• Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

    Dans les archives familiales, quelques cartes de la période de la « grande guerre » ont été retrouvées, dans le même lot que celles de Claudy Boucher : ce sont celles de son beau frère Jean-Pierre Chantelouve. Jean-Pierre les adresse à sa sœur Amélie (l'épouse de Claudy) et à sa tante par alliance Rosalie Boucher. Rosalie et son mari Jean Baptiste, sans descendance, avaient vendu leur maison en viager à leur neveu Claudy et à leur nièce Amélie, et vivaient avec eux. Jean Baptiste est décédé en 1909, Rosalie restera dans la maison jusqu'à sa mort en 1916.

    Jean-Pierre réside à 2,5 km de Gencenas, au lieu dit le Tonard, tout près de Bessey. Sa femme, Maria Oriol, est décédée en 1910, après avoir mis au monde trois enfants, dont un est mort en bas âge. En 1914, l'ainée, Germaine Francine a 9 ans, le benjamin Joannès Etienne 7 ans.

    Au moment de la mobilisation, Jean-Pierre est âgé de 37 ans. D' après son livret militaire, il intègre le 102ème régiment territorial d'infanterie le 3 aout 1914, le 139 ème RI (régiment d'infanterie) le 19 septembre 1914, le 100 ème RI le 11 mai 1915 , le 71 ème RI le 3 octobre 1917 , le 37RI à une date non précisée.

    Réserviste, Jean-Pierre n'est pas envoyé au front au début de la guerre. Le 139 RI tient garnison à Aurillac, dans le Cantal.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

     

    Aurillac (Cantal), 1er juillet 1915

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Bien cher tante et cher sœur

    Je vous envoie deux mots pour vous dire que j'ai fait un très bon voyage cher tante et cher sœur. Je suis arrivé jeudi le 1er à 9 heures du matin en parfaite santé. Je ne vous mets l'adresse car je vous envoie ces deux mots avant de rentrer en caserne. cher tante, votre neveu et ton frère, cher sœur vous envoie bien le bonjour d'Aurillac et toujours bon courage. Chantelouve

     

    Deux semaines après, une carte est envoyée de Montsalvy , à une trentaine de km d' Aurillac.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    14 juillet 1915 Chantelouve au 100ème territorial en détachement à Montsalvy Cantal

    Cher tante et cher sœur

    Un bonjour pour vous annoncer mon arrivée à Montsalvy. Cher tante et sœur je peut vous dire que je me trouve très heureux d'avoir tomber dans un poste sy bon. Pourvu que sa dure.Nous sommes pas nombreux. Nous sommes 5 :4 hommes et un caporal tout a fait bien raisonnable pour nous. Nous sommes bien soigner. Nous couchons dans un bon lit separer du poste dans une chambre tous les 5. Cet comme pour manger nous n'avons pas la peine de faire notre cuisine nous mangeons au restaurant , se net pas nous qui plaignons et bien nourris ; Vous voyez cher tante et sœur que je net pas a plaindre ; Pourvu que sa dure. Votre neveu et frère . Chere sœur vous envoie une bonne santé souhaitons que ces deux mots vous trouverons tous de même. Chantelouve

     

    Que faisait-il à Montsalvy ? Jean Pierre ne donne aucune précision, mais le groupe de 5 fait penser à une équipe de mitrailleurs, il était probablement en période d' instruction. Ses conditions de vie le satisfont. Malheureusement pour lui, et contrairement à son souhait répété deux fois, ça ne dure pas. La carte suivante provient de La Fontaine du Berger, camp militaire situé près de Clermont Ferrand. C'est une photo de deux groupes de mitrailleurs composé chacun de 5 soldats, et d'un muletier.

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    La Fontaine du Berger (Puy de Dôme),8 septembre 1915

    Cher tante et sœur

    Un petit souvenir de ma petite campagne à la Fontaine du Berger comme mitrailleur dont vous verrez l'équipe formée sur la carte pour le tir de la mitrailleuse. Vous remarquerez à la droite le sergent et le caporal ensuite le tireur guide sur sa mitrailleuse, le chargeur à gauche pour faire passer les bandes de cartouches sur la mitrailleuse, et l'aide chargeur qui fait passer les bandes au chargeur et enfin le mulet en arrière qui porte les pièces et les munitions.Vous comprendrez bien le travail que je fais sur la mitrailleuse. Votre neveu va toujours bien à la Fontaine et demande que vous de même et le bonjour à tous. Chantelouve

     

     

    La même photo est envoyée un peu plus tard, avec l' annonce de ce que redoutait probablement Jean Pierre : le départ au front.

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

    Lyon, 26 septembre 1916  

    Cher tante et sœur

    Je vous annonce mon arrivée de la Fontaine du Berger le 22 septembre mercredi. En arrivant on nous annonce notre départ pour le front le 24 septembre comme mitrailleurs et aujourd'hui 26 septembre nous sommes de passage à Lyon. Cher tante et sœur je pars avec assez de courage, je suis avec des camarades de Loire que je connais et en plus je vais rejoindre le beau frère Beraud car nous partons pour le 339. Cher tante et sœur recevez bien le bonjour et les meilleures amitiés de votre neveu et de ton frere cher sœur. Chantelouve

     

    La guerre devait être brève, pourtant le gouvernement a promulgué, dès le début des hostilités, une loi concernant l' organisation de l' armée : 

    N° 7452. LOI relative à l'incorporation, en temps de guerre, des hommes de troupe et des officiers de l'armée territoriale dans l'armée active, et réciproquement. 

    Du 5 Août 1914. 
    (Promulguée au Journal officiel du 6 août 1914.) 

    LE SENAT ET LA CHAMBRE DES DEPUTES ONT ADOPTE, 

    LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

    ARTICLE UNIQUE. Par modification aux dispositions des lois en vigueur et notamment à celles de la loi du 21 juin 1890, modifiant les lois du 24 juillet 1873 et du 13 mars 1875, ainsi qu'à celles de l'article 2 de la loi du 24 juillet 1892, les officiers, les gradés et les hommes de troupe de l'armée active, de la réserve de l'armée active, de l'armée territoriale ou de sa réserve, peuvent être employés indistinctement dans les corps de troupes ou services de l'une ou l'autre armée, au fur et à mesure des besoins qui viendront à se produire au cours d'une guerre.

    La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l’État.

    Fait à Paris, le 5 Août 1914. 

    Signé : R. POINCARE 

    Le Ministre de la guerre, 
    Signé : MESSIMY.

     

    Cette loi autorise l' envoi au front des hommes de tous âge. Après les pertes terribles du début de la guerre, elle est rapidement appliquée.

    C'est ainsi que Jean-Pierre va , « avec assez de courage » au front, avec des camarades de la Loire, et « rejoindre le beau frère Béraud ». Petite parenthèse familiale : Jean-Pierre Chantelouve est l'ainé et le seul garçon de la fratrie. Il a trois sœurs : Marie, née en 1879, Amélie, ma grand mère, née en 1882 et Claudia, née en 1888. Claudia a épousé en 1910 Joseph Béraud, de 2 ans son ainé, le beau frère du 139 RI. 

    Le N° 339 est le N° du régiment de réserve du 139 RI.



    En septembre 1916, le 100RI et le 339RI sont engagés dans la bataille de Verdun. Les Allemands ont abandonné les positions conquises en février, et les alliés aménagent le terrain repris.

