• L’histoire en trois actes que je vais vous conter aujourd’hui a de nouveau pour décor la petite ville de Viarmes, dans le Val d‘Oise.

    Le premier se déroule le 13 mars 1740 et voit l’héroïne, Marie Louise Metayer, enterrer son époux, Jacques Delacroix. Voici l’acte que le curé de Viarmes dresse sur le registre de la paroisse, suivi de sa transcription :

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix chartier âgé de soixante-dix ans ou environ

    mort le treizième jour du mois de mars inhumé le lendemain dans le cimetière

    de ce lieu par moy prêtre vicaire de ce lieu sous signé, en

    présence de Charles Durand clerc de cette fabrique et de Claude Durand

    son fils qui ont signé.

    Une petite explication à ceux qui seraient déroutés par le terme "fabrique", utilisé dans cet acte, est peut-être nécessaire. Il s'agit, d'un point de vue strictement étymologique de la construction, du bâtiment appelé église. Ce terme désigne l'église sous son aspect temporel, l'aspect spirituel étant le domaine du curé.

    Jacques Delacroix et Marie Louise Metayer se sont mariés neuf ans plus tôt, le 23 avril 1731, à Viarmes. Voici leur acte de mariage :

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix garçon majeur domestique en cette paroisse fils de

    défunt Jacques Delacroix et de Jeanne Levacher ses père et mère de la

    paroisse de Nesle d’une part et Marie Louise Metaïer fille de Nicolas

    Metayer et de Marie Dupuis ses père et mère de cette paroisse

    d’autre part. Après la publication de deux bans faite aux prônes

    de nos messes paroissiales par deux dimanches consécutifs, dont

    le premier a été fait le dimanche vingt et un février et le second le dimanche

    quinze avril mil sept cent trente un, le denier desdits bans dispense

    obtenue de Monsieur le vicaire général de Beauvais datté du treizième

    avril audit an mil sept cent trente signé Michel Justiné et contrôlé audit Beauvais

    ledit jour et an que dessus par Renard sans que s’y soit trouvé aucune

    opposition les fiançailles célébrées le jour précédent ont été mariés le

    lendemain vingt troisième avril audit an mil sept cent trente un

    par moi prêtre curé soussigné, ledit Delacroix assisté de ladite

    Jeanne Levacher sa mère, de François Toquiny, la dite Marie Louise

    Metayer assisté dudit Nicolas Metayer Nicolas son père et autres parents

    et amis qui ont signé.

    Quelques remarques à propos de cet acte. Jean Douceur, le curé qui le rédige réussi à orthographier différemment, dans la même phrase, le nom de l’épouse : Metaïer d’abord puis Metayer, orthographe qu’il ne changera plus tout au long de l’acte. Emporté par son élan il évoque les dimanches consécutifs pour la publication des bans comme si le 21 février, date à laquelle fut publié le premier précédait le quinze avril, date du second. La dispense obtenue le 23 avril est bien étrange puisque, depuis la publication du premier ban, on avait tout le temps nécessaire pour respecter la règle des trois bans. D’un point de vue généalogique, l’acte de décès de jacques Delacroix lui donne 70 ans, il serait donc né vers 1670 et aurait eu 61 ans à la date de son mariage avec Marie Louise Metayer. Cet âge plutôt avancé ne l’a pas empêché d’avoir trois enfants, Jacques né et 1733, Marie Louise née en 1735 et Louis né en 1737 qui ne vivra qu’un an.

    C’est grâce aux travaux d’un autre généalogiste, Alain Diot, publiés sur généanet que j’ai retrouvé la trace des parents de Jacques Delacroix. Le couple a célébré son mariage à Hédouville, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Viarmes, le 16 janvier 1676. Voici l’acte de mariage dressé à cette occasion.

