• Je n’avais pas imaginé, en décidant de consacrer un billet à la maison familiale des Boucher à Gencenas, que, portée par le flot des souvenirs, la plume glisserait aussi facilement sur le papier pour finalement écrire un texte assez long. Ne vous laissez pas abuser par cette poétique formule, la réalité n’est qu’une laborieuse frappe au clavier. Il y aura donc finalement deux billets sur cette demeure. Le premier sera une évocation de ce que ce lieu a représenté pour nous, enfants nés juste après la guerre. Les plus jeunes qui n’ont pas ou mal connu Gencenas en apprendront un peu, je l’espère, sur une époque aujourd’hui révolue. Un deuxième billet traitera de la façon dont la maison a été acquise et de son histoire, en tant qu’immeuble.

    Ensemble, projetons-nous vers le milieu des années 50. Je vous propose de nous accompagner Fernande, Jojo, Mireille, Jean Paul et moi, un dimanche des premier beaux jours pour la promenade dominicale quasi rituelle qui nous emmène de Saint pierre de Bœuf à Gencenas.

    Nous quittons la maison située le long de la nationale 86 dont nous occupons la moitié sud, l’autre étant le logement de Marcel, le frère aîné de Jojo qui y vit avec Germaine sa femme, Michel et Daniel leurs deux enfants, nos compagnons de jeux. C’est bien sûr à pieds que ce voyage se fait, car c’est le seul moyen de locomotion de la famille en ce temps là. La route descend vers la place où se trouve le restaurant de la bascule que nous n’avons jamais appelé autrement que chez Chalail. On disait alors manger chez Chalail, ce que nous n’avons d’ailleurs jamais fait, presque comme on dirait aujourd’hui manger chez Bocuse. L’enseigne ayant aujourd’hui disparue, nous en exagérions sans doute le prestige. Une fois laissée sur la gauche la route de Malleval, on arrive à la hauteur de l’usine textile de Saint Pierre de Bœuf où, peut-être travaillait plus d’un siècle avant la malheureuse Françoise Bonneton dont vous avez déjà fait la connaissance. C’est à ce niveau qu’un petit chemin sur la gauche grimpe sur la colline. C’est le chemin de Volan, qui monte assez roidement. J’ignore quel âge nous avions les premières fois que nous avons emprunté ce chemin, mais nos parents se sont sans doute relayés pour nous porter. Une fois passé le château de Volan, une grosse ferme, le chemin traverse des prairies où, souvent, nous nous sommes attardés pour ramasser des mousserons. Gencenas n’est plus très loin. Avant même notre arrivée et les embrassades nous avons été accueillis  par pataud, le chien jaune de la maison, avec lequel, une bonne partie de la journée, nous allons jouer à lancer bâton ou pierre qu’il nous ramènera obstinément. Notre grand-mère, sa fille et souvent quelques voisines échangent, en patois, les nouvelles.

    Notre petite enfance nous renvoie comme souvenirs exclusivement des événements qui ont stimulé nos sens et, avant d’avoir vérifié sur une carte, j’aurais été bien incapable de donner la distance qui sépare Saint Pierre de Bœuf de Gencenas. Je viens de la faire et ce qui me paraissait être une véritable aventure fait en tout et pour tout quatre kilomètres.

    La maison où vivait notre grand-mère et son fils Nesto est la première du village lorsqu’on arrive par la route de Malleval. Orientée plein sud, elle bénéficierait d’une belle vue sur la campagne environnante si le voisin propriétaire du terrain face à la maison n’y avait pas construit une haute remise dont le mur borgne obstrue complètement le regard.

    La photo ci-dessous, la seule de bonne qualité que nous possédions de la maison de Gencenas, a sans doute été prise au moment de sa vente, après la mort de Nesto. Les herbes folles qui envahissent la terrasse témoignent d’un abandon récent. A part le tube électrique qui court le long du mur, sans doute pour amener l’éclairage dans l’étable, la maison est exactement celle que ma mémoire a conservée. Si vous passez par là un jour, vous la reconnaitrez sans doute, malgré les nombreuses modifications faites par les nouveaux propriétaires.

