• Le billet précédent de ce blog vous contait, en deux temps (il était temps et il était temps, le dénouement), l’histoire d’Antoine Levesque et Marie Anne Prouain, ce couple qui luttait contre la montre pour que son union soit « solennisée », comme on disait parfois en ces temps, devant le prêtre avant que son fruit soit porté sur les fonts baptismaux. Cela se passait à Saint Martin du Tertre en 1722.

    L’ordre dans lequel dans lequel je décrypte les registres des paroisses où vécurent nos aïeux et le hasard, son fidèle compère, veulent que les amours de Nicolas Chalot et Marguerite Fournier et leurs péripéties soient contées ici, juste après celles d’Antoine et Marie Anne.

    Nous somme à Viarmes, à deux pas de Saint Martin du Tertre, en mil six cent quatre vingt dix sept, le seize février et voici l’acte de mariage de nos tourtereaux.

     

    Nicolas Chalot marchand de dantelles veuf de défunte Marie Gille d’une part, de cette paroisse, et Marguerite Fournier fille de défunt Jean Fournier laboureur et de défunte Nicole Davanne ses père et mère de la paroisse d’Asnière ont été mariés ce jourd’hui seizième de février par moi prêtre curé, après la publication des bans faite à l’ordinaire dans les paroisses de Viarmes et d’Asnière et les fiançailles sans aucun empêchement, ledit Chalot assisté de Pierre Bachevilliers et Henry Compagnon, ses amis, ladite Fournier assistée de Pierre halboug et Nicolas Meunier ses beaux frères qui ont signé. Signé Bisset Curé, avec paraphe.

    Rien que de très classique dans cet acte. Notons tout de même que le jeune marié n’est pas si jeune que ça puisque, de son premier mariage, avec Marie Gille, il a eu huit enfants, entre 1685 et 1693. Marie Gille est décédée le vingt quatre juillet mil six cent quatre vingt quatorze. Si on se fie l’âge de quatre vingt trois ans donné dans l’acte de décès de Nicolas Chalot, le neuf octobre mil sept cent quarante, il est né vers mil six cent cinquante sept et à donc environ quarante ans lors de son mariage avec Marguerite Fournier. Cinq des huit enfants de son premier mariage sont d’ailleurs mort en bas âge, dont les trois prénommés Nicolas !

    Examinons maintenant l’acte qui suit ce mariage dans le registre.

     trop tard

    Françoise Chalot, fille de Messire Nicolas Chalot, marchand et de Marguerite Fournier, sa femme, baptisée le seizième de février, le parrain Nicolas Meunier, fruitier, la marraine Françoise Simon, veuve d’Antoine Chalot. Le parrain a signé, la marraine a déclaré ne savoir signé. Signé Bisset Curé.

    La situation se complique donc un peu puisque, dans la foulée du mariage, on baptise une petite fille dont les parents sont tout juste unis devant dieu et les hommes. Le curé Bisset, très rigoureux dans ses rédactions précise habituellement distinctement les dates de naissance et baptême. Dans cas la date de naissance est omise.

    La petite Françoise ne vivra que bien peu, puisque l’acte qui suit celui de son baptême dans le registre est celui de son décès. Et cet acte nous éclaire sur la chronologie des événements antérieurs.

     trop tard

    Françoise Chalot, âgée de sept jours, fille dudit Chalot et de Marguerite Fournier, sa femme, décédée d’aujourd’hui vingtième de février, inhumée le même jour par moi prêtre curé en présence de Louis Corboran qui a signé. Signé Bisset Curé.

    Une simple soustraction nous permet de dater la naissance de Françoise au treize février, trois jours avant le mariage de ses parents.

    Est-ce pour préserver les apparences et une chronologie plus conforme aux mœurs de l’époque qu’on à patienté quatre jours pour baptiser la petite Françoise ? Baptisée avant le mariage, l’acte aurait mentionné le caractère illégitime de cette naissance.