    Une affaire rondement menée

    Jacques Delacroix de la paroisse d’Hédouville a

    épousé jeanne Levacher de la même paroisse en

    face de notre mère l’église toutes les cérémonies

    ? observées le seizième janvier mil six

    cent soixante-seize en présence de maitre Jean Levacher

    frère de ladite épouse et Marin Levacher son père

    et de Jeanne Liebault mère dudit Delacroix qui

    ont soussignés avec lesdits contractants

    La profession des époux n’est pas mentionnée dans l’acte, celles des parents non plus. Il devait s’agir de notables puisque, fait plutôt rare à cette époque, tous sont lettrés, y compris l’épouse et la mère de l’époux dont la signature montre une relative maîtrise de l’écrit.

    Nous avons vu au début de ce billet que la date de naissance de Jacques Delacroix, estimée sur la base de l’âge déclaré à son décès se situait vars 1670. Ses parents ayant célébré leur mariage en 1676, cette estimation est probablement fantaisiste.

    Une recherche dans les pages qui suivent celle du mariage dans le registre d’Hédouville nous  a permis de découvrir l’acte de naissance de Jacques, qui confirme l’exagération de son âge au moment de son décès :

     Une affaire rondement menée

    Ce jourd’hui dixième aout 1682 a été baptisé Jacques Delacroix fils de

    de Jacques et Jeanne Levacher sa femme son parrain jacques robnis ?

    de la ? et seigneurerie de ? sa marraine marie richard fille de pierre richard

    ?? par moi soussigné

    Comme il est né en 1682 et non en 1670, Jacques Delacroix avait donc 57 ans à son décès et 48 à son mariage avec Marie Louise Metayer.

    Ces précisions sur les origines de Jacques Delacroix ayant été données,  il est temps de rentrer dans le vif du sujet. Marie Louise Metayer, sa veuve commence le 13 mars 1740 un deuil qui va durer douze jours, et peut-être même un peu moins puisqu’il a sans doute fallut un peu de temps pour convaincre le curé de Viarmes d’annoncer au prône de la messe du 25 le projet de mariage entre Marie Louise Metayer, la veuve, et Joseph Perin. C’est le 26 avril de la même année que sera célébré ce mariage, comme le raconte l’acte, le second de cette saga, rédigé par le curé que je vous propose de lire.

    Une affaire rondement menée

      

    Une affaire rondement menée

     

    Joseph Perin manouvrier fils de Denis et de

    Jeanne Compagnon ses père et mère d’une part et Marie

    Mettailler, veuve de Jacques Lacroix d’autre part,

    tous de cette paroisse, après la publication des trois

    bans faite au prône de notre messe paroissiale par

    trois dimanches consécutifs dont le premier a été fait

    le vingt cinq du mois de mars mil sept cent quarante

    les deux autres en suivant sans qu’il s’y soit trouvé

    aucun opposition ny empêchement les fiançailles

    célébrées le vingt cinq avril et ont été mariés le lendemain

    vingt-six du présent mois d’avril mil sept cent

    quarante par moi prêtre vicaire de ce lieu sous

    signé ledit Joseph Perin assisté d’Alexandre Perin

    son frère et de Claude Durand. Ladite Marie

    Maittailler assistée de Nicolas Maittailler son père et

    de Louis Bertain son oncle qui ont signé

    Voila un veuvage qui doit pouvoir prétendre occuper une belle position au classement des plus courts de la spécialité.

    L’histoire ne s’arrête pas là puisque, moins d’une semaine plus tard, le 1er mai 1740, le curé reprend sa plume pour coucher sur le registre paroissial le troisième acte de cette étonnante histoire familiale

    Une affaire rondement menée

    Marie Françoise née le premier [mai] fille posthume de défunt jacques Delacroix et de Marie Metayer

    ses père et mère baptisée le même jour par moi prêtre vicaire

    de ce lieu soussigné le parrain Jean Baptiste Soret fils d’Antoine

    la marraine Marie Catherine Perrin fille de Simon, manouvrier

    tous de cette paroisse le parrain a signé la marraine a déclaré

    ne savoir signer de ce interpellée

    Je suis intrigué par cette précipitation de Marie Louise à vouloir se remarier alors qu’elle est sur le point d’accoucher d’un enfant de son premier mari. Y a-t-il un secret dans cette famille ?

