• Je m’étais préparé à écrire la suite du billet (le carnet de Paul Bonneton (I)) sur le fameux carnet de Paul Bonneton, travail considérable puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de revivre la grande guerre à ses côtés en rapprochant les noms de lieux notés par lui des journaux de marches et d’opérations des régiments auxquels il a appartenu.

    Vous devrez pourtant attendre pour cette expérience car, toujours sur le carnet, une inscription m’intriguait et je viens tout juste d’en comprendre le sens. Comme cela remet en cause les conclusions du premier billet, je donne la priorité au texte que vous êtes en train de lire.

    Vous vous souvenez peut-être que le nom de Mortimore apparaît à trois reprises parmi les adresses, peu après celle d’Henri Breton.

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

     

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

    La première donne une adresse rue des Ternes à Paris, adresse qui est la sienne à la naissance de ses deux enfants, Fred Henri le 10 septembre 1914 et Georges Albert le 7 janvier 1916. La suivante est textuellement :

    C mortimore

    C/O Middletown

    Car Company

    La Rochelle Charente Inférieure

    La troisième adresse est une adresse précise à La Rochelle, chez une certaine Mme Vignaud.

    La clef de l’énigme se trouve, vous l’avez compris, dans la seconde adresse.

    Le « C » qui précède le nom mortimore est l’abréviation de Charles.

    « C/O » sur la seconde ligne signifie « Care of », « aux  bons soins de », en bon français. Vous vous demandez peut-être pourquoi Paul Bonneton éprouve subitement le besoin de s’exprimer dans  la langue de Shakespeare. Soyez patient, vous le saurez bientôt.

    Middletown Car Company est le nom d’une filiale de la Standard Steel Car Company, une société américaine, deuxième constructeur de matériel ferroviaire sur le continent américain. Lorsque les américains entrent en guerre en 1917, les troupes venues d’outre atlantique débarquent à  La Rochelle et ils y installent un atelier pour monter des wagons de chemins de fer à partir de pièces venues elles aussi des Etas Unis. En effet, les américains veulent renforcer les moyens logistiques afin de lutter plus efficacement contre l’Allemagne. C’est l’armée qui se charge du travail et, en avril 1919, elle passe le relais à la Middletown Car Company. L’état français rachète les 38000 wagons construits pour l’effort de guerre et incite la société à rester en France pour y établir une industrie durable de construction de matériel de chemin de fer.

    Charles Mortimore a apparemment été impliqué, d’une façon ou d’une autre dans cette aventure. Peut-être que sa parfaite maitrise de l’anglais, sa langue maternelle,  a fait de lui un interprète pour les employés américains à leur arrivée en France. Charles avait 28 ans au début de la guerre et nous ignorons quelle fut son rôle dans cette tragédie, alors qu’il avait les deux nationalités française et anglaise. Est-ce le commandement militaire qui l’a envoyé à La Rochelle pour participer à la mise en place du dispositif ? Bizarrement, bien plus tard en 1945 lors du mariage de son fils Georges Albert, il déclarera qu’il exerce la profession d’interprète, alors qu’habituellement il dit travailler dans l’hôtellerie. Mais en 1945, il y a de nouveau beaucoup d’américains en France, et il n’est pas exclu qu’il soit redevenu interprète.

    Le carnet de Paul Bonneton (II)

    La seule chose certaine à retenir de tout cela, c’est que le scénario laborieusement imaginé d’une rencontre entre le compagnon Paul Bonneton de passage à La Rochelle pendant son tour de France et Charles Mortimore vers 1910 s’effondre, tel un château de carte.

