• Voici un travail que je voulais faire de puis longtemps, afin que les représentants des générations futures ne se posent pas plus de questions que ceux de celle à laquelle j'appartiens, s'ils portent un jour leur regard sur la photo de mariage de Jojo et Fernande, mes parents.

    Cette photo a été prise à Gencenas ou à Bessey le 12 avril 1947.

    Comme nous n'avons pas eu la sagesse d'interroger les principaux intéressés de leur vivant, de nombreux visages sur cette photo sont anonymes. Peut-être se trouvera-t-il parmi les lecteurs de ce blog de bonnes âmes pour compléter le tableau.

    Ce billet aura au moins le mérite de mettre un visage sur certains des noms rencontrés au fil de cette chronique familiale.

     Des noms !

     

    Des noms !

     

    1 ?
    2 Maurice Badard, époux de Marie Rose (voir 3)
    3 Marie Rose Boucher, sœur de Fernande
    4 Joannes Boucher, frère de Fernande
    5 ?
    6 ?
    7 ?
    8 ?
    9 ?
    10 ?
    11 ?
    12 ?
    13 ?
    14 ?
    15 Georges Bonneton (Jojo) , l'époux, qui ne rigole pas vraiment
    16 Fernande Boucher, l'épouse, radieuse
    17 Marcel Bonneton, frère de Jojo
    18 Germaine Merle, épouse de Marcel
    19 René Roche, époux d'Hélène, sœur de Fernande
    20 Hélène Boucher, sœur de Fernande
    21 ?
    22 ?
    23 Vraisemblablement Pierre Caillet (Pierrot), fils d'Emile (voir 28)
    24 Alphonsine Désirée Breton (Fonfon), sœur de Jeanne Joséphine, tante de Jojo
    25 Claudy Boucher, frère de Fernande
    26 Jeanne Joséphine Breton, mère de Jojo
    27 Catherine Emilie Chantelouve (Amélie), mère de Fernande
    28 Emile Caillet, demi-frère de Jeanne Joséphine Breton
    29 Marie Rose Joanna Rondet (Joanna), épouse de Claudy Boucher
    30 Marie Louise Bonneton, tante de Jojo
    31 ?
    32 ?
    33 ?
    34 ?
    35 Maurice Boucher, fils de Claudy et Joanna
    36 Michel Boucher, fils de Claudy et Joanna
    37 Bernard Roche, fils de René et Hélène

     


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  • Claudy, mon oncle, pardonne-moi. Si Internet est arrivé dans l’au-delà et que tu lis ces lignes pardonne moi le titre quelque peu aguicheur de ce billet. Pardonne-moi car il va être question de toi et je ne voudrais pour rien au monde qu’on te confonde avec un vulgaire Jérôme Cahusac, un Patrick Balkany ou n’importe lequel des fraudeurs de ce siècle où rien n’arrête l’impudence des parvenus.

    Claudy Boucher va donc être le « héros » de ce billet, pour avoir échappé au versement de 80 francs de 1932, ce qui représente à peu près 50€ d’aujourd’hui, en paiement de la taxe vicinale.

    Voici la preuve, trouvée dans les papiers conservés par la famille.

     Evasion fiscale

    Nous sommes donc en 1932, Claudy Boucher a 26 ans et il est, de fait, chef de famille. Depuis la mort de son père prénommé Claudy lui aussi, sept ans auparavant, il fait tourner la ferme avec l’aide de son frère Joannes qui a dix-neuf ans. Sa mère Amélie comme on l'appelle, alors que selon l’état civil elle se prénomme Catherine Emilie s’occupe de la maison et de ses quelques chèvres. Hélène, l’aînée de ses trois sœurs qui a quinze ans est placée à Longes, au-dessus de Condrieu. Marie Rose et Fernande, la mère de celui qui écrit ces lignes, sont encore à l’école puisqu’elles ont respectivement onze et neuf ans.