    Le point final de cette histoire étant tapé sur mon clavier, je vais reprendre le décryptage du registre paroissial de Viarmes en me demandant quelle surprise Marie Louise et son nouvel époux nous réserve.


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  • Laissons de côté le carnet de Paul Bonneton qui alimentait ce blog depuis quelques temps, en attendant une inspiration pour régler l’épineuse question des unités auxquelles il a appartenu. Nous allons donc aujourd’hui nous intéresser à un acte de mariage et c’est de nouveau à Viarmes, dans l’actuel Val d’Oise, que je vous emmène. Il s’agit, une fois encore d’un couple sans relation de sang avec notre famille mais qui a vécu dans le même village que la branche Val d’Oisienne de la nôtre. L’acte en question présente deux particularités qui nous en apprennent un peu sur les mœurs du XVIIIème siècle. Voici donc l’acte dressé par Jean Douceur, curé du village, le cinq juillet 1735, lorsqu’il a célébré le mariage entre François Duchêne et Marie Anne Bimont. A la suite de l'acte, vous trouverez sa transcription.

     

    François Duchêne fils de défunt Nicolas et Duchêne et de Marie

    Davanne ses père et mère d’une part et Marie Anne Bimont fille

    de Claude Bimont et de Magdeleine Parisis ses père et mère d’autre

    part tous deux de cette paroisse. Après publication de trois bans faite

    aux prônes de nos messes paroissiales par trois jours de  dimanches

    consécutifs dont le premier a été fait le Dimanche quinze may mil sept

    cent trente cinq et les deux autres les deux Dimanches ensuivant sans

    qu’il s’y soit trouvé aucune opposition ny empêchement les fiançailles

    célébrées le jour précédent ont été mariés le lendemain cinquième jour du

    mois de juillet audit an par moi prêtre curé soussigné, le dit François

    Duchêne assisté de Louis Davanne son oncle maternelle et de François

    Anthiaume son voisin. Ladite Marie Anne Bimont assistée de ladite

    Magdeleine Parisis sa mère et de François Duchêne son beau-frère et

    tuteur de ladite Bimont nommé ad hoc, en l’absence de Claude Bimont son

    père dont on ne sait ce qu’il est devenu depuis quatre à cinq ans et ce par sentence

    de Monsieur de Bailly de Viarmes en date de deuxième juillet audit an mil sept

    cent trente-cinq et autres parents qui ont signé ladite Magdeleine

    a déclaré ne savoir signer de ce interpellée.

    Le cas du futur époux est des plus simples, il a presque vingt-cinq ans et son père étant décédé, il n’a à ses côtés que de simples témoins, son oncle Louis Davanne et son voisin François Anthiaume, qui n’est autre que le frère de Pierre, notre Sosa 672. Vous voyez, même si ce mariage ne concerne pas directement nos ascendants, nous n’en sommes pas très éloignés. Notons aussi que si son père avait été vivant au moment du mariage, sa présence aurait été nécessaire, valant consentement, puisque la majorité matrimoniale, celle qui permet de s’engager dans les liens d’un mariage est fixée à 30 ans pour les hommes depuis l’ordonnance de Blois de 1539.

    Pour la future épouse, Marie Anne Bimont, les choses sont plus compliquées. En effet, Marie n’a que 22 ans et la majorité matrimoniale qui est de 25 ans pour les femmes, toujours suivant l’ordonnance citée plus haut, n’est pas atteinte. Son père, Claude Bimont, devrait normalement consentir au mariage de sa fille, mais nul ne semble savoir où il se trouve. Selon l’acte, cela fait quatre à cinq ans qu’il a disparu. Il est né en 1688, et avait donc environ 42 ans au moment de sa disparition. Claude a eu avec son épouse six enfants dont trois sont morts en bas âge. La dernière trace qu’on trouve de lui dans les registres paroissiaux de Viarmes date du 29 juillet 1720, lors de l’inhumation de son fils Pierre. Il est mentionné dans l’acte de naissance de sa plus jeune fille, Jeanne, le 21 octobre 1721, mais sa présence au baptême n’est pas notée, ce qui n’a rien de très étonnant, puisque seule la signature des parrain et marraine apparaît sur les actes de baptême.