    A quel moment Paul a-t-il  noté ces adresses dans son carnet ? Pour celle d’Henri Breton, forcément après son retour d’Allemagne le 2 janvier 1919 (il était prisonnier outre-Rhin, précision pour ceux qui ont du mal à suivre) et avant le départ de Charles Mortimore pour la Rochelle, puisque cette adresse est notée après dans le carnet, donc plutôt avant avril 1919. Les autres adresses, celles de Charles Mortimore ont été notées à l'occasion du déplacement vers la Rochelle. Charles ne sait apparemment pas où il va résider et il demande tout d'abord à Paul de lui écrire à la société pour le compte de laquelle il va travailler. Comme le courrier va être reçu par un américain, l’instruction de faire suivre est en anglais. Un peu plus tard, et donc un peu plus loin dans le carnet, Paul note l’adresse à La Rochelle que Charles vient de lui envoyer et où il doit dorénavant lui écrire. Ce qui prouve au moins qu’ils correspondaient de façon régulière. Il faut à ce sujet se souvenir que Paul n’a été démobilisé que le 31 juillet 1919. Il était encore en service actif au moment où se déroulent ces évènements. Et son mariage avec Jeanne Joséphine le 22 février a forcément été célébré pendant une permission.

    Il est notoire que les poilus écrivaient beaucoup, ce lien épistolaire avec leur ancienne vie était même sans doute ce qui les aidait le plus à supporter leur terrible condition. Comme les autres soldats, Paul voulait  garder contact non seulement avec son épouse mais aussi avec ses proches et il notait donc les adresses où les joindre dans le fameux carnet. On pourrait aussi s’étonner de l’absence totale d’Emile Caillet dans ce carnet alors qu’on sait que celui-ci était très proche de sa demi-sœur Jeanne Joséphine. L’explication est sans doute que, vu son jeune âge – Emile avait 14 ans en 1919- il vivait encore avec sa mère et sa demi sœur, à Viarmes. Et cette adresse-là, Paul n’avait pas besoin de la noter dans son carnet.

    A part le fragment de lettre de Claudy Boucher (Claudy Boucher, lettre du front), mon autre grand-père, à son épouse, évoqué dans un précédent billet, nous n’avons malheureusement aucune trace des correspondances avec nos ancêtres soldats.

    Reste la grande question qui n’a pas trouvé de réponse à ce jour, puisque l’hypothèse La Rochelle vers 1910 ne tient plus : comment Paul a-t-il rencontré Jeanne Joséphine ?


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  • Si vous êtes un fidèle lecteur de ce blog, vous devez vous souvenir de Henri Louis Breton, ce frère de Jeanne Joséphine, notre grand-mère, découvert assez récemment. Deux billets lui ont déjà été consacrés :

    Henri le grand-oncle venu de nulle part

    Des Nouvelles d'Henri Breton, le nouveau venu

    La seule chose que nous savions sur la fin de sa vie était qu’à la date du mariage de son fils Maurice Henri avec Renée Griset, le 24 avril 1937, il était décédé, puisque ce décès est mentionné sur l’acte rédigé à cette occasion.

    Son nom sur le carnet de Paul Bonneton m’a incité à reprendre les recherches sur lui. Comme la plupart des départements, le Val d’Oise, où est né Henri Louis, à Viarmes exactement, a mis en ligne les fiches matricules des soldats nés dans ce département pour la période qui nous intéresse.

    Voici celle d’Henri louis (ref : classe 1912 cote 1R/RM474 vue 455/698)  :

    Henri Breton, une triste fin

    Comme toujours, cette fiche est une mine d’informations. Nous y apprenons que Henri Louis mesurait 1m71 était blond aux yeux bleus. A défaut d’une photo que seul un miracle nous ferait découvrir, nous pouvons faire une idée de son apparence. Nous découvrons aussi qu’après avoir été garçon boucher, profession qu’il déclare lorsqu’il est témoin au mariage de sa sœur Jeanne Joséphine le 22 février 1919, il sera électricien.

    Mais le plus important est la description de sa carrière militaire active puis ses résidences en tant que réserviste qui vont nous permettre de suivre sa trace dans le temps et, peut-être, de préciser des dates sur le carnet de Paul.

    Henri est affecté au 164ème régiment d’infanterie et il arrive au fort de Longwy le 9 octobre 1913. La frontière entre la France et l’Allemagne tracée après la défaite de 1870 a donné l’Alsace et une partie de la Lorraine  à notre adversaire et Longwy se trouve à deux pas des turbulentes troupes du kaiser.

