• un autre voyageur, sur la même route

    Après une longue période de silence, je reprends ma plume pour alimenter la chronique familiale.

    C’est d’une très lointaine cousine qu’il va être question dans ce billet. Elle vivait à Viarmes dans le Val d’Oise au XVIIIème siècle.

    Je travaille depuis plusieurs années sur le décryptage des registres de cette paroisse. J’ai, au moins pour le moment, laissé de côté les actes antérieurs à 1630. Ils contiennent en effet peu d’informations, la filiation des époux n’est pas donnée lors des mariages et, vu les nombreuses homonymies, il est souvent impossible de construire quoi que ce soit de solide. Je viens juste de terminer l’année 1781. Cela fait donc 150 ans et 10471 actes. Sur ce nombre, 7193 apparaissent dans l’arbre familial. J’ai choisi Viarmes pour ce travail de fourmi parce que, si on additionne les archives du département et les actes conservés en mairie, on couvre une période de près de quatre siècles sans aucune lacune, ce qui n’est pas si fréquent. Cette approche « géographique » de la généalogie permet de mettre à la disposition des autres chercheurs sur internet des données qu’ils n’auraient que très difficilement obtenues autrement. Si chaque généalogiste en herbe faisait pour une commune de son choix le travail que je fais pour Viarmes, nul doute que de nombreuses énigmes seraient résolues.

    Cette remarque vaut surtout pour les actes antérieurs à 1897. En effet une loi du 18 août 1897 impose aux mairies, lors d'un mariage, de noter en marge des actes de naissance des époux la date, le lieu du mariage et le nom de l'autre époux. Lorsqu'un des époux est né dans une commune autre que celle où le mariage est célébré, un courrier est envoyé à la mairie où il est né et la mention reportée sur l'acte de naissance. Mais bien des choses se sont passées avant 1897, n'importe quel passionné de généalogie vous le dira.

    L’histoire que vous allez lire est la parfaite illustration de ce qui est dit au-dessus. Comme toujours, il faut commencer par lire l’acte qui relate l’événement.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

     

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    L’an mil sept cent quatre-vingt-un le vingt-septième jour

    du mois de novembre après la publication des bans

    entre léonard menaide garçon majeur scieur de long de droit

    du hameau de Cottay le bas paroisse de Moingt diocèse de

    Lion fils de défunt michel menaide vivant vigneron

    et de défunte anne rondel ses père et mère dudit hameau de Cottay

    diocèse de lion de fait de cette paroisse d’une part et marie madeleine faluette

    majeure fille de jean baptiste faluette vigneron et de

    marie marguerite poulet ses père et mère de

    cette paroisse d’autre part, faites aux prônes des messes

    paroissiales par trois jours différents de dimanches et de

    fêtes à savoir le quatre novembre le onze et le dix huit

    du même mois sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement

    ni civil ni canonique, j’ai soussigné prêtre curé de cette

    paroisse soussigné ai reçu après les fiançailles célébrées

    d’hyer aujourd’hui en cette église

    leur mutuel consentement et leur ai donné la bénédiction

    selon toutes les cérémonies prescrites  par

    notre mère la sainte église ledit léonard menaide

    assisté de claude françois boursier et de françois

    breteville, et du coté de l’épouse assistée de jean

    baptiste faluette son père et d’estienne raillier son oncle

    l’époux et l’épouse on déclaré ne savoir signer

    de ce interpellés selon l’ordonnance les autres ont signé

    avec nous.

    Voyons qui sont les deux époux. Marie Madeleine Faluette, dont le nom de famille est parfois orthographié Faluet, est l’arrière-petite-fille de Joseph Duru et Jeanne Hennequin. Marie Anne Langlois, petite fille de ce couple, a épousé en premières noces Pierre Davanne, fils de Louis et Anne François mes Sosa 338 et 339. Je vous épargne le détail du labyrinthe généalogique qui relie Marie Madeleine Faluette à Marie Anne Langlois, retenez seulement qu’elle n’est pas vraiment une proche parente de l’auteur de ces lignes. Si vous tenez vraiment à vous faire du mal, vous pouvez vous précipiter sur l’arbre posté sur geneanet, rien n’est caché.

    Léonard Menaide, est quant à lui un pur étranger, au moins jusqu’à son mariage avec Marie Madeleine Faluette. Mais il est natif du hameau d’Escotay le bas, improprement noté Cottay le bas dans l’acte, paroisse de Moingt qui se trouve près de Montbrison, dans le département de la Loire.