    La maison familiale de Gencenas (1) : souvenirs, souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La cour devant la maison est en forte déclivité. Nous descendrons plus tard au bas de cette cour, pour le moment marchons sur l’étroite terrasse qui conduit à l’entrée du logement. La maison est de pierre comme presque toutes sur cette rive droite du Rhône, où le Pilat tout proche fournit en abondance les matériaux de construction. On passe d’abord devant la porte de l’étable où vivent les chèvres d’Amélie, notre grand-mère. Il y a ensuite une fenêtre, et la porte d’entrée. On entre dans une assez grande pièce au sol de terre battue. En face, une monumentale cheminée occupe la plus grande partie du mur du fond. Nous avons joué mille fois avec un objet que nous appelions le diable, un long tube de fer, muni à une extrémité d’une petite fourche à deux dents qu’on posait sur les braises pour réanimer le feu en soufflant à l’autre extrémité. Une  crémaillère maintient un chaudron de fonte au dessus du feu. Le mobilier se compose d’une table au centre de la pièce, avec deux bancs. A gauche un buffet est adossé au mur. A droite, tout près de la porte et sous la seule fenêtre de la pièce un évier avec un robinet. Au moment où Claudy Boucher fit installer cet évier, utilisant l’eau captée d’une source, la maison était la seule du village à disposer d’un tel confort. Un escalier conduit au grenier, qui occupe toute la surface du logement et où Nesto fait murir sur la paille les plus belles poires récoltées dans son jardin dont je n’oublierai jamais le goût. Percée dans le mur de gauche une porte mène à une minuscule pièce, toute en longueur où grand-mère prépare les fromages avec le lait de ses chèvres. L’odeur aigre de la présure s’échappant de cette pièce est, elle aussi, imprégnée de façon définitive au plus profond de mon souvenir. Nous mangions ces fromages à tous les stades de la maturation. Frais et juste démoulé de la faisselle, ferme où alors  complètement séché, au coté des poires au grenier, avec cet inimitable gout de bougie.

    De part et d’autre de cette pièce deux chambres. A gauche, celle de la grand-mère dont la fenêtre donne sur la terrasse. Une table est placée le long du mur, sous cette fenêtre. A l’autre bout de la pièce un lit de fer est isolé par un rideau de cretonne sombre. L’autre chambre est située à l’est et, par sa fenêtre, Nesto pouvait voir son cher jardin potager. Nous allions moins souvent dans cette pièce que je ne saurais décrire avec précision aujourd’hui. C’est là que se trouvait la commode qu’à la mort de Nesto nous avons récupéré et qui se trouve dans notre chambre à Ris Orangis. La restauration de ce meuble fut longue et difficile car Nesto avait entreposé sur son plateau massif des pots de peinture qui y avaient laissé des ronds tenaces. Pour rien au monde je ne me séparerais de ce meuble.

    Nous avons terminé la visite de la maison elle-même et nous pouvons nous diriger maintenant vers les dépendances et le jardin qui vont aussi nous en apprendre un peu sur la vie de nos grands parents. Avant de poursuivre cette visite, il n’est peut être pas inutile de préciser qui occupait la maison à cette époque. La famille, qui fut nombreuses à vivre ici avec ses deux garçons et trois filles ne se compose plus aujourd’hui que de la grand-mère, Catherine Emilie que nous appelons Amélie et de son plus jeune fils, Joannes que nous appelons Nesto. A la mort du Mari d’Amélie, Claudy en 1925, c’est son fils, prénommé Claudy lui aussi, qui a assumé le rôle de chef de famille, malgré ses dix neuf ans. Il est parti à Vintabrin, près de Chavanay après son mariage. Les trois filles se sont mariées et ont quitté le village. Nesto restera célibataire. J’ignore si c’est par choix ou si un incident que je ne sais malheureusement pas dater lui a donné un tel complexe qu’il n’a pu construire une relation durable. En effet, Nesto qui travaillait épisodiquement comme cantonnier pour le village de Bessey avait perdu un œil lors de travaux avec de la dynamite. Nesto avait un caractère assez provocateur et je me souviens de conversations animées dans la cave, que nous visiterons bientôt, pendant lesquelles il défendait des idées socialo communistes pas vraiment courantes dans le monde rural à cette époque. Sous sa carapace, je suis pourtant absolument certain que Nesto avait un cœur en or. Nous en avons un comme cela par génération. Je vous laisse deviner qui a pris la succession de Nesto parmi les enfants de Fernande. Ce jeu ne sera pas primé car la réponse est bien trop facile.