    Qu’est donc devenu Claude Bimont ? Est-il mort ? S’est il enfui pour reconstruire une nouvelle vie ?

    Nous savons bien peu de choses sur lui, sa profession n’est mentionnée dans aucun acte où il est cité. Il ne signe aucun de ces actes, marque d’une croix son propre acte de mariage et déclare aussi à plusieurs reprises ne savoir signer. Il est donc assurément  illettré. Amis lecteurs, vous pouvez donc laisser libre cours à votre imagination pour répondre aux questions posées plus haut. Sachez toutefois que je n’ai trouvé aucun cas similaire dans les actes que j’ai relevé à ce jour. Il semble donc que ces cas de disparition inexpliquée étaient beaucoup plus rares qu’aujourd’hui où on en dénombre environ dix mille chaque année.

    Revenons à notre mariage, ou plutôt à celui de François Duchêne et Marie Anne Bimont. Cette dernière a besoin d’un tuteur pour se marier. Elle en trouve un en la personne de François Duchêne, son beau-frère. Il n'exercera sa mission de tuteur qu'entre le 2 juillet, date de sa nomination,  et le 5 juillet, date de son mariage, soit trois jours. L'apparition de ce tuteur et beau frère doit vous faire réagir, car il se nomme exactement comme le futur époux ! Marie Anne a-t-elle une sœur épouse d’un François Duchêne ? Peu probable, sa seule sœur, Jeanne n’a que quatorze ans en 1735 et elle ne se mariera qu’en 1744 avec Jacques Adam. A défaut de trouver l'époux d’une sœur il nous faut chercher un frère à l’époux. Mais c’est une impasse car François, le futur époux, est en 1735 le seul survivant des neuf enfants, dont cinq fils, du couple formé par Nicolas Duchêne et Marie Davanne. Tout n’est cependant pas perdu car le terme de beau-frère avait une acceptation plus large qu’aujourd’hui. Nous avons aussi la chance de travailler pour cette période sur les registres relevés en mairie à Viarmes qui sont des originaux et portent donc les paraphes lorsque les signataires sont lettrés. Et le tuteur de Marie Anne signe distinctement son nom sur l’acte de mariage de sa protégée. Deuxième chance, il n’y a pas énormément de personne nommées François Duchêne à Viarmes qui peuvent convenir. Écartons sans hésitation François Duchêne, fils de François et Jeanne Levesque, né le 29 juillet 1702 puisqu’il ne vivra que quelques jours. Ce même couple donnera le prénom de François à un autre fils, né le premier janvier 1704. Lui vivra et est déjà connu dans l’arbre familial comme époux de Magdeleine Langlois. Bingo, la signature qu’on trouve au bas de son acte de mariage est bien la même que celle qu’on trouve sur l’acte qui m’a conduit à rédiger ce billet. Vous pouvez vous-même le vérifier en examinant l’acte :

      

