• C’est avec délice, du moins je l’espère, que vous allez plonger en lisant ce billet dans les arcanes du droit canon, ce droit d’inspiration catholique qui gouvernait la vie de nos ancêtres avant la révolution.

    Lisons tout d’abord l’acte rédigé par le dénommé Bonnet, vicaire de la paroisse de Viarmes, le 21 mars 1746.

    un autre mariage curieux

       

    Louis Poulet mineur fils de Claude Poulet vigneron et de Marie

    Meusnier ses père et mère d'une part et Marie Françoise Mathas

    fille de Louis Mathas voiturier et de défunte Marie Breteuille

    ses père et mère d'autre part Vu la dispense de réhabilitation

    de son mariage du vingt et un mars de cette année mil sept cent

    quarante six signée Jusseau vicaire général du diocèse de Beauvais

    insinué et contrôlé audit Beauvais ledit jour et an que dessus

    ont été réhabilité en face de notre mère sainte église par moi

    prêtre curé de cette paroisse soussigné. En présence dudit

    Claude Poulet père dudit Louis Poulet, de Louis Mathas père

    ladite Marie Françoise Mathas de Monsieur Bonnet prêtre vicaire

    de ce lieu de Charles Durand clerc de cette église témoins qui ont

    signé à l'exception de Claude Poulet qui a déclaré ne savoir

    écrire ni signer de ce interpellé

    Rompant avec la monotonie des registres paroissiaux où seul l’ordre dans lequel se succèdent les actes de baptême, mariage et sépulture peut varier, nous avons à faire à une réhabilitation de mariage. En effet, le mariage célébré entre Louis Poulet et Marie Françoise Mathas le 17 mai 1745 est nul et les époux ne peuvent bénéficier des droits accordés aux époux, en particulier en matière de succession. De même les enfants nés de cette union illégitime sont considérés comme naturels.

    La réhabilitation vise à corriger, dans les cas ou cette possibilité est prévue, l’erreur commise au moment du mariage et à restituer les époux et leur descendance dans leurs droits. C’est ce qui se passe quelques jours après la naissance de Jean, premier enfant du couple.

    Le premier code du droit canon datant de 1917, c’est plutôt un ensemble de textes et d’usages qui s’appliquait au XXVIII siècle et il n’est donc pas simple de donner une liste des raisons pour lesquelles un mariage est considéré comme nul. La lecture du code actuel, tel qu’il est appliqué aujourd’hui pour les mariages devant l’église catholique et (j’ai failli écrire dieu merci) pas pour les mariages devant le maire est néanmoins réjouissante puisqu’on y trouve parmi une très longue liste la clause suivante :«Qui en vue de contracter mariage avec une personne déterminée aura donné la mort au conjoint de cette personne ou à son propre conjoint, attente invalidement ce mariage »

    Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, le curé ne nous aide guère en rédigeant l’acte puisqu’il ne précise en rien la cause de cette nullité. Heureusement, de nombreux généalogistes se sont penchés avant moi sur des cas similaires et voici une liste des principales causes possibles :

    • L’âge, si un des deux époux au moins n’avait pas à la date du mariage atteint l’âge requis. Ce n’est pas le cas ici puisque Louis Poulet avait 19 ans au moment du mariage et Marie Françoise Mathas en avait 21.
    •        Une erreur sur la personne. En gros au moins un des deux époux n’est pas celui ou celle qu’il prétend être. Rien de tel dans notre cas, les deux époux sont nés à Viarmes, leur filiation est incontestable et les pères présents au mariage.
    •     Le mariage a bien été célébré mais en dehors de la religion catholique. Cela concerne principalement les mariages de protestants qui, refusant la révocation par Louis XIV de l’édit de Nantes, s’unissent secrètement. S’ils abjurent sincèrement de leur foi et rejoignent la religion d’état, leur mariage peut être réhabilité. Ce n’est pas non plus notre cas puisque les deux époux sont baptisés.
    •        Les époux ont un lien de consanguinité jusqu’au quatrième degré inclus. Au sens du droit canon, cela signifie que les deux époux ne doivent pas avoir d’aïeul commun en remontant jusqu’aux arrière-arrière-grands-parents. Une dispense peut toutefois être donnée pour les troisième et quatrième degré de parenté.

