bâtiment  atypique. On voit clairement que la parcelle sur laquelle la maison familiale a été construite, qui porte le n° 406, est nue. La maison a donc été construite après l’ouverture de la nationale, en bordure de celle-ci et postérieurement à 1830.

    Une autre carte postale, vraisemblablement plus ancienne montre l’artère principale du village, avant la construction de la RN86.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

    On n’ose imaginer ce que serait devenue, avec le trafic d'aujourd'hui, cette voie pittoresque et paisible si la RN86 n’avait pas été construite.

    Nous possédons dans les papiers récupérés à Condrieu, un document qui fourni de précieuses informations sur la maison familiale de Saint Pierre de Bœuf. Il s’agit du contrat de mariage entre Jean Antoine Bonneton, notre arrière grand père et Marie Philomène Paret, qui n’a jamais été appelée autrement que Marguerite.

    Nous sommes en février1884, deux semaines environ avant le mariage et le père de Jean Antoine, lui aussi appelé Jean, est présent avec son épouse Marguerite Favier chez maitre Michoudet , notaire à Saint Pierre de Bœuf. L’acte précise, à l’article 5 que Marguerite Favier fait don au titre du préciput d’une parcelle de terrain d’environ 40m2 sur laquelle Jean, le fils a édifié une construction. 

    Des détails sur cette construction située au midi de l’ancienne sont donnés à l’article 6.

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La maison familiale de Saint Pierre de Bœuf (1)

     

    Vous avez compris qu’il s’agit de constructions bâties sur la parcelle n°406 du plan de 1830. Marguerite Favier a probablement hérité de ce terrain de son père, mort en 1845. La maison a été construite en deux temps. La première partie construite après 1830 est déjà qualifié d’ancienne en 1884 dans l’acte que nous avons sous les yeux. Est-ce Jean Bonneton père ou  Jean Baptiste Favier, le père de Marguerite qui l’a construite ? Nous ne sommes pas capables de répondre à cette question aujourd’hui. Donc en 1884, ce terrain porte deux maisons, l’ancienne et une plus récente construite par Jean Bonneton  fils. L’acte régularise une situation de fait. Vu de l’extérieur cette construction en deux temps ne se voit guère, la façade ne comporte aucun décrochement. Cependant, si on examine le cadastre vu de dessus on voit bien que la partie située sur la droite est plus courte et si on mesure la surface de cette partie avec l’outil de Geoportail on trouve 39m2, presque exactement ce que le notaire a écrit dans l’acte. Une fois cette adjonction construite, il ne reste du terrain qui jouxtait la maison d’origine qu’une petite cour, située à l’arrière.

    Le couple Jean Bonneton père et Marguerite Favier a eu sept enfants mais cinq moururent en bas âge. Seuls deux survécurent, l’ainé  Jean Antoine, notre arrière grand père, et Marie Françoise marié à  Hyppolyte Giroux qui mourra après huit ans seulement de mariage, sans descendance et dont le nom m’intriguait sur la tombe familiale avant que je m’occupe de généalogie.

    A la disparition de Jean Bonneton le père, c’est apparemment Jean fils qui hérita de la totalité de la maison de Saint Pierre de Bœuf.

    Jean n’eu que deux enfants, Paul, notre grand père, et Marie Louise qui épousa un artisan de Lyon qui réussira dans la carrosserie et qui fut probablement la seule de nos aïeux de cette époque à vivre dans une certaine aisance. Paul mourut un an avant son père, laissant sa veuve avec trois enfants dont une fille à naitre. Comment se passa cette double succession ? Il faudrait rechercher les actes pour le savoir. Il est néanmoins sûr que toute la famille vécut dans la double maison de Saint Pierre de Bœuf. Marie Louise se réservant une chambre où elle n’a jamais mis les pieds. Une fois adulte, Marcel l’ainé des fils de Paul occupa la partie d’origine et Jojo celle construite par son grand père. Nous n’étions pas vraiment au large et les conditions de vie dans cette maison ne correspondaient plus aux attentes de l’époque. C’est ce qui à conduit Jojo à se lancer dans la construction de la maison de Condrieu. Mes souvenirs d’enfance à Saint Pierre de Bœuf sont, malgré tout, ceux d’une époque heureuse. C’est un autre billet qui tentera de vous faire partager cette mémoire.

    Si vous souhaitez consulter en totalité le contrat de mariage entre Jean Antoine Bonneton et Marie Philomène Paret, cliquez sur le lien.


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  • Billet édité le 21 janvier 2013, ajout de la transcription des actes. les modifications sont en italiques bleues.

    La lecture du billet, déjà ancien, sur la numérotation Sosa aura appris aux néophytes en généalogie qui fréquentent ce blog que le père d’un individu se voit attribuer un numéro double du sien et sa mère le numéro du père augmenté de un.

    Bien sûr, la règle souffre quelques entorses, en cas d’implexe, puisque une même personne porte plusieurs numéros Sosa, même si la tradition veut qu’on se contente de ne mentionner sur les arbres que le plus petit d’entre eux.

    J’étais bardé de ces certitudes jusqu’au moment ou, remontant une des branches paternelles, l’acte de mariage de Michel Paret, qui porte le n° Sosa 596, avec Françoise Tranchand à Maclas le 5 mai 1695 m'a donné les noms des parents du couple en train de convoler. Il s’agit d’Etienne Paret et de Jeanne Minodier pour l’époux et de Pierre Tranchand et de Florie Robert pour l’épouse. Tout va bien pour celle-ci, ses parents se voient attribuer les n° Sosa 1194 (597 x 2) et 1195. Par contre, le logiciel de gestion que j’utilise me signale qu’il connait déjà un couple Etienne Paret et Jeanne Minodier. Je vérifie si les dates concordent et c’est bien le cas, ce couple apparait déjà dans l’arbre. Ils possèdent même un n° Sosa, ce qui signifie qu’ils sont des ascendants directs. Ca sent l’implexe ! Mais, très vite je me pince pour vérifier que je ne rêve pas. Les n° Sosa donnés à ce couple n’appartiennent pas, comme ceux des parents de l’épouse à la tranche des 1024 à 2047 dans laquelle sont censés se trouver les parents des individus de la tranche des 512 à 1023.Ils portent les n°288 et 289 !