    Extrait du JMO du 20 au 31 décembre 1916 : «Le plan de défense comporte la construction de plusieurs lignes de tranchées. Les travaux existants sont peu développés. Les hommes ont relevé les soldats du 8 tirailleur établis dans des trous d'obus. Quelques abris allemands ont pu cependant échapper au bombardement. Le 100° se met au travail d'arrache pied malgré le mauvais temps et le harcèlement continuel de l'artillerie allemande. Les hommes travaillent dans la boue glacée. De nombreux cas d'évacuation se produisent pour pieds gelés. Les pertes commencent à devenir sérieuses et pourtant chacun déploie toute son énergie pour servir et travailler ».

    En mars 1917, le 100RI est relevé et, après quelques batailles dans le Haut Rhin (Montbéliard, Carspach), il va combattre en Champagne, à partir de juin 1917 (crête du Téton).

    Le 3 octobre 1917, le livret militaire de Jean-Pierre indique qu'il rejoint le 71RI, engagé dans une contre offensive à Verdun : « Par des patrouilles fréquentes poussées jusque dans les tranchées ennemies, par de nombreuses embuscades tendues de jour comme de nuit, nos hommes acquièrent sur les Allemands une supériorité marquée. »

    Ensuite, essayer de retracer le parcours de Jean-Pierre devient hasardeux, puisque sa date d'incorporation au 37 RI n'est pas connue.

    Il envoie 2 cartes, non datées, de Sarreguemines, redevenue française, et de Saarlouis, occupée par les alliés. L'organisation des régiments a été revue, et il semble que le 37RI ait été dissous.

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

     

     

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919

    Jean-Pierre, mitrailleur, 1914-1919



    Libéré le 23 janvier 1919, Jean-Pierre retrouve sa ferme, sa famille. Il meurt en 1944. Je n'ai pas connu ce grand oncle, mais il ressemble à sa sœur, ma grand mère, que les enfants de Gencenas avaient surnommé affectueusement « mémé Biquet » : il ne se plaint pas, pense à sa famille, leur souhaitant même « bon courage ».


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  • Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    Après avoir tracé le parcours de Paul Bonneton, pendant la guerre de 14-18, voici celui de mon grand père maternel, Claudy Boucher.

    Claudy est né à Chavanay, en 1878. La « grande guerre » sera sa 2ème incorporation à l'armée. La première a eu lieu le 16 novembre 1899, et il a participé à 3 campagnes : en Cochinchine en paix, en extrême orient en guerre et au Tonkin en guerre. Il a été libéré le 19 aout 1902.

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    En 1904, il a épousé Catherine Emilie Chantelouve, dont le prénom usuel est Amélie. Ils ont eu un premier fils, en 1906, prénommé Claudy, comme son père ainsi qu'il était d'usage à l' époque. Puis, Johannès nait en 1910, mais il mourra accidentellement en 1912. Un autre garçon voit le jour le 22 mars 1913, prénommé également Johannès. Cette période tranquille à Gencenas est interrompue par la mobilisation générale d' aout 1914.

    Nous avons retrouvé, dans les vieilles photos de famille, quelques cartes envoyées par Claudy à Amélie et Claudy fils. Elles serviront de fil conducteur à la recherche du parcours.

     

    Le livret militaire de Claudy signale sa présence dans 7 régiments successifs:

    353reg. artillerie, 36RAC( Régiment d'Artillerie de Campagne), 16RAL(Régiment d'Artillerie Lourde), 113RAL, 3 ème reg. artillerie à pied, 1er reg. artillerie à pied, 71RAL.

    Le 353RAC a été converti en 36 RAC.

    Le 12 aout 1914, Claudy est incorporé au 36 RAC (Régiment d'Artillerie de Campagne), comme canonnier dans le groupe territorial, groupe formé par les réservistes. Son livret militaire précise qu'il était « à l'intérieur » du 12 aout 1914 au 30 aout 1915. Il semble qu'il soit resté quelque temps au casernement du 36RAC, en Auvergne. En effet, le 19 janvier 1915, Claudy envoie à sa famille une carte postale de Riom.

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Le quartier général de la 13ème armée est basé à Clermont Ferrand et Riom fait partie des subdivisions de région. Toutefois, le texte de la carte, succinct, ne donne aucune précision.

     

     

    La carte suivante, datée du 3 juillet 1915, a été envoyée de Nantes et le tampon porte les mentions secours aux blessés, gare, et une croix rouge. Le message  « Bonjour de Nantes en passant. Le voyage va bien » n'est pas très explicite.

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    Que fait Claudy à Nantes ? Une autre carte, plus tard, sera aussi tamponnée « secours aux blessés. »

    La stratégie de l' offensive à outrance de cette guerre cause un nombre exorbitant de morts, mais aussi de blessés qu'il est impossible de soigner sur place. Les hôpitaux militaires ou civils sont rapidement saturés, aussi des solutions d'urgence sont mises en place avec la création d' hôpitaux temporaires dans les écoles, les couvents, les usines...Les blessés transportables sont acheminés par train dans ces hôpitaux de fortune. Ainsi, la Municipalité de Nantes a mis à disposition environ 5000 lits répartis dans ses 18 hôpitaux et a porté secours à plus de 130 000 personnes pendant la durée de la guerre.

    Claudy accompagnait peut être des blessés...

     

    Le 22 aout 1915, Claudy est incorporé au 16RAL, qui combat avec le 36RAC dans l'Oise, vers Lassigny. Coïncidence, Paul Bonneton, mon grand père paternel, était aussi incorporé au 36RAC et était dans cette région. Le livret de Claudy indique « dans l'armée » à partir du 30 aout. L' hypothèse la plus probable, est que Claudy, comme les autres réservistes, est envoyé au front pour remplacer les appelés de l'active qui ont subi des pertes terribles au début de la guerre.

    Du côté de Lassigny, le front s' est organisé : les armées françaises et allemandes s’enterrent dans des tranchées boueuses et des sites difficiles à préserver sous un climat humide et dans une terre argileuse. Quotidiennement, les troupes occupent leur temps à la « continuation des travaux en cours » et notamment à la remise en état des tranchées et boyaux endommagés par les bombardements et la pluie. Le secteur se révèle relativement calme, quelques attaques sont déclenchées sans atteindre de véritable ampleur. L’artillerie est peu active et effectue des tirs de réglage. 

    Le 1er octobre 1915, Claudy est affecté au 113 RAL ( Régiment d'Artillerie Lourde), qui vient de se constituer, dans la région. La 1ère page du JMO commence par : «Le 113 RAL a été constitué par note N°... en date du 15 octobre 1914. Sa constitution est complexe ». Effectivement ! Les batteries qui le constituent proviennent de plusieurs régiments, les numéros changent... Après bien des recherches, je pense que Claudy appartient au 2ème groupe du 1er groupement (batteries 21B,22B, 23B).

    Le 23 février 1916, le 2ème groupe se dirige vers Verdun, et prend position au Bois Bourru.

    L'offensive allemande avait débuté deux jours plus tôt. Dans son livre, « Ma grande guerre », Gaston Lavy raconte la guerre d'un homme de rang, en l' illustrant de croquis, d' aquarelles. Il raconte la vie misérable dans les tranchées, la faim, la saleté, le froid, la boue... Il raconte les bombardements, l'angoisse , les blessés, les morts, l' incompétence des chefs... Il raconte Verdun « Crever, crever une bonne fois et que ça soit fini de ce cauchemar, de cette galère ». 2 400 000 hommes se sont affrontés, 400 000 ont été blessés, 300 000 tués. Par rotation, 70% des soldats ont participé aux combats de Verdun.

