• Le tragique destin de Françoise Bonneton

    Ce billet est consacré à Françoise Bonneton, née le 2 mars 1832 à Saint Pierre de Bœuf.

    Son père, Jean François Bonneton est le premier des Bonneton à ne pas déclarer, sur les actes d’état civil, la profession d’agriculteur puisque il est marinier. D’ailleurs, à la génération précédente, la famille a quitté le plateau qui lie la vallée du Rhône aux contreforts du massif du Pilat pour se rapprocher du fleuve. Le grand père de Françoise, lui aussi prénommé Jean François, histoire de compliquer un peu la vie des malheureux généalogistes à venir, est né à Véranne , la  épousé Jeanne Rondet, une fille de Saint Michel sur Rhône, qu’on appelait d’ailleurs Saint Michel sous Condrieu jusqu’à la révolution et dont le sol porte les ceps du divin Château Grillet. Le père de Françoise est donc marinier sur le Rhône. Le fleuve impétueux est utilisé depuis l’antiquité mais, au dix neuvième siècle, l’essor industriel  provoque un fort développement du transport fluvial et attire une nombreuse main d’œuvre que la terre peine à nourrir. Ce nom de marinier recouvre de nombreuses professions soit embarquées soit au sol pour le halage. La seule chose certaine est qu’il est salarié puisque les propriétaires sont appelés dans les actes du nom de patron sur le Rhône. Il a épousé Magdeleine Seux, qui compte aussi beaucoup de marinier dans sa famille. Lui même est né à Limony, toujours au bord du fleuve mais déclare vivre à Saint Pierre de Bœuf jusqu’à sa mort. Le couple a trois enfants. L’aîné  né en 1820 sera menuisier, le premier d’une lignée que mon père, le regretté jojo, aurait sans doute continuée si les aléas de la vie ne s’y était opposé. C’est de lui que nous descendons. Le benjamin, François né en 1827 sera marinier, comme son père. La cadette, Françoise naît en 1832.

    Cet extrait de l'arbre vous aidera, je l’espère, à mieux comprendre le contexte familial de ce billet.

     

    Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En 1832, Françoise naît trois ans avant l’ouverture de la première filature de soie à Saint Pierre de Bœuf. Car la soie est la grande affaire du moment. Lyon a acquis pour son travail une réputation qui ouvre de nombreux débouchés et favorise un peu partout dans la région l’ouverture d’ateliers. Françoise était ouvrière en soie, sans doute depuis son adolescence. Des journées de quatorze heures de travail, jusqu’à un décret de 1848 qui les a limitées à douze, passées dans l’atmosphère surchauffée par les bacs d’eau bouillante, nécessaire au dévidage des cocons, ont été la vie de  la sœur de l’arrière grand-père de Jojo.

    La suite tient en quelques lignes tracées sur le registre d’état civil par Joseph Berger, maire du village en 1851.

    C’est Jean, le frère aîné de Françoise, qui fait la déclaration que je transcris pour épargner un pénible déchiffrage aux lecteurs peu familiers de l’écriture de cette époque.

     Le tragique destin de Françoise Bonneton

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce jourd’hui sept aout mil huit cent cinquante-un à sept heures du matin devant nous Berger Joseph maire et Officier de l’état civil de la commune de St Pierre de Bœuf sont comparus Jean Bonneton agé de trente ans, menuisier, frère de la décédée ci après dénommée et Seux Pierre âgé de cinquante son oncle maternel patron tous deux domiciliés à St Pierre de Bœuf qui nous ont dit que Bonneton Françoise, âgée de dix neuf ans, fille légitime de défunt Jean Bonneton et de vivante Magdeleine Seux, ouvrière en soie domiciliée à St Pierre de Bœuf ayant disparu dans la nuit du quatre au cinq de ce mois a été trouvée et reconnue gisante au bord du Rhône hier matin du courant suivant le rapport de M. le juge de paix en date de ce jour.

    Peut-être que la lecture du rapport du juge de paix sur cette mort nous en apprendrait plus, mais les tentatives que j’ai fait pour l’obtenir auprès des archives départementales de la Loire, où il est censé se trouver, sont restées vaines. En allant sur place, nous aurions peut-être plus de succès.

    La disparition d’une jeune fille de dix neuf ans par une nuit d’aout au bord d’un fleuve, qui ferait sans doute l’ouverture des journaux télévisés aujourd’hui, a été réglée, sous Louis Philippe qui régnait à ce moment,  en deux jours. Autres temps, autres mœurs.


  • Commentaires

    1
    olivier carrara Profil de olivier carrara
    Dimanche 23 Décembre 2012 à 18:12

    effectivement, à l'heure d'internet, des messages d'alerte,  des methodes d'investigations scientifiques, l'histoire prendrait une tournure bien differente!

    2
    Jean-Jacques Bekuit
    Mercredi 26 Décembre 2012 à 01:54

    Humm! tres interessant.

     

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