    En voila une histoire de fous, me dis-je. Comment les parents de ce Michel Paret peuvent-ils appartenir à la même génération que ses propres enfants ? En effet, Etienne Paret, le fils de Michel né en 1696 porte le n° Sosa 298, donc dans la même tranche que le père dudit Michel. Après avoir passé de longues heures à chercher quelle erreur j’avais bien pu faire, j’ai enfin compris le fin mot de l’histoire. Il n’y a pas d’erreur, et la seule leçon à tirer de cette situation étonnante  est qu’il faut se méfier comme de la peste de la notion même de génération. Il ne faut pas voir les générations comme des strates superposées d’individus avec  des limites de dates figées.

    Voyons en détail, avec un croquis pour aider la compréhension, la chronologie des événements qui a conduit à ce paradoxe. Un fac-similé des  actes de naissance (baptême) et de mariage est systématiquement inséré à chaque étape, ne serait-ce que pour vous faire juger la difficulté que représente la lecture de certains.

    Sur le croquis, les deux branches qui vont se rejoindre, plus tard pour constituer l’implexe sont séparées par une échelle de temps. Les événements portent un numéro que vous retrouverez ci-dessous. Les mariages  sont en rouge, les naissances en vert.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Acte 1 - Tout commence donc le 5 juin 1666 (voila une date bien démoniaque qui explique sans doute la suite !) à Maclas Etienne Paret épouse Jeanne Minodier ou Mignodier. Voici l’acte de ce mariage rédigé par le curé Deguernon qui n’est pas celui que je préfère, loin s’en faut, pour la lisibilité des actes. Question filiation, l’acte est assez pauvre puisque, en dehors du nom du père du futur époux, Pierre, on n’apprend rien. La seule chose qui pourra peut-être être exploitée est la paroisse d’origine de la future mariée, St Jean de Muzau. Il s’agit vraisemblablement de St Jean de Muzols, village de l’Ardèche. Ce mariage apparait aussi bien à gauche qu’à droite de l’échelle de temps, car il appartient aux deux branches.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le cinquième jour du mois de juin mil six cent soixante six après les fiançailles et la publication faite des bans de mariage d'entre Etienne fils de Pierre Paret de Maclas et Jeanne Mignodier de St Jean de Muzeau diocese de Valence et n'ayant découvert aucun empêchement jay soussigné curé leur ay donné la bénédiction nuptiale et les ay marié selon la forme prescrite par la St mere l'église en présence de M Louis Alléon et Antoine Donnet marchand de Maclas

    Acte 2 - Le 23 mai 1670, toujours à Maclas, le couple a un enfant auquel il donne le prénom de Michel. Nous sommes sur la partie droite du croquis.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le vingt troisième jour du mois de may mil six cent septante a été baptisé par moi soussigné Michel fils a Etienne paret et Jeanne Minodier du village d'Andrivaux. furent parrain Michel Paret d'Ichemaille paroisse de St Pal de Mons et marraine Benoite Noir de Maclas en présence de Marc ??? et de Claude Fove qui avec les parrain et marraine ont déclaré ne savoir signer enquis suivant ordonnance

    Acte 3 - Le 20 juillet 1674, le couple, qui vit toujours à Maclas, a un autre enfant qui portera le prénom d’André.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce 20 juillet 1674 a été baptisé André Paret fils légitime d'Estienne Paret et de Jeanne Minaudier du lieu de Maclas son parrain Me Garrinand notaire royal sa marraine Loreyse Garrinand dudit lieu en présence de Jean Jeury et Jean Antoine Garrinand soussignés

    Acte 4 - Le 3 mai 1695, Michel, l’ainé des fils, épouse à Maclas Françoise Tranchand. Il a alors 25 ans. L’acte de mariage nous apprend qu’il est meunier aux Andrivaux, paroisse de Maclas. Il y a aux Andrivaux un ruisseau, le Faven qui alimentait sans doute le moulin de Michel.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le troisième may mil six cent nonante cinq après les fiançailles et la publication des bans  de mariage d'entre Michel Paret mounier des andrivaux paroisse de Maclas fils légitime d'Estienne Paret et de Jeanne Minodier époux d'une part et Françoise Tranchand fille légitime à défunt Pierre Tranchand et de Florie Robert du lieu de Boeuf ne s'étant découvert aucun empêchement de part ni d'autre je leur ay baillé la bénédiction nuptiale présent Jean Faure prud'homme de Maclas Anthoine Merle marchand de Boeuf et Claude Giraud, de Boeuf, Claude Robert qui ne sait signer avec Estienne Paret qui ne sait signer ny de ce enquis


    Acte 5 - Le  23 mars 1696,  moins d’un an après le mariage, un enfant nait au foyer de Michel Paret et Françoise Tranchand, toujours à Maclas. Pour faire original, on lui donne le prénom du grand père, Etienne.

    De Maclas à Lupé, au fil capricieux du temps

     

     

     

     

     

     

     

    Le vingtième mars mil six cent nonante six a été baptisé Estienne Paret fils légitime à autre Michel et à Françoise Tranchand du lieu des andrivaux naqui le dix neuvième dudit mois ont été parrain André Paret et Catherine Tranchand paroisse de St Pierre de Boeuf témoins Jean Paret de Colombier et Jean Perret d'Eperdussin, tous illettrés.

    Acte 6 - Le 27 février 1713, André épouse à Veranne Claudine Oriol. Notez qu’il a alors 38 ans. Etienne, le fils de son frère Michel a déjà 17 ans. André est meunier lui aussi mais à loye, un lieu dit de la commune de Veranne où coule le ruisseau de la Plode qui faisait peut-être tourner le moulin d’André. Ce ruisseau se jette dans le Faven et l’eau qui fait tourner la roue du moulin d’André, coule ensuite jusqu’à celui de son frère Michel. L’épouse d’André, Claudine Oriol est fille d’un tailleur d’habits.