    Une recherche de Léonard Menaide sur geneanet et sur filae ne donne rien. Par contre, le couple formé Michel Menaide et Anne Rondel est connu. Ils se sont mariés le 30 septembre 1738 à Moingt. Voici leur acte de mariage, récupéré sur le site des archives départementales de la Loire.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    michel meneyde vigneron d'escotay le bas paroisse

    de moing époux d'une part agé de quarante et un ans

    anne rondel fille légitime de défunt gaspard rondel

    vivant laboureur du village de la fougère paroisse de 

    roche et de vivante marguerite dupuy ses père et mère

    agée de vingt deux ans d'autre part ayant été ??

    ?? dans les églises desdites paroisse de moing et

    roche, la dite épouse ayant reçu son ??

    en date du jour d'hier signé bertrand curé de roche...

    découvert aucun empêchement ont été unis

    par les sacrements du mariage en face de l'église et ont

    reçu la bénédiction nuptiale par moi soussigné curé 

    dudit moing et de ste anne de montbrison son annexe

    dans l'église st jean dudit moing aujopurd'hui trentième

    septembre mil sept cent trente huit en présence 

    de pierre vialard laboureur beau frère de ladite épouse, de

    j baptiste laurens aussi laboureur de la paroisse de ??

    et de jacques chambon journalier dudit lieu d'escotay tous

    requis qui avec ladite épouse ont déclaré ne savoir signer ??

    et de nicolas miniere qui avec ledit époux ??

    Il y a plusieurs remarques à faire à propos de cet acte. D'abord, la photographie numérisée cache malencontreusement les mots situés à droite près de la reliure, mais rien d'important ne manque. Ensuite le nom de famille de michel et donc celui de son fils léonard est orthographié meneyde et non menaide comme dans l'acte de mariage dressé à Viarmes. Nous savons grâce à cet acte que Léonard est illettré, lorsqu'il à donné le nom de sa paroisse d'origine, le curé n'avait aucun moyen de s'assurer de l'orthographe. De toute façon, lors du mariage de Michel avec Anne, le curé écrit meneyde, mais Michel signe malhabilement menaide, alors comme souvent, il faut accepter la cohabitation des deux orthographes.

    Certains des lieux mentionnés dans cet acte n'existe plus sous le nom utilisé dans l'acte, mais la carte Cassini, tracé en 1740 et disponible sur le site de géoportail vient heureusement à notre secours. En voici un extrait dans lequel j'ai cerclé de rouge les lieux cités.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    Nous avons trouvé grâce à geneanet le couple meneyde/rondel mais pas Léonard, leur fils. Par contre l'arbre posté par Michel Favier nous apprend qu'au moment de son mariage avec Anne Rondel, michel était veuf, ce qui n'est bizarrement pas mentionné dans l'acte de son second mariage. Sa première épouse, Catherine Laurent est décédée en 1737. Le couple à eu six enfants, mais tous sont morts en bas âge. L'arbre posté par Michel Favier ne connait du second mariage qu'un seul enfant, prénommé Philippe. Toujours pas de trace de Léonard. Cela n'a rien de  dramatique, peut-être que personne ne l'a jamais cherché. Pas d'autre solution que d'examiner les registres paroissiaux de Moingt à partir de la date du mariage, le 30 septembre 1738. Le premier enfant qu'on trouve naît en 1741. Il s'agit en fait de jumeaux, Louise ne vivra que quelques jours, et nous n'avons pas de trace du décès de son frère Etienne dans cette période. Vient ensuite, en 1743, Philippe que nous connaissions déjà grâce à Michel Favier. Puis, en 1745, de nouveau une naissance multiple.  Marie vivra un peu plus d'un an et Anne, sa sœur jumelle, seulement quelques jours. Enfin, le 5 février 1748, Léonard fait son entrée en scène. Voici son acte de baptême.

     plus de cent ans avant, déjà le bois

     

    leonard fils légitime de michel meneyde dit berger habitant

    du lieu d'ecotay le bas de  cette paroisse, absent, et d'anne rondel

    son épouse, est né le cinquième février mil sept cent quarante huit

    et a été baptisé le même jour et an que dessus, dans l'église

    paroissiale de moingt, par nous curé soussigné le parrain

    a été léonard meneyde vigneron d'ecotay le bas, et la

    marraine jeanne meneyde sœur germaine de l'enfant,

    en présence de jean bayon, d'autre jean bayon journalier

    de ce moingt, qui avec le parrain et la marraine ont déclaré

    ne savoir signer de ce  enquis ??