    Reste toutefois une question à régler, le tuteur de Marie Anne Bimont est fils de François Duchêne (encore un…) et Jeanne Levesque alors que l’époux de la dite Marie Anne est fils de Nicolas et Marie Davanne. Quel lien familial y-a-t’il entre ces deux François Duchêne ? La réponse à cette question se  trouve dans la génération du père de Nicolas. Il s’appelle lui aussi François et est l’époux de Marie Lemaire. Et ce François-là, époux de Marie Lemaire et l’autre, époux de Jeanne Levesque sont vraisemblablement une seule et même personne. Nous somme certain que Marie Lemaire, la première épouse de François Duchêne est décédée avant le 7 juillet 1704 car elle est notée défunte dans l’acte de mariage de son fils Nicolas avec Marie Davanne. Et la première fille issue du second mariage, avec Jeanne Levesque est née vers 1696. Toutes ces dates sont compatibles et, pour confirmer cette hypothèse, le François Duchêne époux de Marie Lemaire est maçon, comme celui qui a épousée Jeanne Levesque. Son fils François, tuteur de Marie Anne Bimont lors de son mariage, est donc le demi-frère de Nicolas Duchêne, père de l’époux. Et donner le nom de beau-frère à une personne possédant un tel  lien de famille était possible en ces temps. Nous n’avons en main aucun des deux actes de mariage de François Duchêne avec ses épouses successives pas plus que nous n’avons l’acte de décès de la première épouse. On peut trouver sur internet (geneanet) un arbre posté par une généalogiste, Dominique Julliard, un mariage entre François Duchêne et Marie Lemarie (fille de Barthelemy Lemaire et Magdelaine Lingeois). Ce mariage a été célébré à Mareil en France le 20 novembre 1679. Mareil en France se trouve à quelques kilometres de Viarmes et il est vraisemblable qu’il s’agisse du premier mariage du François Duchêne que nous connaissons. D’ailleurs sur le même arbre on retrouve le fils Nicolas, époux de Marie Davanne. Malheureusement les registres paroissiaux de cette période pour cette localité ne sont pas disponibles en ligne et je n’aime guère inclure dans mes documents des informations ans en avoir vérifié la source. Si l’occasion se présente, une petite visite à la mairie de Mareil en France permettra sans doute de valider ce mariage.

    Peut-être que cette histoire vous a donné le tournis et que vos rêves vont être hantés par des hordes de François Duchêne. Vous noterez toutefois que pendant le cours de cet épisode, nous avons arithmétiquement diminué le nombre de François Duchêne en fusionnant les époux de Marie Lemaire et de Jeanne Levesque. Ne vous réjouissez pas trop vite car, afin de conserver la bonne quantité de François Duchêne, je vais vous en ajouter un. Nous n’avons de lui qu’un acte de décès daté du 26 mars 1728 qui  porte une signature d’un témoin que vous connaissez bien et qui se nomme, bien sûr, François Duchêne.

     

    On dit dans l’acte qu’il s’agit de son frère mais vu son âge, 44 ans, on peut situer sa naissance vers 1684 et il s’agit plutôt d’un demi-frère, issu du premier mariage de François Duchêne, le père. Notons au passage que cet acte est une confirmation de plus de ce double mariage.

    Il ne reste plus qu’à espérer que, si nous découvrons les actes qui nous manquent dans ce puzzle, leur contenu ne sera pas le souffle de vent qui ruine ce château de carte patiemment construit.

    Pour conclure, un extrait de l’arbre avec les principaux protagonistes de ce billet aidera sans doute les lecteurs égarés à retrouver leur chemin.


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  • Je vous emmène une nouvelle fois dans le Val d’Oise, à Viarmes, au début du XVIIIème siècle pour vous conter les aventures matrimoniales  d’une paroissienne peu ordinaire.

    Lorsque Marie Heldebert et son aimé Michel convolent en justes noces, Nicolas Estienne, religieux de l’ordre saint François du couvent de Beauvais, qui officie comme prêtre de la paroisse de Viarmes rédige l’acte que voici :

     

     

     

    Marie Heldebert veuve de défunt Pierre Bimont vivant manouvrier

    d’autre part tous de cette paroisse, ont été mariés ce jourd’huy vingt

    septième de juin par moi prêtre Nicolas Estienne prêtre religieux

    de l’ordre St François du couvent de Beauvais, du consentement de

    Monsieur le curé de Viarmes, après les publications de trois bans

    …..