     

    Le vingt septième février mil sept cent treize jay donné la benediction nuptiale à André Paret  munier du lieu de loye fils légitime de défunt Estienne Paret et Jeanne Minaudier et Claudine Oriol aussi fille légitime de Jean Oriol tailleur d'habits du lieu de vilette paroisse de Colombier, et de défunte Florie Bernou par contrat reçu par Me Camier notaire royal de la paroisse de St Appolinard après les trois proclamations sans qu'il n'aye apparu aucun empêchement canonique et la remise de messire Veyre vicaire à Colombier présents Messire Jean Baptiste Dupin de St Genest Mallifaux vicaire au lieu maulieu la noucrie de miserie, Pierre Chieze du moulin meat paroisse de Colombier Jean panel, Antoine Panel, Jean Paret laboureurs de Loye illetrès de ce enquis ay signé Jean Dumas.

    Acte 7 - Le 8 février 1718, Etienne, le fils de Michel, âgé de 22 ans épouse à Maclas Louise Choron. 

     Ce huitième février mil huit cent dix huit après les fiançailles et la publication des bans entre Etienne Paret fils légitime de défunt  Michel Paret des andrivaux paroisse de Maclas et de vivante Françoise Tranchand d'une part et Louise Choron fille légitime à Anthoine Choron d'Eperdussin et de Catherine Basset d'autre ne s'étant découvert aucun empêchement après ??? s'être confessé et communié et leur ay donné la bénédiction nuptiale en présence d'André Paret de Veranne de Jean Perret d'Eperdussin, Claude Paret ??? de Jean Choron dudit Eperdussinqui a signé non les autres pour ne savoir enquis

    Acte 8 - Le 12 mars 1722, André Paret et Claudine Oriol ont un fils. Ils lui donnent le prénom de Pierre. le couple est toujours installé à Veranne.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le douzième mars 1722 a été baptisé Pierre Paret fils légitime d'André Paret et de Claudine Oriol ses père et mère mariès Ses parrain et marraine ont étés Pierre Linocier laboureur de miserieux paroisse de Colombier et Louise Choron des andrivaux paroisse de Maclas en présence de Pierre Pessonnel et de Jean Chana illettrés.

    Acte 9 - Moins d’un an après la naissance de Pierre, le 1er février 1723, une fille nait au foyer d’Etienne Paret et de Louise Choron à Maclas. Elle s’appellera Françoise.

     

     

     

     

     

     

     

    Le premier février mil sept cent vingt trois a été baptisé Françoise Paret fille légitime d'Etienne meunier des andrivaux et Louise Choron, le parrain a été Jean Choron d'eperdussin la marraine Benoite Paret en présence d'Anthoine Choron ??? qui n'ont su signer enquis. signé Choron parrain

    Acte 10 - Le 7 février 1747, Françoise Paret épouse Etienne Guillot à Luppé. Elle a tout juste 24 ans. Son époux, Etienne Guillot est sans doute plus âgé puisqu’il est veuf de Benoite Tranchand. Je n’ai pas encore cherché où et quand il est né. L’acte de mariage ne précise pas sa profession.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Estiene Guillot du lieu de la ratte paroisse de Luppé relaissé de Benoite Tranchand époux d'une part et Françoise Paret fille légitime d'Estiene paret meunier des andrivaux paroisse de Maclas et de défunte Louise Choron d'autre part ayant été proclamé troisfois canoniquement à Luppé et à Maclas comme apert par la remise de Mr le curé de Maclas signé mathivet signée de ce jour sans avoir apparu aucun empêchement civil ny canonique je les ay unis par le sacrement du mariage ce jourd'hui septième février mil sept cent quarante sept en présence de Baptiste Combe, de Claude celard, de Michel Peissonneau et de André Basset tous de Luppé lesquels n'ont su signer non plus que l'époux et l'épouse de ce enquis

    Acte 11 - On ne perd pas de temps chez les descendants de Michel Paret, Simon nait le 13 mars 1748 au foyer d’Etienne Guillot et de Françoise Paret, à Lupé.

     







     

    Simon Guillot fils légitime d'Etienne Guillot et de Françoise Paret de Luppé né hier a été baptisé ce jourd'huy quatorzième mars mil sept cent quarante huit Le parrain a été Simon Guillot son oncle et la marraine Marie Celard fame d'Etienne Paret son grand père en présence de Claude Celard et de Baptiste Combe illiterez enquis

    Acte 12 - Du coté des descendants d’André, les choses vont moins vite et Pierre Paret, son fils a 36 ans lorsqu’il épouse Magdelaine Chanal, à Lupé le 30 janvier 1759. Pierre Paret est vigneron à Veranne sur son acte de mariage. Le couple s’installe à Lupé, puisque c’est là que naitront leurs enfants.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pierre Paret vigneron du lieu de L'oye paroisse de Veranne fils légitime de défunts André Paret et Claudine Oriol âgé d'environ trente ans d'une part et Magdelaine Chanal aussi fille légitime de défunt Pierre Chanal vigneron du lieu de la ratte paroisse de Luppé et de vivante Blandine Dervieux d'autre part âgée d'environ vingt quatre ans. les dites parties ayant été publiées trois fois à la messe paroisile de Luppé sans qu'il ait paru aucun empêchement et vû la remise du sieur curé de Veranne en date du 23e janvier 1759 et celle de monsieur le vicaire de Maclas contenant commission en date du 30e janvier 1759 signé mathivet vicaire ont reçu la bénédiction nuptiale ce jourd'huy trentième janvier mil sept cent cinquante neuf dans l'église de Luppé procédant le dit époux comme majeur et la dite épouse de l'autorité de sa mère et autres parents par acte reçu ?? notaire ont été présents Jean et Michel Paret frère de l'époux du dit lieu de loye Etienne Guillot et Joseph Darnon dudit lieu de la ratte les dits Jean et Michel ont signé et les autres ainsi que les parties ont déclaré ne le savoir faire

    Acte 13 - C’est donc à Lupé que va naître le 11 juillet 1768 Pierre, le fils de Pierre (si, si) et de Magdelaine Chanal.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pierre fils légitime à Pierre Paret et à Magdelaine Chanal mariés du lieu de la ratte  paroisse de Lupé est né et a été baptisé le onze du mois de juillet mil sept cent soixante huit son parrain a été Sieur Pierre Donnet chirurgien du lieu de Maclas sa marraine demoiselle Antoinette Chalon son épouse. Ont été présents Joseph Reynaud du lieu de montagnon ?? dudit Lupé illettrés ???

