• Les évènements relatés dans le billet qui se trouve sous vos yeux se sont produits sous le règne de Louis XV. L’acte qui nous les raconte vient de Saint Martin du Tertre, paroisse voisine de Viarmes.

    Mon travail systématique sur Viarmes, évoqué dans le billet précédent, m’amène fréquemment à consulter les registres des paroisses voisines. C’est en recherchant dans les registres mis en lignes par les archives départementales du Val d'Oise l’acte de baptême de Pierre Bert, natif de Saint Martin du Tertre, qui a épousé à Viarmes le 9 septembre 1782 Marie Françoise Duval que je suis tombé sur le texte suivant :

    Le cavalier Jacques Lecomte n'a pas franchi le Rhin

      

    Le cavalier Jacques Lecomte n'a pas franchi le Rhin

     

    « Ensuit un extrait des registres des morts à l’hôpital royal

    du fort louis du 4 juin folio 36

    [ l’an de grace mil sept cent quarante-quatre le quatrième

    jour du mois d’octobre est mort en bon chrétien catholique

    muni des sacrements de viatique et de l’extrême onction et

    inhumé avec les cérémonies de l’église au cimetière de St

    louis le nommé st jacques sans autre signalement cavalier

    au régiment d’Audicourt compagnie de monsieur de la

    Gallée entré au dit hôpital le 28 aout 1744. ]

    je soussigné, certifie que l’extrait ci-dessus a été fidèlement

    tiré du susdit registre ?? et paraphé par monsieur

    Germain commissaire pour tous des guerres en foy de quoi

    j’ai signé le présent certificat et apposé le sceau ordinaire

    de mon office faute de papier timbré qui n’est pas en usage

    dans cette province dans laquelle le contrôle des actes

    n’est pas établi pour servir tant en jugement que dehors.

    Fait audit hôpital ce vingt-quatrième du mois de novembre

    1747 Pierre Fridolin ? aumonier »

    L’extrait ci-dessus qui m’a été adressé par mr Fridolin sur une

    Lettre par laquelle je luy demandais des nouvelles du nommé

    Jacques lecomte m’a été adressée pour rendre certaine marie

    Anne dorleans sa veuve et ses sept enfants de sa

    mort. Le dénommé St jacques audit extrait est le même

    que ce jacques lecomte qui en 1743 le premier

    août quitté sa femme et ses sept enfants et s’aller engager

    à Paris, dans la compagnie de monsieur de la Gallée

    capitaine au régiment d’Audicourt cavalerie. Je vis dans

    ce tems monsieur de la Gallée qui me dit avoir donné

    au dit st jacques le tems de la réflexion que puisqu’il s’était

    engagé volontairement quoiqu’il fut chargé d’une aussy

    nombreuse famille il ne le pourrait rendre qu’on ne luy

    donnât un homme à sa place ; le même monsieur de

    la Gallée m’a écrit 13 octobre 1746 de dire à marie anne

    dorleans sa veuve que passant le Rhin plus de deux

    ans avant le nommé st jacques n’avait pas pu suivre sa compagnie

    et qu’il était allé à l’hôpital du fort louis ou probablement

    il était mort n’en ayant eu aucune nouvelle.

    Le deux décembre mil sept cent quarante-sept. Hullard curé.

    Le curé a ajouté en marge de l'acte la mention suivante :

    les originaux des actes ont été attachés dans le registre qui est la première minute restée à ,la paroisse

    entre les mains du curé

    Il n’est sans doute pas inutile de s’intéresser pour commencer à la forme de ce texte. Commençons par la mention marginale de l'acte et des textes qu'elle évoque pour dire que ceux-ci ne font malheureusement pas partie de ce qui a été numérisé et mis en ligne par les archive départementales. Pour ce qui est de l'acte lui-même, j’ai ajouté au texte original quelques signes de ponctuation, car cet aspect est, comme dans pratiquement tous les documents de cette époque, réduit à sa plus simple expression, c’est-à-dire absent.

    Le texte est donc consigné dans le registre par Hullard, le curé qui sert la paroisse de Saint Martin du Tertre. Cela commence par une citation que j’ai placé entre guillemets. Elle vient d’un courrier rédigé par l’aumônier de l’hôpital de Fort Louis, une ville située dans l’actuel Bas Rhin. Cet aumônier dénommé Fridolin correspond avec le curé Hullard. La citation reprend un texte, que j’ai placé entre crochet, relevé dans le registres des morts de l’hôpital en question. Cet extrait du registre en question nous apprend la mort d’un certain St Jacques le 4 octobre 1744. Ce cavalier de la compagnie du capitaine de la Gallée appartenant au régiment d’Audicourt était entré dans cet hôpital un peu plus d’un mois avant, le 28 août exactement.