    Chacun apportera à cette question la réponse de son choix. Il n’est peut-être pas inutile de préciser la position sociale des protagonistes de cet épisode. Nicolas Chalot, marchand de dentelle ou marchand était-il marchand ambulant ? En tout cas, peut-être grâce à ce travail, il avait des relations puisque le parrain de Jean Nicolas, le dernier fils qu’il a eu avec sa première épouse, Marie Gille, n’est autre que Jacques Dalichamps, fils de Jacques, mon Sosa 1346, procureur fiscal de Viarmes. Le procureur fiscal était un officier désigné par le seigneur du lieu pour veiller à l’intérêt public et à celui du seigneur. Il avait en charge, entre autre, la collecte de l’impôt. Un des fils de Nicolas, Louis sera quant à lui procureur du roi en la gabelle de Creil.


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  • Voici, enfin, le billet promis sur la fin de la courte histoire d’Antoine, premier enfant du couple Antoine Levesque et Marie Anne Prouin. Il s’agit d’ailleurs du début de l’histoire en question puisque, par jeu, j’avais décidé de la conter en remontant le temps.

    Comme vous l’avez maintenant tous compris, l’acte que vous deviez découvrir est celui du mariage des parents du nouveau né, la veille de sa naissance.

     

    Comme vous pouvez le constater, rien ne transparaît dans cet acte de la situation particulière de la jeune mariée. Avait-elle choisi une tenue particulièrement ample pour masquer son ventre rebondi ? Personne n’était sans doute dupe, ni les parents, présents au mariage, ni le curé ou les amis. Les apparences sont sauves mais il s’en est fallut d’un jour que l’ordre des événements soit inversés et que cette naissance ait lieu hors mariage. Notons au passage que les bans de ce mariage ont été publiés régulièrement par trois dimanches consécutifs. Les dispenses d’un ou de plusieurs des bans n’étaient pourtant pas rares. L’imminence de la naissance d’un enfant « conçu dans le péché » n’était sans doute pas considérée comme une cause légitime de dispense.

    Attardons nous maintenant sur la question subsidiaire posée aux pugnaces lecteurs de cette prose : « pourquoi les actes de cette période  ne sont ils pas accessibles sur le site des archives départementales du Val d’Oise » ?

    Il fa falloir faire un peu d’histoire pour apporter une réponse quelque peu pertinente à cette question.

    Remontons donc le temps de près de cinq siècles, en 1539 exactement. François premier qui règne alors a demandé à Guillaume Poyet, avocat et membre de son conseil privé de rédiger une ordonnance sur le « fait de justice ». Connue sous le nom d’ordonnance de Villers-Cotterêts, daté du 25 août 1539, elle est un des plus anciens textes fondateurs du droit français et la cour de cassation s’y réfère encore de nos jours, bel exemple de longévité dont les législateurs du temps présent feraient bien de s’inspirer. Sa principale disposition concerne l’usage du français pour la rédaction des actes publics, en lieu et place du latin. Autre disposition de grand intérêt pour les généalogistes, elle impose la tenue, dans chaque paroisse, d’un registre des baptêmes. Ces registres doivent être déposés au tribunal royal du lieu chaque année. Mais ces dispositions restent presque partout lettre morte. Car l’autorité royale, qui a imposé ce travail à la seule organisation sociale couvrant la totalité du territoire, la religion, n’est pas le seul chef des exécutants du terrain. Les curés des paroisses répondent aussi à leur propre hiérarchie, en la personne des évêques, pas forcément convaincu de l’intérêt de cette mesure. Mais peut-être s’agit-il tous simplement de cette inertie administrative qui est, avec d’autre particularités plus ou moins caricaturales, née bien avant Courteline et lui a survécu comme nous pouvons le constater presque quotidiennement.

    Quelques décennies plus tard, un des canons du concile de trente renforcera l’ordonnance sans beaucoup plus de succès sur le terrain. En 1579, l’ordonnance de Blois étend la portée des registres aux actes de mariage et sépulture. En 1667, l’ordonnance de saint Germain en Laye uniformise la rédaction des actes et impose la tenue des registres en double. L’un reste à la paroisse et l’autre est déposé au greffe du bailliage local.