    Une carte non écrite de Verdun a été retrouvée dans les archives familiales, ainsi qu' une carte de Chambéry, datée du 23 mars1916.

     

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    Cette carte est tamponnée « blessés », comme celle de Nantes, et la question reste posée : que faisait Claudy à Chambery, en pleine bataille de Verdun ? Comme Nantes, Chambéry avait créé des hôpitaux militaires, et, comme visiblement Claudy n' est pas blessé, il est probable qu' il accompagnait des blessés.

     

    Le 25 avril, son régiment est rappelé dans l'Oise. Peu de temps après, le 3 mai, Claudy incorpore le 3ème régiment à pied, pour 4 mois seulement. Le 27 juillet 1916, il poste une carte de Chalons sur Marne.

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    La prose de Claudy manque cruellement de précisions. Les régiments se réorganisent, et il devient extrêmement difficile de suivre le parcours d'un soldat. Un peu perdue dans les méandres de l' organisation militaire, je vais abandonner (provisoirement?) la trace de Claudy, et ne transcrire que son livret militaire. Le 16 septembre 1916, il passe au 1er régiment d' artillerie à pied, puis le 10 juillet 1917 au 71 RAL en cours de création.

     

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Le 28 novembre 1918, Claudy poste une lettre de Nancy où il écrit « je ne sais toujours pas de quel côté nous passerons ». Si même lui ne sait pas, j'ai moins de scrupules à renoncer à le suivre.

    Toujours de Nancy, une carte non datée:

    Claudy, canonnier, 1914-1919

    Claudy, canonnier, 1914-1919

     

    Il va être libéré le 28 janvier 1919.

     

    De retour à Gencenas, il va retrouver Amélie, son épouse, Claudy son fils ainé,13 ans, Johannès, 6 ans, et la petite Hélène, 2 ans . 2 filles viendront compléter la famille : Marie Rose, en1921 et Fernande, ma mère, en 1923.

    Claudy ne profitera pas longtemps de sa vie familiale, il meurt en 1925.

     

     

     


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  • PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1919

     

     

    En février et mars 2016, Guy avait consacré plusieurs articles à l' étude d'un carnet de notre grand père paternel, Paul Bonneton :

    http://bonneton.eklablog.com/le-carnet-de-paul-bonneton-iii-a125152484

     

    Paul, mobilisé en 1915, avait noté scrupuleusement les noms de villes et de villages où il avait cantonné pendant la guerre. Non moins scrupuleusement, à partir de ces noms, Guy avait tracé le parcours de Paul sur une carte, et terminé sa rubrique par « Maintenant que le décor est planté, nous allons pouvoir nous intéresser aux évènements qui s’y sont déroulés. » Mais Guy a pris d'autres chemins généalogiques, et le parcours de Paul menaçant d' être une voie sans issue, je prends le relai. 

    Sur le registre militaire de Paul, plusieurs régiments et dates sont inscrits : 36ème Régiment d'Artillerie de Campagne(RAC) , 113ème Régiment d'Artillerie Lourde (RAL) et 22ème RAC. 3 dates sont notées : 66 ,20 février 1915 - 64ème batterie, 15 aout 1915 - 3ème batterie, 29 aout 1915 . 

     

    Avant de commencer, quelques précisions sur l'organisation militaire :

    une batterie est composée d 'environ 200 hommes, 4 canons. 3 batteries forment un groupe, 3 groupes constituent le régiment. Un RAC est rataché à un régiment d'Infanterie (RI). 2 RI constituent une brigade, 2 brigades forment une division d'infanterie (DI). 

     

    D' emblée, l'hypothèse 113 RAL est éliminée car ce régiment n'était pas encore créé en aout 1915. Il reste donc le 36RAC.

    Première difficulté : le journal de marche et d'opérations (JMO) du 36RAC n'est pas totalement en ligne. Il faut rechercher à quel régiment d' infanterie était rattachée la 3ème batterie et espérer que le JMO de ce régiment soit en ligne. La 3ème batterie du 36 RAC fait partie de la 50ème brigade de Montbrison, qui comporte 2 régiments d' infanterie : le 16 RI et le 98 RI. Les noms de villes laissés par Paul ne laissent aucun doute : Le 36RAC a fait campagne avec le 98RI.. Le journal de marche du 98 RI est en ligne. Pour en terminer avec l'organigramme militaire, la 3ème batterie fait partie du 1er groupe du 36 RAC, la 49ème et la 50ème brigade forment la 25ème Division d'Infanterie (25DI), affiliée au 13 ème corps d'armée (région de Clermont-Ferrand).

     

    Encore quelques précisions, avant de rejoindre le parcours de Paul :

    Pour retracer son itinéraire daté, j' ai utilisé le tableau que Guy avait fait à partir des lieux du carnet. Lorsque une date et un lieu sont identifiés, la date et la source du renseignement sont notées en face du lieu.

    Dans la relation du parcours de Paul, le N° de lieu du tableau identifié par une date est mis entre parenthèse à la suite du nom du lieu . Il est également noté sur les cartes.

     

    Dernier point : une carte générale, pour situer les lieux des principales batailles :

    PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1916

     

     

     

    Maintenant, rejoignons Paul pendant ces quelques années dramatiques

     

    étapes 1 à 5

     

     

    Le 20 février 1915 Paul rejoint le 36 RAC à Ressons sur Matz(1). Le régiment reste longtemps sur place car la percée des Allemands est menaçante pour Paris et que « pour ce poste d'honneur il fallait des batteries ayant fait leurs preuves ». C'est un secteur relativement calme, bien que des réglages, des échanges de tirs aient lieu presque quotidiennement, actions notées rigoureusement sur le journal de marche  : « le 3 mars, le 1er groupe tire sur des travailleurs signalés aux tranchées de la sortie sud de Fresnieres ...le 3 juin, la 3ème batterie tire sur les tranchées 561...».Le régiment se déplace peu, puisque seuls 3 noms de villes sont mentionnées dans le carnet tenu par Paul, dans un rayon de 5 km environ. Le 30 septembre 1915, le régiment est envoyé au repos à Rémy(5). Repos tout relatif, les armées ennemies sont face à face dans les tranchées, s'observent, tirent, entretiennent et creusent des tranchées, tout en essayant de détruire celles de l'ennemi, dans des conditions de vie difficiles: « Il serait trop long d' énumérer les travaux si pénibles et si variés exécutés au cours de nuits sans nombre. Aussi bien les poilus de 1914 se souviendront toute leur vie de l'énergie tenace qu'ils durent déployer dans leur lutte contre la pluie, la neige, le dégel, les balles et les obus. »

    Le journal de marche est tenu quotidiennement : « réception de l'ordre général d'opérations N°xxx. La mission du régiment est sans changement. Rien à signaler depuis minuit. Les patrouilles effectuées sur tout le front n'ont rien signalé d'anormal non plus, elles n'ont aperçu aucun changement dans les réseaux de fils de fer ennemis.7 heures, continuation des travaux à la sape... ».