    La suite de l’acte nous explique que St Jacques, mort à l’hôpital de fort Louis est Jacques Lecomte, époux de Marie Anne Dorléans. Il s’est engagé en 1743 comme cavalier dans la compagnie du capitaine de la Gallée. Si on en croit les déclarations du capitaine en question qui a rencontré le curé Hullard, déclarations reprise par Hullard dans l’acte, on a laissé à Jacques Lecomte le temps de bien réfléchir avant d’abandonner sa nombreuse famille pour commencer une carrière militaire à laquelle la profession de manouvrier que nous lui connaissions avant ne le prédisposait sans doute guère.

    Cette carrière fut brève puisque, entre le premier août 1743, date à laquelle il quitte le foyer familial et le 28 août 1744, date de son entrée à l’hôpital, à peine plus d’un an s’est écoulé. Au moment où la compagnie s’apprêtait à franchir le Rhin, Jacques a abandonné ses compagnons pour aller à l’hôpital et y mourir.

    Le héros malheureux de cette histoire, Jacques Lecomte, est un mien lointain cousin par alliance.

    Pour être précis, Jeanne Breton, la mère de Marie Anne Dorléans, l’épouse de Jacques, est la sœur de Jean Breton, mon aïeul de la neuvième génération qui porte le n° Sosa 320.

    Nous n’avons pas l’acte de baptême de Jacques Lecomte mais lors son acte de mariage, le 24 février 1727 précise qu’il a alors 22 ans. Il est donc né vers 1705 et avait 38 ans lors de son engagement dans l’armée, ce qui me parait être un âge plutôt avancé pour une telle décision. Pendant les 21 ans qu’a duré leur mariage, le couple a eu neuf enfants dont deux sont morts en bas âge. Le chiffre de sept enfants donné par Jacques lors de son engagement est donc bien exact.

    La façon dont le curé Hullard à rédigé l’acte me parait quelque peu confuse si on cherche à comprendre la chronologie des événements. Je vous propose une reconstitution.

    • Le 1er août 1743 Jacques Lecomte quitte sa famille pour aller s’engager à paris dans la compagnie du capitaine de la Gallée du régiment de cavallerie d’Audicourt
    • En 1744 la compagnie à laquelle appartient Jacques Lecomte se trouve en Alsace, près de la frontière allemande.
    • Le 28 Août 1744, Jacques se rend à l’hôpital de Fort Louis où il décède un mois plus tard
    • En 1746, la famille de Jacques, sans nouvelles de lui s’inquiète auprès du curé Hullard. Celui-ci qui connait le capitaine de la Gallée pour l’avoir rencontré au moment de l’engagement de Jacques lui écrit pour demander des nouvelles
    • Le 13 octobre 1746, le capitaine de la Gallée répond au curé que jacques a abandonné la compagnie pour se rendre à l’hôpital de Fort Louis où il est vraisemblablement mort puisque depuis cette date la compagnie est sans nouvelle de lui
    • Le curé Hullard prend contact avec l’aumonerie de l’hopital pour demander des nouvelles
    • Fin novembre 1747, le curé Hullard, qui a reçu la réponse à sa requête rédigée par l’aumonier Fridolin, confirme la mort de Jacques et rédige l’acte dans le registre de la paroisse.

    Nous ne saurons jamais ce qui a poussé Jacques Lecomte à abandonner sa famille pour commencer une nouvelle vie à un âge aussi avancé. La dernière trace que nous avons de lui est une signature au bas de l’acte de décès de son fils Barthelemy le 19 mai 1741. Lors de la naissance de son dernier enfant, sa fille marie Françoise, le curé note dans l’acte de baptême daté du 10 mai 1742 que le père est absent.

    J’ai essayé, sans grand succès, de replacer les échanges entre le curé Hullard et ses interlocuteurs alsaciens dans leur contexte historique.

    En 1743 se déroule un conflit que les historiens ont nommé guerre de succession d’Autriche. L’affaire commence à la mort de Charles VI, archiduc d’Autriche qui meurt dans descendance male. Les monarques européens se déchirent pour s’approprier les possessions des Habsbourgs. Dans le but d’affaiblir cette famille, Louis XV s’allie imprudemment avec Frederic II, roi de Prusse récemment arrivé sur le trône. Celui-ci, après avoir obtenu d’importante concessions, signera finalement une paix séparée – le traité de Worms signé le 13 septembre 1743-, laissant ses alliés seuls face à l’Autriche au mépris des conventions passées.

    Nulle part je n’ai trouvé mention pour cette période et dans cette région du régiment d’Audicourt ni du capitaine de la Gallée.

    Mais les français sont nombreux à se passionner pour l’histoire et je vais interroger ceux qui animent les forums consacrés à ce thème. J’ai bon espoir de disposer un jour de suffisamment d’élément pour écrire un complément à ce billet.


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  • Après une longue période de silence, je reprends ma plume pour alimenter la chronique familiale.

    C’est d’une très lointaine cousine qu’il va être question dans ce billet. Elle vivait à Viarmes dans le Val d’Oise au XVIIIème siècle.

