• Tragédie grecque

    Les grecs ont inventé la tragédie quelques siècles avant Jésus christ, mais si celle dont il va être question dans ce billet se déroule bien sur les terres helléniques, elle est bien plus récente puisque son cadre général est la guerre dite grande, celle de 14-18. Elle se déroule en deux actes à Skra di Legen, un piton fortifié tenu par l’armée bulgare, alliée de l’Allemagne. Une coalition comprenant des grecs et des français tente de prendre la position. Le premier acte, en mai 1917 n’est pas décisif, chaque camp reste sur ses positions qu’il renforce. Un an plus tard, lors du second acte, en mai 1918, après de durs combats, l’armée bulgare est vaincue. Cette victoire des alliés précipitera la capitulation de la Bulgarie.

    Vous vous demandez sans doute ce que cette description succincte d’une bataille dont le nom est marqué sur le drapeau des régiments qui y ont participé vient faire dans un blog dédié à la généalogie de la famille Bonneton. La raison est toute simple, il y avait sur le champ de bataille un cousin de Jeanne Joséphine Breton, dont les quadragénaires de la famille de l’auteur de ces lignes et, évidemment, ceux qui sont nés avant, se souviennent sans doute puisqu’elle était la mère de Georges Bonneton.

    Georges Albert est le fils d’Albert Léon Breton et de Berthe Alexandrine Dambreville, il est né à Viarmes le 12 mai 1896

    Voici son acte de naissance.


    Tragédie grèque 

    L’an mille huit cent quatre-vingt-seize, le

    douze mai à sept heures du soir, par devant

    nous François Augustin Croix maire et officier

    de l’état civil de la commune de Viarmes

    arrondissement de Pontoise (Seine et Oise) a

    comparu M.Albert Léon Breton, caoutchoutier

    âgé de vingt huit ans, demeurant à Viarmes,

    lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin

    qu’il nous a dit être né aujourd’hui en son

    domicile, à midi, de lui et de Bethe Alexandrine

    Dambreville ; son épouse, sans profession, âgée de

    dix-neuf ans avec laquelle il demeure et auquel

    enfant il a donné le prénom de Georges

    Albert. Les dites déclaration et présentation ont

    été faites en présence de MM Alfred Eugène Breton,

    âgé de trente-quatre ans et Guillaume

    Tréhorel, âgé de trente deux ans, tous deux caout-

    choutiers, et demeurant à Viarmes. Etant, le

    déclarant et les témoins ont signé avec nous le

    présent acte après lecture faite

    Le vingt-huit mai 1918, Georges Albert vient juste d’avoir vingt-deux ans lorsqu’il est tué lors de la bataille de Skra di Legen évoquée plus haut.

    C’est par sa fiche matricule que nous nous apprenons sa mort.

    Tragédie grèque

    Cette fiche nous en apprend aussi un peu plus sur lui et sur son parcours sous les drapeaux.

    Georges Albert n’était pas exactement ce qu’on appelle un colosse, il mesurait 1 mètre 60, avait les cheveux blonds et les yeux bleu clair, peut-être un peu comme mon père Georges Bonneton.

    Son état physique a fait qu’il a été classé lors du conseil de révision, en 1915, dans la cinquième partie, celle où l’on trouve les conscrits mesurant moins d’un mètre cinquante-quatre et ceux jugés trop faibles. Le mot faiblesse est d’ailleurs mentionné sur la fiche matricule. Les conscrits de cette cinquième partie des listes peuvent être ajournés jusqu’à deux années de suite. Mais la guerre de position cause de telles pertes qu’en 1916, Georges Albert se retrouve, comme par magie dans la première partie de la liste et est mobilisé en août.

    Il est donc mort au front quelque part au nord de la Grèce tout près de la frontière avec la Macédoine d’aujourd’hui. Ce front d’orient est un peu l’oublié de la guerre de 14-18 qui évoque plutôt Verdun ou les combats de la Somme.

    Pourtant de nombreux jeunes gens ont été sacrifiés dans ces montagnes des Balkans qui furent de tout temps et, jusqu’à un passé récent, le foyer de conflits meurtriers.

    Georges Albert se trouve aussi dans la base de données des soldats morts pour la France qui est accessible sur internet. Voici la fiche qu’on trouve à son nom :

    Tragédie grèque

    Cette fiche nous donne plus précisément l’affectation de Georges Albert. Là où la fiche matricule mentionnait la très générale « armée d’orient », elle précise « 1er régiment de marche d’Afrique ». La mention 4eme Zouave semble avoir été ajoutée après la rédaction de la fiche. L’heure du décès, 15h est aussi mentionnée.

    L’affectation au 1er régiment de marche d’Afrique nous permet de consulter le journal de marches et d’opérations (JMO) de ce régiment.

    Tragédie grèque

    Voici ce qu’on trouve dans ce document au mois de 28 mai 1918 :

    Tragédie grecque

     

     

    Georges Albert Breton appartient à la 6eme compagnie qui fait partie du second bataillon du 1er régiment de marche d'Afrique. Sur ordre du commandement, le bataillon se déplace pour participer à l'offensive prévue contre les forces bulgares. Après une étape près de Kupa le 26 mai, la 6eme compagnie s'installe au sud du signal d'Osin dans un lieu nommé yegoura.

    A l'exception de yegoura qui est resté introuvable, ces noms, ou une forme proche, apparaissent sur les cartes ci-dessous. La première montre les forces en présence. En l'absence de date, il n'est pas certain que la position des unités correspondent à la période qui nous intéresse. La seconde est extraite d'une carte d'état-major datant de 1890.

    Tragédie grèque

      

    Tragédie grèque

     

    Nous retrouvons sur la page du JOM, à la date du 28 mai, le décès de Georges Breton. Trois soldats sont blessés et , avec Georges Albert, deux autres sont tués ce jour là, Louis Moutier et Léon Maurisset. Je n'ai pas trouvé de fiche pour le premier dans la base de donnée des soldats morts pour la France. Voici celle de Léon Maurisset :

    Tragédie grèque

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On voit que lui aussi est mort à 15 heures. Les circonstances de ces décès ne sont pas précisées, mais cette simultanéité, laisse penser qu'un obus bulgare s'est abattu sur leur position.

    D'autres soldats tomberont le lendemain, le jour de l'offensive.

    Après la guerre, à Zeïtenlick, une nécropole à accueilli les tombes des soldats morts au combat, dont 8089 français. Dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre de 14-18, le consulat général de France à Thessalonique a relevé les noms de ces soldats et a mis en ligne la liste, mais le nom de notre lointain cousin ne s'y trouve pas. Son corps a peut-être été rapatrié en France.

    Pratiquement tous ceux qui lisent ces lignes n'ont pas connu la guerre, au moins dans notre vielle Europe. Ayons donc une pensée pour Georges Albert Breton et pour tous ceux qui virent leur jeunesse cueillie par la folie des  hommes.

    Soyons aussi vigilant pour que tous les populistes qui aspirent au pouvoir et maintenant l'atteignent parfois, ne nous replongent pas dans une période sanglante lorsqu'ils cesseront de se congratuler, dans l'euphorie de leurs succès électoraux.

     


  • Commentaires

    1
    Mireille
    Vendredi 11 Novembre 2016 à 00:33

    Sur le monument aux Morts de Viarmes, deux Breton sont inscrits sur la liste  des malheureux soldats morts pour la France:  A. Breton (probablement Albert Arthur Gustave Breton) et C. Breton. Notre lointain cousin Georges Albert n'est pas sur cette liste. La famille Breton a payé un lourd tribut à cette barbarie.

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