    C’est vraisemblablement cette dernière clause qui provoque la nullité du premier mariage, même si nous n’en sommes pas absolument certains. En effet nous ne connaissons la filiation complète des deux époux que jusqu’au troisième degré. Deux possibilités existent ici : Nicolas Poulet, arrière-grand-père de Louis est le frère de Françoise Poulet arrière-grand-mère de Marie Françoise Mathas ou Magdelaine Halboug, arrière-grand-mère de Louis Poulet est la sœur de François Halboug, arrière-grand-père de Marie Françoise Mathas. Reste une question, comme souvent dans les billets de ce blog : pourquoi s’est-on rendu compte du problème près d’un an après le mariage et non pas avant sa célébration ?

    Notons aussi que lorsque la réhabilitation n'est pas possible, lorsque par exemple, l'erreur sur la personne est délibérée, pour cacher par exemple une polygamie ou lorsque  le lien de parenté entre époux est au second degré, le mariage est tout simplement cassé.

    Edition le 4/9/2016 : Mireille, décidément lectrice très attentive, me souffle que Louis Poulet le héros de cette histoire est le fils d'un des deux Claude Poulet dont il a été question dans le billet intitulé la veuve joyeuse


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  • C’est à un étrange mariage que je vous emmène aujourd’hui. Comme les événements décrit dans les billets précédents de ce blog, il est célébré à Viarmes, en 1741.

    Les futurs époux sont Jean Nicolas Leclerc et Marie Anne Chalot. Jean Nicolas est le fils de Claude et Nicole Landry, mariés eux-aussi à Viarmes en 1704. Nous n’avons pas en main l’acte de baptême de Jean Nicolas, vraisemblablement né dans une autre paroisse. Marie Anne est quant à elle est née en 1711, le 10 juillet. Elle est le onzième enfant issu du mariage de Nicolas Chalot avec Marguerite Fournier, mariage célébré le 16 février 1697. Avant son mariage avec Marguerite Fournier, Nicolas Chalot avait eu avec Marie Gille, sa première épouse, huit enfants. Si on ajoute à ces dix-neuf enfants les quatre qui vont naître après Marie Anne, celle qui se marie aujourd’hui, on arrive à vingt-trois enfants, une espèce de record pour l’époque où les familles nombreuses n’étaient pourtant pas rares. Mais, chez les Chalot comme dans toutes les familles en ces temps,  la mortalité infantile faisait rage et, au moment de son mariage avec Jean Nicolas Leclerc, les seuls survivants de cette fratrie étaient ses frères aînés Antoine, François Jean Baptiste et Pierre ainsi qu’une demi sœur et deux demis frères issus du premier mariage de Nicolas Chalot, qui se nommaient respectivement Marie Jeanne, Louis et Jean Nicolas. Comme les quatre enfants nés après Marie Anne vont mourir en bas âge, elle se trouve être la plus jeune de la famille et Louis Chalot, son demi-frère dont il sera question plus loin, est son aîné de près de 23 ans. Le contexte familial dans le cadre duquel se déroule le mariage de Marie Anne ne serait pas complet si nous omettions de préciser qu’elle a perdu ses deux parents quelques mois avant ce mariage.

    Voici donc l’acte dressé par le curé de Viarmes, suivi de sa transcription :

    Quand on aime, on ne compte pas les mariages.

     

    Quand on aime, on ne compte pas les mariages.

