• C’est à Saint Martin du Tertre, village du Val d’Oise, au début du dix huitième siècle, en 1737 exactement, que ce sont déroulés les événements dont il est question dans ce billet.

    Le curé de la paroisse, Claude Lemaitre, est malade et c’est un remplaçant qui officie et rédige les actes de baptême, mariage et sépulture.

    Le mardi quinze janvier 1737, jacques Chéron et Marie Geneviève Clichy sont réunis dans l’église pour recevoir la bénédiction nuptiale. Jacques Chéron est le fils de Jean et de Marie Fichu. Jacques et Jean sont peut-être parents de Marie Chéron notre aïeule portant le numéro Sosa 655 mais aucun acte n’a été trouvé dans les registres à ce jour pour le démontrer. Marie Geneviève Clichy est la  fille de François et Marie Prouin. Selon l’acte de mariage, elle a vingt six ans. Elle est en fait née le vingt cinq aout 1709 et a donc plutôt vingt sept ans. On lui a donné à sa naissance le prénom de Geneviève et non Marie Geneviève. Ces variations dans les âges et les prénoms  sont monnaie courante. L’oncle de la future mariée, Jean Clichy a épousé Marie Levesque, sœur de Louis ou Louis le jeune qui porte le numéro Sosa 644 dans notre arbre. Voici l’acte en question :

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Cet acte est on ne peut plus classique est rédigé avec une écriture soignée, il n’est donc pas utile de le transcrire. Il est rédigé par un certain Jean Marie, religieux de Franconville qui remplace le curé malade et est daté du 15 janvier 1737. Mais il est barré d’une large croix dont l’explication se trouve sur la page suivante du registre sous la forme de la note suivante.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le moins qu’on puisse dire est que ce texte n’est pas limpide. On comprend que quelqu’un est mort avant le mariage et que la dispense nécessaire n’ayant pas été obtenue, celui-ci n’a pu être fait. Cette note est signée par les curés des villages d’Asnières sur Oise, Viarmes et Vilaines en France, paroisses voisine de Saint Martin du Tertre. Mais la cérémonie du mariage, au moins si on se fie à la rédaction de l’acte de mariage, a bel et bien eu lieu. On y cite les présents et on y précise aussi que certains ne savent pas signer, détail que l’officiant n'a pu découvrir que pendant la cérémonie. Mais, contrairement aux autres actes du registre, il n’y a aucune signature sur le registre, pas même celle du prêtre officiant.

    L’acte suivant sur le registre  nous éclaire, au moins partiellement, puisqu’il s’agit de l’acte de décès du curé Lemaitre,  daté comme le mariage invalidé du 15. L’enterrement du curé à eu lieu de 16, le lendemain de son décès et l’acte de sépulture est signé par ceux-là même qui ont signé la note invalidant le mariage, auxquels se sont joint les curés de Belloy en France  et de Villiers le sec, autres paroisses du voisinage.

    les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    On sait dorénavant qui est mort. Ce n’est pas un des deux futurs mariés, c’est le curé du village. Mais en quoi de décès rend-il le mariage célébré par son remplaçant invalide ? Plusieurs actes ont été rédigés par un remplaçant avant celui-ci et il n’y a pas de trace de contestation dans les registres. Peut-être que la dispense accordée par les autorités religieuses pour remplacer le curé malade n’était plus valable après son décès. Si un spécialiste de droit canon lit ces lignes, qu’il ait la bonté de nous donner la réponse.

    Peut importe que la cérémonie ait eu lieu ou non,  Il n’y a pas eu mariage selon l’autorité religieuse. Mais les futurs mariés, qui doivent s’interroger sur la signification de toute cette agitation, n’ont pas renoncé à leur projet et une nouvelle cérémonie est organisée le dix sept janvier, au lendemain des obsèques du curé Lemaitre.

    Voici l’acte rédigé à cette occasion par le même Jean Marie qui avait rédigé l’acte du 15 janvier.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le texte de cet acte est le même que le précédent, sauf la référence au curé malade. Et Jean Marie se nomme comme desservant la cure de la paroisse. Cette fois-ci les signatures sont apposées au bas de l’acte. On y découvre que le nom de famille de Jean Marie, le prêtre officiant, est Villecourt.