    Moins de trois semaines après le début de la guerre, le fort de Longwy est pris par les allemands et Henri, prisonnier, passera la guerre dans un camp à Königsbrück. C’est pendant cette captivité qu’il épousera en 1916 Jeanne Mathilde Lebret et reconnaitra l’enfant qu’il a eu avec elle, né en juin 1914. Tout cela est décrit précisément dans le billet cité plus haut.

    Lorsqu’il est rapatrié en France à la fin de la guerre, il est affecté successivement à différents régiments, puis démobilisé le 15 aout 1919 et il déclare se retirer à Parie au 2 rue des boulets dans le 11ème arrondissement. C’est l’adresse qu’il donne lorsqu’il témoigne au mariage de sa sœur, et c’est aussi celle qui est notée dans le carnet de Paul.

    Le 5 juillet 1921, il réside à Dinard, rue de la vallée.  Dinard est la ville d’origine de son épouse, Jeanne Mathilde Lebret.

    Le 21 juillet il est à Chatou, au 10 de la rue Carmélie Perier, qui doit en fait être la rue Camille Perier, qui fut maire de la ville au XIXème, puis de nouveau à Dinard le 21 janvier 1931 et à Viarmes, rue de la fontaine, le 16 mai 1931.

    Le 6 juillet 1732 il se trouve au sanatorium de Bligny à Briis sous Forges car il est atteint de tuberculose. Il a d’ailleurs été déclaré invalide à 100% en 1932 et réformé définitivement en 1934. Le sanatorium de Bligny se trouve à 35km de l’endroit où est tapé ce texte !

    Il meurt à Chatou le 26 mars 1936. Il avait seulement 43 ans.

    Question à mes lecteurs : à quel moment Paul a-t-il noté le nom et l’adresse d’Henri sur son carnet ?


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  • Je vous emmène une nouvelle fois dans le Val d’Oise, à Viarmes, au début du XVIIIème siècle pour vous conter les aventures matrimoniales  d’une paroissienne peu ordinaire.

    Lorsque Marie Heldebert et son aimé Michel convolent en justes noces, Nicolas Estienne, religieux de l’ordre saint François du couvent de Beauvais, qui officie comme prêtre de la paroisse de Viarmes rédige l’acte que voici :

     

     

     

    Marie Heldebert veuve de défunt Pierre Bimont vivant manouvrier

    d’autre part tous de cette paroisse, ont été mariés ce jourd’huy vingt

    septième de juin par moi prêtre Nicolas Estienne prêtre religieux

    de l’ordre St François du couvent de Beauvais, du consentement de

    Monsieur le curé de Viarmes, après les publications de trois bans

    …..

    La première fait le jour de fête de l’ascension de notre

    Seigneur, vingt cinquième jour de mai dernier les deuxième

    et troisième les deux dimanches suivants sans aucune opposition

    ni empêchement après le contrôle desdits bans contrôlés à

    Beaumont le vingt sixième de juin par domillier et après la

    dispense obtenue par Mr Le Barbier prêtre docteur en theo

    logie de la faculté de Paris chanoine de l’église cathédrale

    de Beauvais vicaire général de monseigneur l’eminentif

    sieur cardinal de Janson Fortin Levesque comte de Beauvais

    pair de France commandeur de l’ordre du St Esprit, les

    dispenses du troisième degré de consanguinité qui est

    entre eux suivant le pouvoir apostolique accordé à ??