    Acte 14 - Simon Guillot, qui a alors 24 ans épouse Marie Clément le 25 janvier 1773 à Lupé. La profession de Simon n’est pas mentionnée. Marie est fille de laboureur. Le laboureur n’est propriétaire que de ses bœufs.  Il laboure la terre des autres.













    1.  

    Simon Guillot du lieu de la ratte paroisse de Lupé fils légitime de défunt Etienne Guillot et de vivante Françoise Paret d'une part et Marie Clément fille légitime de Pierre Clément laboureur demeurant au lieu de bontems paroisse de St Julien et de défunte Marie Torgue ayant été publiés trois fois tant dans l'église paroissiale dudit Lupé que dans celle dudit St Julien ainsi qu'il conste par le certificat du sieur curé en date du vingt quatre du ?? sans avoir découvert aucun empêchement ont reçu la bénédiction nuptiale le vingt cinq janvier mil sept cent septante trois en présence Pierre Linossier soussigné ami de l'époux de Jean Linossier père dudit Pierre du lieu de la poulailere de Joseph et Jean Dervieu dudit lieu de la ratte qui ont déclaré aussi l'épouse ne savoir signer de ce enquis

    Acte 15 - Le 2 avril 1774, Françoise, fille de Simon Guillot et de Marie Clément nait à Lupé.

     

     

     

     

     

     

     

    Françoise fille légitime de  simon Guillot et de Marie Clément mariès du lieu de la ratte paroisse de Lupé est née le second et a été baptisée le trois du mois d'avril mil sept cent septante quatre son parrain a été Pierre Clément du lieu de bontems paroisse de St Julien son grand père et sa marraine Françoise Paret sa grand mère Ont été présents Antoine Paret du lieu des andrivaux paroisse de Maclas soussigné ??? et jean Molin de la poulailere paroisse dudit Lupé illetrés que la marraine de ce enquis

    Acte 16 (fin) - Voila le dénouement. Françoise Guillot et Pierre Paret vivent tout deux à Lupé. Lui à 29 ans, elle en a 24. Savent-ils qu’ils ont un ancêtre commun ? En tout cas ils se marient le 1er ventôse de l’an six de la république (19 février 1798). Bien des choses ont changé pendant le siècle qu’a duré cette histoire. On a raccourci pas mal d’habitants du pays et, moins grave pour l’espérance de vie nationale mais très important pour les futurs généalogistes,  les maires sont en charge de la tenue de l’état civil en lieu et place des curés.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Aujourd'hui premier ventôse an six de la république sur les neuf heures du matin par devant moi François Bourdier agent municipal de la commune de Lupé canton de Boeuf département de la Loire suppléant l'officier public à l'effet de constater naissance, mariage et décès des citoyens sont comparus en la maison commune dudit Lupé pour contracter mariage d'une part Pierre Paret âgé de trente ans vigneron domicilié au lieu de la ratte sur dite commune fils de défunt Pierre et de vivante Magdelaine Chanal; d'autre part Françoise Guillot âgée de vingt quatre ans fille de vivant Simon vigneron au lieu dit de la ratte et de feu Marie Clément lesquels futurs conjoints étaient accompagnés de Laurent Faure tisserand du lieu de belin, oncle paternel par alliance de la future âgé de quarante trois ans; de Pierre Ducret aussi tisserand du lieu de la ratte âgé de quarante deux ans; de Jean Chorein vigneron du lieu de granger et de Jean Dervieu aussi vigneron du lieu de la ratte âgé de trente huit ans; moi François Bourdier, agent municipal après avoir fait lecture en présnce des partioes et desdits témoins de l'acte de naissance dudit Pierre Paret en date du onzième juillet mil sept cent soixante huit né dans cette commune du mariage légitime entre feu Pierre Paret et Magdelaine Chanal ci-essus dénomée; de l'acte de naissance de la dite Françoise Guillot en date du deuxième avril mil sept cent septante quatre née dans cette commune du mariage légitime entre vivant Simon Guillot et feu Marie Clément ci-dessus dénomée; de l'acte de publication des promesses de mariage entre les futurs conjoints dressé par moi François Bourdier agent municipal le vingt deux pluviose dernier affiché lez même jour à la porte de la maison commune dudit Lupé; après que Pierre Paret et Françoise Guillot ont eu déclaré à haute voix se prendre mutuelement pour époux, j'ai prononcé au nom de la loi qu'ils sont unis en mariage et j'ai rédigé le présent que j'ai signé avec les trois premiers témoins nommés non le dernier pour ne le savoir faire de ce enquis. Fait à Lupé maison commune jour, mois et ans ci-dessus

    Voila, si vous avez bien suivi vous savez que Pierre Paret, le jeune marié du 1er Ventôse est l’arrière petit fils du couple Etienne Paret – Jeanne Minodier et que Françoise Guillot, son épouse, a aussi ce couple comme aïeuls, deux générations plus loin.

    En terme d’implexe, cet apparentement prive les enfants du couple constitué par Pierre Paret et Françoise Guillot de deux aïeux au sixième niveau où ils sont normalement 64, ce qui donne 3,125%. Et pour le Sosa 1, rédacteur de ce texte, dont le couple est ascendant au niveau 4, l’implexe est donc de 3,125/4 soit 0,78125%. Il faut ajouter cet implexe à celui provoqué par le double mariage entre cousins (au pied du Pilat) dont je vous rappelle qu’il était de 18,75%. Le total fait donc 19,53125%. Nous mettrons bientôt à jour cet implexe, car, dans deux autres cas, au stade où j’en suis de mes recherches, il y a eu mariage entre apparentés. Pour vous tenir un peu en haleine, je peux déjà vous dire qu’un de ces deux cas devrait vous intéresser.


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  • L’inscription sur les registres de l’état civil des nouveaux nés est aujourd’hui une formalité accomplie par les maternités, dans laquelle les parents ne sont en rien impliqués, en dehors du fait qu’ils choisissent le prénom de leur enfant. Ce ne fut pas toujours le cas et, au moins jusqu’au début du XX eme siècle, c’est généralement le père, qui allait, tout fier, en mairie pour faire la déclaration d’une naissance. Il devait aussi présenter physiquement le nouveau né, afin que l’officier d’état civil constate son existence. De même, lors d’un décès, l'officier devait se déplacer au domicile du défunt et, suivant la formule pré imprimée dans les registres, « s’assurer du décès » de la personne. La nécessité de présenter physiquement les nouveaux nés impliquait pour certaines familles de longues distances à parcourir dans des conditions de confort qui n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Lors des froides journées d’hiver, cela a probablement contribué à cette mortalité infantile des siècles passés qui nous bouleverse lorsqu’on parcourt les registres.

