• Recherche Marie, désespérément

    On ne peut guère se livrer à des recherches généalogiques sans être confronté rapidement aux aléas de la mémoire humaine et aux difficultés de communication lorsqu’il s’agit de donner les noms et prénoms des personnes pour la rédaction des actes. Avant l’instauration de l’école obligatoire, l’illettrisme était le triste état d’une grande partie de la population. Les noms de famille étaient transmis de façon phonétique. Souvent dérivés de nom de lieux ils étaient aussi affectés par la forme utilisée en patois. Avant la révolution, les registres étaient tenus par les curés de village. Lorsqu’un nouveau curé démarre son ministère on sent bien qu’il peine parfois à communiquer avec ses ouailles. Peut-être parce que, lorsqu’il vient d’une région éloignée, il n’est pas familier de la façon locale de s’exprimer. Des variantes de noms existants apparaissent donc régulièrement lorsqu’un nouveau curé s’installe dans une paroisse. Les confusions de prénoms sont aussi très fréquentes, mais elles sont plutôt dues à des pratiques et facteurs sociaux. Les mêmes prénoms sont réutilisés sans aucune retenue et la dramatique mortalité infantile fait que les parents eux-mêmes s’embrouillent avec les prénoms de leurs propres enfants. Le renforcement de l’état, à l’instauration de la république, ne pouvait que tenter d’introduire un peu de rigueur dans la rédaction des actes pour en accroitre la fiabilité. Ainsi demande-t-on aux officiers d’état civil, lors des mariages, d’exiger des futurs conjoints qu’ils produisent un extrait d’acte de naissance et, lorsqu’ils sont mort, l’extrait d’acte de décès des parents. Le but était sans doute de s’assurer de l’identité des personnes présentes mais aussi d’éviter les  évolutions de patronymes. Si ces dispositions ont eu un effet bénéfique incontestable sur la qualité des informations dont nous disposons aujourd’hui, elles avaient aussi leurs limites comme le montre l’histoire que je vais vous conter.

    Tout commence le seize février 1809 par la naissance à Limonne de Marie Paret, fille d’André Paret et de Marie Anne François et arrière petite fille d’André Paret, le meunier de Loye, dont Guy et Mireille recherchent les traces en arpentant infatigablement les contreforts rhodaniens du Pilat.

     

     

    L'an mil huit cent neuf et le dix sept février à neuf heures du matin par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas âgé de trente deux ans lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier à sept heures du soir de marie anne françois son épouse et dont il se déclare le père et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de jean boudin âgé de trente cinq ans et de louis rouhé âgé de trente sept ans propriétaires domiciliés à maclas qui ont signé avec nous maire, après que nous avons eu fait lecture du présent acte, le dit paret a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis et requis

    La malheureuse marie décède moins d’une semaine après sa naissance le  vingt deux févier.

     

    L'an mil huit cent neuf et le dix le vingt deux février à quatre heures du soir par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire sont comparus andré paret cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas âgé de trente deux ans et andré oriol propriétaire domicilié à maclas âgé de trente quatre ans lesquels nous ont déclaré que ce jourduy sur l'heure de midi marie paret fille d'andré paret et de marie anne françois son épouse, âgée de six jours est décédée dans le domicile de son dit père dans lequel nous nous sommes transportés et assurés dudit décès et avons signé le présent acte avec oriol, l'un des comparants après que nous leur en avons fait lecture, andré paret a déclaré ne savoir écrire ni signer de ce enquis et requis

    Ce décès d’un nourrisson, pour triste soit, n’a vraiment rien d’extraordinaire à cette époque, tout comme la naissance, le quatorze octobre 1810 d’une seconde fille à qui on donne le prénom de Magdelaine.