    Comme dans plupart des familles de Gencenas, hameau proche de Bessey, où vit la famille on ne roule vraiment pas sur l’or chez les Boucher. La plus grande partie de ce qu’on consomme est produit à la ferme. Le froment qu’on moissonne à la faux en se méfiant des serpents est amené au moulin puis le boulanger transforme la farine obtenue en de grosses boules de pain à la croûte épaisse qui durent la semaine. Le foin nourrit le cheval, la vache et les chèvres l’hiver. Le cheval, compagnon fidèle de Claudy, tire la charrue et le tombereau. La vache donne son lait dont une partie est baratté pour produire le beurre. Amélie transforme le lait des chèvres en délicieuses rigottes dans le « laboratoire » de la taille d’un grand placard qui ferait frémir n’importe quel technocrate bruxellois. La basse-cour fournit les œufs et de temps en temps, la moins vaillante des poules passe à la casserole, un dimanche. Le cochon est nourri des eaux grasses, d’épluchures et de mauvaises pommes. Une fois l’an, ses cris transpercent le paysage lorsqu’on l’égorge, puis le boucher accommode les saucissons qui sécheront dans la cendre. Le potager où Joannes règne approvisionne le foyer en légumes. La vigne produit un vin médiocre quel que soit le soin apporté par Joannes à l’entretien des tonneaux, la faute aux tâtonnements de la viticulture française pour contrer les attaques du phylloxéra, insecte venu d’Amérique qui ravage le vignoble européen.

    On vit donc presque en autarcie, les échanges avec l’extérieur sont limités et peu d’argent circule. Dans ce contexte, la collectivité offre la possibilité à ceux qui le souhaite de payer en nature la taxe vicinale. Claudy Boucher va donc nettoyer les bas-côtés du chemin VO n° 3. Ces quelques jours de travail pour la collectivité lui éviteront de se séparer de précieux billets péniblement gagnés en vendant lait ou blé.

    Cette façon de s’acquitter de l’impôt n’est finalement que le retour de la corvée qui, sous l’ancien régime, obligeait les hommes valides à donner des journées de travail au seigneur du lieu pour l’entretien des routes. La taxe vicinale sera supprimée en 1960, ou plutôt elle sera intégrée dans la taxe foncière. Avec elle disparaît la possibilité de payer en nature sa contribution à l’entretien des routes et chemins.

    Bien sûr, on ne reviendra sans doute jamais en arrière, mais il m’arrive de me demander si sa disparition fut vraiment un progrès, en particulier lorsque je dois rouler sur une chaussée inondée au moindre orage seulement parce que les fossés n’ont pas été curés depuis des années ou lorsque je constate les dégâts causés par ces monstrueux broyeurs qui massacrent toute forme de vie végétales ou animale là où ils passent.

    Claudy, lui, au moins, travaillait proprement j'en suis sûr.


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  • Mireille, sœur, fidèle lectrice et plus rarement rédactrice de ce blog a eu l’excellente idée de rechercher le patronyme du malheureux héros de cette tragédie sur le monument aux morts de la ville de Viarmes, dont voici la liste des noms photographiée.

    tragédie grecque, complément d'enquête

     

    Constatant l'absence de Georges Albert, qui aurait dû apparaître sur le marbre sous la forme G BRETON, elle a alimenté la chronique familiale d'un commentaire fort pertinent ajouté au billet précédent.

    Cette erreur manifeste m'a toutefois interpellée car l’érection de monuments aux morts dans les communes après la guerre fût une affaire à laquelle la nation entière s'est consacrée. Tout fût fait avec le plus grand sérieux et cette oubli, pas absolument impossible, est tout de même étonnant. Je me suis donc adressé à mon ami Google

    qui m'a répondu ceci :

     tragédie grecque, complément d'enquête

     

     

    Ce monument, lui aussi dédié aux morts pour la France de la guerre de 14-18, se trouve au pied du clocher de l'église paroissiale St Pierre et St Paul à Viarmes.