    Contrairement à cette  tradition, lorsque Jeanne nait, en mars 1807 à Chezenas, hameau situé sur les hauteurs de Saint Pierre de Bœuf, ce n’est pas son père qui va en mairie pour déclarer sa naissance. C’est Henry Crotte, père de Rose, la maman du nouveau né, qui fait les deux kilomètres qui séparent sa maison de la mairie de Saint Pierre de Bœuf, à pied ou en charrette.

    Car Rose, qui d’ailleurs est prénommée Rose Françoise sur son acte de baptême, est une mère célibataire. Bien que la révolution ait enlevé aux curés la mission de gérer les registres de naissances, le poids social d’une telle situation pouvait être assez lourd. Le père du nouveau né est connu, il se nomme Benoit Boucher et habite aussi le hameau de Chezenas. Gageons que dans un petit groupe d’habitations comme  celui-ci, le secret des amours de Rose et Benoit devait être bien difficile à garder, avant même que le ventre de Rose s’arrondisse. Benoit est d’ailleurs allé voir, un mois avant la naissance, le trente janvier exactement, Me Mathis, notaire à Malleval, pour faire dresser un acte dans lequel il reconnait la paternité de l’enfant à venir. Henry Crotte, le déclarant, montre ce document au maire qui en consigne l’existence dans l’acte de naissance. Voici cet acte et sa transcription.

    Jeanne, enfant de l'amour

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Dix huit cent sept le cinq du mois de mars, sur les six heures le soir par devant moi, maire de la commune de St Pierre de Bœuf soussigné remplissant les fonctions d’officier de l’état civil de la dite commune canton de Pelussin, arrondissement de St Etienne ont comparu Henry Crotte cultivateur domicilié à Chezenas commune de Bœuf lequel en vertu de la procuration spéciale et authentique de Benoit Boucher aussi cultivateur au dit lieu de Chezenas insérée  dans un acte d’aveu de paternité par lui passé et dressé par Me Mathis notaire en la résidence de Malleval le trente janvier dix huit cent sept enregistré et qui en a gardé minute nous a déclaré que le jour d’hier   sur les une heure après midi, Rose Crotte sa fille a accouché dans sa maison de Chezenas d’un enfant naturel de sexe féminin, lequel enfant il nous a présenté et auquel il donne les noms et prénoms de Jeanne Boucher. Les déclarations et présentations faites en présence de Pierre Boucher aussi cultivateur domicilié au lieu dit de Chezenas commune de Bœuf, oncle paternel du dit Benoit Boucher âgé de quarante six ans et de Pierre Peyssonneau vigneron âgé de soixante cinq ans tous domiciliés au dit Bœuf. Et ont le dit déclarant et témoins déclarés ne savoir écrire ni signer de ce enquis par nous, maire qui avons signé de suite le tout après lecture faite.

    Ce n’est qu’en 1812, le 28 juillet, que Benoit et Rose passeront devant le maire pour contracter mariage. La présence d’un enfant, Jeanne, né avant ce mariage, est mentionnée dans l’acte dressé à cette occasion. Il s’est donc passé plus de cinq ans entre la naissance de Jeanne et le mariage de ses parents.

    Tenter de reconstruire l’histoire de nos aïeux, consiste presque toujours à bâtir des hypothèses à partir des informations contenues dans les documents que nous avons sur eux, puis à tenter de les vérifier. Cette attente de cinq ans, entre 1807 et 1812 devrait normalement ouvrir dans votre mémoire un tiroir dans lequel vous avez rangé, il y a fort longtemps peut-être, les dates d’une leçon d’histoire consacrée à une période particulièrement riche de celle-ci.

    Vous y êtes ? Napoléon Bonaparte s’est sacré Empereur lui-même le 2 décembre 1804 et il continue comme empereur, les conquêtes commencées comme premier consul. En 1807, au début de la période qui nous intéresse, il bataille à l’est de l’Europe et gagne à Friedland, en 1812, quelques mois après que Benoit Boucher ait réapparu et se soit marié avec Rose, Moscou brule et la Grande Armée commence la désastreuse retraite qui va la détruire et redonner espoir aux monarques européens défaits par le général corse. Benoit Boucher a-t‘il été impliqué dans cette épopée ? Son âge et les dates sont troublants et, sauf exemption, il n’avait aucune chance d’échapper au service rendu obligatoire par la loi Jourdan-Delbrel de 1798.

    Quelques recherches vont bien sûr devoir être faites pour confirmer, ou infirmer, cette hypothèse.

    En particulier, le notaire chez qui Benoit est allé reconnaitre sa paternité a déposé ses archives au département. La lecture de ce document nous en permettra peut-être d’en savoir un peu plus sur ses projets.

    Nous devrions donc reparler, un jour, de Benoit Boucher. Malheureusement, je ne vois pas comment on pourrait alimenter un deuxième billet sur Rose, elle aussi victime du cruel déséquilibre de traitement entre les sexes.

    Rose et Benoit auront d’autres enfants, mais c’est bien de Jeanne que nous descendons, elle est l’arrière-arrière-grand-mère des enfants de Jojo et Fernande. Puisse le fait que coule dans nos veines un peu du sang de Jeanne, dont la vie commença hors des sentiers battus,  nous inciter à fuir tout conformisme.

    La conclusion de ce billet va maintenant en expliquer le titre : « Jeanne, enfant de l’amour ».

    Nous avons vu à plusieurs reprises en examinant le passé de nos aïeux que les questions de patrimoine expliquaient bien des comportements. Ces si fréquents mariages entre apparentés visaient aussi à préserver un cadre social dans lequel les parents se sentaient en sécurité. Nous sommes au moins certain que la liaison entre Rose et Benoit, dont Jeanne fut le fruit, n’était en rien arrangée par leurs parents mais bien due à une sincère attirance que j’ai décidé d’appeler amour, pour faire plus romantique.