     

    Jean Nicolas Leclerc fils majeur de Claude Leclerc marchand

    pépinier et de Nicole Landry ses père et mère d’une part et

    Marie Anne Chalot fille majeure de défunt Nicolas Chalot

    vivant marchand de dentelle et de défunte Marguerite Fournier

    ses père et mère tous de cette paroisse d’autre part, après

    les publications de deux bans faites aux prônes de nos

    messes paroissiales par deux dimanches dont le premier

    a été fait le dimanche huitième jour du mois de

    janvier mil sept cent quarante un et le second le

    dimanche vingt six février en suivant vu la

    dispense du troisième obtenue de Monseigneur l’evêque

    de Beauvais en datte du onze février dudit an mil sept cent

    quarante un signé Juzon vicaire général et plus bas est

    écrit controllé et insinué audit Beauvais ledit jour et an par

    Renard. signé Renard. Vu aussi la permission des mariés ??

    dans le carême en datte dudit jour et an que dessus signés

    les mêmes, vu aussi la sentence obtenue par ledit

    leclerc au chatelet de Paris en datte du dix huit février mil

    sept cent quarante un portant main levée de l’opposition faite

    par le sieur Louis Chalot procureur du roi au grenier à sel

    de Creil audit mariage de laquelle opposition il ne s’en est

    formulée aucune autre ni empêchement les fiançailles célébrées le

    jour précédent ont été mariés le lendemain sixième jour du mois

     mars audit an par moi prêtre vicaire de ce lieu soussigné

    ledit Jean Nicolas Leclerc assisté de Claude Leclerc son père

    de Denis Beaucé son cousin et de Nicolas Meusnier ami

    ladite Marie Anne Chalot assistée de Pierre Gallet chirurgien

    son parrain de François Chalot son frère et autres parents

    et amis qui ont signé

    Voici un mariage dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne s’est pas déroulé sans quelques anicroches. En premier lieu, si on les prend dans l’ordre où elles apparaissent dans l’acte, il a fallu obtenir dispense du troisième ban, ceci n’a rien de très exceptionnel, même si, comme nous l’avons vu dans d’autres cas, on avait tout le temps de suivre la procédure habituelle pour ce troisième ban, entre le 11 février, date de la dispense, et le 6 mars, date du mariage. Sans doute que les futurs époux espéraient convoler plus tôt.

    Le deuxième problème est lié au carême. Selon la liturgie catholique les quarante six  jours (quarante jours ouvrés plus six dimanches, car on ne jeûne pas le dimanche) qui précédent pâques sont voués à la pénitence et au jeûne, peu compatibles avec les libations d’un mariage. En cette année 1741, pâques était célébrée le 2 avril. Aucun mariage n’était donc possible entre 20 février et le 2 avril, d’où la demande de dispense.

    Enfin, last but not least, comme on dit outre-manche, quelqu’un s’est opposé à ce mariage, en la personne de Louis Chalot, le demi-frère de la future épouse. Louis est un personnage important, procureur du roi au grenier à sel de Creil. Nos gouvernants qui, de tout temps, ont fait preuve pour remplir les caisses de l’état d’autant d’imagination que pour les vider au profit de leurs marottes ou de leurs amis, ont fait au XIII eme siècle du commerce du sel un monopole royal. Louis Chalot est en charge de collecter la taxe de 6% sur le sel qui est le seul à pouvoir vendre. On rigolait en ces temps moins qu’aujourd’hui avec les fraudeurs fiscaux et ceux qui faisaient commerce illicite du sel, les faux saulnier, étaient condamnés aux galères et même à mort s’ils étaient armés.

    Quelle raison avait Louis Chalot de s’opposer au mariage de sa demi-sœur ? Plutôt qu’un soupçon de polygamie dont le futur époux n’aurait pas pu obtenir la main levée, il s’agit sans doute d’une histoire familiale, peut-être liée à la succession du père des deux protagonistes. Mais là, c’est vous qui allez devoir faire preuve d’imagination…

    Ce mariage enfin célébré ne marque pour autant pas la fin de cette histoire. En marge de cet acte, les mots mentionnés par le curé de Viarmes ne vous ont sans doute pas échappés :

    le présent

    acte demeurera

    nul attendu

    que le mariage

    est erroné et en fait

    célébré en l'église

    de Saint Martin de

    Seugy, le jour et an

    Seugy est un village tout proche de Viarmes dans les registres duquel on trouve effectivement trace de ce mariage :

    Quand on aime, on ne compte pas les mariages.