    Je travaille depuis plusieurs années sur le décryptage des registres de cette paroisse. J’ai, au moins pour le moment, laissé de côté les actes antérieurs à 1630. Ils contiennent en effet peu d’informations, la filiation des époux n’est pas donnée lors des mariages et, vu les nombreuses homonymies, il est souvent impossible de construire quoi que ce soit de solide. Je viens juste de terminer l’année 1781. Cela fait donc 150 ans et 10471 actes. Sur ce nombre, 7193 apparaissent dans l’arbre familial. J’ai choisi Viarmes pour ce travail de fourmi parce que, si on additionne les archives du département et les actes conservés en mairie, on couvre une période de près de quatre siècles sans aucune lacune, ce qui n’est pas si fréquent. Cette approche « géographique » de la généalogie permet de mettre à la disposition des autres chercheurs sur internet des données qu’ils n’auraient que très difficilement obtenues autrement. Si chaque généalogiste en herbe faisait pour une commune de son choix le travail que je fais pour Viarmes, nul doute que de nombreuses énigmes seraient résolues.

    Cette remarque vaut surtout pour les actes antérieurs à 1897. En effet une loi du 18 août 1897 impose aux mairies, lors d'un mariage, de noter en marge des actes de naissance des époux la date, le lieu du mariage et le nom de l'autre époux. Lorsqu'un des époux est né dans une commune autre que celle où le mariage est célébré, un courrier est envoyé à la mairie où il est né et la mention reportée sur l'acte de naissance. Mais bien des choses se sont passées avant 1897, n'importe quel passionné de généalogie vous le dira.

    L’histoire que vous allez lire est la parfaite illustration de ce qui est dit au-dessus. Comme toujours, il faut commencer par lire l’acte qui relate l’événement.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

     

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    L’an mil sept cent quatre-vingt-un le vingt-septième jour

    du mois de novembre après la publication des bans

    entre léonard menaide garçon majeur scieur de long de droit

    du hameau de Cottay le bas paroisse de Moingt diocèse de

    Lion fils de défunt michel menaide vivant vigneron

    et de défunte anne rondel ses père et mère dudit hameau de Cottay

    diocèse de lion de fait de cette paroisse d’une part et marie madeleine faluette

    majeure fille de jean baptiste faluette vigneron et de

    marie marguerite poulet ses père et mère de

    cette paroisse d’autre part, faites aux prônes des messes

    paroissiales par trois jours différents de dimanches et de

    fêtes à savoir le quatre novembre le onze et le dix huit

    du même mois sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement

    ni civil ni canonique, j’ai soussigné prêtre curé de cette

    paroisse soussigné ai reçu après les fiançailles célébrées

    d’hyer aujourd’hui en cette église

    leur mutuel consentement et leur ai donné la bénédiction

    selon toutes les cérémonies prescrites  par

    notre mère la sainte église ledit léonard menaide

    assisté de claude françois boursier et de françois

    breteville, et du coté de l’épouse assistée de jean

    baptiste faluette son père et d’estienne raillier son oncle

    l’époux et l’épouse on déclaré ne savoir signer

    de ce interpellés selon l’ordonnance les autres ont signé

    avec nous.

    Voyons qui sont les deux époux. Marie Madeleine Faluette, dont le nom de famille est parfois orthographié Faluet, est l’arrière-petite-fille de Joseph Duru et Jeanne Hennequin. Marie Anne Langlois, petite fille de ce couple, a épousé en premières noces Pierre Davanne, fils de Louis et Anne François mes Sosa 338 et 339. Je vous épargne le détail du labyrinthe généalogique qui relie Marie Madeleine Faluette à Marie Anne Langlois, retenez seulement qu’elle n’est pas vraiment une proche parente de l’auteur de ces lignes. Si vous tenez vraiment à vous faire du mal, vous pouvez vous précipiter sur l’arbre posté sur geneanet, rien n’est caché.

    Léonard Menaide, est quant à lui un pur étranger, au moins jusqu’à son mariage avec Marie Madeleine Faluette. Mais il est natif du hameau d’Escotay le bas, improprement noté Cottay le bas dans l’acte, paroisse de Moingt qui se trouve près de Montbrison, dans le département de la Loire.

    Une recherche de Léonard Menaide sur geneanet et sur filae ne donne rien. Par contre, le couple formé Michel Menaide et Anne Rondel est connu. Ils se sont mariés le 30 septembre 1738 à Moingt. Voici leur acte de mariage, récupéré sur le site des archives départementales de la Loire.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    michel meneyde vigneron d'escotay le bas paroisse

    de moing époux d'une part agé de quarante et un ans

    anne rondel fille légitime de défunt gaspard rondel

    vivant laboureur du village de la fougère paroisse de 

    roche et de vivante marguerite dupuy ses père et mère

    agée de vingt deux ans d'autre part ayant été ??