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  • Comme promis, nous voici de retour sur le sujet de l’histoire de la maison familiale de Gencenas pour un troisième et dernier billet, au moins pour le moment.

    Tout au long de ce billet, vous trouverez des extrtaits des actes cités. A la fin, des liens vous permettront d'acceder aux textes complets.

    Vous vous souvenez que lors de l’achat par le couple Claudy Boucher et Amélie Chantelouve de cette maison à leur oncle Jean baptiste Boucher et à sa femme Rosalie, le notaire avait précisé dans l’acte que le terrain sur lequel était construite cette maison était hérité du père de Jean Baptiste et qu’il avait construit, pendant son mariage, la maison qu’il est en train de vendre. Et il faisait référence à un acte reçu chez Camier, notaire à Chavanay en 1871. Etrangement la date exacte n’est pas précisée, un peu comme si ce notaire n’avait fait que cela dans l’année. Plus vraisemblablement, il a simplement noté ce que lui disait le vendeur qui ne se souvenait pas de la date exacte.

    Nous avons, dans la liasse de papiers récupérés à Gencenas, un acte effectivement dressé chez Me Camier, à Chavanay le 17 aout 1871 qui est certainement celui auquel il est fait référence.

    Cet acte  rappelle que, le 23 mai de la même année, Le couple Jean Baptiste Boucher Jeanne a fait don de tous ses biens à ses enfants.

    Ces biens sont détenus par ces enfants depuis cette date, en indivision. L’acte qui va être signé aujourd’hui vise à faire cesser cette indivision en répartissant les biens entre les huit enfants.

    Pour être tout à fait complet, il faut aussi signaler que dès 1869, un premier partage a été réalisé entre Jean Baptiste Boucher, le père, et Jean Baptiste Boucher son fils ainé au titre de préciput, tel que mentionné dans le contrat de mariage entre Jean Baptiste Boucher, le fils, et Rosalie Boucher. Ce terme barbare de préciput désigne la faveur faite à l’ainé des garçons lui garantissant, lors de la succession, un quart de tous les biens à partager. C’est une tradition qui permettait à l’héritier du titre, chez les nobles, de tenir son rang. Lors de ce partage, Jean Baptiste Boucher, le fils ainé, se voit attribuer un certains nombre de parcelles de terrain situées sur la commune de Bessey et, en reprenant les termes du notaire :

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

    8° la totalité de l’angar situé à Gencenas contigü à la maison d’habitation

    9°une parcelle du jardin sis à Gencenas à prendre du coté nord, ayant un peu plus de la moitié de la contenance totale selon les limites plantées par les co-partageants.

    Il est aussi précisé qu’un mur sera construit pour séparer le hangar de la basse cour restant au père. Si le hangar est celui qui se trouvait au bas de la cour en forte pente, je ne me souviens pas qu’un mur le séparait de cette basse cour. Il en va ainsi des promesses faites devant les notaires.

    Revenons maintenant en 1871, pour partager les trois quarts restants. Jean Baptiste Boucher, le père, a soixante six ans. Il a eu avec son épouse, qui a deux ans de moins que lui, huit enfants. Fait exceptionnel pour l’époque, tous ont vécu. Il y a bien eu un décès au foyer du couple, mais c’est celui d’une nièce que j’ai trouvé, en dépouillant systématiquement les actes enregistrés à Bessey. Attardons nous un instant sur cet événement qui nous en apprend un peu plus sur ce qu’était la vie à la campagne au milieu du XIXeme siècle.

    Cette nièce s’appelle Marie et est la fille de Joseph Boucher, le frère de Jean Baptiste qui vit à Saint Paul en Jarez. Elle a trois ans et demi lors de son décès en 1854. Les huit enfants du couple ont cette année là entre 6 et 20 ans, aucun n’est encore marié. Imaginez vous aujourd’hui, avec huit enfants à charge, dont certains en relativement bas âge, héberger un neuvième enfant, même de la famille, que se soit comme nourrice rétribuée ou pour rendre service. On n’hésitait pas à se serrer dans les logements en ce temps là.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    Revenons chez Camier notaire à Chavanay, le 17 aout 1871. Tous les héritiers putatifs de Jean Baptiste Boucher père sont présents, les filles sont accompagnées de leur époux, sauf Rosalie, la future mère d’Amélie Chantelouve qui ne se mariera  qu’en 1875.

    Cet extrait de l’arbre généalogique vous permettra de suivre plus facilement.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

    Et ça commence plutôt mal, au moment d’établir la liste de ces héritiers, deux des filles prétendent s’appeler Marie Rose. En fait, si l’ainée, née en 1834 porte bien se prénom, la seconde a été prénommée Marie, sur l’acte de naissance et c’est son père qui a choisi ce prénom puisque, sur cet acte, il est le déclarant. Et lors de son mariage, cinq ans auparavant, son prénom, Marie, est aussi correctement noté. Mais aujourd’hui, dans l’étude du notaire, tout le monde semble frappé d’amnésie et avoir deux filles portant le même prénom dans la même famille ne semble gêner personne. Et cela ne gêne pas trop le notaire non plus, qui a probablement déjà eu à faire à des situations identiques. Pas contrariant, il ajoute simplement à la suite du prénom de la deuxième Marie Rose, le qualificatif « la jeune ».