    La maison familiale de Gencenas (1) : souvenirs, souvenirs

    Les photos de cette époque sont rares et généralement d'assez mauvaise qualité. Néanmoins en voici quelques unes des deux personnes qui vivaient à Gencenas à ce moment.

    A droite, Amélie, accompagnée de ses chèvres, est vêtue  comme toujours d'une robe noire. 

    La maison familiale de Gencenas (1) : souvenirs, souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Sur l'autre photo, elle est assise sur le fauteuil offert par ses enfants pour l'anniversaire de ses 80 ans. 

    Les deux suivantes sont de Nesto, à gauche jeune homme et à droite devant la maison.

    La maison familiale de Gencenas (1) : souvenirs, souvenirs

    La maison familiale de Gencenas (1) : souvenirs, souvenirs

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Poursuivons notre visite.Nous sommes ressortis de la maison et longeons le mur, sur la terrasse pour rejoindre la cour. Il n’est pas possible de passer devant l’étable sans évoquer le drame qui s’y déroulait chaque année.

    Notre grand-mère faisait couvrir ses chèvres en espérant ainsi augmenter son cheptel. Et les jeunes chevreaux sont adorables comme presque tous les petits animaux. Et pour nous, déjà éloignés du quotidien de la vie à la campagne, rien n’était plus émouvant que la vue de ses charmants cabris se mouvant maladroitement en cherchant les mamelles de leur mère. Mais, si les petites chèvres trouvaient naturellement leur place dans le petit monde de la ferme en rejoignant quelques mois plus tard le troupeau des productrices de lait, rien de tel n’attendait les malheureux chevreaux car, je pense qu’un seul bouc suffisait largement aux besoins du village. Et c’est comme ça que les adorables petits biquets, se retrouvaient, après un passage au four, sur la table dominicale, entourés de pommes de terre. Au grand dam de nos parents, il n’a jamais été possible de nous en faire avaler une bouchée. Et c’est le cœur serré que nous faisions le chemin du retour vers Saint Pierre de Bœuf, le soir venu.

    Nous avons réussi, douloureusement, à passer le long de la porte de l’étable, en face de nous, de l’autre coté du chemin qui mène à Malleval, se trouve le bassin où le malheureux Joannes s’est noyé à l’âge de deux ans. Ses parents donneront le même prénom au garçon né l’année qui a suivi cet accident. Tournons à gauche  et descendons cette cour en  forte pente. Sur notre gauche, la porte de la cave voûtée  domaine réservé de Nesto. Nous verrons plus tard que l’acte de vente de la maison mentionne la présence d’un pressoir, mais je ne me rappelle pas l’avoir vu. Seule me revient en mémoire la rangée de tonneaux entre lesquels, les hommes passaient la plus grande partie de l’après midi. Nesto prenait beaucoup de soin des ses vignes et de sa cave, mais malheureusement, les plans hybrides américains, plantés après les ravages du phylloxéra au début du siècle, donnaient un bien médiocre breuvage, on ne peut plus éloigné des Saint Joseph qu’on y produit aujourd’hui.

    Après la cave, une porte mène au jardin, autre passion de Nesto qui avait la main verte et produisait toujours, avant les autres jardiniers du village, des primeurs succulents, et de magnifiques glaïeuls.

    Nous avons terminé la visite du modeste domaine ou Fernande à passé toute son enfance, joyeuse, d’après ce qu’elle nous en disait  malgré vicissitudes de la vie, la mort prématurée de son père, la guerre qui débuta alors qu’elle avait seize ans, lui volant une partie de sa jeunesse, même si cette triste période fut plus facile à vivre dans un petit village comme Gencenas que dans une grande ville, ou même à Saint pierre de Bœuf car, à Gencenas, on vivait presque en autarcie en ces temps là.

    Rendez vous, bientôt, pour la deuxième partie de ce billet.

    Je ne conclurais pas ce billet sans remercier Mireille qui m'a relu et m'en a soufflé le titre.