    ?? dans les églises desdites paroisse de moing et

    roche, la dite épouse ayant reçu son ??

    en date du jour d'hier signé bertrand curé de roche...

    découvert aucun empêchement ont été unis

    par les sacrements du mariage en face de l'église et ont

    reçu la bénédiction nuptiale par moi soussigné curé 

    dudit moing et de ste anne de montbrison son annexe

    dans l'église st jean dudit moing aujopurd'hui trentième

    septembre mil sept cent trente huit en présence 

    de pierre vialard laboureur beau frère de ladite épouse, de

    j baptiste laurens aussi laboureur de la paroisse de ??

    et de jacques chambon journalier dudit lieu d'escotay tous

    requis qui avec ladite épouse ont déclaré ne savoir signer ??

    et de nicolas miniere qui avec ledit époux ??

    Il y a plusieurs remarques à faire à propos de cet acte. D'abord, la photographie numérisée cache malencontreusement les mots situés à droite près de la reliure, mais rien d'important ne manque. Ensuite le nom de famille de michel et donc celui de son fils léonard est orthographié meneyde et non menaide comme dans l'acte de mariage dressé à Viarmes. Nous savons grâce à cet acte que Léonard est illettré, lorsqu'il à donné le nom de sa paroisse d'origine, le curé n'avait aucun moyen de s'assurer de l'orthographe. De toute façon, lors du mariage de Michel avec Anne, le curé écrit meneyde, mais Michel signe malhabilement menaide, alors comme souvent, il faut accepter la cohabitation des deux orthographes.

    Certains des lieux mentionnés dans cet acte n'existe plus sous le nom utilisé dans l'acte, mais la carte Cassini, tracé en 1740 et disponible sur le site de géoportail vient heureusement à notre secours. En voici un extrait dans lequel j'ai cerclé de rouge les lieux cités.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    Nous avons trouvé grâce à geneanet le couple meneyde/rondel mais pas Léonard, leur fils. Par contre l'arbre posté par Michel Favier nous apprend qu'au moment de son mariage avec Anne Rondel, michel était veuf, ce qui n'est bizarrement pas mentionné dans l'acte de son second mariage. Sa première épouse, Catherine Laurent est décédée en 1737. Le couple à eu six enfants, mais tous sont morts en bas âge. L'arbre posté par Michel Favier ne connait du second mariage qu'un seul enfant, prénommé Philippe. Toujours pas de trace de Léonard. Cela n'a rien de  dramatique, peut-être que personne ne l'a jamais cherché. Pas d'autre solution que d'examiner les registres paroissiaux de Moingt à partir de la date du mariage, le 30 septembre 1738. Le premier enfant qu'on trouve naît en 1741. Il s'agit en fait de jumeaux, Louise ne vivra que quelques jours, et nous n'avons pas de trace du décès de son frère Etienne dans cette période. Vient ensuite, en 1743, Philippe que nous connaissions déjà grâce à Michel Favier. Puis, en 1745, de nouveau une naissance multiple.  Marie vivra un peu plus d'un an et Anne, sa sœur jumelle, seulement quelques jours. Enfin, le 5 février 1748, Léonard fait son entrée en scène. Voici son acte de baptême.

     plus de cent ans avant, déjà le bois

     

    leonard fils légitime de michel meneyde dit berger habitant

    du lieu d'ecotay le bas de  cette paroisse, absent, et d'anne rondel

    son épouse, est né le cinquième février mil sept cent quarante huit

    et a été baptisé le même jour et an que dessus, dans l'église

    paroissiale de moingt, par nous curé soussigné le parrain

    a été léonard meneyde vigneron d'ecotay le bas, et la

    marraine jeanne meneyde sœur germaine de l'enfant,

    en présence de jean bayon, d'autre jean bayon journalier

    de ce moingt, qui avec le parrain et la marraine ont déclaré

    ne savoir signer de ce  enquis ??

    Michel Meneyde, le père avait donc un surnom, berger. l'usage de surnoms était courant autrefois, sans doute pour éviter les confusions découlant des fréquentes homonymies. Ce surnom signifie-t-il qu'il exerce la profession de berger ? lors de son second mariage, il est noté vigneron. La marraine du nouveau né est désignée dans l'acte comme sœur germaine de celui-ci. Ce terme signifie qu'elle est issue des mêmes père et mère. Si elle avait été la fille de Catherine Laurent, la première épouse de Michel Meneyde, le curé aurait écrit sœur consanguine. lorsque nous avons recherché Léonard dans les registres de Moingt nous n'avons pas trouvé de Jeanne. Est-elle née ailleurs qu'à Moingt ? Laissons ce mystère et revenons à Léonard qui a maintenant 33 ans et se trouve à Viarmes en 1781 pour y travailler et épouser Marie Madeleine Faluette.