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    S’ensuit une description de ces biens mobiliers et immobiliers sur laquelle nous ne nous attarderons pas. Retenons simplement sous le n° 13 de cette masse mobilière, une maison d’habitation au hameau de Gencenas composée d’une cave voutée, d’une cuisine et chambre au dessus avec grenier, fenils et écurie. Au nord de cette maison on trouve un hangar appartenant à Mousset, à l’est un jardin appartenant aussi à Mousset, au sud un bâtiment rural appartenant à Jean Boucher et à l’ouest, le chemin vicinal de Malleval à Pelussin. Cette description correspond exactement à celle de la maison vendue en 1904, exception faite du Jardin qui appartenait, au moins en partie, à Mousset en 1871 et est rattaché à la maison en 1904.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    Ensuite, ce patrimoine est divisé en huit lots, un par enfant héritier. La description inclue les servitudes qui découlent du charcutage de certaines parcelles. La maison d’habitation est traitée séparément mais se trouve finalement dans le cinquième lot. Il est aussi précisé que le gagnant de ce cinquième lot devra réserver une pièce pour le logement du donateur. Pourtant, à son décès en  1888, il vit à tonard, près de Bessey, chez son gendre, le père d’Amélie. Il est aussi précisé dans l’acte de décès de Jean Baptiste qu’il est veuf au moment de sa mort. Pourtant, il n’y a aucune trace de son décès dans les registres de Bessey pour cette période. Auraient-ils profité de leur retraite pour voyager ? L’acte de partage de 1871 précise aussi que l’attribution de la maison au cinquième lot déséquilibre le partage et que le propriétaire de ce lot devra dédommager les autres héritiers.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le tirage au sort attribue à Jean Baptiste Boucher, le futur vendeur de 1904, le lot n° 6, constitué de parcelles de terrain aux alentours de Gencenas, mais rien dans le village lui-même. Le cinquième lot, celui qui contient la maison, est attribué à Jean François. D’obscures dispositions financières sont appliquées pour respecter différents engagements.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

    L’ambiance doit être assez tendue. Le notaire note scrupuleusement les débats. On demande que soit tenu compte du fait que Jean Baptiste, le fils ainé a payé un remplaçant pour ne pas effectuer son service militaire. Mais Jean Baptiste objecte que c’est avec son argent que ce remplaçant a été payé et qu’il ne faut donc  pas en tenir compte.

    La maison familiale de Gencenas (3) : mystère dans l'étude du notaire

     

     

     

     

     

     

     

    Il faut savoir qu’une loi de 1818 instaure un tirage au sort pour désigner les conscrits qui devaient faire cinq ans de service militaire, ce service était même de six ans jusqu’en 1872. Les gens qui en avaient les moyens pouvaient payer un homme pour qu’il prenne la place d’un malheureux au tirage.

    Claudy, le fils de Marie Rose, notre grand père maternel lui aussi tirera vers 1899 un mauvais numéro mais il ne se fera pas remplacer. Son service militaire le conduira jusqu’en Chine pour participer à l’expédition contre  la révolte des Boxers, dans un épisode de l’histoire familiale que nous vous raconterons un jour, lorsque les éléments nécessaires auront été rassemblés.

    Cet aparté militaire étant clos, il est temps de revenir à notre partage. Si vous avez bien suivi, vous savez que Jean Baptiste Boucher, le vendeur de 1904 a hérité, lors du partage réalisé par son père, dans un premier temps au titre de son quart de propriété, de plusieurs parcelles de terrain, du hangar situé près de la maison et d’une partie du jardin, puis dans un deuxième temps, lors du partage du reste, d’autres parcelles de terrain. Mais la maison elle-même a été attribuée, lors de ce partage à Jean François Boucher,  gagnant du lot n° 5 au tirage au sort.

    Jean Baptiste Boucher conservait soigneusement tous ses papiers. Claudy Boucher, chez qui il a vécu la fin de sa vie, en viager, y ajouta les siens et sa veuve, notre grand mère Amélie Chantelouve fit de même. C’est cette liasse de papiers qui m’a fourni la substance de ce billet. J’ai examiné chacun de ces documents. Il y a des quittances, quelques contrats de mariage et de nombreux actes de vente car les paysans de l’époque passaient leur vie à reconstituer un patrimoine de terres cultivables pour le voir impitoyablement charcuté lors des successions. Et aucun de ces actes ne concerne la vente de la maison de Gencenas par Jean François Boucher à son frère  Jean Baptiste.

    Au moment du partage le 17 aout 1871, Jean François est mentionné comme cultivateur propriétaire à Gencenas. Moins de deux semaines plus tard, le 30 aout, il épouse Marie Mounier et déclare être cultivateur au lieu de Morzelas, commune de Malleval. Marie Mounier n’est d’ailleurs pas une inconnue, elle est la veuve de Jean Claude Boucher, dont le fils, Jean François Paul, épousera en 1888 Marie Rose Boucher, la fille de Jean Baptiste, le vendeur de 1904. Relisez le billet précédent sur la maison de Gencenas pour vous rafraichir la mémoire. Les histoires des Boucher donnent décidément le tournis !

    Et ce laborieux billet débouche donc sur une question : que c’est-il passé entre le 17 aout 1871, jour où Jean François Boucher à reçu en partage la maison de Gencenas et le 16 février 1904, jour où Jean Baptiste Boucher vends ce bien à son neveu Claudy ?

    Vous vous souvenez peut-être que le notaire mentionne, dans l’acte de vente de 1904, le partage de 1871, sans en donner la date exacte. Mon sentiment est que jean Baptiste, dont nous sommes absolument certain qu’il avait ce document à portée de main, puisque nous même sommes en mesure de le lire aujourd’hui, ne tenait pas à ce que le notaire en connaisse le contenu exact.

    Si l’un des lecteurs de ce billet est capable de répondre à la question posée juste au dessus, il aura le devoir d’exposer son point de vue dans ce qui sera le quatrième billet sur cette demeure.

    Comme promis, voici les liens vers les textes complets, dans l'ordre chronologique :

    le contrat de mariage entre jean Baptiste Boucher et Rosalie Boucher, avec sur la page 2, l'article 3 qui concerne le préciput

    l'acte de partage de 1869

    l'acte de partage de 1871

    l'acte de vente de 1904, que vous connaissez normalement déjà.


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  • Le 22 février 1919, Paul Jean Félix Bonneton et Jeanne Joséphine Breton se marient à Viarmes, la ville natale de Jeanne. Ensuite, ils iront s’installer à St Pierre de Bœuf, le village où  Paul exerce le métier de menuisier. Ils auront quatre enfants, dont Georges, futur Pépé de Condrieu.

    Depuis que Guy dépoussière les archives familiales,  il découvre des abandons d’enfants, des adultères, des morts violentes… et des mystères : le mariage à Viarmes de nos grand parents en est un, puisque, en ce début de vingtième siècle, les mariés étaient le plus souvent originaires du même village, parfois d’un village proche, pour les plus aventureux.