    seigneur cardinal, ladite dispense en date du sixième jour

    de mai mil sept cent deux signé Le Barbier par Mr

    le vicaire signé fournier avec paraphe, ledit Heldebert

    assisté de Pierre et Louis Bachevillier amis, ladite Marie

    Heldebert assistée de Louis Davanne et René Meunier aussi

    amis et témoins qui ont signé. Signé Louis Davanne

    René Meunier Bachevillier, Bachevillier, N. Estienne

    prêtre religieux avec paraphe

    Michel et Marie, les futurs époux, sont donc lié par le sang. D’ailleurs il porte le même nom de famille, Heldebert, même si celui-ci varie un peu suivant les actes, Heldebert, Helbert, Heudebert. Consanguins au troisième degré, précise l’acte. En droit canon, cela signifie qu’ils sont «issus de germains » ou, en d’autres termes, qu’un des deux parents de l'époux était cousin germain d'un des parents de l'épouse. En l’occurrence, Michel, le père de Michel – le futur époux -  était cousin germain de Philippe, le père de Marie, la future épouse. Ou encore que Michel et Marie, les deux tourtereaux, ont un même arrière-grand-père. Nous n’avons pas trouvé trace dans les registres de ces filiations, trop anciennes. Sous l’ancien régime, un tel mariage nécessitait une dispense des autorités religieuses. Demande est donc formulée auprès de l’évêché de Beauvais. Celui-ci répond favorablement le 6 mai 1702. C’est une heureuse décision car, tout juste un mois plus tard, le 6 juin, avant même le mariage, célébré le 27 du même mois, va naître une petite Marie.

     

     

    Marie née d'aujourd'huy sixième de juin fille de Michel

    Heldebert manouvrier et de Marie Heldebert a été baptisé

    le même jour, le parrain Louis Davanne laboureur la marraine

    Geneviève Meunier fille de René Meunier fruitier tous de

    cette paroisse le père absent le parrain a signé, la marraine a déclaré

    ne savoir signer de ce interpellée ainsi signé louis davanne 

    Bisset curé avec paraphe

    Seul détail qui peut éveiller l'attention à la lecture de cet acte, la mention "sa femme" qui suit habituellement le nom des parents est omise.

    Si les parents de Marie avaient besoin de l’autorisation de l’église pour devenir époux, ils n’avaient rien à demander à personne pour procréer, et ne se souciaient apparemment pas le moins du monde des questions de consanguinité.  Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se serait passé si la dispense avait été refusée. On peut aussi se demander si le prêtre, dans la demande, évoquait-il la situation de la future mariée.

    Mais l'histoire ne s’arrête pas là ou, plutôt commence quelques années avant. Je vous propose de remonter le temps jusqu’en 1691. Il vous a peut-être échappé à la lecture de l’acte de son mariage avec Michel Heldebert qu’elle est la veuve de Pierre Bimont. Et ce premier mariage a été célébré en 1691, le 26 févier. Voici l’acte rédigé à cette occasion.

     

     

    Pierre Bimont fils de défunt Claude Bimont vivant

    vigneron et de défunte Anthoinette Davanne ses père et mère

    d'une part et Marie Heldebert fille de Philippe Heldebert

    blatier et d'Anne Guedon ses père et mère d'autre part

    tous deux de cette paroisse ont été mariés ce jourd'huy

    vingt sixième de février par devant moi prêtre curé de Viarmes

    après la publication de trois bans la première faite

    le dimanche onzième février la deuxième et troisième

    le dimanche ? suivant et après les fiançailles

    du jour d'hier sans aucun empêchement ledit Bimont

    assisté de Pierre Toquiny son parrain et de Philippe Toquiny

    son oncle d'Anthoine Bimont cousin germain ladite

    Heldebert assistée de Philippe Heldebert son père

    de Michel Heldebert son cousin de Jacques Lechopier

    oncle qui ont signé avec moi Bisset curé

    Il suffit de tourner une page de ce registre pour trouver, daté du 16 mars, l’acte de naissance de Marie Bimont, fille du couple tout juste marié.

      

     

    Marie née d'aujourd'huy seizième de mars fille

    de Pierre Bimont le jeune manouvrier et de Marie

    Heldebert sa femme a été baptisée le même jour le

    parrain Anthoine Bimont fils de défunt Anthoine

    Bimont, la marraine Anne Malet, fille de Daniel 

    Malet opérateur, le père absent, le parrain a signé

    la marraine a déclaré ne savoir signer de ce interpellée

    signé G ? vicaire

    Nous avons donc à faire à une récidiviste ! En 1691, c’est le curé du Village, Etienne Bisset qui unit les époux. Lui aussi a bien dû se douter de quelque chose observant la mariée. Etienne Bisset est mort en 1703, il n’a donc pas pu évoquer avec Nicolas Estienne, qui célébrera le deuxième mariage de Marie, cette étrange paroissienne qui consomme systématiquement son mariage avant de l’acter.