    La première fait le jour de fête de l’ascension de notre

    Seigneur, vingt cinquième jour de mai dernier les deuxième

    et troisième les deux dimanches suivants sans aucune opposition

    ni empêchement après le contrôle desdits bans contrôlés à

    Beaumont le vingt sixième de juin par domillier et après la

    dispense obtenue par Mr Le Barbier prêtre docteur en theo

    logie de la faculté de Paris chanoine de l’église cathédrale

    de Beauvais vicaire général de monseigneur l’eminentif

    sieur cardinal de Janson Fortin Levesque comte de Beauvais

    pair de France commandeur de l’ordre du St Esprit, les

    dispenses du troisième degré de consanguinité qui est

    entre eux suivant le pouvoir apostolique accordé à ??

    seigneur cardinal, ladite dispense en date du sixième jour

    de mai mil sept cent deux signé Le Barbier par Mr

    le vicaire signé fournier avec paraphe, ledit Heldebert

    assisté de Pierre et Louis Bachevillier amis, ladite Marie

    Heldebert assistée de Louis Davanne et René Meunier aussi

    amis et témoins qui ont signé. Signé Louis Davanne

    René Meunier Bachevillier, Bachevillier, N. Estienne

    prêtre religieux avec paraphe

    Michel et Marie, les futurs époux, sont donc lié par le sang. D’ailleurs il porte le même nom de famille, Heldebert, même si celui-ci varie un peu suivant les actes, Heldebert, Helbert, Heudebert. Consanguins au troisième degré, précise l’acte. En droit canon, cela signifie qu’ils sont «issus de germains » ou, en d’autres termes, qu’un des deux parents de l'époux était cousin germain d'un des parents de l'épouse. En l’occurrence, Michel, le père de Michel – le futur époux -  était cousin germain de Philippe, le père de Marie, la future épouse. Ou encore que Michel et Marie, les deux tourtereaux, ont un même arrière-grand-père. Nous n’avons pas trouvé trace dans les registres de ces filiations, trop anciennes. Sous l’ancien régime, un tel mariage nécessitait une dispense des autorités religieuses. Demande est donc formulée auprès de l’évêché de Beauvais. Celui-ci répond favorablement le 6 mai 1702. C’est une heureuse décision car, tout juste un mois plus tard, le 6 juin, avant même le mariage, célébré le 27 du même mois, va naître une petite Marie.

     

     

    Marie née d'aujourd'huy sixième de juin fille de Michel

    Heldebert manouvrier et de Marie Heldebert a été baptisé

    le même jour, le parrain Louis Davanne laboureur la marraine

    Geneviève Meunier fille de René Meunier fruitier tous de

    cette paroisse le père absent le parrain a signé, la marraine a déclaré

    ne savoir signer de ce interpellée ainsi signé louis davanne 

    Bisset curé avec paraphe

    Seul détail qui peut éveiller l'attention à la lecture de cet acte, la mention "sa femme" qui suit habituellement le nom des parents est omise.

    Si les parents de Marie avaient besoin de l’autorisation de l’église pour devenir époux, ils n’avaient rien à demander à personne pour procréer, et ne se souciaient apparemment pas le moins du monde des questions de consanguinité.  Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se serait passé si la dispense avait été refusée. On peut aussi se demander si le prêtre, dans la demande, évoquait-il la situation de la future mariée.

    Mais l'histoire ne s’arrête pas là ou, plutôt commence quelques années avant. Je vous propose de remonter le temps jusqu’en 1691. Il vous a peut-être échappé à la lecture de l’acte de son mariage avec Michel Heldebert qu’elle est la veuve de Pierre Bimont. Et ce premier mariage a été célébré en 1691, le 26 févier. Voici l’acte rédigé à cette occasion.