    Nous en sommes là au moment où se déroulent les événements de ce billet. Mais la religion s’est livré à de tels abus que des pans entiers de la chrétienté font défaut à l’autorité papale. A l’intérieur même de l’église catholique les jansénistes contestent le pouvoir absolu de la monarchie de droit divin et prônent la réforme. Ces thèses trouvent un écho très favorable auprès des curés de villages, témoins des difficultés rencontrés par leurs ouailles et de l’extraordinaire décalage avec la magnificence de la vie à la cour de Versailles. Car le roi qui est à ce moment sur trône n’est autre que Louis XIV, le roi soleil. Bien sûr, celui-ci ne porte pas les janséniste dans son cœur et bien que ses relations avec la papauté n’est pas toujours été des plus des plus cordiales, il obtient du pape Clément XI qu’il fulmine en 1713 la bulle unigenitus qui condamne les thèses jansénistes. Cette condamnation est très mal vécue par une bonne partie de l'épiscopat français et, par mesure de rétorsion contre le pouvoir royal, les prêtres cessent de rédiger le double des registres paroissiaux.

    La révolution va séculariser la tenue des registres qui deviendront d’état civil. L’exemplaire en double détenu par l’autorité religieuse est versé aux archives départementales. Donc de 1715 à 1737, date à laquelle les curés de village reprendront la tenue du registre double, celui-ci manque dans beaucoup de départements.

    Les rares lecteurs qui n’ont pas oublié la question en lisant ces lignes connaissent donc la réponse. Les autres sont invités à une seconde lecture.

    Cette évocation du contexte historique et religieux éclaire d’un jour nouveau les événements d’un billet récent, intitulé « les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy ».

    En effet les protagonistes de ces événements, en ce qui concerne la rédaction des actes, sont d’une part les curés des villages d’Asnières sur Oise, Viarmes et Vilaines en France sans doute favorables aux thèses jansénistes puisqu’ils ont cessé pendant vingt ans de rédiger les actes en double et de l’autre les pénitents du couvent de Franconville établi près du château sur les terres de la paroisse de Saint Martin du Tertre qui appartiennent à l’ordre franciscain, opposé aux jansénistes.

    Cette guerre autour d’un mariage et les problèmes qui en découlent pour les généalogistes sont sans doute une péripétie de l’affrontement entre deux tendances dans le monde catholique.

    Conclusion en forme d’éloge de la laïcité et de conseils aux monarques dirigeant un état, qu’ils portent un turban ou une autre coiffe, au cas improbable ou ils liraient ces lignes : on a tout à gagner à éloigner de la conduite d’un état les questions de croyance qui n’ont rien à faire en dehors de la sphère privée, en particulier lorsqu'elles sont religieuses.


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  • On entend fréquemment certains de nos contemporains pester contre la vie trépidante que le monde moderne nous impose. Pourtant, il y a près de trois siècles, les événements qui rythmaient la vie familiale pouvaient s’enchainer à une vitesse qui n’a, à ma connaissance, guère d’équivalent aujourd’hui.

    Tout se passe entre le 13 et le 15 avril de l’an mil sept cent vingt deux. Afin de tenir le lecteur en haleine, en imitant à notre modeste niveau la technique utilisée par Quentin Tarantino dans Pulp Fiction,  nous allons commencer cette histoire par la fin.

    Le Curé de la paroisse de Saint Martin du Tertre, où se sont passés ces événements,  est un dénommé Lemaitre, celui dont le décès nous a valu l’épisode étonnant du mariage en trois temps de Jacques Chéron et Geneviève Clichy, conté dans un billet récent.

    En ce mois d'avril 1722, il est bien vivant et rédige l’acte que voici.

     Il était temps !