    Ce migrant nous rappelle un autre voyageur. Mon grand-père Paul Jean Félix Bonneton qui, cent trente huit ans après Léonard Meneyde, a lui aussi quitté sa Loire natale pour aller trouver femme à Viarmes, dans le Val d’Oise, au nord de Paris. Il est question de lui dans de nombreux billets de ce blog. les liens ci-après vous guideront vers les plus importants (artilleur et caoutchoutièrele tour de France des compagnons, le carnet de Paul Bonneton)

    Autre coïncidence, Léonard, tout comme Paul, travaillait le bois. Paul était menuisier ébéniste, Léonard était scieur de long. Ce métier, que les scieries motorisées ont fait disparaître, est un des plus étonnant qu’on puisse trouver dans la mémoire collective des civilisations occidentales. En effet, on peut classer les outils manuels de travail du bois en deux grandes catégories. Il y a ceux qui suivent le sens des fibres du bois tels que le rabot, le ciseau ou l’herminette. Et il y a les scies qui coupent généralement les fibres perpendiculairement. Et les scieurs de long font exception puisque leur métier consiste à débiter des poutres ou des planches à partir d’une grume, donc dans le sens des fibres. Les scieurs de long travaillent donc toujours par couple. La grume est posée sur un chevalet.  Un des scieurs se tient debout sur la grume, tel Nadia Comaneci sur sa poutre, avec sans doute un peu moins d’élégance, et le ou les autres manœuvrent la scie par le dessous. Je propose à ceux qui trouverais ma prose peu explicite un dessin qui leur apportera la lumière.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    Les scieurs de long constituaient une communauté, tout d’abord parce que, comme nous l’avons vu au-dessus il ne pouvait pas travailler seuls, mais aussi parce qu’ils exerçaient leur art souvent sur le lieu même où la grume avait été abattue. Ils vivaient sur place, parfois en famille, dans la hutte dont la construction était leur première tâche en arrivant. Claude François Boursier, témoin au mariage est lui aussi un scieur de long.

    Une abondante littérature est consacrée à ce métier. Un peu comme les maçons venus de Corrèze, chassé par la misère et attirés par les travaux de la capitale, les scieurs de long venaient d’Auvergne et du Forez, où se trouve précisément Moingt. Vous vous souvenez peut-être d’un billet posté par ma sœur Mireille sur ce blog en 2012, intitulé le tour de France des compagnons, déjà évoqué plus haut, que le nom de pays de Paul Bonneton était justement Paul le forézien.

    Pour revenir à ce qui est dit au tout début de ce billet, si quelqu'un s’intéresse un jour à Léonard, fils de Michel Meneyde et Anne Rondel, il saura, grâce à internet qu'il s'est marié à Viarmes, à 500km de son lieu de naissance. 


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  • Je mentionnais dans un billet récent consacré à Jean Langlois qu’il n’était pas rare de trouver dans les registres paroissiaux trace de malheureux réduits à la mendicité. Je ne croyais pas si bien dire puisque, à peine un an après le décès de Jean Langlois, un autre mendiant trouve la mort à Viarmes.

    Les circonstances de sa mort ne sont certes pas aussi romanesques que celles de Jean Langlois, mais Félix Quidort, dont il est question dans ce billet, mérite néanmoins qu’on évoque son triste sort.

     Mort d'un autre mendiant

    L’an mil sept cent cinquante-neuf le mercredi dix-septième

    jour de janvier, le corps de Felix Quidor vivant mendiant

    âgé de quatre-vingt-deux ans ou environ, décédé du jour d’hier

    dudit mois et an, en la maison de Nicolas Quenet, cribleur de blé

    demeurant en cette paroisse a été inhumé dans le cimetière

    de ce lieu par moi prêtre curé de cette paroisse soussigné

    en présence dudit Nicolas Quenet et de Charles Durand, clerc

    de cette église témoins qui ont signé.

    Nous ne connaissons pas l’acte de baptême de Félix Quidort. Peut-être n’est-il pas né à Viarmes. L’âge donné dans l’acte de décès permet de situer sa naissance vers 1677. Sa filiation est pratiquement certaine puisque qu’il est mentionné dans l’acte de décès de Claude Quidort, en 1698, comme frère du défunt. Il est aussi cité comme fils de défunt Félix Quidort dans un acte de baptême que nous verrons plus tard.

    Mort d'un autre mendiant

    Félix serait donc le benjamin de la famille, sa sœur ainée Jeanne est morte à 25 ans après trois ans de mariage et un an à peine après la naissance de son seul enfant, lui aussi décédé le lendemain de sa naissance. Claude, son frère, le cadet de la famille est décédé en 1698, comme nous l’avons vu plus haut. Il n’avait que 24 ans. Quant à ses parents, Félix Quidort et Jeanne Hude, ils sont morts depuis bien longtemps, en 1684 pour le père et 1694 pour la mère. Cela fait donc un demi-siècle que Félix vit à Viarmes seul survivant de cette famille. Il ne s’est apparemment pas marié. Il est pourtant bien intégré dans le village puisqu’il est cité comme parrain à trois reprises. En 1696 à la naissance de Noël François puis d’Anne Marguerite Heldebert, puis en 1705 à la naissance de François Lechoppier.