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  • J'ai classé ce billet dans la rubrique génération VI de façon arbitraire car son sujet concerne plusieurs générations. On voit là les limites du système de classement que j'ai choisi pour organiser ce blog. Je ne suis toutefois pas trop inquiet car une bonne partie des lecteurs de ces billets ont en commun avec moi une large partie de  patrimoine génétique et ils devraient donc, comme je l'ai fait moi même, au travail comme en dehors du travail, être capables de se débrouiller avec des documents plus ou moins bien classés, voire pas classés du tout.

    Nous allons mettre en pratique les explications des deux billets précédents consacrés à la numérotation Sosa et aux implexes en les appliquant à l'ascendance de ma maman, Fernande Boucher, ou plutôt Louise suivant l'état civil. Mais d'abord rendons hommage à Nicolas qui, tout en soignant ses poulets, a repéré la chose que je vais vous expliquer en détails.

    Voici donc l'arbre d'ascendance de Louise Fernande Bonneton tel que le représente le logiciel généatique que j'utilise pour traiter toutes ces données. Comme c'est assez dense, n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour la voir en plein écran. Les logiciels sont fait par les informaticiens, catégorie professionnelle particulièrement nuisible et paresseuse (comme ça je vais savoir si Eric, mon fils, lit réellement les billets de ce blog). En cas d'implexe, c'est à dire de présence d'une même personne ou d'un couple à différents endroits de l'arbre, plutôt que de les représenter une seule fois en traçant des liens vers leurs différents enfants, ils dupliquent les rubriques contenant les mêmes informations et c'est à l'utilisateur de détecter qu'il s'agit des mêmes personnes.

    Dans l'image ci-dessous, j'ai paramétré généatique pour faire apparaître en gros et en rouge le n° sosa, afin de faciliter un peu la tache. Généanet, que vous utilisez sur internet pour naviguer dans cet arbre ne fait rien de tout ça et Nicolas n'en a que plus de mérite.

    Examinons cette image (après chaque nom, je note entre parenthèse le n° Sosa). 

     

    Double implexe dans la branche maternelle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Louise Boucher (3) a deux parents, Claudy Boucher (6) et Catherine Chantelouve (7). Elle a aussi 4 grands grands parents, Jean Baptiste Boucher (12), Marie Rose Boucher (13), Jean Etienne Chantelouve (14) et Rosalie Boucher (15). Jusque là rien que de très normal. Notez tout de même que sur quatre grands parents, il y en a trois qui portent le nom de Boucher. Ça ne prouve pas l'implexe, mais ça commence a y ressembler assez fort.

    C'est au niveau des arrière grands parents que  l'implexe nous saute à la figure. En effet Marie Rose Boucher (13) et Rosalie Boucher (15) sont sœurs et enfants du couple Jean Baptiste Boucher (26) et Jeanne Boucher (27). Le logiciel sait bien qu'il s'agit du même couple mais les représente tout de même deux fois. Rien à dire par contre pour les deux autres couples d'arrières grands parents, Blaise Boucher (24) et Marie Pierrette Sabatier (25) d'une part et Pierre Chantelouve (28) et Catherine Danel (29).

    Faisons, à la place du logiciel, le nettoyage en enlevant les doublons, avec leurs propres ascendants et en tirant un trait vertical entre les deux sœurs pour montrer qu'elles le sont. Cela donne ça :

    Double implexe dans la branche maternelle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On voit maintenant clairement que Louise Boucher n'a que six arrières grands parents sur les huit possibles, ce qui donne un implexe de 25% pour cette génération. Souvenez vous, (8-6)/8 en %.

    Examinons maintenant la génération suivante pour découvrir un nouveau mariage entre cousins germains puisque Jean Baptiste Boucher (12) qui à épousé Marie Rose Boucher (13) à pour père Blaise Boucher (24) qui est le frère de Jean Baptiste Boucher (26) père de son épouse. Ces deux pères sont enfants du couple Blaise Boucher (48) et Catherine Eparvier (49). Au passage, notez l’intérêt des n° Sosa qui permettent d'identifier sans aucune ambiguïté chacun des individus. Sans ce système, la fâcheuses habitude qu'avaient nos ascendants de réutiliser à l'infini les mêmes prénoms, s’additionnant à l'omniprésence des certains noms de famille, conduirait à un inextricable écheveau.