    Le 15e jour d’avril 1722 antoine agé d’un jour fils d’antoine

    levesque masson et marie anne prouin sa femme a été

    inhumé au cimetière de cette paroisse présent le père de

    l’enfant,  lequel a fait sa marque

    Il s’agit du décès d’Antoine Levesque, fils d’Antoine et de Marie Anne Prouain le 15 avril. Antoine est maçon comme son père et son grand père, ces maçons de trois générations se prénommant d‘ailleurs tous Antoine. Le père, qui est le neveu de Jeanne Cordel notre aïeule portant le numéro Sosa 645,  est présent à l’inhumation de son fils et, ne sachant signer, fait sa marque au bas de l’acte. L’acte précise que le défunt est âgé d’un jour, donc, même les moins perspicaces lecteurs auront compris que l’épisode précédent est daté du 14 du même mois et acte la naissance d’Antoine Levesque.

    Voici l’acte en question :

    Il était temps !

      

    Il était temps !

     

    le 14e jour d’avril 1722 antoine né ce jour et fils

    d’antoine levesque le  père masson, et de marie anne

    prouin sachin, sa femme a été bâtisé sous condition par moy

    curé soussigné ?? été ondoié a la maison en

    …..

    péril de mort par la sage femme de ce lieu le

    parrain a été antoine levesque l’ainé masson et

    la marraine marie anne sachin veuve d’antoine prouin

    laquelle a fait seulement sa marque

    Il s’agit donc bien de l’acte de naissance du malheureux Antoine Levesque, qui ne vivra qu’un jour. Il n’est peut être pas inutile de s’attarder sur la rédaction de cet acte qui contient quelques particularités révélatrices des mœurs de cette époque et, aussi, des embûches que le généalogiste trouve sur son chemin.

    L’orthographe, d’abord, avec ses variations qui ne posent dans ce cas guère de problème : masson pour maçon, bâtisé pour baptisé. Plus étonnant l’erreur, corrigée, sur le nom de famille de la mère de l’enfant défunt. Dans un premier temps le curé note sachin comme patronyme puis raye et note prouain. En fait prouain (ou prouin), est bien le nom de famille de la mère du malheureux Antoine, Sachin est celui de sa grand-mère maternelle, qui se trouve être aussi sa marraine. Il faut dire que pour corser un peu l’affaire, cette Marie Anne Sachin a épousé Antoine Prouain, ce qui fait un Antoine de plus dans l’ascendance du défunt. Pourtant, la situation pourrait être pire car l’erreur a été corrigée, ce qui est loin d’être toujours le cas ! Les généalogistes sont friands de ces actes où les liens de parentés des présents sont mentionnés, car ces mentions permettent parfois de combler des lacunes. Imaginez maintenant les abîmes de réflexions dans lesquelles  plonge l’infortuné chercheur, lorsque, à cause d’une erreur dans un acte, les pièces du puzzle ne s’assemblent plus.

    Autre particularité, ce baptême sous condition et cet ondoiement pour péril de mort.

    Les progrès de la médecine qui se sont traduit par une augmentation spectaculaire de l’espérance de vie sont en fait très récents et, au XVIII eme siècle, on mourrait plutôt jeune. Les nourrissons étaient des proies faciles pour la grande faucheuse. Dans ce contexte très dur, la religion, avec sa promesse d’une vie future était, et est toujours pour les croyants, un secours capital. Or, le dogme est tout à fait clair sur la question, seul les baptisés sont éligibles au paradis, les nourrissons défunts, vierges de péchés personnels portent pourtant en eux le péché originel (vous savez, Adam, Eve et la pomme) dont seul le baptême peut les laver. Les familles étaient donc terrorisées à l’idée qu’un nouveau né décède avant d’avoir été baptisé, car cela le condamnait à errer, éternellement, dans les limbes, mystérieuse région qui n’est ni paradis, ni enfer ni purgatoire. Or comme nous le savons, la mortalité infantile faisait des ravages et le curé n’était généralement pas présent lors de l’accouchement pour procéder au baptême. Pour épargner aux innocents l’errance éternelle, n’importe quel être humain, à condition toutefois d’être lui-même baptisé, peut baptiser un nouveau né, en cas de péril de mort, ce qui s’appelle l’ondoiement. Il suffit de verser un peu d’eau sur le front de l’enfant en prononçant les paroles « je te baptise au nom du Père, du Fils et du  Saint Esprit ». C’est généralement la sage femme, formée par le curé à cette tache qui se chargeait d’ondoyer les nouveaux nés.