    J’imagine que le couple de jeunes mariés est rentré chez lui content d’en avoir fini avec cette histoire invraisemblable. D’ailleurs dans les semaines qui ont suivi cette deuxième cérémonie, le même prêtre a baptisé des nouveaux nés sans que cela ne pose apparemment aucun problème. Mais, près de 150 ans avant la naissance Franz Kafka, les autorités en charge de la validité des mariages ne pouvaient décemment pas se satisfaire d’une telle situation. Une troisième cérémonie fut donc organisée, le quatre février de la même année pour des raisons qui sautent littéralement aux yeux à la lecture de l’acte qui suit.

     les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy

    Le prêtre Jean Marie Villecourt, autorisé « seulement » par quelques curés voisins, n’avait donc pas la « juridiction suffisante » pour célébrer le mariage en question.  

    Ce troisième mariage, célébré par Raphaël Guion, lui aussi desservant la cure vacante, fût apparemment le bon puisqu’aucun nouvel acte concernant les tourtereaux n’apparait par la suite dans le registre.

    Rarement union fut autant bénie.


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  • De mauvais esprits pourraient penser que le rythme de parution des billets sur ce blog dépend du courage des rédacteurs. Rien n’est bien sûr plus inexact. Le silence de Mireille a une explication des plus simples, l’accomplissement du projet d’une vie avec son époux Guy, le grand voyage initiatique vers Saint Jacques de Compostelle. Au moment où j’écris ces lignes, ils sont arrivés après deux mois de marche. Comme le retour vers le logis isérois va se faire en utilisant un moyen de locomotion nettement plus rapide, peut-être va-t-elle nous conter bientôt quelques aventures meunières.

    Et mon silence a une explication encore plus simple : je n’ai pas trouvé grand-chose dans mes recherches récentes qui puisse vous intéresser. Pourtant le pur travail de généalogie a bien progressé et l’arbre généalogique que je  construis compte aujourd’hui près de sept mille personnes.  Sont comptés, toutes les personnes apparaissant,  soit comme apparentés, à tous les degrés, soit comme cités dans un acte. Comme le Val d’Oise vient de mettre, enfin, ses archives en lignes, il va être possible d’explorer plus facilement ce territoire.

    Le théâtre du billet d’aujourd’hui est la Bretagne, plus précisément le village de Saint-Carreuc que vous connaissez déjà. Cela se passe au foyer de Pierre Pincemin et Marguerite Richecœur, aïeux de la dixième génération. Le dix huit février de l’an mil sept cent dix huit, la famille qui compte déjà à cette date huit enfants, va s’agrandir. Voici l’acte rédigé par le curé de la Noë à cette occasion.

     Triplette armoricaine

    Le même jour que cy-dessus mathurin pincemin,

    janne pincemin, marguerite pincemin tous trois

    enfans gemaux de pierre pincemin et marguerite

    richecœur son épouse sont nez le 18eme jour du même

    mois et baptisés le même par le soussigné dans

    notre église, a été parrain dudit mathurin

    claude cotillart marraine toussainte pincemin

    parrain de ladite janne jan poulain marraine

    marie robert, parrain de ladite marguerite laurens

    pincemin, marraine peronelle tinguy en présence

    florance vitraux pierre cotillart

    Il s’agit donc de la naissance de triplés, même si le curé, en rédigeant l’acte, utilise la formule « tous trois enfans gemeaux ». Si on croit l’article que wikipedia consacre aux naissances multiples, c’est d’ailleurs à bon escient que le curé utilise ce terme de gemaux, puisque celui-ci s’applique à tous les naissances multiples, quelque soit le nombre de nouveaux nés. Aujourd’hui un tel événement n’aurait rien de bien extraordinaire, mais au XVIII eme siècle, ces naissances multiples étaient bien plus rares. Toujours selon wikipedia, avant le traitement médical de la fertilité, le taux de naissances multiples n’était que de une pour huit mille. Si, en lisant des milliers d’actes de naissance, j’ai trouvé de nombreux cas de jumeaux (deux enfants), le cas des enfants Pincemin est le seul cas de triplé que j’ai rencontré.

    Peut-être encore plus étonnant, alors que le taux de décès des jumeaux qui, forcément plus vulnérable que des enfants nés seul, est très élevé et qu'ils décèdent fréquemment dans les jours qui suivent leur naissance, nos trois petits bretons semblent avoir vécu. Il n’y a pas de trace de leur décès dans les registres de saint-Carreuc dans l’année qui suit leur naissance. Ils ne sont répertoriés dans aucun des arbres publiés sur généanet. Peut-être trouverons-nous plus tard trace d’eux plus tard.

