• Je vous emmène une nouvelle fois dans le Val d’Oise, à Viarmes, au début du XVIIIème siècle pour vous conter les aventures matrimoniales  d’une paroissienne peu ordinaire.

    Lorsque Marie Heldebert et son aimé Michel convolent en justes noces, Nicolas Estienne, religieux de l’ordre saint François du couvent de Beauvais, qui officie comme prêtre de la paroisse de Viarmes rédige l’acte que voici :

     

     

     

    Marie Heldebert veuve de défunt Pierre Bimont vivant manouvrier

    d’autre part tous de cette paroisse, ont été mariés ce jourd’huy vingt

    septième de juin par moi prêtre Nicolas Estienne prêtre religieux

    de l’ordre St François du couvent de Beauvais, du consentement de

    Monsieur le curé de Viarmes, après les publications de trois bans

    …..

    La première fait le jour de fête de l’ascension de notre

    Seigneur, vingt cinquième jour de mai dernier les deuxième

    et troisième les deux dimanches suivants sans aucune opposition

    ni empêchement après le contrôle desdits bans contrôlés à

    Beaumont le vingt sixième de juin par domillier et après la

    dispense obtenue par Mr Le Barbier prêtre docteur en theo

    logie de la faculté de Paris chanoine de l’église cathédrale

    de Beauvais vicaire général de monseigneur l’eminentif

    sieur cardinal de Janson Fortin Levesque comte de Beauvais

    pair de France commandeur de l’ordre du St Esprit, les

    dispenses du troisième degré de consanguinité qui est

    entre eux suivant le pouvoir apostolique accordé à ??

    seigneur cardinal, ladite dispense en date du sixième jour

    de mai mil sept cent deux signé Le Barbier par Mr

    le vicaire signé fournier avec paraphe, ledit Heldebert

    assisté de Pierre et Louis Bachevillier amis, ladite Marie

    Heldebert assistée de Louis Davanne et René Meunier aussi

    amis et témoins qui ont signé. Signé Louis Davanne

    René Meunier Bachevillier, Bachevillier, N. Estienne

    prêtre religieux avec paraphe

    Michel et Marie, les futurs époux, sont donc lié par le sang. D’ailleurs il porte le même nom de famille, Heldebert, même si celui-ci varie un peu suivant les actes, Heldebert, Helbert, Heudebert. Consanguins au troisième degré, précise l’acte. En droit canon, cela signifie qu’ils sont «issus de germains » ou, en d’autres termes, qu’un des deux parents de l'époux était cousin germain d'un des parents de l'épouse. En l’occurrence, Michel, le père de Michel – le futur époux -  était cousin germain de Philippe, le père de Marie, la future épouse. Ou encore que Michel et Marie, les deux tourtereaux, ont un même arrière-grand-père. Nous n’avons pas trouvé trace dans les registres de ces filiations, trop anciennes. Sous l’ancien régime, un tel mariage nécessitait une dispense des autorités religieuses. Demande est donc formulée auprès de l’évêché de Beauvais. Celui-ci répond favorablement le 6 mai 1702. C’est une heureuse décision car, tout juste un mois plus tard, le 6 juin, avant même le mariage, célébré le 27 du même mois, va naître une petite Marie.

     

     

    Marie née d'aujourd'huy sixième de juin fille de Michel

    Heldebert manouvrier et de Marie Heldebert a été baptisé

    le même jour, le parrain Louis Davanne laboureur la marraine

    Geneviève Meunier fille de René Meunier fruitier tous de

    cette paroisse le père absent le parrain a signé, la marraine a déclaré

    ne savoir signer de ce interpellée ainsi signé louis davanne 

    Bisset curé avec paraphe

    Seul détail qui peut éveiller l'attention à la lecture de cet acte, la mention "sa femme" qui suit habituellement le nom des parents est omise.