     

     

    Pierre Bimont fils de défunt Claude Bimont vivant

    vigneron et de défunte Anthoinette Davanne ses père et mère

    d'une part et Marie Heldebert fille de Philippe Heldebert

    blatier et d'Anne Guedon ses père et mère d'autre part

    tous deux de cette paroisse ont été mariés ce jourd'huy

    vingt sixième de février par devant moi prêtre curé de Viarmes

    après la publication de trois bans la première faite

    le dimanche onzième février la deuxième et troisième

    le dimanche ? suivant et après les fiançailles

    du jour d'hier sans aucun empêchement ledit Bimont

    assisté de Pierre Toquiny son parrain et de Philippe Toquiny

    son oncle d'Anthoine Bimont cousin germain ladite

    Heldebert assistée de Philippe Heldebert son père

    de Michel Heldebert son cousin de Jacques Lechopier

    oncle qui ont signé avec moi Bisset curé

    Il suffit de tourner une page de ce registre pour trouver, daté du 16 mars, l’acte de naissance de Marie Bimont, fille du couple tout juste marié.

      

     

    Marie née d'aujourd'huy seizième de mars fille

    de Pierre Bimont le jeune manouvrier et de Marie

    Heldebert sa femme a été baptisée le même jour le

    parrain Anthoine Bimont fils de défunt Anthoine

    Bimont, la marraine Anne Malet, fille de Daniel 

    Malet opérateur, le père absent, le parrain a signé

    la marraine a déclaré ne savoir signer de ce interpellée

    signé G ? vicaire

    Nous avons donc à faire à une récidiviste ! En 1691, c’est le curé du Village, Etienne Bisset qui unit les époux. Lui aussi a bien dû se douter de quelque chose observant la mariée. Etienne Bisset est mort en 1703, il n’a donc pas pu évoquer avec Nicolas Estienne, qui célébrera le deuxième mariage de Marie, cette étrange paroissienne qui consomme systématiquement son mariage avant de l’acter.

    De peur d'apparaître comme un père la morale et de lasser les lecteurs, je m’étais promis de ne plus rien écrire sur ces cas de naissance hors mariage, finalement pas si rare en ces temps, mais ce cas  de récidive m’a fait changer d’avis. Après tout, ces couples étaient en avance sur leur temps et les prêtres, au moins dans la rédaction des actes, faisaient preuve d'une belle tolérance.

     


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  • La scène qui débute l’histoire qui va vous être contée aujourd’hui se passe à Viarmes, le jeudi quatre juin mil six cent quatre-vingt-deux, par l’accouchement de Jeanne Breteuille. Et la dite Jeanne, alors âgée de quarante-six ans – si on se fie à l’âge mentionné sur son acte de décès, en 1696- est veuve, non remariée, de Martin Bimont depuis le 22 juin 1675, date du décès de celui-ci. Cette situation n’échappe pas au curé Bisset au moment de rédiger l’acte de baptême du nouveau-né.

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    C’est apparemment la sage-femme, informée  des secrets intimes de la maman, qui lui donne la solution. Il est donc transcrit que le père de l’enfant illégitime est Claude Poulet, fils de Claude et Anne Mignan, qui a alors 28 ans. L’enfant portera donc le nom de son père. A-t ‘il passé ses premières années avec sa mère auprès des enfants qu’elle a eues avec son mari ? Nous en connaissons cinq, mais seule la date de naissance des deux derniers est connue. Il est vraisemblable que le couple est venu s’installer à Viarmes juste avant la naissance de Christophe, le 27 juillet 1671. Fait troublant, l’acte de naissance du dernier enfant du couple, Marie, le premier janvier 1676, précise que le père est absent, ce qui n’est pas faux et qu’on ne peut guère lui reprocher puisqu’il est décédé depuis six mois !

    Voici l’acte de décès de Martin Bimont

    La veuve joyeuse

     

    L’acte de naissance de Marie, dernier enfant du couple

    La veuve joyeuse

    Célibataire au moment de sa relation Claude Poulet, le père de l’enfant né hors mariage, n’épousera pas la veuve. Après avoir essayé une femme plus âgée que lui de 12 ans, il attendra cinq ans avant d’épouser Marie Arnoult, qui est de dix ans sa cadette. Voilà un homme éclectique dans ses choix.