    Cet acte reprend les termes de celui dressé à Viarmes avec quelques nuances : ce serait le curé de Viarmes, Jean Douceur, qui aurait accordé la dispense pour le mariage pendant le carême et non l’autorité religieuse de Beauvais comme écrit dans l’acte de Viarmes. Certains témoins sont cités aux deux mariages, d’autres seulement à l’un d’entre eux. Autre mystère, Pierre Gallet, est cité comme parrain de l’épouse dans l’acte rédigé à Viarmes alors que selon l’acte de naissance de la future épouse, le parrain était Antoine Chalot, vraisemblablement un oncle.

    Est-ce à l’insu des deux curés, qui se connaissaient forcément, que ces deux mariages ont été célébrés ?

    Il semble que la famille était divisée, Louis, celui qui s’était opposé au mariage semble bien sûr être absent seul François, son frère, est cité. Alors quel secret familial se cache derrière cet imbroglio ?


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  • L’histoire en trois actes que je vais vous conter aujourd’hui a de nouveau pour décor la petite ville de Viarmes, dans le Val d‘Oise.

    Le premier se déroule le 13 mars 1740 et voit l’héroïne, Marie Louise Metayer, enterrer son époux, Jacques Delacroix. Voici l’acte que le curé de Viarmes dresse sur le registre de la paroisse, suivi de sa transcription :

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix chartier âgé de soixante-dix ans ou environ

    mort le treizième jour du mois de mars inhumé le lendemain dans le cimetière

    de ce lieu par moy prêtre vicaire de ce lieu sous signé, en

    présence de Charles Durand clerc de cette fabrique et de Claude Durand

    son fils qui ont signé.

    Une petite explication à ceux qui seraient déroutés par le terme "fabrique", utilisé dans cet acte, est peut-être nécessaire. Il s'agit, d'un point de vue strictement étymologique de la construction, du bâtiment appelé église. Ce terme désigne l'église sous son aspect temporel, l'aspect spirituel étant le domaine du curé.

    Jacques Delacroix et Marie Louise Metayer se sont mariés neuf ans plus tôt, le 23 avril 1731, à Viarmes. Voici leur acte de mariage :

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix garçon majeur domestique en cette paroisse fils de

    défunt Jacques Delacroix et de Jeanne Levacher ses père et mère de la

    paroisse de Nesle d’une part et Marie Louise Metaïer fille de Nicolas

    Metayer et de Marie Dupuis ses père et mère de cette paroisse

    d’autre part. Après la publication de deux bans faite aux prônes

    de nos messes paroissiales par deux dimanches consécutifs, dont

    le premier a été fait le dimanche vingt et un février et le second le dimanche

    quinze avril mil sept cent trente un, le denier desdits bans dispense

    obtenue de Monsieur le vicaire général de Beauvais datté du treizième

    avril audit an mil sept cent trente signé Michel Justiné et contrôlé audit Beauvais

    ledit jour et an que dessus par Renard sans que s’y soit trouvé aucune

    opposition les fiançailles célébrées le jour précédent ont été mariés le

    lendemain vingt troisième avril audit an mil sept cent trente un

    par moi prêtre curé soussigné, ledit Delacroix assisté de ladite

    Jeanne Levacher sa mère, de François Toquiny, la dite Marie Louise

    Metayer assisté dudit Nicolas Metayer Nicolas son père et autres parents

    et amis qui ont signé.