    Si les parents de Marie avaient besoin de l’autorisation de l’église pour devenir époux, ils n’avaient rien à demander à personne pour procréer, et ne se souciaient apparemment pas le moins du monde des questions de consanguinité.  Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se serait passé si la dispense avait été refusée. On peut aussi se demander si le prêtre, dans la demande, évoquait-il la situation de la future mariée.

    Mais l'histoire ne s’arrête pas là ou, plutôt commence quelques années avant. Je vous propose de remonter le temps jusqu’en 1691. Il vous a peut-être échappé à la lecture de l’acte de son mariage avec Michel Heldebert qu’elle est la veuve de Pierre Bimont. Et ce premier mariage a été célébré en 1691, le 26 févier. Voici l’acte rédigé à cette occasion.

     

     

    Pierre Bimont fils de défunt Claude Bimont vivant

    vigneron et de défunte Anthoinette Davanne ses père et mère

    d'une part et Marie Heldebert fille de Philippe Heldebert

    blatier et d'Anne Guedon ses père et mère d'autre part

    tous deux de cette paroisse ont été mariés ce jourd'huy

    vingt sixième de février par devant moi prêtre curé de Viarmes

    après la publication de trois bans la première faite

    le dimanche onzième février la deuxième et troisième

    le dimanche ? suivant et après les fiançailles

    du jour d'hier sans aucun empêchement ledit Bimont

    assisté de Pierre Toquiny son parrain et de Philippe Toquiny

    son oncle d'Anthoine Bimont cousin germain ladite

    Heldebert assistée de Philippe Heldebert son père

    de Michel Heldebert son cousin de Jacques Lechopier

    oncle qui ont signé avec moi Bisset curé

    Il suffit de tourner une page de ce registre pour trouver, daté du 16 mars, l’acte de naissance de Marie Bimont, fille du couple tout juste marié.

      

     

    Marie née d'aujourd'huy seizième de mars fille

    de Pierre Bimont le jeune manouvrier et de Marie

    Heldebert sa femme a été baptisée le même jour le

    parrain Anthoine Bimont fils de défunt Anthoine

    Bimont, la marraine Anne Malet, fille de Daniel 

    Malet opérateur, le père absent, le parrain a signé

    la marraine a déclaré ne savoir signer de ce interpellée

    signé G ? vicaire

    Nous avons donc à faire à une récidiviste ! En 1691, c’est le curé du Village, Etienne Bisset qui unit les époux. Lui aussi a bien dû se douter de quelque chose observant la mariée. Etienne Bisset est mort en 1703, il n’a donc pas pu évoquer avec Nicolas Estienne, qui célébrera le deuxième mariage de Marie, cette étrange paroissienne qui consomme systématiquement son mariage avant de l’acter.

    De peur d'apparaître comme un père la morale et de lasser les lecteurs, je m’étais promis de ne plus rien écrire sur ces cas de naissance hors mariage, finalement pas si rare en ces temps, mais ce cas  de récidive m’a fait changer d’avis. Après tout, ces couples étaient en avance sur leur temps et les prêtres, au moins dans la rédaction des actes, faisaient preuve d'une belle tolérance.

     


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  • La scène qui débute l’histoire qui va vous être contée aujourd’hui se passe à Viarmes, le jeudi quatre juin mil six cent quatre-vingt-deux, par l’accouchement de Jeanne Breteuille. Et la dite Jeanne, alors âgée de quarante-six ans – si on se fie à l’âge mentionné sur son acte de décès, en 1696- est veuve, non remariée, de Martin Bimont depuis le 22 juin 1675, date du décès de celui-ci. Cette situation n’échappe pas au curé Bisset au moment de rédiger l’acte de baptême du nouveau-né.