    En octobre et novembre mil sept cent dix neuf, soit moins de deux ans après la naissance des triplés, le foyer fut frappé par trois décès : François âgé de dix ans, Jacques âgé de treize ans et Pierre âgé de quinze décédèrent en à peine plus d’un mois.

    Voila donc comment vivaient  nos ancêtres sous Louis XV, confrontés à la mort d’une façon qu’on a du mal a imaginer aujourd’hui, au moins en Europe.

    Je vous rappelle que vous pouvez visualiser l'arbre généalogique sur le site geneanet.org


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  • Dans un billet récent, Mireille vous a fait visiter Saint Carreuc, terre d’origine de nos aïeux bretons. Nous allons essayer de comprendre comment, en deux générations seulement, les ramifications de notre arbre généalogique se sont étendues jusqu'à cette province qui se trouve être la plus éloignée du lieu où sont nés la plupart de nos autres ancêtres.

    Au XIXème siècle, la Bretagne avait du mal à nourrir ses enfants, le développement de l’ère industrielle n’avait pas encore eu vraiment d’impact sur cette province décentrée. Beaucoup de jeunes adultes quittaient leur terre natale pour venir en région parisienne, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cette main d’œuvre peu qualifiée se voyait presque toujours confier des tâches ingrates. Les femmes devenaient employées de maison et les hommes journaliers.

    Dans notre famille, certains des neuf enfants de Guillaume François Tréhorel et Jeanne Marie Rose le Creurer firent le choix de ce grand mouvement

    Aussi loin qu’on remonte dans le temps, les ascendants de Guillaume François Tréhorel sont tous nés et ont vécu dans un petit périmètre du pays de Saint Brieuc. Il n’y a que quelques kilomètres entre les villages de  Saint Carreuc, Plédran, Plaintel, Ploeuc sur Lie où on retrouve la trace des ces aïeux. Tous sont des travailleurs de la terre, au moins depuis que les professions sont notés dans les registres.

    Le père de  Jeanne Marie Rose Le Creurer est menuisier, son grand père a été soldat et est décoré de la légion d’honneur, sa mère, Marie Gautier, est fille de laboureur.

    Le couple se marie le 4 octobre 1857 à Saint Carreuc, tout juste un an après, le 10 octobre 1858, naît une fille, Philomène Jeanne. Le malheureux destin de cette Philomène sera scellé le 4 mars 1879, à la naissance de sa fille Marie Joseph, car Philomène est une mère célibataire et l’époque n’est pas tendre avec celles qui s’écartent du chemin. Elle est toujours seule au mariage de sa fille le 10 mai 1905.

    En 1860, le 24 août, va naître Marie Jeanne, notre arrière grand-mère. Elle est sans doute la première de la famille à s’éloigner de sa Bretagne natale. Elle a 24 ans lorsqu’elle épouse Alfred Eugène Breton, le 20 juin 1885, à Viarmes dans le département de la Seine et Oise de l’époque, Val d’Oise aujourd’hui. L’acte de ce mariage nous apprend qu’elle est domiciliée à Rennes, alors que les bans sont publiés à Saint Carreuc. Ses parents ont consenti à son mariage devant un notaire à Plaintel, aucun membre de sa famille n’est présent à ce mariage et les deux amis de l’épouse mentionnés comme témoins sont domiciliés à Viarmes. Marie Jeanne à donc quitté le foyer familial puis, après une étape à rennes dont nous ignorons la durée, elle est finalement partie pour la région parisienne. S’agit-il d’une filière organisée ou a-t-elle pris en main, seule, son destin ? Comme presque toujours, lorsqu’une question  est posée dans ces billets, la réponse ne dépend que de vous.

    Mais c’est bien à Viarmes que Marie Jeanne passera sa vie, puisque, après le décès d’Alfred Eugène Breton, elle épousera Sylvain Louis Antoine Amédée Caillet, natif de Fléré la Riviere en Indre, mais le couple vécu à Viarmes où les deux décéderont, lui en 1910 et elle en 1943.

    Jeanne Marie Françoise, la petite sœur de Marie Jeanne, née le 23 avril 1862 ne fera pas un aussi long voyage, puisqu’elle épousera Marc Toussaint Quintin, natif d’Yffiniac, cotes d’armor, le couple s’installe à Plédran.