    Une nouvelle opération de nettoyage conduit à ce schéma dans lequel j'ai noté, séparés par des virgules, les différents n° Sosa que portent les personnes :

    Double implexe dans la branche maternelle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On voit maintenant clairement que Louise Boucher n'avait que 10 arrières arrières grands parents sur les 16 possibles ce qui donne un implexe de 37,5%. (16-10)/16.

    Pour les descendants de Louise Boucher, le calcul de l'implexe se fait en faisant la moyenne avec l'implexe de la branche paternelle, je vous épargne la démonstration, vraiment trop facile. Considérons  pour le moment, que l'implexe des Bonneton est de 0%, cela veut dire que Mireille, Jean Paul et Guy, les enfants de Fernande et Jojo, ont un implexe de 18,75%. Si Olivier, Céline, Nicolas, Cécile ou Eric souhaitent connaitre leur propre implexe, il leur faudra faire un petit travail, en l’occurrence déterminer l'implexe de la branche Cararra pour les uns et Choi pour les autres. Pour la branche Carrara, les variations de frontière entre France et Italie pendant la période étudiée semblent compliquer pas mal l'opération. Pour mes propres enfants, je crains que ce soit pire, lors des modestes tentatives faites dans ce sens lors de notre séjour en Corée, je me suis cru dans la peau d'un martien s'adressant à des Vénusiens.

    Dernier point, si vous examinez encore le schéma ci-dessus, vous constaterez que si le nettoyage a fait disparaître une bonne partie des Boucher qui l'encombrait, il en subsiste tout de même un, dissimulé au milieu d'autre patronymes moins courants dans notre généalogie. Ce Benoit Boucher vivait à Chezenas et fera l'objet d'un billet un jour prochain. Il est même possible d'en déterminer le sujet sur la base des seules informations contenues dans ce schéma. Le premier qui donnera la solution en commentaire de ce billet gagnera ma considération et une bière.

     


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  • Les mariages entre apparentés, en plus de donner des enfants pas forcément très réussis, si on remet ça trop souvent, ont aussi pour conséquence de compliquer, parfois assez lourdement, la tache des généalogistes.

    Prenons un exemple précis de mariages entre cousins germains, donc entre individus dont un des deux parents est frère ou sœur d'un des parents de son conjoint.

    Mariages entre apparentés, implexe

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je n'ai pas mis de nom dans cet exemple mais seulement les n° Sosa. Si vous ignorez de quoi il s'agit, il est toujours temps de lire le billet que j'ai consacré à ce système de numérotation. On suppose que les individus de la génération du haut ne sont en rien apparentés, dans leur ascendance. Dans cet exemple, deux des grands parents du n° 1 sont frère et sœur. Il n'y a rien de remarquable dans cet exemple pour les trois générations du haut qui ne sont jamais liés qu'à une  ascendance classique : 2 parents, 4 grands parents et comme nous avons précisé que le niveau le plus haut n'a pas d'apparentement, chacun des n° 2 et 3 auraient bien 8 arrières grands parents. Il n'en va pas de même pour le n°1 qui, s'il a bien 4 grands parents, n'a que six arrières grands parents. En effet les parents du n° Sosa 5 portent les n° 10 pour le père 11 pour la mère mais aussi les n° 12 et 13 comme parents du n°6.

    La conclusion est que les mariages entre apparentés ont pour conséquence de diminuer le nombre d'ascendants. On appelle taux d'implexe pour une personne donnée et une génération précise le rapport entre le nombre d'ascendants réels et le nombre théorique. La formule exacte est 

    taux d'implexe = nombre d'ascendants théorique - nombre  d'ascendants réel

                                        nombre d'ascendants théorique 

    On l'exprime en %. Dans le cas ci-dessus pour l'individu n°1, l'implexe au niveau des arrières grands parents est de (8-6)/8 soit 2,5 ou 25%.