     

     

    étapes 6 à 13

     

     

    Mais une alerte dans la région de Chaulnes, dans la Somme, abrège la période de repos et contraint le 36ème à se déplacer vers Roye Lassigny, entre la Somme et l'Oise. Le déplacement est de courte durée (à peine un mois), et, l'ennemi n'attaquant pas, l' artillerie reviendra à son point de départ. Le journal de marche du 98ème Régiment d'Infanterie signale sa présence à Courtemanche(8) le 26 octobre 1915, « Le 29 octobre le 3 ème bataillon, au cours d'un entrainement revient par la ferme Forestil »(11). Paul note ensuite Greviller, mais ce nom n' apparait pas dans le journal de marche, et reste un mystère. Le seul Grévillers connu se situe dans le Pas de Calais, à environ 70km de la ferme Forestil et de Gratibus . Le 30 octobre, le 3 ème bataillon est à Gratibus(13), pour une période de repos, ce qui correspond bien au commentaire de Paul : 1ère permission. Elle lui a été attribuée 8 mois après son incorporation ! 

    Le 8 Février 1916, le 98ème cantonne dans la région de Trosly Breuil(16), pour une période de repos, avant de participer à une des batailles les plus meurtrières de la guerre, dont le nom est connu dans le monde entier: Verdun.

     

    étapes 21 à 25:Verdun

     

    Laissons la parole à un témoin du 98ème RI« La bataille de Verdun a commencé le 21 février. Le kronprinz, cette panthère (bêtise mêlée à la cruauté), a résolu d'avaler Verdun. Nous lui briserons crocs et griffes. Les nombreux et formidables combats absorberont beaucoup de divisions. La nôtre est trop belle pour ne pas être appelée à l'honneur de sauver la forteresse» . 

    Le 25 février 1916, le régiment s'embarque en chemin de fer à Pierrefonds(17) et descend à Revigny(18). « Alors, commence une série de marches sur un sol dévasté, massacré par les obus, à travers des villages que les Boches ont incendiés à la main. Et nous atteignons le Bois Bouchet où, glacés jusqu'aux os, nous dormons à poings fermés sous nos toiles de tente. »

    Le 6 mars, le régiment stationne à Fleury sur Aire (22), à une vingtaine de km de Verdun. Il subit des attaques allemandes .

    Le 36 ème participe aux violents combats au Bois Bourru, sur les pentes du Mort-Homme, au bois des Corbeaux... « Nous subirons des bombardements, des tempêtes inouïes d'obus qui brisent les nerfs et broient la pensée. » 

    Les pages du journal de marche se remplissent des noms des soldats morts ou blessés.

     

     

    PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1916

     

    A partir de mi mars, le régiment est relevé, et est transporté par camions vers Sermaize-les-Bains, dans la Marne pour une période de repos et d'entrainement. Paul a noté le village de Pargny sur Saulx(26), à 6 km de Sermaize-les-Bains. De là, les troupes sont acheminées par voie ferrée, à plus de 200km, dans la région de Crépy en Valois, dans l'Oise. Paul cantonne à Rully(27), à 12 km de Crépy en Valois, à partir du 30 mars . Les 3 semaines qui suivent sont consacrées au repos et à l'instruction (tirs, lancement de grenades, marche à la boussole...).

    Le 21 avril 1916, le 98ème va relever un régiment au nord de Villers-Cotterêt, dans l' Aisne : Largny sur Automne(29). Il va rester 5 mois dans la région, 5 mois notés comme « période relativement calme », mais l' artillerie et l' infanterie sont souvent les cibles de l'ennemi : les «  tirailleries »sont presque quotidiennes... Fin septembre 1916, la 25 DI est relevée, et Paul a une 2ème permission, à Courtieux (30), dans l'Oise, le 24 septembre. Il s'est écoulé un an entre les 2 permissions.

    Pour le 36ème RAC, c'est une période de repos et d'instructions. 

    Le 27 septembre le régiment se déplace à quelques km de Courtieux, à Vic sur Aisne (31), puis il se dirige vers la Somme.

     

     

    PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1916

     

    La bataille de la Somme, retardée à cause de l' offensive allemande à Verdun, avait commencé le 24 juin 1916 par le pilonnage des positions allemandes, et durera jusqu' en novembre.. Ce fut une des plus meurtrières de la guerre : le 1er juillet, 1er jour de l'offensive, 19240 Anglais furent tués . 

    Le 98 ème vient relever un régiment. Paul cantonne à Beaucourt en Santerre(39) le 12 octobre . Les conditions se vie sont particulièrement difficiles : tirs des Allemands, beaucoup de pluie, les tranchées sont remplies de boue. 

    Le 21 octobre 1916, les Français lancent une attaque victorieuse au bois de Chaulnes. Le lendemain, les Allemands contre-attaquent « l'artillerie ennemie bombarde violemment nos nouvelles positions, mais bientôt notre artillerie lourde se met à cracher et lui impose le silence ». Dans les jours qui suivent, les Allemands tentent de reconquérir le territoire perdu. Les Français ont prévu une attaque le 27, mais ils la repousse à cause de la pluie. Elle aura lieu le 7 novembre, mais, dans la journée , il pleut « à torrents ». Dans la nuit du 9 au 10, « l'ennemi se venge de son échec par des concentrations de feu sur les batteries ». Les jours qui suivent sont tout aussi violents : « l'artillerie ennemie déverse sur nos batteries des tonnes d'obus toxiques ». Le compte rendu journalier du journal de marche se termine par le nom des morts et des blessés. Leur nombre a augmenté considérablement : jusqu'au 12 novembre, il va de 9 à 24 tués par jour, le nombre des blessés atteint 51 le 11 novembre. Après ces violents combats, le régiment est relevé . Le bilan de la bataille de la Somme est effroyable : des milliers de victimes pour une reconquête dérisoire de 8 à 12 km de front.

     

     

    L'écrivain Allemand Paul Zech écrit à Stefan Sweig, écrivain Autrichien :

    « Je n’aurais jamais cru qu’il pût encore y avoir quelque chose qui surpasse l’enfer de Verdun. Là-bas, j’ai souffert atrocement. Maintenant que cela est passé, je puis le dire. Mais ce n’était pas assez : maintenant nous avons été envoyés dans la Somme. Et ici tout est porté à son point extrême : la haine, la déshumanisation, l’horreur et le sang. (…) Je ne sais plus ce qu’il peut encore advenir de nous, je voulais vous saluer encore une fois. Peut-être est-ce la dernière. »

     

     

    Le 98ème se dirige vers Mezières(40) le 13 novembre 1916, et Paul a sa 3ème permission. Pour le régiment , c'est une période de repos et d'instruction . Le 25 novembre, le régiment se déplace à Plessiers-Rozainvilliers, et Paul inscrit sur son carnet le village de Moreuil(41), à 6 km de Plessiers-Rozainvilliers. Le combat continue, et des tirs sont régulièrement échangés avec l'ennemi. Le 14 décembre, la 25 DI quitte la Somme .

     

    étapes 43 à 51

     

     

    Le régiment revient dans l'Oise : Paul note Fournival(43), le 14 décembre 1916.

    Le 20 décembre, la 25 DI installe son cantonnement à Villers Cotteret(47), dans l'Aisne.

    C'est une période calme, de repos, d' instruction, de nettoyage des armes et des rues des localités occupées par l'armée.

    Le 21 janvier 1917, le 36ème part en direction des Vosges et de la Haute Marne pour quelques semaines de repos. Paul note la ville de Bourmont(48), dans la Haute Marne . 

     

     

    PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1916

     

     

    Ces quelques semaines de repos se terminent fin janvier, le 36ème se dirige vers la région de Lassigny. Lassigny, jusqu' alors paisible canton rural, est convoitée par les deux armées en raison de sa position stratégique de contrôle du plateau picard. 

    Paul cantonne à Bethisy Saint Pierre(51), le 30 Janvier1917. Le régiment avance vers le nord, en suivant la ligne Hindenbourg. 