    Nés de son mariage légitime avec Marie Arnoul, nous connaissons neuf enfants à notre Don Juan. Dont deux se prénomment Claude. Bien que rien ne l’indique dans les registres paroissiaux de Viarmes, il est vraisemblable que le premier des deux, né en 1693 n’ait pas survécu.

    L’histoire ne s’arrête pas là. En effet, nos deux Claude Poulet, le légitime et l’illégitime, réussiront l’exploit d’épouser, tous deux,  une fille nommée Marie Meunier. Celle qu’a épousé Claude l’illégitime est fille de René et Geneviève Beaucé. L’autre est la fille de Denis et Marie Laisné.

    Voici l’acte de mariage de Claude, l’illégitime

     La veuve joyeuse

    Et celui de Claude, le légitime

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    Nous avons donc eu à Viarmes dans la même génération deux couples portant exactement les mêmes patronymes. Voilà le genre de situation qui tourne souvent au casse-tête pour les généalogistes. Mais leur entreprise, visiblement destinée à nous empoisonner la vie, n’est que partiellement réussie, puisque Claude, le plus âgé et illégitime décédera deux ans avant le mariage du second Claude Il n’y a donc que peu de chance de confondre les enfants des deux couples.

    L'arbre généalogique posté sur le site Geneanet, avec la filiation des protagonistes et leur descendance aidera ceux qui peinent à suivre ces péripéties. Il donne aussi les références des actes sur le site des Archives départementales du Val d'Oise.

     

    http://gw.geneanet.org/gbonneton_w


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  • Au moment où j’écris ces lignes on est en pleine célébration du tricentenaire de la mort de Louis XIV. Le nom de ce monarque évoque le faste. La vie à Versailles rendait envieux les dirigeants du monde entier. A l’autre extrémité de l’échelle sociale, la situation était loin d’être aussi brillante et l’étude des registres paroissiaux de la fin du XVIIeme siècle nous en offre une étonnante illustration. Si on examine le registre de Viarmes, dans le Val d’Oise en 1693 entre le 24 octobre et le 12 décembre on est surpris de trouver une succession de 25 décès sans aucun baptême ni mariage. Voici deux pages contiguës extraites de cette période.

    le bon vieux temps  

    le bon vieux temps

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pourtant  le registre est tenu par le curé dans un strict ordre chronologique et on devrait trouver une répartition aléatoire au moins pour les naissances et les décès. C’est d’ailleurs le cas les autres années. A Viarmes et ailleurs, bien sûr, on meurt donc beaucoup en ces temps. L’explication est à chercher dans l’année précédente ou un hiver très rigoureux suivi d’un printemps et d’un été pluvieux ont ruiné les récoltes et fait flamber le prix des céréales. Comme par ailleurs le roi augmente les impôts pour financer ses guerres, la population n’a tout simplement plus les moyens de se nourrir convenablement. Cette famine à selon les historiens provoqué 1.300.000 décès alors que le pays comptait un peu plus de 20.000.000 d’habitants. Mais le plus étrange n’est pas là. En effet, habituellement, dans une période donnée, une partie importante des décès concerne des nouveaux nés et, dans le cas de 1693, il n’y a pas de baptême et donc de nouveau-né dans cette période. La raison est que, au pire moment de la famine, la sous-alimentation a provoqué chez les femmes en âge de procréer une perte des règles appelé aménorrhée. Et, neuf mois plus tard, le taux de natalité chute brutalement.

    Ceux qui souhaitent en savoir plus sur la question peuvent utilement consulter l’article d’Emmanuel Le Roy Ladurie dans les Annales de 1969.

    Cette disette de 1693 n’est pas un cas isolé, et de telles famines se sont produites tout au long des siècles jusqu’au milieu du XIXème. Songeons à la détresse de nos ancêtres en ces époques avant de nous plaindre de nos petits malheurs. D’où le titre ironique du billet.


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