    La liste des noms diffère un peu de celle du monument situé au cimentière dont la photo se  trouve au début de ce billet. L'ordre de la liste de la paroisse est vraisemblablement chronologique, sur les dates de décès, alors que l'autre est en ordre alphabétique. Certains noms sont présents sur un seul des deux monuments. Cela tient au fait que les limites de la paroisse ne sont pas exactement celles de la commune. Par exemple la mention PIROVANO H. sur le monument de l'église renvoie à Henri François Pirovano comme le montre sa fiche extraite de la base de donnée des soldats morts pour la France.

    tragédie grecque, complément d'enquête

     

    Il est né à Luzarches, tout près de Viarmes et le curé le connait apparemment comme paroissien, raison pour laquelle il se trouve sur la plaque de l'église. Son décès est enregistré à l'état civil de Paris où il résidait sans doute, raison pour laquelle il n'est pas présent sur le monument aux morts du cimetière. On le voit clairement, le curé et la municipalité avaient des sources différentes pour faire leur liste et vous le savez, si vous lisez attentivement ce qui est écrit sur ce blog, aucune source ne doit être négligée pour limiter les erreurs.

    Ceci va être démontré une nouvelle fois avec les deux porteurs du patronyme Breton morts pour la France. Les deux sont présents sur les deux monuments. la différence porte sur l'initiale de leur prénom, clairement un G sur le monument de l'église et ce qu'on prend pour un C sur l'autre. Vous l'avez compris, les C  du monument civil ressemblent beaucoup aux G. Pour vous en convaincre, comparez l'initiale du prénom de C/G Breton au G, première lettre du nom de C.Godard un peu plus bas sur le monument. Sa position sur le monument entre les lettres D et H fait qu'il ne peut s'agir que de Godard et non Codart. Et le G qui débute ce nom ressemble comme un frère à l'initiale du prénom de G/C Breton. Il est donc inutile de chercher longuement un C.Breton, vivant à Viarmes mort pour la France, car c'est bien le nom de notre cousin Georges Albert Breton qui est gravé sur les deux monuments.

    L'étude des différences entre les deux monuments serait à elle seule un passionnant projet, mais il y a deux conditions à remplir pour le mener à bien, la première est de disposer de longues heures et la seconde de refaire un photo du monument de l'église en déplaçant le pot de fleurs vers la gauche afin de pouvoir lire tous les noms de la liste. Qui sait, peut-être y a-t-il là, derrière les roses, un Charles Breton qui attend son tour pour entrer en scène.

    Je ne peux m’empêcher, pour conclure ce billet où il est question, pour la première fois je crois sur ce blog, de monuments aux morts, d'évoquer le film de Bertrand Tavernier, "La vie et rien d'autre" dans lequel un commandant interprété par un Philippe Noiret magistral s’attelle à l'immense tache d'identification des morts sur les champs de bataille en collectant les effets personnels dispersés. Il s'agit d'une fiction que je crois fidèle à ce que fut la période d'après guerre, celle pendant laquelle ces monuments qu'on trouve dans chaque village ont été érigés. je me souviens en particulier de deux représentants d'une commune qui sont désespérés car aucun ressortissant de celle-ci n'étant mort au combat, il ne peuvent ériger de monument. Si vous ne connaissez pas ce film, je vous le recommande.

     


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  • Les grecs ont inventé la tragédie quelques siècles avant Jésus christ, mais si celle dont il va être question dans ce billet se déroule bien sur les terres helléniques, elle est bien plus récente puisque son cadre général est la guerre dite grande, celle de 14-18. Elle se déroule en deux actes à Skra di Legen, un piton fortifié tenu par l’armée bulgare, alliée de l’Allemagne. Une coalition comprenant des grecs et des français tente de prendre la position. Le premier acte, en mai 1917 n’est pas décisif, chaque camp reste sur ses positions qu’il renforce. Un an plus tard, lors du second acte, en mai 1918, après de durs combats, l’armée bulgare est vaincue. Cette victoire des alliés précipitera la capitulation de la Bulgarie.