    Quelques remarques à propos de cet acte. Jean Douceur, le curé qui le rédige réussi à orthographier différemment, dans la même phrase, le nom de l’épouse : Metaïer d’abord puis Metayer, orthographe qu’il ne changera plus tout au long de l’acte. Emporté par son élan il évoque les dimanches consécutifs pour la publication des bans comme si le 21 février, date à laquelle fut publié le premier précédait le quinze avril, date du second. La dispense obtenue le 23 avril est bien étrange puisque, depuis la publication du premier ban, on avait tout le temps nécessaire pour respecter la règle des trois bans. D’un point de vue généalogique, l’acte de décès de jacques Delacroix lui donne 70 ans, il serait donc né vers 1670 et aurait eu 61 ans à la date de son mariage avec Marie Louise Metayer. Cet âge plutôt avancé ne l’a pas empêché d’avoir trois enfants, Jacques né et 1733, Marie Louise née en 1735 et Louis né en 1737 qui ne vivra qu’un an.

    C’est grâce aux travaux d’un autre généalogiste, Alain Diot, publiés sur généanet que j’ai retrouvé la trace des parents de Jacques Delacroix. Le couple a célébré son mariage à Hédouville, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Viarmes, le 16 janvier 1676. Voici l’acte de mariage dressé à cette occasion.

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix de la paroisse d’Hédouville a

    épousé jeanne Levacher de la même paroisse en

    face de notre mère l’église toutes les cérémonies

    ? observées le seizième janvier mil six

    cent soixante-seize en présence de maitre Jean Levacher

    frère de ladite épouse et Marin Levacher son père

    et de Jeanne Liebault mère dudit Delacroix qui

    ont soussignés avec lesdits contractants

    La profession des époux n’est pas mentionnée dans l’acte, celles des parents non plus. Il devait s’agir de notables puisque, fait plutôt rare à cette époque, tous sont lettrés, y compris l’épouse et la mère de l’époux dont la signature montre une relative maîtrise de l’écrit.

    Nous avons vu au début de ce billet que la date de naissance de Jacques Delacroix, estimée sur la base de l’âge déclaré à son décès se situait vars 1670. Ses parents ayant célébré leur mariage en 1676, cette estimation est probablement fantaisiste.

    Une recherche dans les pages qui suivent celle du mariage dans le registre d’Hédouville nous  a permis de découvrir l’acte de naissance de Jacques, qui confirme l’exagération de son âge au moment de son décès :

     Une affaire rondement menée

    Ce jourd’hui dixième aout 1682 a été baptisé Jacques Delacroix fils de

    de Jacques et Jeanne Levacher sa femme son parrain jacques robnis ?

    de la ? et seigneurerie de ? sa marraine marie richard fille de pierre richard

    ?? par moi soussigné

    Comme il est né en 1682 et non en 1670, Jacques Delacroix avait donc 57 ans à son décès et 48 à son mariage avec Marie Louise Metayer.

    Ces précisions sur les origines de Jacques Delacroix ayant été données,  il est temps de rentrer dans le vif du sujet. Marie Louise Metayer, sa veuve commence le 13 mars 1740 un deuil qui va durer douze jours, et peut-être même un peu moins puisqu’il a sans doute fallut un peu de temps pour convaincre le curé de Viarmes d’annoncer au prône de la messe du 25 le projet de mariage entre Marie Louise Metayer, la veuve, et Joseph Perin. C’est le 26 avril de la même année que sera célébré ce mariage, comme le raconte l’acte, le second de cette saga, rédigé par le curé que je vous propose de lire.

    Une affaire rondement menée

      

    Une affaire rondement menée

     

    Joseph Perin manouvrier fils de Denis et de

    Jeanne Compagnon ses père et mère d’une part et Marie

    Mettailler, veuve de Jacques Lacroix d’autre part,

    tous de cette paroisse, après la publication des trois

    bans faite au prône de notre messe paroissiale par

    trois dimanches consécutifs dont le premier a été fait

    le vingt cinq du mois de mars mil sept cent quarante

    les deux autres en suivant sans qu’il s’y soit trouvé

    aucun opposition ny empêchement les fiançailles

    célébrées le vingt cinq avril et ont été mariés le lendemain

    vingt-six du présent mois d’avril mil sept cent

    quarante par moi prêtre vicaire de ce lieu sous

    signé ledit Joseph Perin assisté d’Alexandre Perin

    son frère et de Claude Durand. Ladite Marie

    Maittailler assistée de Nicolas Maittailler son père et

    de Louis Bertain son oncle qui ont signé

    Voila un veuvage qui doit pouvoir prétendre occuper une belle position au classement des plus courts de la spécialité.