    En 1863, le 17 novembre, naîtra Guillaume, premier enfant mâle de Guillaume François et Jeanne Marie Rose Le Creurer. Nous le retrouvons le 1er septembre 1894 à Viarmes où il épouse Marie Joséphine Penard, native du Morbihan. Les parents des deux époux sont absents et ont consenti  au mariage devant notaire. Le couple d’installe à Viarmes où Guillaume exerce successivement les professions de caoutchoutier puis de cantonnier. Il est difficile d’imaginer que c’est le hasard et non le fait que sa sœur y vive qui a conduit Guillaume à s’installer  dans le Val d’Oise.

    François Marie Thréhorel, frère des précédents, né à Saint Carreuc le 11 novembre 1866 sera lui aussi tenté par l’aventure parisienne. Bien qu’il épouse le 19 novembre 1893 Anne Marie Gicquel, aussi native de Saint Carreuc , on retrouve sa trace à Paris en 1897 le premier février à la naissance de sa fille Zéline Almarie. Zéline est née au 33 rue de la Bûcherie qui est une annexe de l’hôpital de l’hôtel dieu. Ses parents sont domiciliés à Levallois Perret  au 175 de la rue Dubois. Ils exercent la profession de Journalier et ménagère. La déclaration de naissance est faite en mairie par des employés de l’hôpital et, hormis les parents, aucun membre de la famille n’est cité dans l’acte. L’expérience parisienne de ce couple semble avoir tourné court, puisque nous retrouvons leur trace à Saint Carreuc le 17 janvier 1900, à l’occasion du décès de la malheureuse Zéline dont le deuxième prénom est devenu Anne Marie. Sans doute un problème de prononciation, lors de sa naissance à Paris, le français n’était pas toujours la langue d’usage en terre bretonne. François Marie déclare en 1900 être laboureur. Deux autres enfants naîtront de cette union,  à Saint Carreuc.

    La famille s’agrandit encore avec deux nouvelles filles, Anne Marie Françoise, née le 5 mai 1869 et Joséphine Marie le 26 octobre 1872. Aucune des deux ne sera tentée par la migration vers la région parisienne. La première épousera, le 25 janvier 1891, à saint Carreuc, Jean Marie Bougeard, un laboureur et la seconde épousera, elle aussi à Saint Carreuc le 28 avril 1898, Jean Marie Jacques Tardivel, employé aux chemins de fer de l’ouest. Il faut noter que Guillaume Tréhorel est revenu en Bretagne pour le mariage d’Anne Marie Françoise, il est cité comme témoin sur l’acte.

    A ce stade de l’histoire, Jeanne Marie Le Creurer a eu sept enfants et, fait assez étonnant tous ont vécus, résistant aux maladies infantiles qui faisaient des ravages à l’époque.

    Malheureusement, la chance abandonna le couple et les deux derniers enfants, nés l’un en 1875 et l’autre en 1876, succombèrent  dès leur naissance. Le premier se prénommait Yves Marie et le second n’eu même pas le temps de recevoir un prénom.

    Pour conclure cet épisode de notre histoire familiale, il faudra se souvenir que Guillaume François Tréhorel et Jeanne Marie Rose Le Creurer eurent neuf enfants, dont sept vécurent. Sur les sept il y avait seulement deux garçons et tous deux furent tentés par un départ vers la région parisienne, un seul persévérant. Et des cinq filles une seule quitta sa Bretagne. C’était sans doute une forte personnalité car elle semble avoir ouvert la voie aux autres. Et c’est, au moins en partie, grâce  à son initiative que ces lignes ont pu être écrites.

    Vous connaissez déjà l’étape suivant de cette migration qui commence en Bretagne et se termine sur les rives du Rhône. Elle vous a été contée dans le billet intitulé « Artilleur et caoutchoutière » dans la rubrique Génération III en date du 2 juillet 2013. Relisez le si vous avez besoin de rafraîchir votre souvenir.


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  • En 1860, Marie-Jeanne Tréhorel nait à Saint Carreuc, en Bretagne du nord, dans le département des Côtes d’Armor. Ses parents, grands parents, et ses ascendants retrouvés par Guy dans les registres paroissiaux sont Bretons (les recherches s’arrêtent au XVII ème siècle).

    En 1885, Marie-Jeanne se marie à Viarmes, en Ile de France, dans le département du Val d’Oise avec Alfred Eugène Breton, qui, contrairement à ce que laisse supposer son nom, n’est pas d’origine bretonne. Le frère de Marie-Jeanne, Guillaume, est également à Viarmes, à cette époque.