    Le 3 mars, Paul est à Gournay-sur-Aronde(53), le 12 mars, il est à Ressons sur Matz(54), près de Gury, où un ordre d'attaque est donné. « Le 109 régiment d’infanterie effectue une forte reconnaissance vers Lassigny et ne rencontre aucune résistance ».Les Allemands ont abandonné le village de Lassigny, après l'avoir complètement détruit. Toute la région est dévastée. Plus loin, les combats se poursuivent : le 17 mars, à Lagny, près de Noyon(57), le 19 à Ham(59),

    le 22 mars, le fort de Liez est repris, Liez est près de Cugny(62), ville notée par Paul. Le front allemand recule, mais les combats sont parfois extrêmement rudes. Dans les journées d' accalmie, les soldats aident les paysans à remettre leurs terres en culture, réparent les vois ferrées, les routes. 

     

    En avril, le 36ème va s'établir au nord de la Somme, dans la région de Roupy, à 8km de Villers Saint Christophe(63), en liaison avec l'armée anglaise. Le 30 juin, le régiment est relevé et reste 8 jours au repos près de Nesle( 65). Le 10 Juillet, il embarque en gare de Ham (66) pour Vitry le François(67).

     

     

    étapes 67 à 71

     

    De Vitry le François, le 36RAC débarque à Maisons en Champagne(68), le 14 juillet 1917. Il participe à une journée récréative avec les villageois ,avec défilé, théâtre, concert, bal champêtre à St Amand sur Fios : « les menus du repas sont améliorés et on boit joyeusement » .

    Les autres jours, exercices, instructions, manœuvres, « théorie morales », remises de décorations...sont au programme. Avant de lever le camp, une nouvelle séance récréative a lieu, le 22 juillet, et les trompettes du 36RAC accompagnent la symphonie.

    Le 23 Juillet, le 98 se déplace à Graveline, à 4km de Loisy sur Marne(69).

    Le 25 juillet, cantonnement à Triaucourt en Argonne(71), le 27 juillet, arrêt à Epense(73), puis à Passavent en Argonne(74), le 28 juillet.

    L'ordre est donné de rejoindre Verdun. Les troupes sont acheminées par camions.

     

     

     

    étapes 71 à ... Verdun

     

    Une attaque sur Avaucourt se prépare. Les tirs de préparation commencent le 13 aout 1917. « L' ennemi riposte par des concentrations de feux avec obus vésicants, et, le 16 aout, l'ypérite cause des vides nombreux dans nos batteries de tirs. »C'est le redoutable gaz moutarde. Malgré tout, l' attaque a lieu le 20 aout, suivie d'une contre attaque le lendemain. Le 26, le régiment rejoint la 26DI, qui renouvelle son attaque. La position est enlevée, c'est une victoire pour la France. « Le 36RAC est maintenu en batterie jusqu'au 28 septembre. Il subit de violentes réactions de l'artillerie ennemie et la liste de ses pertes s' allonge ». Paul note une permission à Les Islettes, le 21 septembre (75). Le 28, le régiment est près de Brizeaux(76). Les semaines qui suivent sont relativement calmes.

    Le 13 décembre, le 36RAC cantonne à Chaumont sur Aire(78). Le 17, il est dans les environs de Senoncourt les Maujouy(79) . Paul a sa 7ème permission à la villa des fleurs (80)

    Le 25 décembre, le régiment est envoyé à Bezonvaux, près de Haudainville(81), où il va rester jusqu'au 5 février 1918. « L'aviation est très active et contrôle constamment nos lignes...L'ennemi tente, en vain, de pénétrer les lignes à une très faible hauteur. En résumé, secteur très dur où, l'activité incessante de l'ennemi, s'ajoutent les rigueur d'une température peu clémente. » 

    Le 5 février, le 36RAC va dans la région de Vitry le François, à Vernancourt(82), et apprécie cette pause, dans une région hospitalière.

    Le 28 février, transport en chemin de fer dans l'Argonne : Senard Seuil d'Argonne (83). La tactique change : il faut sortir des tranchées, bombardées, et « se confondre avec le terrain et se perdre au milieu des trous de marmites ».  La période de repos est terminée, les combats reprennent avec des tirs des deux côtés, mais sans faire beaucoup de victimes. Le 36RAC est à Brizeaux (84) le 21 avril 1918. Le 18 juillet, le régiment est relevé , à partir de Fleury sur Aire(87)

     

     

    PAUL ARTILLEUR AU 36RAC, 1915-1916

     

    De là, il prend la train et débarque le 21 juillet 1918 à Verberie(88). Le 22, il est à Trosly-Breuil(89), et il se dirige vers l' Aisne, où les Allemands mènent la dernière offensive de la guerre. Il traverse Villers-Cotteret(91) le 25 Juillet, il prend position à Saint Remy Blanzy(93). « A partir de cette date et jusqu'au 30 septembre, il va participer sans arrêt à la série glorieuse des opérations effectuées par la Xème armée. Cette période comptera pour lui parmi les plus dures … Les artilleurs rivalisent d'activité et les obus toxiques sont employés de part et d'autre à doses massives». Après une série d'attaques, de contre attaques, les Allemands reculent et, le 4 octobre abandonnent leurs positions. Ce jour là, le 36RAC , épuisé par les combats, arrive à Persan(97), près de l'Isle Adam, après avoir été relevé quelques jours auparavant, le 30 septembre. 

     

     

     

    étapes 97 à 99

     

     

    Là, Paul note 3 villes dans le Val d'Oise, près de Viarmes et de l'Isle-Adam. Dans le JMO , le passage à Viarmes n'est pas mentionné.

     

    Le 31 octobre1918, le 36RAC est acheminé vers Laon(100). C'est dans cette région que , le 11 novembre, « les officiers apprennent la grande nouvelle. L'Allemagne souscrit à toutes les conditions de l'armistice. Les hostilités cesseront donc à 11 heures. Enfin, tous nos efforts, tous nos sacrifices ont leur récompense. Quel cri d'allégresse sur le front. Comme on doit être heureux à l'intérieur. On ne voit que des visages souriants », mais pour Paul, ce n'est pas encore la libération,

    Le régiment poursuit sa marche au nord et est à le Thuel(101) le 15 novembre : « réfection des routes, ramassage des munitions abandonnées par l'ennemi ».

    il rejoint Nancy(102) le 4 janvier. Le 20 janvier 1919, le régiment s' appelle régiment de marche 36-236, et continue sa progression . Il passe par Couture-Chateau Salins(106) le 5 février, et va en Allemagne dans la région de Francfort. Le 10 février, il est à Saarlouis(110) .le 17 à Gross Gerau(113) . Paul se marie le 22 février, à Viarmes. Auparavant, il avait noté 2 permissions : à Raunheim, et à Manheim, villes non trouvées dans le JMO36. 

    Au mois de juin, il est concentré avec la Division au nord du Mein (région à l'ouest de Francfort), prêt à participer aux opérations militaires prévues dans le cas où l'Allemagne refuserait de signer le traité de Versailles. Le dernier lieu noté est Bielrich(116)

    Le régiment termine sa mission le 10 aout 1919 et revient à Moulins . Il aura perdu 15 officiers, 162 hommes de troupes. 39 officiers et 1236 hommes de troupe ont été blessés.

     

    Paul est libéré le 30 juillet 1919, après 4 ans et 5 mois sous les drapeaux. Il a 30 ans, vient de se marier. Mais, c'est probablement une conséquence des gaz moutarde , il meurt en 1921 d'une pleurésie. Jeanne, son épouse , n'a pas eu de pension de veuve de guerre, et a élevé seule ses trois enfants.