    L’histoire ne s’arrête pas là puisque, moins d’une semaine plus tard, le 1er mai 1740, le curé reprend sa plume pour coucher sur le registre paroissial le troisième acte de cette étonnante histoire familiale

    Une affaire rondement menée

    Marie Françoise née le premier [mai] fille posthume de défunt jacques Delacroix et de Marie Metayer

    ses père et mère baptisée le même jour par moi prêtre vicaire

    de ce lieu soussigné le parrain Jean Baptiste Soret fils d’Antoine

    la marraine Marie Catherine Perrin fille de Simon, manouvrier

    tous de cette paroisse le parrain a signé la marraine a déclaré

    ne savoir signer de ce interpellée

    Je suis intrigué par cette précipitation de Marie Louise à vouloir se remarier alors qu’elle est sur le point d’accoucher d’un enfant de son premier mari. Y a-t-il un secret dans cette famille ?

    Le point final de cette histoire étant tapé sur mon clavier, je vais reprendre le décryptage du registre paroissial de Viarmes en me demandant quelle surprise Marie Louise et son nouvel époux nous réserve.


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  • Laissons de côté le carnet de Paul Bonneton qui alimentait ce blog depuis quelques temps, en attendant une inspiration pour régler l’épineuse question des unités auxquelles il a appartenu. Nous allons donc aujourd’hui nous intéresser à un acte de mariage et c’est de nouveau à Viarmes, dans l’actuel Val d’Oise, que je vous emmène. Il s’agit, une fois encore d’un couple sans relation de sang avec notre famille mais qui a vécu dans le même village que la branche Val d’Oisienne de la nôtre. L’acte en question présente deux particularités qui nous en apprennent un peu sur les mœurs du XVIIIème siècle. Voici donc l’acte dressé par Jean Douceur, curé du village, le cinq juillet 1735, lorsqu’il a célébré le mariage entre François Duchêne et Marie Anne Bimont. A la suite de l'acte, vous trouverez sa transcription.

     

    François Duchêne fils de défunt Nicolas et Duchêne et de Marie

    Davanne ses père et mère d’une part et Marie Anne Bimont fille

    de Claude Bimont et de Magdeleine Parisis ses père et mère d’autre

    part tous deux de cette paroisse. Après publication de trois bans faite

    aux prônes de nos messes paroissiales par trois jours de  dimanches

    consécutifs dont le premier a été fait le Dimanche quinze may mil sept

    cent trente cinq et les deux autres les deux Dimanches ensuivant sans

    qu’il s’y soit trouvé aucune opposition ny empêchement les fiançailles

    célébrées le jour précédent ont été mariés le lendemain cinquième jour du

    mois de juillet audit an par moi prêtre curé soussigné, le dit François

    Duchêne assisté de Louis Davanne son oncle maternelle et de François

    Anthiaume son voisin. Ladite Marie Anne Bimont assistée de ladite

    Magdeleine Parisis sa mère et de François Duchêne son beau-frère et

    tuteur de ladite Bimont nommé ad hoc, en l’absence de Claude Bimont son

    père dont on ne sait ce qu’il est devenu depuis quatre à cinq ans et ce par sentence

    de Monsieur de Bailly de Viarmes en date de deuxième juillet audit an mil sept

    cent trente-cinq et autres parents qui ont signé ladite Magdeleine

    a déclaré ne savoir signer de ce interpellée.