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    C’est apparemment la sage-femme, informée  des secrets intimes de la maman, qui lui donne la solution. Il est donc transcrit que le père de l’enfant illégitime est Claude Poulet, fils de Claude et Anne Mignan, qui a alors 28 ans. L’enfant portera donc le nom de son père. A-t ‘il passé ses premières années avec sa mère auprès des enfants qu’elle a eues avec son mari ? Nous en connaissons cinq, mais seule la date de naissance des deux derniers est connue. Il est vraisemblable que le couple est venu s’installer à Viarmes juste avant la naissance de Christophe, le 27 juillet 1671. Fait troublant, l’acte de naissance du dernier enfant du couple, Marie, le premier janvier 1676, précise que le père est absent, ce qui n’est pas faux et qu’on ne peut guère lui reprocher puisqu’il est décédé depuis six mois !

    Voici l’acte de décès de Martin Bimont

    La veuve joyeuse

     

    L’acte de naissance de Marie, dernier enfant du couple

    La veuve joyeuse

    Célibataire au moment de sa relation Claude Poulet, le père de l’enfant né hors mariage, n’épousera pas la veuve. Après avoir essayé une femme plus âgée que lui de 12 ans, il attendra cinq ans avant d’épouser Marie Arnoult, qui est de dix ans sa cadette. Voilà un homme éclectique dans ses choix.

    Nés de son mariage légitime avec Marie Arnoul, nous connaissons neuf enfants à notre Don Juan. Dont deux se prénomment Claude. Bien que rien ne l’indique dans les registres paroissiaux de Viarmes, il est vraisemblable que le premier des deux, né en 1693 n’ait pas survécu.

    L’histoire ne s’arrête pas là. En effet, nos deux Claude Poulet, le légitime et l’illégitime, réussiront l’exploit d’épouser, tous deux,  une fille nommée Marie Meunier. Celle qu’a épousé Claude l’illégitime est fille de René et Geneviève Beaucé. L’autre est la fille de Denis et Marie Laisné.

    Voici l’acte de mariage de Claude, l’illégitime

     La veuve joyeuse

    Et celui de Claude, le légitime

    La veuve joyeuse

     

    La veuve joyeuse

    Nous avons donc eu à Viarmes dans la même génération deux couples portant exactement les mêmes patronymes. Voilà le genre de situation qui tourne souvent au casse-tête pour les généalogistes. Mais leur entreprise, visiblement destinée à nous empoisonner la vie, n’est que partiellement réussie, puisque Claude, le plus âgé et illégitime décédera deux ans avant le mariage du second Claude Il n’y a donc que peu de chance de confondre les enfants des deux couples.

    L'arbre généalogique posté sur le site Geneanet, avec la filiation des protagonistes et leur descendance aidera ceux qui peinent à suivre ces péripéties. Il donne aussi les références des actes sur le site des Archives départementales du Val d'Oise.

     

    http://gw.geneanet.org/gbonneton_w


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  • Au moment où j’écris ces lignes on est en pleine célébration du tricentenaire de la mort de Louis XIV. Le nom de ce monarque évoque le faste. La vie à Versailles rendait envieux les dirigeants du monde entier. A l’autre extrémité de l’échelle sociale, la situation était loin d’être aussi brillante et l’étude des registres paroissiaux de la fin du XVIIeme siècle nous en offre une étonnante illustration. Si on examine le registre de Viarmes, dans le Val d’Oise en 1693 entre le 24 octobre et le 12 décembre on est surpris de trouver une succession de 25 décès sans aucun baptême ni mariage. Voici deux pages contiguës extraites de cette période.

    le bon vieux temps  

    le bon vieux temps

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Pourtant  le registre est tenu par le curé dans un strict ordre chronologique et on devrait trouver une répartition aléatoire au moins pour les naissances et les décès. C’est d’ailleurs le cas les autres années. A Viarmes et ailleurs, bien sûr, on meurt donc beaucoup en ces temps. L’explication est à chercher dans l’année précédente ou un hiver très rigoureux suivi d’un printemps et d’un été pluvieux ont ruiné les récoltes et fait flamber le prix des céréales. Comme par ailleurs le roi augmente les impôts pour financer ses guerres, la population n’a tout simplement plus les moyens de se nourrir convenablement. Cette famine à selon les historiens provoqué 1.300.000 décès alors que le pays comptait un peu plus de 20.000.000 d’habitants. Mais le plus étrange n’est pas là. En effet, habituellement, dans une période donnée, une partie importante des décès concerne des nouveaux nés et, dans le cas de 1693, il n’y a pas de baptême et donc de nouveau-né dans cette période. La raison est que, au pire moment de la famine, la sous-alimentation a provoqué chez les femmes en âge de procréer une perte des règles appelé aménorrhée. Et, neuf mois plus tard, le taux de natalité chute brutalement.