    De peur d'apparaître comme un père la morale et de lasser les lecteurs, je m’étais promis de ne plus rien écrire sur ces cas de naissance hors mariage, finalement pas si rare en ces temps, mais ce cas  de récidive m’a fait changer d’avis. Après tout, ces couples étaient en avance sur leur temps et les prêtres, au moins dans la rédaction des actes, faisaient preuve d'une belle tolérance.

     


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  • Le billet dont vous commencez la lecture est consacré à une pièce de notre histoire familiale qui se présente sous la forme d’un petit carnet à la couverture brune de format in-18 (soit 9,3x14,5 en cm) dont les pages sont nommées coquille ou carré dans le jargon des imprimeurs.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Ce carnet a accompagné notre grand-père paternel, Paul Bonneton – Paul Jean Félix selon l’état civil- une bonne partie de sa vie. Il y a noté, au fil des jours, ce qui lui semblait important. La quasi-totale absence de date fait de chacune des  lignes de ce carnet une énigme. Certaines ont été résolues et les autres devront attendre des chercheurs plus perspicaces.

    Voici les deux premières pages du carnet :

     Le carnet de Paul Bonneton (I)

    A Gauche, Paul a collé une feuille extraite d’un de ces calendriers dont on arrache chaque matin celle de la veille pour faire apparaitre, accompagnant la date,  le saint du jour et la phase de la lune.  Il a collé celle du   samedi 22 février en ajoutant l’année 1919 de sa main. Il s‘agit de la date de son mariage avec Jeanne Joséphine Breton, notre Grand-mère.

    Sur le côté gauche de ce collage, une autre date manuscrite : le 28 juillet 1919, trois jour exactement avant son retour à la vie civile, le 31 juillet, selon sa fiche matricule militaire. En effet était donc sous les drapeaux au moment de son mariage, ce qui explique la tenue qu’il porte sur la photo que nous avons publiée dans un billet précédent (artilleur et caoutchoutière).  Toujours sur cette première page, il a noté Raunheim qui est le nom d‘une ville allemande, proche de Francfort. Bien difficile de savoir ce que signifie cette indication. Ne désespérons toutefois pas, ce nom apparait de nouveau plus loin dans le carnet avec, peut-être, la clef de l’énigme.

    On trouve aussi, écrits à l’envers sur cette page, quelques mots dont je renonce à chercher le sens.

    La seconde page du carnet est moins mystérieuse puisqu’on y trouve l’identité du propriétaire, sa profession et séparés par trait qui court aussi sur la première page, ses affectations militaires successives.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Après une page vierge on trouve ensuite dans le carnet une adresse, 7 quai de Bondy, Hôtel du Louvre et une indication : « mardi avant midi ». La ville n’est pas précisée mais il s’agit probablement de Lyon où un des quai de Saône porte encore ce nom et où, au numéro 7, on trouve aujourd’hui un hôtel, le Phenix qui a pris la place de celui mentionné dans le carnet. Seule votre imagination pourra vous aider à comprendre à quel genre de rendez-vous et même à quelle date devait se rendre Paul avant midi en ce mardi.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

     

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    La page suivante et le début de celle qui la suit nous ramènent sur un terrain mieux connu puisque la liste de ville qu’on y trouve rappelle presque immédiatement son parcours de compagnon du tour de France initiatique de menuisier tel que nous le connaissons et qu’il a été décrit dans un billet déjà ancien (tour de France des compagnons). Mais la liste des villes de ce carnet nous permet de tracer son itinéraire sur une carte de façon bien plus détaillée. Suivez son chemin en vert sur la carte ci-dessous.

     Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Les compagnons voyageaient généralement à pied. Le périple, évalué grâce à google map,  représente 3572km. J’ai ajouté à la somme des étapes du carnet la distance entre Clermont Ferrand et Lyon, car, bien que cette ville ne soit pas notée dans le carnet, on peut supposer qu’il a terminé son tour de France à son point de départ.