    Mort d'un autre mendiant

     

    Mort d'un autre mendiant

      

    Mort d'un autre mendiant

     

    Voici l'arbre qui situe Félix dans son cadre familialMort d'un autre mendiant

    Félix Quidort est mort au domicile de Nicolas Quenet, qui n’est autre que l’époux sa filleule, Anne Marguerite Heldebert. C’est sans doute par charité qu’il était hébergé dans ce foyer où on ne vivait sans doute pas dans l’opulence, puisque Nicolas Quenet dit exercer la profession de cribleur de blé lorsqu’il est cité comme témoin à un mariage en 1754. Ce métier qui consiste à séparer, grâce à un tamis, le grain du son après le battage ne doit pas se situer très haut dans l’échelle sociale.

    Pourtant Nicolas Quenet est lettré, il signe Nicolas Quesnel, avec une belle écriture comme vous pouvez le voir au bas de l’acte de décès de Félix Quidort. C’est cette pauvreté du monde rural en cette fin du XVIIIème siècle qui, conjuguée avec les réflexions des intellectuels du siècle des lumières, va conduire, quelques années plus tard, à la révolution.


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  • Il n’est pas rare de rencontrer des mendiants dans les pages des registres paroissiaux. C’est presque toujours leur décès qu’on y acte. Et ce sont souvent des personnes nées loin de la paroisse où se termine leur vie car l’errance est la compagne de misère de la mendicité.

    Pourtant, Jean Langlois, dont il va être question dans le billet, a bien terminé sa vie à Viarmes dans la Val d'Oise, l’endroit même où il est né.

    Mais commençons par le début, en lisant son acte de décès.

    la déchéance de Jean Langlois

    L’an mil sept cent cinquante-huit le vendredi dix-septième

    jour du mois de février, le corps de Jean Langlois vivant

    mendiant habitant de cette paroisse âgé de quatre-vingt ans

    ou environ, trouvé noyé depuis trois jours suivant les apparences

    dans un ruisseau nommé le rû du fréval en ce terroir inhumé

    dans le cimetière de ce lieu par moi prêtre curé de cette paroisse

    soussigné. En présence de Denis Langlois son neveu et d’Antoine

    Langlois son cousin tous vigneron demeurant en ce lieu témoins

    Qui ont signé

    Avant de nous pencher sur ce qu’on peut reconstituer de la personnalité et de l’histoire de la vie du malheureux Jean Langlois, je vous propose d’examiner les circonstances de sa mort. Selon l’acte il s’est noyé dans le ru de Fréval, trois jours auparavant, si on se fie à l’apparence du corps retrouvé.

    Ce modeste cours d’eau prend sa source en plein village, à deux pas de l’église St Pierre et St Paul, celle au pied de laquelle on trouve la plaque érigée à la mémoire des soldats morts pour la France que nous avons évoqué dans un billet précédent intitulé « tragédie grecque, complément d’enquête ».

    Le ru de Fréval se dirige vers le nord, aujourd’hui en partie de façon souterraine. Voici la carte IGN de Viarmes aujourd'hui, avec le ru de fréval.

    la déchéance de Jean Langlois

    Si on se fie aux cartes plus anciennes visibles sur le site géoportail de l’IGN, le ru coulait en surface sur tout son trajet jusqu’en 1950 et donc lorsque Jean Langlois s’y est noyé. On peut aussi voir en comparant cette carte de 1950 à la carte actuelle que l’étang situé à la hauteur de la source du ru de Fréval de l’autre coté de le rue de Paris n’existait pas sur la carte la plus ancienne. L’histoire locale retient toutefois que, sans doute où se trouve aujourd’hui l’étang aménagé, on trouvait une mare qui attirait les oies sauvages. Viarmes s’est même appelée Viarmes-les-oies ! Je pense que cet étang, comme la mare autrefois, est alimenté par la même source que le ru de Fréval.

    Voici la carte de Viarmes vers 1950

     la déchéance de Jean Langlois

    Si on remonte encore le temps, la carte d’état-major qui date du XIXeme siècle montre un ru de fréval coulant à travers champs, sans aucune habitation à proximité.

     

    Carte de Viarmes au XIXeme siècle, le ru de Fréval n'est pas nommé mais figuré par le trait pointillé bleu

     

    la déchéance de Jean Langlois

     

    Pour matérialiser le cadre des événements, voici une photo de carte postale de Viarmes  prise vraisemblablement au milieu du XXème siècle. On y voit au premier plan l'étang et au fond l'église St Pierre et St Paul. L'église existait bien au moment ou vivait Jean Langlois, mais elle elle a été restaurée en 1885, si le fantôme de jean revient à Viarmes, il ne la reconnaîtra peut-être pas.

    la déchéance de Jean Langlois

     

    Enfin voici le profil altimétrique du ru de Fréval, tracé à partir de l'outil Géoportail. 

    Une trentaine de mètres de dénivelé sur une distance de 2,25km, pas vraiment un torrent de montagne...la déchéance de Jean Langlois

     

    C’est tout ce qu’on peut dire du cadre dans lequel Jean Langlois a trouvé la mort. Laissez vagabonder votre imagination pour créer votre propre version de la disparition d’un septuagénaire, en plein mois de février, si peu entouré de proches et d’amis qu’il s’écoulera plusieurs jours avant qu’on découvre son cadavre, peut-être même par hasard…

    Si un lecteur - ou une lectrice- viarmois(e) peut nous en dire plus sur ce ru de Fréval et son histoire, c’est bien volontiers que je corrigerais les erreurs du texte, s’il en contient.