    Vous vous demandez sans doute ce que cette description succincte d’une bataille dont le nom est marqué sur le drapeau des régiments qui y ont participé vient faire dans un blog dédié à la généalogie de la famille Bonneton. La raison est toute simple, il y avait sur le champ de bataille un cousin de Jeanne Joséphine Breton, dont les quadragénaires de la famille de l’auteur de ces lignes et, évidemment, ceux qui sont nés avant, se souviennent sans doute puisqu’elle était la mère de Georges Bonneton.

    Georges Albert est le fils d’Albert Léon Breton et de Berthe Alexandrine Dambreville, il est né à Viarmes le 12 mai 1896

    Voici son acte de naissance.


    Tragédie grèque 

    L’an mille huit cent quatre-vingt-seize, le

    douze mai à sept heures du soir, par devant

    nous François Augustin Croix maire et officier

    de l’état civil de la commune de Viarmes

    arrondissement de Pontoise (Seine et Oise) a

    comparu M.Albert Léon Breton, caoutchoutier

    âgé de vingt huit ans, demeurant à Viarmes,

    lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin

    qu’il nous a dit être né aujourd’hui en son

    domicile, à midi, de lui et de Bethe Alexandrine

    Dambreville ; son épouse, sans profession, âgée de

    dix-neuf ans avec laquelle il demeure et auquel

    enfant il a donné le prénom de Georges

    Albert. Les dites déclaration et présentation ont

    été faites en présence de MM Alfred Eugène Breton,

    âgé de trente-quatre ans et Guillaume

    Tréhorel, âgé de trente deux ans, tous deux caout-

    choutiers, et demeurant à Viarmes. Etant, le

    déclarant et les témoins ont signé avec nous le

    présent acte après lecture faite

    Le vingt-huit mai 1918, Georges Albert vient juste d’avoir vingt-deux ans lorsqu’il est tué lors de la bataille de Skra di Legen évoquée plus haut.

    C’est par sa fiche matricule que nous nous apprenons sa mort.

    Tragédie grèque

    Cette fiche nous en apprend aussi un peu plus sur lui et sur son parcours sous les drapeaux.

    Georges Albert n’était pas exactement ce qu’on appelle un colosse, il mesurait 1 mètre 60, avait les cheveux blonds et les yeux bleu clair, peut-être un peu comme mon père Georges Bonneton.

    Son état physique a fait qu’il a été classé lors du conseil de révision, en 1915, dans la cinquième partie, celle où l’on trouve les conscrits mesurant moins d’un mètre cinquante-quatre et ceux jugés trop faibles. Le mot faiblesse est d’ailleurs mentionné sur la fiche matricule. Les conscrits de cette cinquième partie des listes peuvent être ajournés jusqu’à deux années de suite. Mais la guerre de position cause de telles pertes qu’en 1916, Georges Albert se retrouve, comme par magie dans la première partie de la liste et est mobilisé en août.

    Il est donc mort au front quelque part au nord de la Grèce tout près de la frontière avec la Macédoine d’aujourd’hui. Ce front d’orient est un peu l’oublié de la guerre de 14-18 qui évoque plutôt Verdun ou les combats de la Somme.

    Pourtant de nombreux jeunes gens ont été sacrifiés dans ces montagnes des Balkans qui furent de tout temps et, jusqu’à un passé récent, le foyer de conflits meurtriers.

    Georges Albert se trouve aussi dans la base de données des soldats morts pour la France qui est accessible sur internet. Voici la fiche qu’on trouve à son nom :

    Tragédie grèque

    Cette fiche nous donne plus précisément l’affectation de Georges Albert. Là où la fiche matricule mentionnait la très générale « armée d’orient », elle précise « 1er régiment de marche d’Afrique ». La mention 4eme Zouave semble avoir été ajoutée après la rédaction de la fiche. L’heure du décès, 15h est aussi mentionnée.