    Comme Paul ne notait aucune date sur son carnet, on en est, une fois de plus, réduit à des hypothèses pour évaluer la durée de son tour de France. Nous savons toutefois qu’il a été reçu compagnon menuisier à Bordeaux à la Toussaint 1910, donc le 1er novembre. Nous savons aussi grâce à sa fiche matricule militaire qu’il a effectué son service militaire à partir de 10 octobre 1911. Imaginons que Paul à planifier son périple pour être de retour à Lyon à cette date et qu’il a noté sur son carnet les localités où il travaillé pour compléter sa formation, cela donne 334 jours pour les 23 étapes qu’il y a entre Bordeaux et Lyon. Et comme il y en a 16 entre Lyon et Bordeaux pour la première partie du tour, nous pouvons estimer que celle-ci a duré 232 jours. Paul aurait donc quitté Lyon, ou plutôt Saint Pierre de Bœuf, puisqu’il vivait avec ses parents dans ce village, dans le courant du mois de mars 1910, après son vingtième anniversaire. Puisque nous sommes dans les calculs, ôtons aux 566 jours de la durée du tour les 123 jours de marche, sur la base d’un rythme de 30km par jour, il nous reste 443 jours pour 38 étapes, soit une durée de séjour d’environ 11 jours, ce qui ne semble pas idiot.

    Sur la même carte, vous pouvez voir un autre itinéraire, tracé en pourpre. Il lie les villes listées à la suite des précédentes sur le carnet de Paul. Bien que rien ne les sépare des précédentes sur le papier, il est peu vraisemblable qu’elles fassent partie de son tour de France de compagnon, à moins qu’il l’ait poursuivi après son service militaire. On ne voit de toute façon pas la logique qui conduit de Clermont Ferrand à Corbeil, tout près de Paris. Il n’y a pas non plus de tradition de compagnonnage dans le nord et l’est de la France où Paul dirige ses pas.

    Examinons la carrière militaire de Paul pour formuler une hypothèse, encore une.

    Arrivé au 11eme régiment d’artillerie 10 octobre 1911, il est réformé le 11 mai 1912 car on lui a diagnostiqué une pleurésie au poumon droit et un amaigrissement, le tout incompatible avec le service militaire, au moins en 1911. Il retrouve donc à la vie civile et commence un nouveau périple au nord-est de l’hexagone. Il poussera même jusqu’en Allemagne puisque qu’on trouve dans le carnet les villes de Sarrelouis, Mayence et Wiesbaden. Celle-ci est la dernière de la liste. Il y a fort à parier que les évènements qui ont conduit à la guerre de 14-18 l’ont amené à un retour précipité en France. Paul n’avait pas de d’autres ressources que celles produites par son travail de menuisier. Si son périple dans la région a effectivement duré les trois années qui séparent son retour à la vie civile du début de la guerre dite grande, on peut raisonnablement penser qu’il a exercé sa profession pour en vivre. Mais pourquoi devenir menuisier aussi loin de sa région d’origine ?

    La réponse se trouve peut-être un peu loin dans le fameux carnet. On y trouve en effet une liste de personnes avec leur adresse.

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

      

    Le carnet de Paul Bonneton (I)

    Parmi elles,  celles d’Henri Breton, son futur beau-frère, à Paris rue neuve des boulets et trois adresses de Mortimore, une à Paris et deux à la rochelle. Henri Breton est le frère de la future épouse de Paul et l’adresse est celle qu’il donnera lors de la rédaction de l’acte de mariage de sa sœur dont il est témoin. Et Charles Mortimore a épousé le 10 octobre 1910  Alphonsine Désirée Breton qui n’est autre que la sœur ainée de Jeanne Joséphine, la future épouse Paul et grand-mère de l’auteur de ces lignes. On ne sait bien sûr pas à quel moment ces adresses ont été notées dans le carnet, avant ou après sa rencontre avec sa future épouse, mais le passage à La Rochelle pendant son tour de France et la présence de ce nom associé à cette ville dans le carnet ne ressemble vraiment pas à une coïncidence. Donc, Paul s’est lié, lors de son étape dans les charentes, avec la famille Mortimore qui était peut-être accompagnée de la sœur de l’épouse de Charles. Libéré de ses obligations  militaires, l’amour a Paul appelé auprès de sa dulcinée qui ne s'appelait d'ailleurs ni Dulcinée ni Virginie.