     

    L'an mil huit cent dix et le quatorze octobre à quatre heures du soir par devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente quatre ans cultivateur domicilié à Limonne commune de maclas  lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né ce jourd'huy à deux heures du soir de lui déclarant et de marie anne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de magdelaine paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de pierre mellier âgé de trente huit ans et de lean pierre trouillet âgé de quarante  ans propriétaire domicilié à maclas et avons signé le présent acte avec les comparants après leur en avoir fait lecture 

    Après avoir donné naissance à quatre autres filles et un garçon, Pierre, décédé à vingt et un ans, sans descendance, Marie Anne François décède le vingt six juillet 1827.

     Le vingt sept janvier 1841, l’affaire se complique sérieusement. Un mariage est célébré à Maclas entre Jean Claude Rouhé, natif de Bessey,  et Marie Paret.  

     

    Ce jourd'hui vingt sept janvier mil huit cent quarante un à neuf heures du matin par devant moi maire officier de l'état civil de la commune de maclas, sont comparus publiquement en la maison commune  pour contracter mariage, Jean Claude Rouhé né à Bessey le vingt un novembre mil huit cent neuf, fils majeur et légitime à Joseph Rouhé et à Marie Guillot, propriétaires cultivateurs avec lesquels il demeure au lieu et commune de Bessey, futur époux d'une part et Paret Marie née audit Maclas le dix sept février mil huit cent neuf, fille légitime et majeure d'André propriétaire cultivateur demeurant  ensemble au lieu de Limonne commune de Maclas et de défunte Marianne François décédée audit maclas le vingt six août mil huit cent vingt sept, future épouse d'autre part, lesqueks agissant savoir : le futur époux comme libre et majeur néanmoins du consentement de Joseph Rouhé son père, ici présent et consentant audit mariage et la future épouse aussi comme libre et majeure néanmoins du consentement // d'André Paret son père, ici présent et consentant audit mariage nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux dont la publication a été faite en cette mairie ainsi qu'en celle de Bessey les dimanches dix sept et vingt quatre du présent mois, aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée non plus qu'en la mairie de la commune de Bessey ainsi qu'il résulte de son certificat délivré en date d'aujourd'hui. Nous avons donné lecture aux comparant de l'acte de naissance des époux et du décès de la mère de la future épouse et ?? ainsi que le chapitre 6 titre 5 du code civil après quoi nous avons demandé  à chacun des futurs séparément s'ils entendaient se prendre pour mari et femme et nous ayant l'un et l'autre répondu affirmativement, nous avons prononcé au nom de la loi que lesdits Rouhé Jean Calude et Paret Marie sont unis par le mariage et avons du tout rédigé le présent acte en présence de Louis Collombet âgé de soixante deux ans, de François Mousset, âgé de quarante neuf ans, Nicolas Constant Dervieux, âgé de quarante ans et de Jean Georges Gay , âgé de trente sept ans, tous quatre propriétaires domiciliés à Maclas, témoins requis qui ont avec moi signé avec l'époux et le père de ce dernier non l'épouse ni le père de cette dernière pour ne le savoir faire de ce requis et sommés. Le tout après lecture faite.

    Le maire applique soigneusement les consignes et note dans l’acte que la future mariée est née à Maclas, commune où est célébré le présent mariage, le dix sept févier 1809. Sans doute a-t-il consulté l’acte de naissance en question. Il a choisi de noter la date de l’acte sans prendre garde que celui-ci précise que la naissance a eu lieu la veille, soit le seize févier. Plus grave, il ne s’aperçoit pas que la future épouse, devant lui, aux  termes de l’état civil est décédée le vingt deux février 1809. En cette année 1809, les actes sont enregistrés sur des registres séparés pour les naissances, mariages et décès. Reconnaissons qu’il n’avait pas de raison de douter de ce que lui disaient les présents, dont le père et la mariée elle-même.

    La question est donc : si ce n’est pas Marie Paret,  née le seize février 1809, qui est devant lui, de qui s’agit-il ?

    Sauf à imaginer une solution extravagante, on peut tout de même supposer qu’il s’agit d’une sœur de la défunte Marie.