    Ceux qui souhaitent en savoir plus sur la question peuvent utilement consulter l’article d’Emmanuel Le Roy Ladurie dans les Annales de 1969.

    Cette disette de 1693 n’est pas un cas isolé, et de telles famines se sont produites tout au long des siècles jusqu’au milieu du XIXème. Songeons à la détresse de nos ancêtres en ces époques avant de nous plaindre de nos petits malheurs. D’où le titre ironique du billet.


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  • Le billet précédent de ce blog vous contait, en deux temps (il était temps et il était temps, le dénouement), l’histoire d’Antoine Levesque et Marie Anne Prouain, ce couple qui luttait contre la montre pour que son union soit « solennisée », comme on disait parfois en ces temps, devant le prêtre avant que son fruit soit porté sur les fonts baptismaux. Cela se passait à Saint Martin du Tertre en 1722.

    L’ordre dans lequel dans lequel je décrypte les registres des paroisses où vécurent nos aïeux et le hasard, son fidèle compère, veulent que les amours de Nicolas Chalot et Marguerite Fournier et leurs péripéties soient contées ici, juste après celles d’Antoine et Marie Anne.

    Nous somme à Viarmes, à deux pas de Saint Martin du Tertre, en mil six cent quatre vingt dix sept, le seize février et voici l’acte de mariage de nos tourtereaux.

     

    Nicolas Chalot marchand de dantelles veuf de défunte Marie Gille d’une part, de cette paroisse, et Marguerite Fournier fille de défunt Jean Fournier laboureur et de défunte Nicole Davanne ses père et mère de la paroisse d’Asnière ont été mariés ce jourd’hui seizième de février par moi prêtre curé, après la publication des bans faite à l’ordinaire dans les paroisses de Viarmes et d’Asnière et les fiançailles sans aucun empêchement, ledit Chalot assisté de Pierre Bachevilliers et Henry Compagnon, ses amis, ladite Fournier assistée de Pierre halboug et Nicolas Meunier ses beaux frères qui ont signé. Signé Bisset Curé, avec paraphe.

    Rien que de très classique dans cet acte. Notons tout de même que le jeune marié n’est pas si jeune que ça puisque, de son premier mariage, avec Marie Gille, il a eu huit enfants, entre 1685 et 1693. Marie Gille est décédée le vingt quatre juillet mil six cent quatre vingt quatorze. Si on se fie l’âge de quatre vingt trois ans donné dans l’acte de décès de Nicolas Chalot, le neuf octobre mil sept cent quarante, il est né vers mil six cent cinquante sept et à donc environ quarante ans lors de son mariage avec Marguerite Fournier. Cinq des huit enfants de son premier mariage sont d’ailleurs mort en bas âge, dont les trois prénommés Nicolas !

    Examinons maintenant l’acte qui suit ce mariage dans le registre.

     trop tard

    Françoise Chalot, fille de Messire Nicolas Chalot, marchand et de Marguerite Fournier, sa femme, baptisée le seizième de février, le parrain Nicolas Meunier, fruitier, la marraine Françoise Simon, veuve d’Antoine Chalot. Le parrain a signé, la marraine a déclaré ne savoir signé. Signé Bisset Curé.

    La situation se complique donc un peu puisque, dans la foulée du mariage, on baptise une petite fille dont les parents sont tout juste unis devant dieu et les hommes. Le curé Bisset, très rigoureux dans ses rédactions précise habituellement distinctement les dates de naissance et baptême. Dans cas la date de naissance est omise.