    Mais l’affaire est encore plus subtile, car on ne peut être baptisé qu’une fois et l’ondoiement n’évite que l’errance dans les limbes au défunt, il ne lui donne ni parrain ni marraine, ce qui pose problème au cas où il survit.

    D’où le baptême « sous condition », réalisé plus tard par le curé. La condition signifie «  au cas où l’ondoiement n’aurait pas été réalisé conformément à la règle ». Par exemple si la formule «  je te baptise au nom… » n’a pas été exactement prononcée, ou si l’eau a été versée sur les cheveux plutôt que sur le front. Pour en finir avec cette question qui révèle l’infinie détresse dans laquelle étaient plongées les familles dans ces situations de perte d’un être chéri, seul les nourrissons vivants pouvaient êtres ondoyés. Les enfants mort-nés étaient exclus et on rapporte des cas où l’assemblée recherchait désespérément un souffle du petit corps pour procéder à l’ondoiement.

    Cette longue digression ne doit pas nous faire oublier que cette histoire n’est pas terminée. Il nous reste un acte à découvrir. Il est daté du 13 avril 1722. D’où un nouveau concours proposé aux lecteurs de cette prose. Que contient cet acte ?

    Réponse dans une semaine avec une médaille au premier qui donnera la bonne réponse.

    Comme noël approche, un petit cadeau s’impose. Il se cache, quelque part dans ce billet, sous la forme d’un indice qui doit vous mettre sur la voie pour trouver la solution.

    Inutile d’aller fouiner sur le site des archives du Val d’Oise pour consulter le registre où se trouve la réponse. Il n’y a rien pour cette période et le seul endroit où vous pouvez trouver la réponse est en mairie de Saint Martin du Tertre, où est conservé l’unique exemplaire de ce registre. Question subsidiaire, pour départager les gagnants, pourquoi ces informations ne sont elles pas accessibles sur le site des archives départementales du Val d’Oise ?

    Bon courage à tous ! 


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  • C’est à Saint Martin du Tertre, village du Val d’Oise, au début du dix huitième siècle, en 1737 exactement, que ce sont déroulés les événements dont il est question dans ce billet.

    Le curé de la paroisse, Claude Lemaitre, est malade et c’est un remplaçant qui officie et rédige les actes de baptême, mariage et sépulture.

    Le mardi quinze janvier 1737, jacques Chéron et Marie Geneviève Clichy sont réunis dans l’église pour recevoir la bénédiction nuptiale. Jacques Chéron est le fils de Jean et de Marie Fichu. Jacques et Jean sont peut-être parents de Marie Chéron notre aïeule portant le numéro Sosa 655 mais aucun acte n’a été trouvé dans les registres à ce jour pour le démontrer. Marie Geneviève Clichy est la  fille de François et Marie Prouin. Selon l’acte de mariage, elle a vingt six ans. Elle est en fait née le vingt cinq aout 1709 et a donc plutôt vingt sept ans. On lui a donné à sa naissance le prénom de Geneviève et non Marie Geneviève. Ces variations dans les âges et les prénoms  sont monnaie courante. L’oncle de la future mariée, Jean Clichy a épousé Marie Levesque, sœur de Louis ou Louis le jeune qui porte le numéro Sosa 644 dans notre arbre. Voici l’acte en question :