    Le cas du futur époux est des plus simples, il a presque vingt-cinq ans et son père étant décédé, il n’a à ses côtés que de simples témoins, son oncle Louis Davanne et son voisin François Anthiaume, qui n’est autre que le frère de Pierre, notre Sosa 672. Vous voyez, même si ce mariage ne concerne pas directement nos ascendants, nous n’en sommes pas très éloignés. Notons aussi que si son père avait été vivant au moment du mariage, sa présence aurait été nécessaire, valant consentement, puisque la majorité matrimoniale, celle qui permet de s’engager dans les liens d’un mariage est fixée à 30 ans pour les hommes depuis l’ordonnance de Blois de 1539.

    Pour la future épouse, Marie Anne Bimont, les choses sont plus compliquées. En effet, Marie n’a que 22 ans et la majorité matrimoniale qui est de 25 ans pour les femmes, toujours suivant l’ordonnance citée plus haut, n’est pas atteinte. Son père, Claude Bimont, devrait normalement consentir au mariage de sa fille, mais nul ne semble savoir où il se trouve. Selon l’acte, cela fait quatre à cinq ans qu’il a disparu. Il est né en 1688, et avait donc environ 42 ans au moment de sa disparition. Claude a eu avec son épouse six enfants dont trois sont morts en bas âge. La dernière trace qu’on trouve de lui dans les registres paroissiaux de Viarmes date du 29 juillet 1720, lors de l’inhumation de son fils Pierre. Il est mentionné dans l’acte de naissance de sa plus jeune fille, Jeanne, le 21 octobre 1721, mais sa présence au baptême n’est pas notée, ce qui n’a rien de très étonnant, puisque seule la signature des parrain et marraine apparaît sur les actes de baptême.

    Qu’est donc devenu Claude Bimont ? Est-il mort ? S’est il enfui pour reconstruire une nouvelle vie ?

    Nous savons bien peu de choses sur lui, sa profession n’est mentionnée dans aucun acte où il est cité. Il ne signe aucun de ces actes, marque d’une croix son propre acte de mariage et déclare aussi à plusieurs reprises ne savoir signer. Il est donc assurément  illettré. Amis lecteurs, vous pouvez donc laisser libre cours à votre imagination pour répondre aux questions posées plus haut. Sachez toutefois que je n’ai trouvé aucun cas similaire dans les actes que j’ai relevé à ce jour. Il semble donc que ces cas de disparition inexpliquée étaient beaucoup plus rares qu’aujourd’hui où on en dénombre environ dix mille chaque année.

    Revenons à notre mariage, ou plutôt à celui de François Duchêne et Marie Anne Bimont. Cette dernière a besoin d’un tuteur pour se marier. Elle en trouve un en la personne de François Duchêne, son beau-frère. Il n'exercera sa mission de tuteur qu'entre le 2 juillet, date de sa nomination,  et le 5 juillet, date de son mariage, soit trois jours. L'apparition de ce tuteur et beau frère doit vous faire réagir, car il se nomme exactement comme le futur époux ! Marie Anne a-t-elle une sœur épouse d’un François Duchêne ? Peu probable, sa seule sœur, Jeanne n’a que quatorze ans en 1735 et elle ne se mariera qu’en 1744 avec Jacques Adam. A défaut de trouver l'époux d’une sœur il nous faut chercher un frère à l’époux. Mais c’est une impasse car François, le futur époux, est en 1735 le seul survivant des neuf enfants, dont cinq fils, du couple formé par Nicolas Duchêne et Marie Davanne. Tout n’est cependant pas perdu car le terme de beau-frère avait une acceptation plus large qu’aujourd’hui. Nous avons aussi la chance de travailler pour cette période sur les registres relevés en mairie à Viarmes qui sont des originaux et portent donc les paraphes lorsque les signataires sont lettrés. Et le tuteur de Marie Anne signe distinctement son nom sur l’acte de mariage de sa protégée. Deuxième chance, il n’y a pas énormément de personne nommées François Duchêne à Viarmes qui peuvent convenir. Écartons sans hésitation François Duchêne, fils de François et Jeanne Levesque, né le 29 juillet 1702 puisqu’il ne vivra que quelques jours. Ce même couple donnera le prénom de François à un autre fils, né le premier janvier 1704. Lui vivra et est déjà connu dans l’arbre familial comme époux de Magdeleine Langlois. Bingo, la signature qu’on trouve au bas de son acte de mariage est bien la même que celle qu’on trouve sur l’acte qui m’a conduit à rédiger ce billet. Vous pouvez vous-même le vérifier en examinant l’acte :