    Viarmes-St Pierre de Bœuf, la moitié de la France… Comment Paul et Jeanne se sont ils connus ? Malheureusement, nous n’avons pas eu la curiosité de nous renseigner à temps.

    Comme il est  peu probable que Jeanne soit venue à St Pierre de Bœuf, deux hypothèses sont envisageables :

    1ère hypothèse : Paul a pu connaître Jeanne lorsqu’il était soldat.

    2ème hypothèse : Paul, menuisier, a réalisé les très beaux meubles de la maison familiale. La qualité de ce travail est l’œuvre d’un artisan chevronné, pourquoi pas d’un compagnon menuisier ? Il aurait pu rencontrer Jeanne au cours de son tour de France.

    Après des recherches infructueuses sur internet, je fais appel à Clément, compagnon charpentier. Vivement intéressé par cette demande, il contacte un de ses amis compagnon et historien. La réponse arrive rapidement: notre grand père Paul Jean Félix et son père Jean Antoine étaient compagnons menuisiers du devoir,  c'est à dire enfants de maitre Jacques.

    Petite parenthèse historique : le compagnonnage remonterait  à la construction du temple de Jérusalem, au temps du roi Salomon (Xème siècle av JC). Les légendes compagnonniques font référence à trois fondateurs légendaires: Salomon, Maître Jacques et le père Soubise. Maître Jacques est le maître des tailleurs de pierre, des menuisiers et des maçons. Il aurait été victime d’un assassinat, commandité peut-être par  le père Soubise, maitre des charpentiers, jaloux de son autorité. Les compagnons ont acquis de l'ordre des Templiers des connaissances géométriques qui se transmettaient de bouche à oreille, de maître à élève. C’est grâce à ce savoir, que les compagnons ont pu diriger la construction des merveilleuses cathédrales du moyen âge.

    A l’époque de nos grand- parents, les jeunes motivés qui visaient l’excellence dans leur métier pouvaient espérer être compagnons. Ils étaient d’abord apprentis, puis aspirants et enfin compagnons, après la réalisation d’un chef d’œuvre. Cette formation prenait plusieurs années. Elle se faisait lors d’un tour de France où des cours leur étaient donnés dans les villes étape par des compagnons, et où ils travaillaient sur différents chantiers, leur permettant d’apprendre de nombreuses techniques. Voici deux cartes où sont notées les villes étape du tour de France de nos deux compagnons. Inutile de vous préciser que le point de départ est Saint Pierre de Bœuf. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Quelques précisions, apportées par  le copain de Clément :

    Le pays Bonneton Jean Antoine est reçu compagnon menuisier à Toulouse à la Sainte Anne (patronne des menuisiers) en 1873 sous le nom de "Jean Le Forézien".

    Le pays Bonneton Paul  Jean Félix est reçu compagnon menuisier à Bordeaux à la Toussaint en 1910, sous le nom de "Paul le Forézien".

    (Le « pays »  pratique son métier sur le sol en atelier et le « Côterie » pratique son métier en hauteur, sur les échafaudages).

    A partir de ces dates, on peut imaginer que Jean Antoine a débuté son tour de France en 1871, à l’âge de 20 ans, et qu’il l’a terminé vers 1876.

    Paul peut avoir débuté son tour de France en 1909, à l’âge de 20 ans également. Il est à Paris en 1912, et il est possible qu’il rencontre Jeanne au cours d’un bal des compagnons. J’ai trouvé des Breton, nom de jeune fille de Jeanne, dans les compagnons, au XVIIème siècle (mais Breton était un nom assez répandu), alors un oncle ou un grand oncle aurait pu chaperonner la jeune Jeanne. Paul termine son tour de France, et est mobilisé. Il correspond avec  Jeanne et, à la fin de la guerre ils se marient. Ce dernier point est sûr, le reste … à vous de voir.

    Le compagnonnage existe toujours. Au cours des siècles écoulés, beaucoup auraient aimé le voir  disparaître : la royauté, la révolution, la religion, le patronat… C’est dangereux, un groupe de  travailleurs qui ne se contente pas d’exécuter, mais qui pense, qui est organisé,  solidaire. Les compagnons ont été les premiers à se mutualiser et à faire grève. Après avoir  failli disparaître entre les deux guerres, le compagnonnage a retrouvé un deuxième souffle : des maisons des compagnons remplacent les auberges dans les villes d’accueil… et le compagnonnage s’ouvre aux filles !

    Nous n’avons pas de photos de nos  grand-père et arrière-grand-père paternels, mais le choix de vie qu’ils ont fait nous en apprend beaucoup sur leur personnalité.

    Les recherches vont continuer pour tenter d’en savoir plus sur nos forèziens.

    Les compagnons ont laissé beaucoup de traces derrière eux et de nombreuses archives existent, auxquelles il n’est malheureusement presque toujours  pas facile d’accéder car les compagnons avaient et ont toujours le goût du secret, comme les francs-maçons.

    Première piste, pour démentir ce qui est dit juste au-dessus, un fond privé a été déposé aux archives départementales de Vendée par une organisation de compagnons de  la Roche sur Yon. Il est donc accessible au public et quelques photographies, entre autres, sont visibles sur le site internet du Conseil général de Vendée. Nous vous proposons d’examiner attentivement les trois ci-dessous, prises à une époque où Paul faisait son tour de France. Reconnaîtrez-vous sur ces photos un compagnon ressemblant à Jojo ? Dans ce cas, c’est peut-être son père que vous regardez. Merci de laisser alors un commentaire sur le blog. Ces photos ont été prises en 1910 et 1911. Paul, né en 1889 avait donc, lorsqu’elles ont été prises, une vingtaine d’années.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Jojo, le fils de Paul, a travaillé le métal pendant toute sa vie. Mais c’est sans doute par simple opportunité car, après la guerre, la demande de main d’œuvre était sans doute bien plus forte dans ce domaine que dans celui du bois. Mais c’est bien ce matériau qu’il trouvait, à juste titre, infiniment plus noble qui l’attirait. Il est vraisemblable que, si son père avait vécu, Jojo aurait repris le flambeau, ou plutôt le bâton de compagnon menuisier.

    Ne regrettons cependant rien, si les choses s’étaient passées ainsi, il n’aurait peut être jamais rencontré Fernande et ces lignes n’auraient par conséquent jamais été écrites.


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