    Pour en finir avec les considérations hydrologiques, nous noterons que les eaux du ru de Fréval se jette dans l’Ysieux, avec un système permettant l’alimentation des plans d’eaux de l’abbaye de Royaumont. L’Ysieux est un affluent de la Thève, elle-même affluent de l’Oise. Il n’est peut-être pas inutile de parler aussi des moulins qui, dans le Val’Oise comme partout ailleurs en France, sont les témoins survivants de l’activité humaine des siècles passés. Je n’ai trouvé dans les registres de Viarmes trace que d’un seul moulin, dit moulin de Giez. C’est l’eau de l’Ysieux qui faisait tourner sa roue et il est situé en amont du confluent avec le ru de Fréval. Edme Oudaille, le meunier du moulin de Giez, contemporain de Jean Langlois, n’a aucun lien de parenté avec l’auteur de ces lignes. Avec ma famille je dois donc me contenter des gènes de meuniers hérités des Paret, les meuniers du versant rhodanien du massif du Pilat dont il a été beaucoup question sur ce blog il y a quelques temps.

    Il est temps à présent de revenir à Jean Langlois.

    Au XVIII ème siècle, lorsqu’un mendiant disparaît il est n’est pas inhumé dans un complet anonymat. On cite souvent sa paroisse d’origine car, bien qu’en marge de la société de l’époque, il semble qu’ils bénéficiaient d’un certain mode d’intégration dans la vie du village, sous la forme du couvert et, peut-être, du gîte charitablement offerts. Les habitants du village connaissaient les grandes lignes de leur vie, leur âge et leurs origines. Mais les témoins de l’inhumation sont plutôt les incontournables de la paroisse, clerc ou bedeau de l’église. Tel n’est pas le cas de Jean Langlois puisque l’acte de sépulture cite Denis Langlois le neveu du défunt et Antoine Langlois, son cousin, comme témoins.

    Langlois et jean sont respectivement le nom de famille et le prénom le plus commun à Viarmes à cette époque. Il y a en fait pléthore de Jean Langlois et il n’est pas toujours simple d’identifier à qui on a à faire !

    A telle enseigne que sur les arbres partagés sur le site Généanet, aucun Jean Langlois n’est décédé en Janvier 1758. Je vais me répéter, cette absence vient sans doute que toutes les informations présentes dans les actes n’ont pas été exploitées.

    Partons de Denis Langlois, car Denis est un prénom bien moins commun que Jean. Nous connaissons quatre Denis Langlois. Le premier de la liste est décédé en 1676 et le second en 1750. Ils n’ont pas pu être présents à l’inhumation de Jean Langlois. Reste Denis Langlois, né en 1698 fils de Nicolas Langlois et Marguerite Langlois. Quand je vous disais que Langlois était un nom courant…

    Nous n’avons pas l’acte de décès de ce Denis-là. Il n’est cité dans aucun acte. Il n’est même pas certain qu’il vive toujours à Viarmes. Nous ne connaissons de toute façon à aucun de ses deux parents un frère prénommé Jean. Ce Denis-là n’a donc pas d’oncle prénommé Jean ni du côté paternel ni du côté maternel.

    Il y a enfin Denis Langlois, né en 1708, fils de Denis Langlois et Marie Vernon. Il est cité dans de nombreux actes entre 1728 et 1754. Et son père a bien un frère prénommé Jean, né en 1687, en fait le seul oncle du témoin Denis à se prénommer Jean. Il a donc 70 ans en 1758 et non 80 comme mentionné dans l’acte, mais une erreur de dix ans sur l’âge une personne n’a rien d’exceptionnel.

    De plus la signature de Denis Langlois au bas de cet acte peut être comparée à celle qu’on trouve sur d’autres actes tel que, par exemple, celui du décès de sa mère Marie Vernon. Cet extrait de l’arbre généalogique vous montre la relation entre le Jean le défunt et le Denis témoin à l’inhumation. Comme je suis sympa, j'ai entouré de rouge les cases où se trouve l'oncle et le neveu

    la déchéance de Jean Langlois

    La question de l’autre témoin à l’inhumation de Jean Langlois, le dénommé Antoine Langlois, est plus complexe car le terme de cousin désigne un très grand nombre de personne. Essayons toutefois d’identifier qui est le signataire.