    Une des particularité de l'implexe est que, pour un individu donné, il ne peut qu'augmenter, ou rester stable lorsqu'on remonte les générations. En effet, dans notre cas, le père du n° 12/13 portera les n°20 et 24, sa mère les n° 21 et 25 de même le père du n° 11/13 portera les n° 22 et 26, sa mère les n° 23 et 27. Et il manquera 4 arrières arrières grands parents à notre n°1, ce qui fera toujours un implexe de 25% (16-4)/16.

    A l'inverse, si le n°1 ne se marie pas avec quelqu'un lié à lui par un ascendant, l'implexe de ses enfants sera de 12,5% car ce ne sont pas deux arrières grands parents qui manqueront à ce nouveau venu, mais deux arrières arrières grands parents, donc 2 sur 16 potentiels.

    J’espère que vous avez survécu à cet exposé car il vous aidera à mieux comprendre certaines situations rencontrées dans notre généalogie.

    Mais rassurez vous, en matière de mariage consanguins, les familles royales européennes ont mis la barre à un niveau hors de notre portée, surtout maintenant que nous avons pris l'habitude d'aller chercher nos conjoints de plus en plus loin. On cite souvent l'exemple du roi  d'Espagne Alphonse XIII qui, en plus d'avoir laissé son nom à une automobile d'une marque chère à notre ami Gilbert, avait la particularité de n'avoir à la onzième génération que 111 ancêtres différents sur les 1024 possibles, ce qui représente un implexe de 89% !

    Je ne résiste pas à la tentation de glisser ici une photo de l'automobile dont il est question plus haut dont vous avez tous compris qu'il s'agit d'une Hispano Suiza, qui plus est conduite, me semble-t-il, par une femme, histoire de me faire pardonner le machisme de mon billet sur Jeanne Marie Silvestre et ses possibles calculs, à propos duquel j'ai reçu une remarque qui m'a beaucoup peiné.

    Mariages entre apparentés, implexe

     


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  • La numérotation dite Sosa ou Sosa-Stradonitz est un système de numérotation en généalogie ascendante popularisé par le franciscain Jérôme de Sosa en 1676 puis, bien plus tard, en 1898  par Stefan Kékulé von Stradonitz. La paternité en revient toutefois à un certain Michel Eyzinger à Cologne dès 1590.

    Dans ce système aujourd'hui universellement utilisé, si on donne le n°1 à une personne dans une généalogie, son père portera le n° 2 et sa mère le n°3, son grand père paternel le n°4, sa grand mère paternelle le n°5, son grand père maternel le n° 6 et sa grand mère maternelle le n°7 et ainsi de suite.

    Un petit exemple dans lequel les n° Sosa sont situés à gauche du nom de famille pour chaque individu. Je me suis donné, immodestement , le n°1. Notez que si ce n° avait été donné à ma sœur ou à mon frère, cela ne changerait rien pour les ascendants.

    La numérotation SOSA

    Donc le père de toute personne dans l'arbre porte le n° de son fils multiplié par deux et la mère ce numéro + 1. A l'exception du n°1, parfois appelé De cujus, tous les hommes portent des n° pairs et les femmes des n° impairs (enfin, tant que seuls les mariages hétéro sont reconnus par l'état civil).

    Ce système, parfaitement abouti est bien plus rigoureux que la notion de génération car dans une même famille, les générations d'une branche ne sont pas forcément synchrones des autres et , en cas de mariage entre apparentés, l'appartenance à une génération devient une notion impossible à définir. En d'autres termes, en cas de mariage entre apparentés, une même personne se voit attribuer plusieurs n° Sosa, pas forcément dans la même tranche générationnelle. Les logiciels de généalogie, plutôt que de visualiser plusieurs n° sur une même personnes choisissent en général de ne donner que le plus petit. Ne me demandez pas pourquoi.

    J'ai néanmoins choisi de classer les billets de ce blog part générations, car il ne s'agit que d'un classement de chroniques, pas d'une stricte présentation de généalogie.

    Deux exemples de personnes portant plusieurs n° Sosa se présentent dans notre famille qui seront exposés dans deux prochains billets, ce qui vous laissera le temps de vous procurer de l'aspirine.


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  • Ce billet est consacré à Françoise Bonneton, née le 2 mars 1832 à Saint Pierre de Bœuf.