    Mais il n’épousera celle-ci que bien plus tard en 1919, après la guerre, qu’il fera dans l’artillerie, car le réformé de 1912 a été jugé bon pour le service en 1915. Mais c’est là une autre histoire que vous découvrirez dans un prochain billet, puisque Paul a noté, toujours dans le précieux carnet, les villes où il se trouvait.


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  • La scène qui débute l’histoire qui va vous être contée aujourd’hui se passe à Viarmes, le jeudi quatre juin mil six cent quatre-vingt-deux, par l’accouchement de Jeanne Breteuille. Et la dite Jeanne, alors âgée de quarante-six ans – si on se fie à l’âge mentionné sur son acte de décès, en 1696- est veuve, non remariée, de Martin Bimont depuis le 22 juin 1675, date du décès de celui-ci. Cette situation n’échappe pas au curé Bisset au moment de rédiger l’acte de baptême du nouveau-né.

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    C’est apparemment la sage-femme, informée  des secrets intimes de la maman, qui lui donne la solution. Il est donc transcrit que le père de l’enfant illégitime est Claude Poulet, fils de Claude et Anne Mignan, qui a alors 28 ans. L’enfant portera donc le nom de son père. A-t ‘il passé ses premières années avec sa mère auprès des enfants qu’elle a eues avec son mari ? Nous en connaissons cinq, mais seule la date de naissance des deux derniers est connue. Il est vraisemblable que le couple est venu s’installer à Viarmes juste avant la naissance de Christophe, le 27 juillet 1671. Fait troublant, l’acte de naissance du dernier enfant du couple, Marie, le premier janvier 1676, précise que le père est absent, ce qui n’est pas faux et qu’on ne peut guère lui reprocher puisqu’il est décédé depuis six mois !

    Voici l’acte de décès de Martin Bimont

    La veuve joyeuse

     

    L’acte de naissance de Marie, dernier enfant du couple

    La veuve joyeuse

    Célibataire au moment de sa relation Claude Poulet, le père de l’enfant né hors mariage, n’épousera pas la veuve. Après avoir essayé une femme plus âgée que lui de 12 ans, il attendra cinq ans avant d’épouser Marie Arnoult, qui est de dix ans sa cadette. Voilà un homme éclectique dans ses choix.

    Nés de son mariage légitime avec Marie Arnoul, nous connaissons neuf enfants à notre Don Juan. Dont deux se prénomment Claude. Bien que rien ne l’indique dans les registres paroissiaux de Viarmes, il est vraisemblable que le premier des deux, né en 1693 n’ait pas survécu.

    L’histoire ne s’arrête pas là. En effet, nos deux Claude Poulet, le légitime et l’illégitime, réussiront l’exploit d’épouser, tous deux,  une fille nommée Marie Meunier. Celle qu’a épousé Claude l’illégitime est fille de René et Geneviève Beaucé. L’autre est la fille de Denis et Marie Laisné.

    Voici l’acte de mariage de Claude, l’illégitime

     La veuve joyeuse

    Et celui de Claude, le légitime

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    Nous avons donc eu à Viarmes dans la même génération deux couples portant exactement les mêmes patronymes. Voilà le genre de situation qui tourne souvent au casse-tête pour les généalogistes. Mais leur entreprise, visiblement destinée à nous empoisonner la vie, n’est que partiellement réussie, puisque Claude, le plus âgé et illégitime décédera deux ans avant le mariage du second Claude Il n’y a donc que peu de chance de confondre les enfants des deux couples.

    L'arbre généalogique posté sur le site Geneanet, avec la filiation des protagonistes et leur descendance aidera ceux qui peinent à suivre ces péripéties. Il donne aussi les références des actes sur le site des Archives départementales du Val d'Oise.

     

    http://gw.geneanet.org/gbonneton_w


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