    Un candidat sérieux semble être Antoine Langlois, né en 1719, fils d’Antoine et Marguerite François dont la signature, relevée sur d’autres actes est similaire à celle qu’on trouve sur l’acte de décès de Jean Langlois, notre énigmatique mendiant. Et l’arrière-grand-père d’Antoine Langlois, lui-même prénommé Antoine, époux de Jeanne Lebas est aussi le grand-père de Jean Langlois, ce qui fait d’eux de lointains cousins.

    la déchéance de Jean Langlois

    Les preuves me paraissent suffisantes pour affirmer que Jean Langlois, le mendiant décédé en 1758 est bien le Jean Langlois né en 1687. Pourtant, un autre aspect est à considérer. Jean Langlois semble avoir eu une vie absolument « normale » avant de tomber dans la mendicité. Né septième et dernier enfant du couple formé par Lucien Langlois et Marguerite Demery. Il épouse à l’âge de 20 ans Anne Soret. Celle-ci décèdera après trois ans de mariage, sans avoir d’enfant. Après quelques mois de veuvage, Jean épouse Marie Marguerite Beaucé. Deux enfants vont naître de ce second mariage. Jean en 1711 et Marie Françoise en 1714. Cette dernière ne vivra que cinq ans. Quant à Jean le fils ainé du couple, nous n’avons comme trace de lui dans les registres paroissiaux de Viarmes que sa présence comme parrain lors de baptêmes en 1725, 1730 et 1732. Il est alors âgé de 14, 19 et 21 ans. Sur les arbres visibles sur le site de Geneanet, aucun mariage pour lui. Et il n’est apparemment pas présent lors de l’inhumation de son père. Celui-ci apparait par contre de très nombreuses fois, vingt exactement, soit comme parrain ou comme témoin. Il est cité une dernière fois à l’occasion du décès de sa seconde épouse, Marie Magdeleine Beaucé le 25 février 1751. Cet acte précise comme les précédents qu’il est vigneron et il signe avec une belle écriture, il est donc lettré.

    C’est donc entre 1751 et 1758 que tout bascule pour lui et qu’il meure dans la misère, noyé à quelques hectomètres du village dans lequel il a toujours vécu. Comment expliquer une telle déchéance ? On ne peut qu’émettre des hypothèses. Jean vivait sans doute de son labeur, même si le métier de vigneron apparait un peu au-dessus de celui de manouvrier dans la hiérarchie du travail. Il est maintenant âgé et peut-être malade, ses frères sont tous morts ou ne vivent pas à proximité. Il est peut-être comme nous sans nouvelles de son fils Jean. Il est sans ressources et peut-être sans toit.

     

    Autre hypothèse, Jean le mendiant n’est pas, contrairement à mes conclusions, Jean le vigneron. Peut-être allons-nous découvrir un peu plus loin dans les registres paroissiaux qu’il est témoin au mariage de son fils jean ou à l’inhumation d’un proche. Il me faudra alors vous présenter dans un nouveau billet une version nouvelle de la fin de la vie de Jean Langlois.


    1 commentaire
  • Chers lecteurs et lectrices, vous avez peut-être en mémoire un billet récent intitulé « un autre mariage curieux » qui traitait d’une réhabilitation de mariage. Même si, dans le cas en question, la réhabilitation était sans doute justifiée par la consanguinité au quatrième degré des époux, constatée après la célébration de leur mariage, d’autres causes justifiant une réhabilitation étaient évoquées. Parmi elles, était citée le retour dans l’église catholique d’un couple marié hors de celle-ci, pour laquelle l’abjuration sincère d’une foi hérétique par les époux était exigée par le droit canon.

    Ce genre de situation n’est guère fréquent dans le Val d’Oise, région d’origine des registres paroissiaux auxquels je consacre le plus clair du temps que m’alloue mes insomnies, puisque le protestantisme n’était réellement répandu que dans le sud de la France.

    Peut-être d’ailleurs que Pierre Baudouin, dont il est question dans ce billet, est un descendant de camisard. Mais c’est bien à Presle, dans le val d’Oise, que le curé dresse l’acte suivant :

    le retour de la brebis égarée

      

    ce 31 juillet 1717 a été faite abjuration de l’hérésie calvinienne

    par Pierre Baudouin fils de défunt Pierre Baudouin et de défunte

    Marie Tavernier de la paroisse de Deuil diocèse de Paris âgé de 57 ans.

    entre les ?? prêtre curé de Presle soussigné par

    le pouvoir que l’en ai reçu de monseigneur l’évêque et comte de

    Beauvais en date du 23 de ce mois en présence de M Charles de St ??

    et de François Audeffroy prêtre vicaire de Mafflier et de Pierre Mouret

    prêtre vicaire de cette paroisse et de Florent Poule clerc de ladite paroisse, de

    Vincent Beaujean et de François Departont clerc de l’église de Mafflier

    tous témoins soussignés à l’original

    Pierre Baudouin n’est donc plus une brebis égarée depuis ce 31 juillet 1717 ou il a rejoint le troupeau des catholiques. Comme il a 57 ans et qu’il abjure seul, il ne s’agit pas de préparer la réhabilitation de son mariage mais, plus vraisemblablement, d’assurer son salut dans l’au-delà.

    Gageons que c’est ce que le curé du village lui a promis. Et cette promesse vaut bien celles que s’apprêtent à nous faire, tous bords confondus, les candidats aux élections à venir…


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