    Marie-Jeanne et Alfred ont plusieurs enfants, dont Jeanne qui épousera Paul Bonneton. De cette union naitra Georges, plus connu par la suite sous le surnom de Jojo.

    Tout ça pour arriver à la conclusion qu’avec une arrière grand-mère bretonne, et un huitième de sang breton dans les veines, une petite reconnaissance sur le territoire de ces aïeux bretons s’imposait.

    Nous voici donc partis, avec Guy, en direction du nord de la Bretagne, en partant d’Arradon. Nous traversons des zones essentiellement agricoles, des petits bourgs, des fermes isolées avec, souvent, de grands hangars, probablement destinés à l’élevage intensif de vaches, cochons, poulets…

    Nous arrivons à Saint Carreuc, un des berceaux de la famille. C’est un bourg de 1500 habitants, avec des maisons en pierres grises ou badigeonnées de blanc, des toits en ardoise à double pente, comme la majorité des maisons bretonnes.

    pèlerinage en Bretagne

    Au centre du bourg, l’église est entourée de quelques vieilles maisons.

    pèlerinage en Bretagne

    Le village est assez désert, mais depuis quelques jours une tempête s’est abattue sur la Bretagne, le vent est violent, il pleut encore plus qu’habituellement, donc c’est normal qu’à part deux touristes particulièrement motivés, les autochtones et les visiteurs ne mettent pas le nez dehors. Aucune plaque n’indiquant la maison des Tréhorel , nous sommes bien incapables de savoir où ils habitaient, mais nous avons vu l’église où ils ont été baptisés et où certains se sont mariés puis, plus tard, ont assisté, témoins silencieux, à leur dernière messe. Pourquoi Marie-Jeanne et son frère Guillaume ont-ils quitté la terre de leurs ancêtres ? Leurs parents étaient agriculteurs, laboureurs. A Viarmes, Marie-Jeanne était cuisinière, journalière, Guillaume cantonnier. Il est probable que les conditions de vie étaient devenues difficiles, et qu’aux aléas de la terre, ils ont préféré un travail salarié plus stable. A une soixantaine de Km de St Carreuc, à Pontigny, une plaque, posée devant la maison du collecteur des impôts nous apprend que sous Louis XIV la population était pressurée par les maitres du pouvoir. Les années passent, les régimes changent, les méthodes restent les mêmes.

    Nous poursuivons notre recherche à Ballandes, lieu-dit situé à 2km de Saint Carreuc. Une vieille ferme, quelques maisons anciennes et de nouvelles constructions : on peut imaginer l’environnement de nos aïeux, leur style de maison.

    pèlerinage en Bretagne

    Nous nous dirigeons ensuite à Saint Brieuc, d’où sont originaires quelques ancêtres encore plus lointains. La ville, très étendue, a un relief surprenant : elle est traversée par deux vallées encaissées creusées par des rivières. Deux viaducs impressionnants ont été construits. Nous renonçons à nos recherches pour faire un peu de tourisme le long des côtes. Nous allons jusqu’à Paimpol, et ses falaises (air connu). Cette côte est très belle, sauvage, préservée, et, nous avons de la chance, la pluie s’est enfin arrêtée.

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En plus des photos prises lors de cette visite en Bretagne, les quelques cartes postales anciennes trouvées sur internet vous donneront une idée de la vie des habitants de Saint Carreuc il y a quelques décennies. Il n'est d'ailleurs pas impossible que certains des personnages qu'on voit sur ces cartes soient nos cousins.

     

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    pèlerinage en Bretagne

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    pèlerinage en Bretagne

    Avons-nous eu des ancêtres marins ou pêcheurs ? ou bien étaient-ils agriculteurs, à l’intérieur des terres ? Notre escapade ne donne pas la réponse, mais nous avons planté le décor, à vous d’imaginer l’histoire …


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  • Ce billet et consacré à Jean Beraud et plus particulièrement à son inhumation qui s’est déroulée dans des conditions plutôt inhabituelles.

    Jean Beraud est un aïeul de la branche maternelle dans laquelle il porte le numéro Sosa 222.