    Il y a donc cinq possibilités :

    -          Magdelaine, née en 1810, peu de temps après la défunte Marie mais qui porte clairement un prénom différent

    -          Françoise née en 1814 dont je n’ai trouvé trace à ce jour ni d’un mariage ni du décès

    -          Marguerite née en 1815, même situation que la précédente

    -          Marie née en 1821, idem

    -          Marie née en 1823 idem

    Voici les actes de naissance de celles que vous ne connaissez pas encore :

    Françoise Paret :

    Recheche Marie, desperement

      

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent quatorze le vingt deux mai sur les sept heures du matin devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente cinq ans  propriétaire demeurant à Limonne commune de maclas lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier sur les  dix heures du matin de lui déclarant et de marie anne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de françoise paret, les dites déclarations et présentations faites en //présence d'andré Tranchand propriétaire demeurant audit Limonne, commune de Maclas plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés.

    Marguerite Paret

    Recheche Marie, desperement

     

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  quinze le treize décembre sur les huit heures du matin devant nous maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu andré paret âgé de trente neuf ans  cultivateur demeurant de Limonne commune dudit maclas lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né ce matin à deux heures de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marguerite paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de jacques Tranchand et de Pierre Plasson voisins cultivateurs audit Limonne, plus que majeur de tout //quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Marie Paret, née en 1821

    Recheche Marie, desperement

      

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  vingt un le vingt quatre janvier sur les sept heures du matin devant nous Gabriel merle maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu en la maison commune andré paret âgé de quarante ans  propriétaire demeurant de Limonne susdite commune  lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin né hier à deux heures du matin de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de laurent //dervieux et d'andré Dumas  propriétaires audit Limonne, plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Marie Paret, née en 1823

    Recheche Marie, desperement

     

    Recheche Marie, desperement

    L'an mil huit cent  vingt trois le vingt cinq juillet sur les onze heures du matin devant nous Gabriel merle maire, officier de l'état civil de la commune de maclas canton de pellussin département de la loire est comparu en la maison commune andré paret âgé de quarante trois ans  cultivateur  demeurant au lieu de Limonne commune  dudit maclas lequel nous //a présenté un enfant du sexe féminin né hier à six heures du soir de lui déclarant et de marianne françois son épouse et auquel il a déclaré vouloir lui donner le prénom de marie paret, les dites déclarations et présentations faites en présence de laurent dervieux et de claude jaquet voisin du comparant Limonne, plus que majeur de tout quoi ai dressé le présent acte que j'ai signé non les comparants qui ont séparément déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés après lecture faite.

    Tant que nous n’aurons pas retrouvé la trace de toutes les filles du couple André Paret et Marie Anne François, il sera bien difficile de dire avec certitude qui était devant le maire, aux cotés de Jean Claude Rouhé.

    Comme il faut bien décider pour progresser dans la construction d’un arbre, j’ai choisi l’option Magdelaine, à cause de la différence d’âge trop grande entre la défunte Marie et les autres sœurs portant dans l’état civil le prénom de Marie.

    Bien sûr cela implique que la mariée ignorait sa date exacte de naissance, ce qui n’a rien de vraiment étonnant, mais aussi son prénom.

    Pour conclure ce billet, on ne peut que dire que, dans cette famille, on aimait particulièrement le prénom de la femme de l’infortuné charpentier.

    Rien ne prouve d’ailleurs que pour se simplifier la vie, André n’utilisait pas ce prénom pour appeler toutes ses filles qu’il s’agisse de Magdelaine, Françoise, Marguerite ou, bien sûr d’une des Marie.

     


  • Commentaires

    1
    Quagliata Céline
    Samedi 4 Mai 2013 à 16:05

    Bonjour,

    Des nouvelles de notre chere Magdelaine et nos Marie?

    On attend le prochain article avec impatience!

    Céline

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