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Cet acte est on ne peut plus classique est rédigé avec une écriture soignée, il n’est donc pas utile de le transcrire. Il est rédigé par un certain Jean Marie, religieux de Franconville qui remplace le curé malade et est daté du 15 janvier 1737. Mais il est barré d’une large croix dont l’explication se trouve sur la page suivante du registre sous la forme de la note suivante.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le moins qu’on puisse dire est que ce texte n’est pas limpide. On comprend que quelqu’un est mort avant le mariage et que la dispense nécessaire n’ayant pas été obtenue, celui-ci n’a pu être fait. Cette note est signée par les curés des villages d’Asnières sur Oise, Viarmes et Vilaines en France, paroisses voisine de Saint Martin du Tertre. Mais la cérémonie du mariage, au moins si on se fie à la rédaction de l’acte de mariage, a bel et bien eu lieu. On y cite les présents et on y précise aussi que certains ne savent pas signer, détail que l’officiant n'a pu découvrir que pendant la cérémonie. Mais, contrairement aux autres actes du registre, il n’y a aucune signature sur le registre, pas même celle du prêtre officiant.

    L’acte suivant sur le registre  nous éclaire, au moins partiellement, puisqu’il s’agit de l’acte de décès du curé Lemaitre,  daté comme le mariage invalidé du 15. L’enterrement du curé à eu lieu de 16, le lendemain de son décès et l’acte de sépulture est signé par ceux-là même qui ont signé la note invalidant le mariage, auxquels se sont joint les curés de Belloy en France  et de Villiers le sec, autres paroisses du voisinage.

    les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    On sait dorénavant qui est mort. Ce n’est pas un des deux futurs mariés, c’est le curé du village. Mais en quoi de décès rend-il le mariage célébré par son remplaçant invalide ? Plusieurs actes ont été rédigés par un remplaçant avant celui-ci et il n’y a pas de trace de contestation dans les registres. Peut-être que la dispense accordée par les autorités religieuses pour remplacer le curé malade n’était plus valable après son décès. Si un spécialiste de droit canon lit ces lignes, qu’il ait la bonté de nous donner la réponse.

    Peut importe que la cérémonie ait eu lieu ou non,  Il n’y a pas eu mariage selon l’autorité religieuse. Mais les futurs mariés, qui doivent s’interroger sur la signification de toute cette agitation, n’ont pas renoncé à leur projet et une nouvelle cérémonie est organisée le dix sept janvier, au lendemain des obsèques du curé Lemaitre.

    Voici l’acte rédigé à cette occasion par le même Jean Marie qui avait rédigé l’acte du 15 janvier.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le texte de cet acte est le même que le précédent, sauf la référence au curé malade. Et Jean Marie se nomme comme desservant la cure de la paroisse. Cette fois-ci les signatures sont apposées au bas de l’acte. On y découvre que le nom de famille de Jean Marie, le prêtre officiant, est Villecourt.

    J’imagine que le couple de jeunes mariés est rentré chez lui content d’en avoir fini avec cette histoire invraisemblable. D’ailleurs dans les semaines qui ont suivi cette deuxième cérémonie, le même prêtre a baptisé des nouveaux nés sans que cela ne pose apparemment aucun problème. Mais, près de 150 ans avant la naissance Franz Kafka, les autorités en charge de la validité des mariages ne pouvaient décemment pas se satisfaire d’une telle situation. Une troisième cérémonie fut donc organisée, le quatre février de la même année pour des raisons qui sautent littéralement aux yeux à la lecture de l’acte qui suit.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le prêtre Jean Marie Villecourt, autorisé « seulement » par quelques curés voisins, n’avait donc pas la « juridiction suffisante » pour célébrer le mariage en question.  

    Ce troisième mariage, célébré par Raphaël Guion, lui aussi desservant la cure vacante, fût apparemment le bon puisqu’aucun nouvel acte concernant les tourtereaux n’apparait par la suite dans le registre.

    Rarement union fut autant bénie.