    La petite Françoise ne vivra que bien peu, puisque l’acte qui suit celui de son baptême dans le registre est celui de son décès. Et cet acte nous éclaire sur la chronologie des événements antérieurs.

     trop tard

    Françoise Chalot, âgée de sept jours, fille dudit Chalot et de Marguerite Fournier, sa femme, décédée d’aujourd’hui vingtième de février, inhumée le même jour par moi prêtre curé en présence de Louis Corboran qui a signé. Signé Bisset Curé.

    Une simple soustraction nous permet de dater la naissance de Françoise au treize février, trois jours avant le mariage de ses parents.

    Est-ce pour préserver les apparences et une chronologie plus conforme aux mœurs de l’époque qu’on à patienté quatre jours pour baptiser la petite Françoise ? Baptisée avant le mariage, l’acte aurait mentionné le caractère illégitime de cette naissance.

    Chacun apportera à cette question la réponse de son choix. Il n’est peut-être pas inutile de préciser la position sociale des protagonistes de cet épisode. Nicolas Chalot, marchand de dentelle ou marchand était-il marchand ambulant ? En tout cas, peut-être grâce à ce travail, il avait des relations puisque le parrain de Jean Nicolas, le dernier fils qu’il a eu avec sa première épouse, Marie Gille, n’est autre que Jacques Dalichamps, fils de Jacques, mon Sosa 1346, procureur fiscal de Viarmes. Le procureur fiscal était un officier désigné par le seigneur du lieu pour veiller à l’intérêt public et à celui du seigneur. Il avait en charge, entre autre, la collecte de l’impôt. Un des fils de Nicolas, Louis sera quant à lui procureur du roi en la gabelle de Creil.


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  • Voici, enfin, le billet promis sur la fin de la courte histoire d’Antoine, premier enfant du couple Antoine Levesque et Marie Anne Prouin. Il s’agit d’ailleurs du début de l’histoire en question puisque, par jeu, j’avais décidé de la conter en remontant le temps.

    Comme vous l’avez maintenant tous compris, l’acte que vous deviez découvrir est celui du mariage des parents du nouveau né, la veille de sa naissance.

     

    Comme vous pouvez le constater, rien ne transparaît dans cet acte de la situation particulière de la jeune mariée. Avait-elle choisi une tenue particulièrement ample pour masquer son ventre rebondi ? Personne n’était sans doute dupe, ni les parents, présents au mariage, ni le curé ou les amis. Les apparences sont sauves mais il s’en est fallut d’un jour que l’ordre des événements soit inversés et que cette naissance ait lieu hors mariage. Notons au passage que les bans de ce mariage ont été publiés régulièrement par trois dimanches consécutifs. Les dispenses d’un ou de plusieurs des bans n’étaient pourtant pas rares. L’imminence de la naissance d’un enfant « conçu dans le péché » n’était sans doute pas considérée comme une cause légitime de dispense.

    Attardons nous maintenant sur la question subsidiaire posée aux pugnaces lecteurs de cette prose : « pourquoi les actes de cette période  ne sont ils pas accessibles sur le site des archives départementales du Val d’Oise » ?

    Il fa falloir faire un peu d’histoire pour apporter une réponse quelque peu pertinente à cette question.