    L’affectation au 1er régiment de marche d’Afrique nous permet de consulter le journal de marches et d’opérations (JMO) de ce régiment.

    Tragédie grèque

    Voici ce qu’on trouve dans ce document au mois de 28 mai 1918 :

    Tragédie grecque

     

     

    Georges Albert Breton appartient à la 6eme compagnie qui fait partie du second bataillon du 1er régiment de marche d'Afrique. Sur ordre du commandement, le bataillon se déplace pour participer à l'offensive prévue contre les forces bulgares. Après une étape près de Kupa le 26 mai, la 6eme compagnie s'installe au sud du signal d'Osin dans un lieu nommé yegoura.

    A l'exception de yegoura qui est resté introuvable, ces noms, ou une forme proche, apparaissent sur les cartes ci-dessous. La première montre les forces en présence. En l'absence de date, il n'est pas certain que la position des unités correspondent à la période qui nous intéresse. La seconde est extraite d'une carte d'état-major datant de 1890.

    Tragédie grèque

      

    Tragédie grèque

     

    Nous retrouvons sur la page du JOM, à la date du 28 mai, le décès de Georges Breton. Trois soldats sont blessés et , avec Georges Albert, deux autres sont tués ce jour là, Louis Moutier et Léon Maurisset. Je n'ai pas trouvé de fiche pour le premier dans la base de donnée des soldats morts pour la France. Voici celle de Léon Maurisset :

    Tragédie grèque

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On voit que lui aussi est mort à 15 heures. Les circonstances de ces décès ne sont pas précisées, mais cette simultanéité, laisse penser qu'un obus bulgare s'est abattu sur leur position.

    D'autres soldats tomberont le lendemain, le jour de l'offensive.

    Après la guerre, à Zeïtenlick, une nécropole à accueilli les tombes des soldats morts au combat, dont 8089 français. Dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre de 14-18, le consulat général de France à Thessalonique a relevé les noms de ces soldats et a mis en ligne la liste, mais le nom de notre lointain cousin ne s'y trouve pas. Son corps a peut-être été rapatrié en France.

    Pratiquement tous ceux qui lisent ces lignes n'ont pas connu la guerre, au moins dans notre vielle Europe. Ayons donc une pensée pour Georges Albert Breton et pour tous ceux qui virent leur jeunesse cueillie par la folie des  hommes.

    Soyons aussi vigilant pour que tous les populistes qui aspirent au pouvoir et maintenant l'atteignent parfois, ne nous replongent pas dans une période sanglante lorsqu'ils cesseront de se congratuler, dans l'euphorie de leurs succès électoraux.

     


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  • Dans ce troisième et dernier volet de ce billet au titre énigmatique, nous allons nous intéresser à Nicole Toquiny, fille de Charles Auguste et Nicole Deslogis et petite fille de François et Nicole Douceur. Nicole est la nièce de Marie Magdelaine Toquiny que vous connaissez pour être la représentante de la branche de François Toquiny à la dixième génération du cas que nous avons examiné dans les deux premiers volets de ce billet.

    Nicole épouse François Cochinat le 26 novembre 1734

    Examinons l’acte dressé à cette occasion.

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

      

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

     