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  • De mauvais esprits pourraient penser que le rythme de parution des billets sur ce blog dépend du courage des rédacteurs. Rien n’est bien sûr plus inexact. Le silence de Mireille a une explication des plus simples, l’accomplissement du projet d’une vie avec son époux Guy, le grand voyage initiatique vers Saint Jacques de Compostelle. Au moment où j’écris ces lignes, ils sont arrivés après deux mois de marche. Comme le retour vers le logis isérois va se faire en utilisant un moyen de locomotion nettement plus rapide, peut-être va-t-elle nous conter bientôt quelques aventures meunières.

    Et mon silence a une explication encore plus simple : je n’ai pas trouvé grand-chose dans mes recherches récentes qui puisse vous intéresser. Pourtant le pur travail de généalogie a bien progressé et l’arbre généalogique que je  construis compte aujourd’hui près de sept mille personnes.  Sont comptés, toutes les personnes apparaissant,  soit comme apparentés, à tous les degrés, soit comme cités dans un acte. Comme le Val d’Oise vient de mettre, enfin, ses archives en lignes, il va être possible d’explorer plus facilement ce territoire.

    Le théâtre du billet d’aujourd’hui est la Bretagne, plus précisément le village de Saint-Carreuc que vous connaissez déjà. Cela se passe au foyer de Pierre Pincemin et Marguerite Richecœur, aïeux de la dixième génération. Le dix huit février de l’an mil sept cent dix huit, la famille qui compte déjà à cette date huit enfants, va s’agrandir. Voici l’acte rédigé par le curé de la Noë à cette occasion.

     Triplette armoricaine

    Le même jour que cy-dessus mathurin pincemin,

    janne pincemin, marguerite pincemin tous trois

    enfans gemaux de pierre pincemin et marguerite

    richecœur son épouse sont nez le 18eme jour du même

    mois et baptisés le même par le soussigné dans

    notre église, a été parrain dudit mathurin

    claude cotillart marraine toussainte pincemin

    parrain de ladite janne jan poulain marraine

    marie robert, parrain de ladite marguerite laurens

    pincemin, marraine peronelle tinguy en présence

    florance vitraux pierre cotillart

    Il s’agit donc de la naissance de triplés, même si le curé, en rédigeant l’acte, utilise la formule « tous trois enfans gemeaux ». Si on croit l’article que wikipedia consacre aux naissances multiples, c’est d’ailleurs à bon escient que le curé utilise ce terme de gemaux, puisque celui-ci s’applique à tous les naissances multiples, quelque soit le nombre de nouveaux nés. Aujourd’hui un tel événement n’aurait rien de bien extraordinaire, mais au XVIII eme siècle, ces naissances multiples étaient bien plus rares. Toujours selon wikipedia, avant le traitement médical de la fertilité, le taux de naissances multiples n’était que de une pour huit mille. Si, en lisant des milliers d’actes de naissance, j’ai trouvé de nombreux cas de jumeaux (deux enfants), le cas des enfants Pincemin est le seul cas de triplé que j’ai rencontré.

    Peut-être encore plus étonnant, alors que le taux de décès des jumeaux qui, forcément plus vulnérable que des enfants nés seul, est très élevé et qu'ils décèdent fréquemment dans les jours qui suivent leur naissance, nos trois petits bretons semblent avoir vécu. Il n’y a pas de trace de leur décès dans les registres de saint-Carreuc dans l’année qui suit leur naissance. Ils ne sont répertoriés dans aucun des arbres publiés sur généanet. Peut-être trouverons-nous plus tard trace d’eux plus tard.

    En octobre et novembre mil sept cent dix neuf, soit moins de deux ans après la naissance des triplés, le foyer fut frappé par trois décès : François âgé de dix ans, Jacques âgé de treize ans et Pierre âgé de quinze décédèrent en à peine plus d’un mois.

    Voila donc comment vivaient  nos ancêtres sous Louis XV, confrontés à la mort d’une façon qu’on a du mal a imaginer aujourd’hui, au moins en Europe.

    Je vous rappelle que vous pouvez visualiser l'arbre généalogique sur le site geneanet.org


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