      

    Reste toutefois une question à régler, le tuteur de Marie Anne Bimont est fils de François Duchêne (encore un…) et Jeanne Levesque alors que l’époux de la dite Marie Anne est fils de Nicolas et Marie Davanne. Quel lien familial y-a-t’il entre ces deux François Duchêne ? La réponse à cette question se  trouve dans la génération du père de Nicolas. Il s’appelle lui aussi François et est l’époux de Marie Lemaire. Et ce François-là, époux de Marie Lemaire et l’autre, époux de Jeanne Levesque sont vraisemblablement une seule et même personne. Nous somme certain que Marie Lemaire, la première épouse de François Duchêne est décédée avant le 7 juillet 1704 car elle est notée défunte dans l’acte de mariage de son fils Nicolas avec Marie Davanne. Et la première fille issue du second mariage, avec Jeanne Levesque est née vers 1696. Toutes ces dates sont compatibles et, pour confirmer cette hypothèse, le François Duchêne époux de Marie Lemaire est maçon, comme celui qui a épousée Jeanne Levesque. Son fils François, tuteur de Marie Anne Bimont lors de son mariage, est donc le demi-frère de Nicolas Duchêne, père de l’époux. Et donner le nom de beau-frère à une personne possédant un tel  lien de famille était possible en ces temps. Nous n’avons en main aucun des deux actes de mariage de François Duchêne avec ses épouses successives pas plus que nous n’avons l’acte de décès de la première épouse. On peut trouver sur internet (geneanet) un arbre posté par une généalogiste, Dominique Julliard, un mariage entre François Duchêne et Marie Lemarie (fille de Barthelemy Lemaire et Magdelaine Lingeois). Ce mariage a été célébré à Mareil en France le 20 novembre 1679. Mareil en France se trouve à quelques kilometres de Viarmes et il est vraisemblable qu’il s’agisse du premier mariage du François Duchêne que nous connaissons. D’ailleurs sur le même arbre on retrouve le fils Nicolas, époux de Marie Davanne. Malheureusement les registres paroissiaux de cette période pour cette localité ne sont pas disponibles en ligne et je n’aime guère inclure dans mes documents des informations ans en avoir vérifié la source. Si l’occasion se présente, une petite visite à la mairie de Mareil en France permettra sans doute de valider ce mariage.

    Peut-être que cette histoire vous a donné le tournis et que vos rêves vont être hantés par des hordes de François Duchêne. Vous noterez toutefois que pendant le cours de cet épisode, nous avons arithmétiquement diminué le nombre de François Duchêne en fusionnant les époux de Marie Lemaire et de Jeanne Levesque. Ne vous réjouissez pas trop vite car, afin de conserver la bonne quantité de François Duchêne, je vais vous en ajouter un. Nous n’avons de lui qu’un acte de décès daté du 26 mars 1728 qui  porte une signature d’un témoin que vous connaissez bien et qui se nomme, bien sûr, François Duchêne.

     

    On dit dans l’acte qu’il s’agit de son frère mais vu son âge, 44 ans, on peut situer sa naissance vers 1684 et il s’agit plutôt d’un demi-frère, issu du premier mariage de François Duchêne, le père. Notons au passage que cet acte est une confirmation de plus de ce double mariage.

    Il ne reste plus qu’à espérer que, si nous découvrons les actes qui nous manquent dans ce puzzle, leur contenu ne sera pas le souffle de vent qui ruine ce château de carte patiemment construit.

    Pour conclure, un extrait de l’arbre avec les principaux protagonistes de ce billet aidera sans doute les lecteurs égarés à retrouver leur chemin.


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