    Michel Meneyde, le père avait donc un surnom, berger. l'usage de surnoms était courant autrefois, sans doute pour éviter les confusions découlant des fréquentes homonymies. Ce surnom signifie-t-il qu'il exerce la profession de berger ? lors de son second mariage, il est noté vigneron. La marraine du nouveau né est désignée dans l'acte comme sœur germaine de celui-ci. Ce terme signifie qu'elle est issue des mêmes père et mère. Si elle avait été la fille de Catherine Laurent, la première épouse de Michel Meneyde, le curé aurait écrit sœur consanguine. lorsque nous avons recherché Léonard dans les registres de Moingt nous n'avons pas trouvé de Jeanne. Est-elle née ailleurs qu'à Moingt ? Laissons ce mystère et revenons à Léonard qui a maintenant 33 ans et se trouve à Viarmes en 1781 pour y travailler et épouser Marie Madeleine Faluette.

    Ce migrant nous rappelle un autre voyageur. Mon grand-père Paul Jean Félix Bonneton qui, cent trente huit ans après Léonard Meneyde, a lui aussi quitté sa Loire natale pour aller trouver femme à Viarmes, dans le Val d’Oise, au nord de Paris. Il est question de lui dans de nombreux billets de ce blog. les liens ci-après vous guideront vers les plus importants (artilleur et caoutchoutièrele tour de France des compagnons, le carnet de Paul Bonneton)

    Autre coïncidence, Léonard, tout comme Paul, travaillait le bois. Paul était menuisier ébéniste, Léonard était scieur de long. Ce métier, que les scieries motorisées ont fait disparaître, est un des plus étonnant qu’on puisse trouver dans la mémoire collective des civilisations occidentales. En effet, on peut classer les outils manuels de travail du bois en deux grandes catégories. Il y a ceux qui suivent le sens des fibres du bois tels que le rabot, le ciseau ou l’herminette. Et il y a les scies qui coupent généralement les fibres perpendiculairement. Et les scieurs de long font exception puisque leur métier consiste à débiter des poutres ou des planches à partir d’une grume, donc dans le sens des fibres. Les scieurs de long travaillent donc toujours par couple. La grume est posée sur un chevalet.  Un des scieurs se tient debout sur la grume, tel Nadia Comaneci sur sa poutre, avec sans doute un peu moins d’élégance, et le ou les autres manœuvrent la scie par le dessous. Je propose à ceux qui trouverais ma prose peu explicite un dessin qui leur apportera la lumière.

    plus de cent ans avant, déjà le bois

    Les scieurs de long constituaient une communauté, tout d’abord parce que, comme nous l’avons vu au-dessus il ne pouvait pas travailler seuls, mais aussi parce qu’ils exerçaient leur art souvent sur le lieu même où la grume avait été abattue. Ils vivaient sur place, parfois en famille, dans la hutte dont la construction était leur première tâche en arrivant. Claude François Boursier, témoin au mariage est lui aussi un scieur de long.

    Une abondante littérature est consacrée à ce métier. Un peu comme les maçons venus de Corrèze, chassé par la misère et attirés par les travaux de la capitale, les scieurs de long venaient d’Auvergne et du Forez, où se trouve précisément Moingt. Vous vous souvenez peut-être d’un billet posté par ma sœur Mireille sur ce blog en 2012, intitulé le tour de France des compagnons, déjà évoqué plus haut, que le nom de pays de Paul Bonneton était justement Paul le forézien.

    Pour revenir à ce qui est dit au tout début de ce billet, si quelqu'un s’intéresse un jour à Léonard, fils de Michel Meneyde et Anne Rondel, il saura, grâce à internet qu'il s'est marié à Viarmes, à 500km de son lieu de naissance. 


  • Commentaires

    1
    Mireille
    Lundi 12 Mars à 18:51

    C'est surprenant que ce Forezien soit allé épouser une Viarmoise, comme nos grand parents. Surprenant, aussi, ce métier de scieur de long, ce ne savait pas être de tout repos.

    Quand au lien de parenté, geneanet  a décidé que tu n' avais pas de lien de parenté avec Marie Madeleine Faluet. Alors j'ai plongé dans l'arbre: Marie Jeanne Davanne, SOSA169, est la soeur de  Pierre Davanne, époux de Marie Anne Langlois: geneanet est d'accord pour t' attribuer le titre de neveu à la 7ème génération de Pierre Davanne, tout va bien. Pierre Davanne est l'époux de Marie Anne Langlois, Marie Anne dont le cousin germain Pierre Falluet est le père de Marie Madeleine Falluet. Donc, Marie Madeleine est bien une lointaine cousine. 

    Bravo pour le travail accompli à Viarmes, c'est titanesque!

     

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