     

    Tableau daté des lieux traversés par Paul

        lieu sur carnet lieu sur carte département Date Km  
      1 ressons sur matz ressons sur matz oise (60) 26/02/15    
      2 le manceau manceau oise (60)   5,3  
      3 laberliere laberliere oise (60)   0,45  
      4 ricquebourg ricquebourg oise (60)   2,6  
      5 remy (1ère perm) Remy oise (60) 30/09/15 2,6  
      6 mezieres mézières en santerre somme (80)   46,4  
      7 cayeux cayeux en santerre somme (80)   7  
      8 courtemanche courtemanche somme (80) 26/10/15 22,7  
      9 biermont biermont oise (60)   19,3  
      10 courcelles courcelles-epayelles oise (60)   9,5  
      11 ferme forestil ferme forestil oise (60) 29/10/15    
      12 greviller grevillers pas de calais (62)   74  
      13 gratibus gratibus somme (80) 30/10/15 58  
      14 montigny montigny oise (60)   67  
      15 le montois maurupt le montois marne (51)   203  
      16 breuil trosly breuil, breuil oise (60) 08/02/16 180  
      17 pierrefond pierrefond oise (60) 25/02/16 7,1  
      18 revigny revigny sur ornain meuse (55) 25/02/16 187  
      19 neuville sur orne neuville sur ornain meuse (55)   5,7  
      20 ferme brulée   ?      
      21 ippecourt ippecourt meuse (55)   32,9  
      22 fleury sur aire fleury sur aire meuse (55) 06/03/16 4,9  
      23 forêt de hesse forêt de hesse meuse (55)   13  
      24 julvecourt julvecourt meuse (55)   22  
      25 nubecourt nubecourt meuse (55)   11,1  
      26 pargny sur sault pargny sur saulx marne (51) 2ème quinzaine de mars 43,4  
      27 rully rully oise (60) 31/03/16 204  
      28 largny largny sur automne aisne (02) 21/04/16 30,3  
      29 ressons le long ressons le long aisne (02)   22,8  
      30 courtieux(2ème perm) Courtieux oise (60) 24/09/16 22,1  
      31 vic sur aisne vic sur aisne aisne (02) 27/09/16 4,3  
      32 pont chevalier rue du pont chevalier, cuise la motte oise (60)   12,2  
      33 cuise lamothe cuise la motte oise (60)   1,5  
      34 yvors ivors oise (60)   33,9  
      35 jaud   ?      
      36 pronleroy pronleroy oise (60)   61  
      37 saint rimault saint rimault oise (60)   24,5  
      38 serevillier sérévillers oise (60)   22,7  
      39 beaucourt beaucourt en santerre somme (80) 12/10/16 25,2  
      40 mezieres(3éme perm) mézières en santerre somme (80) 13/11/16 2,9  
      41 moreuil moreuil somme (80) 25/11/16 6  
      42 courtemanche courtemanche somme (80)   15,6  
      43 fournival fournival oise (60) 14/12/16 27,8  
      44 laigneville laigneville oise (60)   24,6  
      45 montepilloy montépilloy oise (60)   49,3  
      46 bargny bargny oise (60)   24,7  
      47 villers cotteret villers cotteret aisne (02) 20/12/16 15,2  
      48 bourmont bourmont Haute Marne (52) 21/01/17 273  
      49 maisoncelle maisoncelle Haute Marne (52)   6,5  
      50 goncourt goncourt Haute Marne (52)   12  
      51 bethisy saint pierre bethisy saint pierre oise (60) 30/01/17 284  
      52 crépy en valois crépy en valois oise (60)   14,3  
      53 gournay gournay sur aronde oise (60) 03/03/17 29,5  
      54 ressons sur matz ressons sur matz oise (60) 12/03/17 7,8  
      55 marquéglise marquéglise oise (60)   3,1  
      56 tarlefesse tarlefesse oise (60)   28,3  
      57 noyon noyon oise (60) 17/03/17 2,1  
      58 crissoles crisolles oise (60)   6  
      59 ham ham somme (80) 19/03/17 15,4  
      60 dury dury aisne (02)   71  
      61 libermont libermont oise (60)   64  
      62 cugny cugny aisne (02) 22/03/17 17  
      63 villers saint christophe villers saint christophe aisne (02) Avril/mai1917 10,8  
      64 petit rouy rouy le petit somme (80)   14,2  
      65 nesle nesle somme (80) 30/06/17 3,5  
      66 ham ham somme (80) 10/07/17 13,1  
      67 vitry le françois vitry le françois marne (51) 13/07/17 175  
      68 maison en champagne maisons en champagne marne (51) 14/07/17 7,6  
      69 loisy loisy sur marne marne (51) 23/07/17 4,3  
      70 contault contault marne (51)   28,9  
      71 triaucourt triaucourt en argonne meuse (55) 25/07/17 24,8  
      72 froidos froidos meuse (55)   12  
      73 épense épense marne (51) 27/07/17 31  
      74 passavent passavant en argonne marne (51) 28/07/17 16,4  
      75 les islettes les islettes meuse (55) 21/09/17 12,3  
      76 brizeaux brizeaux meuse (55) 28/09/17 13,6  
      77 chardogne chardogne meuse (55)   24,4  
      78 chaumont sur aire chaumont sur aire meuse (55) 13/12/17 17  
      79 senoncourt senoncourt les maujouy meuse (55) 16/12/17 17,6  
      80 villa des fleurs villa des fleurs meuse (55)   10,3  
      81 haudainville haudainville meuse (55) 25/12/17 4,2  
      82 vernancourt vernancourt marne (51) 05/02/18 67  
      83 senard senard seuil d'argonne meuse (55) 28/02/18 25,5  
      84 brizeaux brizeaux meuse (55) 21/04/18 6,6  
      85 froidos froidos meuse (55)      
      86 lemmes lemmes meuse (55)   20,4  
      87 fleury sur aire fleury sur aire nubécourt meuse (55) 18/07/18 12  
      88 verberie verberie oise (60) 21/07/18 203  
      89 trosly breuil trosly breuil oise (60) 22/07/18 22,8  
      90 faisandrie La Faisandrie, Vineuil-Saint-Firmin oise (60)   47,3  
      91 villers cotteret villers cotteret aisne (02) 25/07/18 47,1  
      92 ferme de longpré ferme de longpré ?      
      93 saint rémy saint rémy-blanzy aisne (02) 26/07/18 18,1  
      94 blanzy blanzy aisne (02)   34,7  
      95 violaine Louatre aisne (02)   6  
      96 coucy le château coucy le château-auffrique aisne (02)   36  
      97 persan beaumont persan val d'oise (95) 04/10/18 99  
      98 viarmes viarmes val d'oise (95)   8,8  
      99 bruyeres bruyeres sur oise val d'oise (95)   9,3  
      100 laon laon aisne (02) 31/10/18 118  
      101 le thuel le thuel aisne (02) 15/11/17 37,3  
      102 nancy nancy meurthe et moselle (54) 04/01/19 220  
      103 varangéville varangéville meurthe et moselle (54)   12,9  
      104 saint nicolas du port saint nicolas de port meurthe et moselle (54)   1,2  
      105 lenoncourt lenoncourt meurthe et moselle (54)   5  
      106 couture coutures/chateau salins moselle (57) 05/02/19 29,1  
      107 chemery chemery les deux moselle (57)   69  
      108 limmingers   ?      
      109 ensdorf ensdorf     32  
      110 sarrelouis saarlouis   10/02/19 6,3  
      111 raunheim raunheim     180  
      112 manheim manheim     80  
      113 gross gerau gross gerau     64  
      114 konistaden königstätden     6  
      115 eppstein eppstein     36  
      116 bielrich bielrich   10/08/19 21  

     

     

     

    SOURCE 

     

    Carnet de Paul Bonneton:http://bonneton.eklablog.com/generation-iii-c19188841

     

    Chemins de mémoire 14-18, éditions Ouest-France

     

    Historiques :

    http://www.chtimiste.com/

     

    historique du 98RI :

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6452424z/f154.image

     

    historique du 36RAC :

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6336161n/f11.image.texteImage

     

    Journaux de marche:

    http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/ead_ir_consult.php?fam=5&ref=6&le_id=5704

    36e régiment d'artillerie de campagne : J.M.O. 26 N 968/3 1er février-20 septembre 1915.