    François Cochinat trompette dans les gardes du roy

    fils de défunt françois hiérôme Cochinat vivant ecuyer trompette

    des gardes de S.A.R Monseigneur le duc d’Orléans et d’Anne

    Jacqueline Hubert demeurant à paris rue jean saint denis

    paroisse saint germain l’auxerrois ses père et mère d’une part

    et Nicole Toquiny fille de maitre Charles Toquiny procureur

    fiscal de la terre et signeurie de Viarmes et Nicole Deslogis

    ses père et mère tous de cette paroisse d’autre part. Après les

    publications de trois bans fait aux prônes de nos messes

    paroissiales par trois jours de dimanches consécutifs dont le

    premier a été fait le dimanche troisième novembre et les deux autres

    les deux dimanches ensuivant sans qu’il s’y soit trouvé

    aucun opposition ni empêchement les fiançailles célébrées le

    jour précédent ont été mariés le lendemain vingt sixième jour

    du mois de novembre mil sept cent trente sept par moi prêtre

    curé soussigné. Après qu’il nous est apparu la copie du

    certificat de mort dudit défunt François Hiérôme Cochinat délivré

    par monsieur de saint germain commandant les gardes du corps

    de S.A.R monseigneur le duc d’Orléans en date du quatre

    octobre mil sept cent six portant que ledit Cochinat est mort

    en l’hôpital des officiers de Cazal les vingt six septembre

    audit an et suivant l’acte de dépôt dudit certificat déposé par ladite

    Anne Jacqueline Hubert en main de Durand et Delembert notaires

    ….

    … comme aussi il nous

    est apparu l’acte de consentement de ladite Jacqueline Hubert

    par lequel elle déclare et consent que ledit François Cochinat

    son fils épouse ladite Nicole Toquiny sans que sa présence

    soit nécessaire, ledit acte passé par devant les notaires

    dessus nommés en date dudit jour treize novembre audit

    an mil sept cent trente sept et ont signés ainsi Anne Jacqueline

    Hubert ?  Hunel et Bontemps et à coté est écrit scellé ledit

    jour et an. Ledit François Cochinat assisté de Hiérôme

    Cochinat son frère ?? commandant des ordres de saint jean

    de latran et de François Vernaud garçon des appartements du roi à vincennes

    ladite Nicole Toquiny assistée dudit maître Charles Toquiny

    son père et de Charles Toquiny son frère greffier du baillage 

    de Viarmes et autres parents qui ont signés.

    Voici donc l’arrivée, parmi les vignerons et autres laboureurs qui peuplent l’arbre généalogique familial, des premiers musiciens de l’ancien régime qui viennent se joindre à ceux qui lisent ces lignes. Un clin d’œil à mes contemporains dont l’une a joué du même instrument que les Cochinat avec la musique des sapeurs-pompiers de l’Essonne ainsi qu’aux autres, plus portés sur le grattage des cordes.

    Mais revenons à notre famille de trompettistes de l’ancien régime, les Cochinat. Avant François dont nous connaissons le mariage à Viarmes, c’est sans doute à Paris, proche de la cour, qu’il faudrait chercher leurs traces. Et ce n’est jamais une très bonne nouvelle pour un généalogiste que d’avoir à passer par la capitale.

    En effet, pendant la commune de Paris, en mai 1971, les registres paroissiaux ont été détruits dans les incendies de l’hôtel de ville où se trouvait le premier exemplaire et du palais de justice où se trouvait le second. Ces incendies volontaires ont fait disparaître en quelques heures des siècles d’histoire. C’est le côté sombre de la commune de Paris qui a vu, au moment où les poètes tentaient de construire un nouvel ordre social, des fanatiques effacer toute trace de ce qui les avait précédés, comme d’autre ont cherché à le faire plus récemment à Palmyre.

    D’autres sources nous apportent toutefois un certain éclairage sur nos trompettistes et certaines ont été numérisés sous forme de texte, ce qui facilite grandement les recherches, merci à Google. Commençons notre visite.