    Remontons donc le temps de près de cinq siècles, en 1539 exactement. François premier qui règne alors a demandé à Guillaume Poyet, avocat et membre de son conseil privé de rédiger une ordonnance sur le « fait de justice ». Connue sous le nom d’ordonnance de Villers-Cotterêts, daté du 25 août 1539, elle est un des plus anciens textes fondateurs du droit français et la cour de cassation s’y réfère encore de nos jours, bel exemple de longévité dont les législateurs du temps présent feraient bien de s’inspirer. Sa principale disposition concerne l’usage du français pour la rédaction des actes publics, en lieu et place du latin. Autre disposition de grand intérêt pour les généalogistes, elle impose la tenue, dans chaque paroisse, d’un registre des baptêmes. Ces registres doivent être déposés au tribunal royal du lieu chaque année. Mais ces dispositions restent presque partout lettre morte. Car l’autorité royale, qui a imposé ce travail à la seule organisation sociale couvrant la totalité du territoire, la religion, n’est pas le seul chef des exécutants du terrain. Les curés des paroisses répondent aussi à leur propre hiérarchie, en la personne des évêques, pas forcément convaincu de l’intérêt de cette mesure. Mais peut-être s’agit-il tous simplement de cette inertie administrative qui est, avec d’autre particularités plus ou moins caricaturales, née bien avant Courteline et lui a survécu comme nous pouvons le constater presque quotidiennement.

    Quelques décennies plus tard, un des canons du concile de trente renforcera l’ordonnance sans beaucoup plus de succès sur le terrain. En 1579, l’ordonnance de Blois étend la portée des registres aux actes de mariage et sépulture. En 1667, l’ordonnance de saint Germain en Laye uniformise la rédaction des actes et impose la tenue des registres en double. L’un reste à la paroisse et l’autre est déposé au greffe du bailliage local.

    Nous en sommes là au moment où se déroulent les événements de ce billet. Mais la religion s’est livré à de tels abus que des pans entiers de la chrétienté font défaut à l’autorité papale. A l’intérieur même de l’église catholique les jansénistes contestent le pouvoir absolu de la monarchie de droit divin et prônent la réforme. Ces thèses trouvent un écho très favorable auprès des curés de villages, témoins des difficultés rencontrés par leurs ouailles et de l’extraordinaire décalage avec la magnificence de la vie à la cour de Versailles. Car le roi qui est à ce moment sur trône n’est autre que Louis XIV, le roi soleil. Bien sûr, celui-ci ne porte pas les janséniste dans son cœur et bien que ses relations avec la papauté n’est pas toujours été des plus des plus cordiales, il obtient du pape Clément XI qu’il fulmine en 1713 la bulle unigenitus qui condamne les thèses jansénistes. Cette condamnation est très mal vécue par une bonne partie de l'épiscopat français et, par mesure de rétorsion contre le pouvoir royal, les prêtres cessent de rédiger le double des registres paroissiaux.

    La révolution va séculariser la tenue des registres qui deviendront d’état civil. L’exemplaire en double détenu par l’autorité religieuse est versé aux archives départementales. Donc de 1715 à 1737, date à laquelle les curés de village reprendront la tenue du registre double, celui-ci manque dans beaucoup de départements.

    Les rares lecteurs qui n’ont pas oublié la question en lisant ces lignes connaissent donc la réponse. Les autres sont invités à une seconde lecture.

    Cette évocation du contexte historique et religieux éclaire d’un jour nouveau les événements d’un billet récent, intitulé « les noces mouvementées de Jacques Chéron et Geneviève Clichy ».

    En effet les protagonistes de ces événements, en ce qui concerne la rédaction des actes, sont d’une part les curés des villages d’Asnières sur Oise, Viarmes et Vilaines en France sans doute favorables aux thèses jansénistes puisqu’ils ont cessé pendant vingt ans de rédiger les actes en double et de l’autre les pénitents du couvent de Franconville établi près du château sur les terres de la paroisse de Saint Martin du Tertre qui appartiennent à l’ordre franciscain, opposé aux jansénistes.

    Cette guerre autour d’un mariage et les problèmes qui en découlent pour les généalogistes sont sans doute une péripétie de l’affrontement entre deux tendances dans le monde catholique.

    Conclusion en forme d’éloge de la laïcité et de conseils aux monarques dirigeant un état, qu’ils portent un turban ou une autre coiffe, au cas improbable ou ils liraient ces lignes : on a tout à gagner à éloigner de la conduite d’un état les questions de croyance qui n’ont rien à faire en dehors de la sphère privée, en particulier lorsqu'elles sont religieuses.


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