    26 N 968/4 30janvier 1917-28 février 1918.26 N 968/5 1er mars 1918-24 août 1919

    26 N 968/19 20 septembre 1916-24 août 1919

     

    98e régiment infanterie:JMO 26N 672/17 à 26N 672/29, du 21 novembre 1914 au 2 juillet 1919

     

    Historique 25 DI

    https://fr.wikipedia.org/wiki/25e_division_d'infanterie_motorisée#Historique

     

    Etat nominatif des pertes par régiment: 

    http://www.francegenweb.org/b1914-1918/

     

     

    ancestramil :

    https://www.ancestramil.fr/cms/uploads/01_doc/terre/infanterie/1914-1918/98_ri_historique_1914-1918.pdf 

     

     

     

     

     

     


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  • Ce billet nous emmène dans le département des Ardennes, dans le village de Buzancy, pas très loin de la frontière belge. C'est là qu'est né Henry Germain Fouquet qui a épousé à Viarmes Marie Geneviève Leclerc le 29 de Pluviose de l'an II de la république française.

    Marie Leclerc et l'auteur de ces lignes ont des ancêtres communs. Nous descendons de deux sœurs, Marie et Françoise Bimont, nées vers 1640. Françoise Bimont est la quadri-aïeule de Marie Leclerc et Marie est mon Sosa 1351, elle donc mon aïeule de la onzième génération.

    C'est donc grâce à Marie Leclerc ou plutôt grâce à son époux, Henry Germain Fouquet, que nous faisons la connaissance de Jean Baptiste Ponsin, curé de Buzancy en 1771. Il est le successeur du curé Simon qui a baptisé Henry Germain Fouquet le 29 juillet 1764. Jean Baptiste Ponsin, comme certains, trop peu nombreux, de ses congénères, utilise le registre paroissial pour inclure des textes d’intérêt général autres que les actes BMS.

    C'est un de ces textes que je vous propose de lire. Il est assez long (quatre pages) Il me semble que l'écriture de Jean Baptiste Ponsin est suffisamment lisible pour que je m'épargne la peine de le transcrire intégralement.

    Du bon usage de la fiente de poule

     Du bon usage de la fiente de poule

    Vous le savez maintenant, le texte que Jean Baptiste Ponsin a consigné dans son registre afin, selon ses propres mots, d'éviter qu'ils soient perdus, décrit des remèdes contre la rage.

    Avant d'examiner la préparation de ces remèdes, il n'est sans doute pas inutile de situer le contexte historique de cette maladie. Wikipedia nous apprend que la rage est connue depuis l'antiquité. Au XVIème siècle, sans doute parce que la croissance démographique a perturbé le monde animal sauvage et multiplié les contacts entre les animaux domestiques et les animaux sauvages infectés, la maladie a connu une recrudescence.

    La rage n'a pas tué énormément de monde en occident, les épidémies infectieuses telles que la peste, le typhus ou le choléra étaient bien plus meurtrières. Les famines aussi ont fait des ravages sans commune mesure. Pourtant la rage occupe une place particulière dans la mémoire collective, sans doute à cause de son mode de transmission par morsure et surtout à cause du caractère effrayant de son développement. Le terme enragé qu'on utilise encore est là pour en témoigner.

    La rage tue donc peu mais de façon atroce et elle tue aussi surtout des enfants. Nous sommes en 1771 et il faudra attendre encore plus d'un siècle pour qu'un vaccin efficace soit mis au point par Emile Roux et Louis Pasteur. La rage est donc un fait social majeur dans le monde rural, surtout à l'Est de la France puisque les animaux malades viennent d'Europe centrale.

    Un mot sur la source du texte. Jean Baptiste Ponsin, le curé de Buzancy écrit l'avoir reçu de l'intendant de Chalons. En 1771, il pourrait s'agir de Gaspard-Louis Rouillé d'Orfeuil. Selon les historiens il gère son territoire de façon plutôt avisée. Il n'est pas étonnant qu'il se soit préoccupé de l'état sanitaire de la généralité de Chalons en Champagne.

    Voici la liste des ingrédients nécessaires à la préparation du premier remède, qu'on trouve sur la première page :

    • une poignée de rhue. Selon le dictionnaire des jardiniers de Philip Miller de 1785, il s'agit de Rhue des près ou Thalictrum dont le nom vulgaire est aujourd'hui pigamon.
    • une poignée de la première peau d'arglantière. Je n'ai trouvé aucune trace dans la littérature d'un végétal nommé arglantière. Peut être s'agit-il du fruit de l’églantier ou gratte-cul qui, selon les botanistes de l'époque a pour vertu de "rafraîchir et nettoyer les reins"
    • une poigne de pâquerettes ou marguerites sauvages. 
    • le blanc d'un gros poireau ou deux petits, les plus vieux sont les meilleurs
    • six gousses d'ail
    • six morceaux de la fiente de poule, de la plus blanche
    • une poignée de sel

    Le tout doit être bien pilé , complété avec 18 cuillerées à bouche d'un bon vinaigre de vin rouge. Puis infusé une nuit dans un verre de terre neuf vernissé. Ensuite on passe le tout dans un linge fort et propre pour récupérer le jus. 

    La potion doit être administrée en quantité fonction de la force du tempérament suivant les âges :

    cinq cuillerées à bouche pour un homme fort et vigoureux

    quatre cuillerées pour un moins fort ou une femme

    trois cuillerées pour un jeune homme de 12 à 15 ans

    eux cuillerées pour les enfants de 3 à 4 ans

    le remède doit être pris à jeun et il faut s'abstenir de manger dans les quatre heures qui suivent la prise. Le jour de la prise du médicament on doit s'abstenir de manger fruits, salade et autres crudités. Pour que remède opère il faut courir mille pas après l'avoir pris.

    les plaies et morsures doivent être mise à vif, pour les faire saigner un peu puis les frotter avec le marc de l'infusion. Ce marc doit être laissé sur les plaies jusqu'à guérison.

    l'auteur précise ensuite que les morsures le plus graves sont celles infligées au visage et aux mains et qu'il faut dans ce cas augmenter les doses, jusqu'à cinq cuillerées et demi.

    Ce remède guérit aussi les chiens, chevaux, bœufs, vaches et autres animaux domestiques. Les quantités doivent être adaptées à la grosseur de l'animal.

    La description du remède précise en conclusion que les doses doivent être augmentées d'un tiers au premier accès puis en proportion jusqu'au septième accès. Enfin l'auteur insiste sur la nécessité d'utiliser du vinaigre de vin rouge et seulement cela car les conséquences du non respect de cette consigne seraient trop grandes.