    Il est né le 21 aout 1700 à Chezenas, un hameau situé sur les hauteurs de saint Pierre de Bœuf. Il a épousé en 1734 Françoise Tranchand et le couple a eu onze enfants, ce  qui n’a rien d’extraordinaire pour l’époque. Il est aussi le grand père de Rose Françoise Crotte que vous connaissez déjà puisque la naissance, hors mariage, de sa fille Jeanne vous a été contée dans le billet intitulé « Jeanne, enfant de l’amour ».

    En 1775, Jean est veuf depuis huit ans et lui-même va rencontrer la grande faucheuse au moi de mai.

     Voici l’acte rédigé par le curé Journel  lors de son inhumation.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’an mil sept cent soixante quatorze et le vingt deux [mai]

    a été inhumé au cimetière de Saint Pierre de Bœuf jean Beraud

    âgé de soixante et quinze ans  vigneron à Chezenas défunté

    subitement en chemin rendant de Chezenas à Maclas

    inhumé par ordonnance des juges de Lyon à nous signifiée

    ce jourd’hui a signé ?? greffier en date du vingt deux

    mai 1775 en présence de mathieu favier et benoit boucher ce

    dernier lettré et non ledit favier

     Jean Beraud est donc subitement mort sur le chemin de Maclas. Ni la date ni les circonstances du décès ne sont précisées dans cet acte, mais on peut supposer qu'il est mort la veille de l’inhumation, soit le vingt et un mai qui était un dimanche. Lorsqu’un décès intervenait sans que les derniers sacrements aient pu être  administrés au défunt, le curé précisait souvent la cause – accident, incapacité à communiquer- dans l’acte. Rien de tel dans le cas de Jean Beraud, ce qui laisse supposer que rien de suspect n’a été constaté lors de la découverte de sa dépouille.

    Reste cette ordonnance des juges pour inhumer le défunt dans la terre sacrée du cimetière qui n’est vraiment pas courante. Je n’ai d’ailleurs rencontré, à ce jour, aucun cas similaire. On voit mal les juges de Lyon se mêler de l’inhumation d’un simple laboureur apparemment bon chrétien. C’est sans doute le curé lui-même qui a pris l’initiative de cette démarche.

    L’ordonnance elle même, insérée dans le registre, ne nous en apprend guère plus.

     

    Suivant l’ordonnance rendue

    Ce jourd’hui par Monsieur le juge des

    Juridiction réunies de Malleval, Virieu et

    Chavanay il est enjoint à M Journel Curé de la

    paroisse de Saint pierre de Bœuf d’inhumer en

    terre sainte le cadavre du nommé Jean Beraud

    laboureur du lien de chezenas ditte paroisse à la

    représentation duquel cadavre pierre eparvier

    gardien sera contraint de livrer au greffe criminel

    le vingt deux mai mille sept cent septante cinq

    Peut-être faut-il chercher dans le contexte historique l’explication. Louis XVI vient tout juste de succéder à Louis XV, son grand père. Ce règne qui se terminera tragiquement pour le souverain commence par de grandes réformes qui ont dû provoquer dans la population des réactions et créer des clivages. Mon hypothèse est donc la suivante : Jean Beraud se met en avant pour défendre ces réformes et le curé, plutôt attaché au maintien du pouvoir de l’église qu’il sent menacé, utilise les  circonstances du décès pour envoyer à la population un signe fort en contestant le droit du défunt progressiste à la terre consacrée du cimetière, plutôt que d’inhumer tranquillement son ouaille sans rien dire aux autorités. Si mon hypothèse est la bonne, on peut dire que le curé Journel s’est fourvoyé, puisque les juges, plus fins politiques et sans doute mieux informés des tendances du pouvoir central lui ont ordonné de mettre de coté ses doutes sur l’opportunité d’accueillir la dépouille de Jean Beraud en terre consacrée.

    Mais peut-être aussi que le curé Journel se contentait d’appliquer les instructions reçues de ses supérieurs. Car, le moment venu, il prendra part au grand chambardement. Son nom apparait dans le procès verbal de l’assemblée des trois ordres chargé de rédiger les cahiers de doléances  le 16 mars 1789.

     

    C’est même lui qui rédigera les derniers actes consignés sur les registres paroissiaux le 30 décembre 1792, preuve qu’il accepta de prêter serment à la constitution.

    Son nom continue d’apparaitre sur les registres d’état civil en 1793 avec la mention « Journel curé officier public » puis « Journel officier public » tout court.

    Alors toute cette histoire n’est peut-être que le pur produit de mon imagination.

    Qu’en pensez vous, chers lecteurs ?


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