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

     un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

    Cet épais volume liste les personnes affectées à la maison royale avec leur fonction et leurs gages. Il date de 1727, comme l'indique l'inscription en chiffres romains au bas de la page de couverture. Le système de numération romain, tombé dans l'oubli ou presque, se lit de gauche à droite. Chaque lettre à une valeur et on additionne le tout, M vaut 1000, D vaut 500, C vaut 100, X vaut 10, V vaut 5 et I vaut 1. M.DCC.XXVII vaut donc bien 1727. Voici ce qu'on trouve à la page 400 de ce document :

     

     

    Didier Jerôme Cochinat, le frère de François, qui est cité comme commandeur de l'ordre de Saint Jean de Latran au mariage évoqué au début de ce volet était donc, lui aussi, trompettiste. Nous savons grâce à ce texte et à l'acte de mariage de François Didier Jerôme, qu'il était, comme son père François Hiérome, au service du duc d'Orléans. Peut-être d'ailleurs jouaient-ils de leur instrument devant des personnes différentes puisque le titre de duc d'Orléans a été porté successivement par de nombreux Bourbons, frères cadets du roi en place. Mais le but ici n'est pas de s'occuper de la généalogie de la famille royale, ce que d'autres ont fait bien mieux que je le saurais. Didier Jerôme est donc resté au service de la maison Orléans après le décès du duc et ses gages sont de 100 livres. Ceux des lecteurs qui seraient tentés par l'intégralité des 730 pages que contient le document dont j'ai extrait les pages ci-dessus n'ont qu'à suivre ce lien :l'état de la France tome II

    Avançons un peu jusqu'en l'an 1749 avec même document sur l’état de la France 

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

    C'est l'occasion de compléter notre cours sur la numération romaine, la première partie est sans mystère, "M" valant mille +  "D" valant 500 et deux "C" valant chacun 100 font bien 1700. Ensuite nous avons un "X" valant 10 qui précède un "L" valant 50, cette inversion dans l'ordre des poids signifie que les plus faible doit être retranché du plus fort, ce qui donne 40. Même chose, pour les unités, "I" doit être retranché à "X" ce qui donne 9, le total fait bien 1749. Passons à la page 223 du document.

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

      

    En 1749, les deux frères Cochinat sont attachés à la maison du roi, Didier Hiérome à donc abandonné le duc d'Orléans pour rejoindre son frère François.

    Notez aussi que les gages des trompettistes qui étaient de 100 livres en 1737 sont dorénavant de 180 livres.Que valent ces 180 livres ? il est bien difficile de dire quel pouvoir d’achat elles représentent. Tout au plus peut on dire qu'en 1739 une livre valait 0,31 gramme d'or, à l'heure où j'écris ces lignes un gramme d'or vaut 3,4€. les gages d'un trompettiste représentent donc 180 x 0,31 x 3,4, soit environ 190€.

    Projetons nous maintenant en 1773

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

     

    ce volume datant de 1773 donne la liste des personnes au service du roi pour ce qui concerne les spectacles.

    ce sont les pages 41 et 42 de ce document qui nous intéressent.

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

      

    un implexe Val d'Oisien et quelques trompettistes (III)

     

    Ces lignes nous apprennent que Didier Hierome a disparu - au moins de la liste des musiciens attachés à la maison du roi- et que François Cochinat est dorénavant un des quatre Trompettes ordinaires de la chambre du roi et qu'il accompagnait donc celui-ci dans ses déplacements. Peut-être connaîtrons nous un jour quel âge il avait à ce moment. Il faudrait pour cela que nous trouvions soit son acte de naissance, ce qui est peu probable, soit son acte de décès avec mention de son âge, acte qui se trouve peut-être dans les milliers de pages de registres de Viarmes qui restent à dépouiller. Il ne devait pas être tout jeune puisque son mariage avec Nicole Toquiny a été célébré 36 ans avant l'impression du document sur l'état de la musique du roi.

    Contrairement aux documents sur l'état de la France, riches des seuls noms qu'il contiennent, celui commence par un passionnant historique des musiciens sous l'ancien régime. Si ce sujet vous intéresse, suivez ce lien : état actuel de la musique du roi . 

    Voila donc expliquée, grâce aux traces qu'ont laissés nos souffleurs, l'énigme du titre de ce billet. Il n'est pas du tout impossible qux'ils réapparaissent un jour dans ce blog, car les recherches continuent.

    Donc à bientôt, peut-être


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