    Son père, Jean François Bonneton est le premier des Bonneton à ne pas déclarer, sur les actes d’état civil, la profession d’agriculteur puisque il est marinier. D’ailleurs, à la génération précédente, la famille a quitté le plateau qui lie la vallée du Rhône aux contreforts du massif du Pilat pour se rapprocher du fleuve. Le grand père de Françoise, lui aussi prénommé Jean François, histoire de compliquer un peu la vie des malheureux généalogistes à venir, est né à Véranne , la  épousé Jeanne Rondet, une fille de Saint Michel sur Rhône, qu’on appelait d’ailleurs Saint Michel sous Condrieu jusqu’à la révolution et dont le sol porte les ceps du divin Château Grillet. Le père de Françoise est donc marinier sur le Rhône. Le fleuve impétueux est utilisé depuis l’antiquité mais, au dix neuvième siècle, l’essor industriel  provoque un fort développement du transport fluvial et attire une nombreuse main d’œuvre que la terre peine à nourrir. Ce nom de marinier recouvre de nombreuses professions soit embarquées soit au sol pour le halage. La seule chose certaine est qu’il est salarié puisque les propriétaires sont appelés dans les actes du nom de patron sur le Rhône. Il a épousé Magdeleine Seux, qui compte aussi beaucoup de marinier dans sa famille. Lui même est né à Limony, toujours au bord du fleuve mais déclare vivre à Saint Pierre de Bœuf jusqu’à sa mort. Le couple a trois enfants. L’aîné  né en 1820 sera menuisier, le premier d’une lignée que mon père, le regretté jojo, aurait sans doute continuée si les aléas de la vie ne s’y était opposé. C’est de lui que nous descendons. Le benjamin, François né en 1827 sera marinier, comme son père. La cadette, Françoise naît en 1832.

    Cet extrait de l'arbre vous aidera, je l’espère, à mieux comprendre le contexte familial de ce billet.

     

    Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En 1832, Françoise naît trois ans avant l’ouverture de la première filature de soie à Saint Pierre de Bœuf. Car la soie est la grande affaire du moment. Lyon a acquis pour son travail une réputation qui ouvre de nombreux débouchés et favorise un peu partout dans la région l’ouverture d’ateliers. Françoise était ouvrière en soie, sans doute depuis son adolescence. Des journées de quatorze heures de travail, jusqu’à un décret de 1848 qui les a limitées à douze, passées dans l’atmosphère surchauffée par les bacs d’eau bouillante, nécessaire au dévidage des cocons, ont été la vie de  la sœur de l’arrière grand-père de Jojo.

    La suite tient en quelques lignes tracées sur le registre d’état civil par Joseph Berger, maire du village en 1851.

    C’est Jean, le frère aîné de Françoise, qui fait la déclaration que je transcris pour épargner un pénible déchiffrage aux lecteurs peu familiers de l’écriture de cette époque.

     Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce jourd’hui sept aout mil huit cent cinquante-un à sept heures du matin devant nous Berger Joseph maire et Officier de l’état civil de la commune de St Pierre de Bœuf sont comparus Jean Bonneton agé de trente ans, menuisier, frère de la décédée ci après dénommée et Seux Pierre âgé de cinquante son oncle maternel patron tous deux domiciliés à St Pierre de Bœuf qui nous ont dit que Bonneton Françoise, âgée de dix neuf ans, fille légitime de défunt Jean Bonneton et de vivante Magdeleine Seux, ouvrière en soie domiciliée à St Pierre de Bœuf ayant disparu dans la nuit du quatre au cinq de ce mois a été trouvée et reconnue gisante au bord du Rhône hier matin du courant suivant le rapport de M. le juge de paix en date de ce jour.

    Peut-être que la lecture du rapport du juge de paix sur cette mort nous en apprendrait plus, mais les tentatives que j’ai fait pour l’obtenir auprès des archives départementales de la Loire, où il est censé se trouver, sont restées vaines. En allant sur place, nous aurions peut-être plus de succès.

    La disparition d’une jeune fille de dix neuf ans par une nuit d’aout au bord d’un fleuve, qui ferait sans doute l’ouverture des journaux télévisés aujourd’hui, a été réglée, sous Louis Philippe qui régnait à ce moment,  en deux jours. Autres temps, autres mœurs.


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