    Du bon usage de la fiente de poule

     Du bon usage de la fiente de poule

     

    On retrouve dans le second remède une partie des ingrédients du premier, rhues, pâquerettes, ail et sel. La fiente de poule, le poireau la peau de baies d'églantier sont omis. Le tout doit aussi être broyé dans un mortier et un bon verre de vin blanc est ajouté. Le jus extrait de cette préparation au travers un linge fort doit être conservé dans une bouteille bien bouchée.

    L'usage du remède est décrit très précisément. La décoction doit être préparée chaque jour un moment avant de l'avaler. Il faut en refaire autant que de besoin. L'auteur recommande de se laver la bouche avec du vin et de l'eau pour ôter le mauvais goût. C'est sans doute l'absence de fiente de poule qui rend ce remède plus difficile à consommer que le premier. Un verre de remède doit être pris à jeun et on doit s'abstenir de manger dans les quatre heures qui suivent. Il n'est pas nécessaire de courir mille pas mais il est bon, si possible, de se promener dans la chambre, l'agitation étant bonne pour l'opération de ce remède.

    Il faut, comme pour le premier remède traiter la plaie avec le marc de la préparation.

    L'auteur décrit ensuite les symptômes et le déroulement de la maladie :

    la rage se manifeste ordinairement par de fortes insomnies et par des inquiétudes

    dans tout le corps, la vue du patient est égarée, farouche, il frissonne et a horreur

    en voyant un ver(re) d'eau qu'on lui présente. La langue s'épaissit les lèvres sont

    noirâtres et il y a au coté de la bouche une forte écume gluante, ce sont là les

    vrais symptômes de la rage.

    Aussitôt qu'on a reconnu quelques uns de ces effets et qu'on est certain que la

    plaie provient de quelque animal enragé il faut lui préparer la potion, lui faire avaler

    et penser la plaie ainsi qu'il est dit ci-dessus

    La rage tue en neuf accès qui augmentent de violence successivement. Ces neuf 

    accès se suivent quelque fois ou bien reviennent toutes les lunes jusqu'au neuvième

    accès.

    Il ne faut pas s'effrayer des premier accès de rage, le patient guérira radicalement si,

    après le 4e, 5e et 6e accès on peut lui faire prendre la potion ci-dessus, le remède

    est souverain contre la rage, mais il est toujours plus avantageux de faire ce remède dès

    le commencement, même dans le soupçon que l'animal qui a mordu était enragé. Ce remède ne

    causera aucun mauvais effet à celui qui le boira, mais lui donnera un très grand appétit.

    Si la morsure provenait réellement d'un animal enragé, deux ou trois potions prise dès

    le commencement, une chaque matin, suffisent pour chasser et détruire le venin; mais si

    la personne avait déjà eu plusieurs accès, il faut lui faire prendre de gré ou de force

    neuf potions en neuf jours de suite et sans interruption.

    Le second remède permet aussi de guérir les animaux, à peu près comme le premier. L'auteur recommande d'utiliser une corne pour faire boire la potion et de remplacer le vin blanc par du lait pour qu'ils n'ait point de répugnance à le boire.

    Du bon usage de la fiente de poule

     


    Le troisième remède consiste à calciner une coquille d’huître, à la réduire en poudre afin de la faire prendre au malade. L'huître doit être à écaille noire.

    L'auteur propose trois façons différentes pour faire prendre le médicament :

    la première et plus prompte à agir  est de mettre la poudre dans du pain et de le mettre à chante mouillé dans un bol comme on le ferait pour du quinquina. Le quinquina, écorce venue d’Amérique du sud, est connu depuis le XVIIeme siècle et on lui donne beaucoup de bienfaits médicinaux. Je n'ai trouvé nulle part de description son utilisation en association avec du pain mouillé. Nous ne savons donc pas quel liquide doit être utiliser pour mouiller le pain. 

    la seconde façon est de le donner avec du vin blanc

    la troisième, enfin, est de préparer une omelette en incluant la poudre. L'omelette sera cuite à l'huile et non au beurre qui empêcherait absolument l'effet. L'omelette doit être mangée sans boire et il ne faut pas non plus manger de pain.

    les doses varient en fonction de la grosseur du malade et de la façon dont il a été mordu au sang ou non ou seulement pincé.

    En publiant sur Internet les "recettes" du curé Jean Baptiste Ponsin je m’efforce, comme lui d'éviter qu'elles tombent dans l'oubli. Nos préoccupations ne sont toutefois pas du tout les mêmes. Le curé de Buzancy essayait, en toute bonne foi, d'aider ses ouailles à lutter contre une terrible maladie. Je me contente, pour ma part, de relater les pratiques d'un autre temps. Si, parmi les lecteurs de ma prose, se trouvent des adeptes du rejet de la vaccination, qu'ils sachent que toute expérimentation sur la base de ces écrits se ferait sous leur seule responsabilité, quelque soit le remède choisi, avec ou sans fiente de poule.

     

     

     

     

     

     


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  • C'est une lapalissade de dire qu'Internet à révolutionné notre vie quotidienne, mais peu de domaines de la connaissance sont autant impactés par cette révolution que la généalogie. Quantité de documents sont numérisés et aujourd'hui accessibles en quelques clics là ou une vie de recherches n'aurait pas suffi auparavant. On pense bien sûr à l'état civil que la quasi-totalité des départements a mis en ligne. Les archives militaires sont une autre source majeure car les cadres de l'armée ont de tout temps eu une passion pour l'administration des troupes. Nombres de documents a donc été produits au fil du temps par les scribes de l'armée. Ils sortent dorénavant des étagères d'archives pour venir jusqu’à nous.

    Récemment, ce sont les fiches matricules des armées révolutionnaires et napoléoniennes qui ont été numérisées et mises en ligne. La ressource est précieuse car elle donne sur les individus qu'elle décrit des renseignements qu'on n'a aucune chance de trouver ailleurs, comme, par exemple, la taille ou la couleur des yeux. Les circonstances de la mort sont aussi mentionnées, lorsque le fiché ne sortait pas vivant de son service, ce qui était malheureusement plutôt fréquent.

    Bien sûr, le mode classement des fiches matricules ne facilite pas leur utilisation pour la généalogie. Cela vient du fait que, pour l'administration militaire, la notion d'individu n'est pas la plus importante (c'est une litote). Vous devez donc connaitre l'unité à laquelle un soldat est rattaché puis son numéro matricule pour pouvoir accéder à sa fiche. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Heureusement les troupes de généalogistes, aussi nombreuses que celle de Napoléon et pas moins vaillantes, se sont attaquées au problème et une indexation collaborative est en cours. C'est sans doute grâce à ce travail que j'ai pu écrire ce billet.

    J'ai récemment fait une mise à jour de l'arbre généalogique familial sur geneanet, un logiciel de partage très populaire. Parmi les "nouveaux venus" dans l'arbre en question se trouve Louis Jacques Vaude qui est né le 24 mars 1790 à Viarmes. Alain Thirard, un généalogiste que je remercie ici, m'a envoyé un message pour me faire savoir qu'une fiche lui était consacrée dans le fameux registre. Bien sûr le message donnait toutes les informations qui permettent accès à cette fiche.

    Avant de nous intéresser au parcours militaire de Louis Jacques Vaude, voyons ce qui a précédé son incorporation. Commençons par son acte de baptême.

    Mourir à Saragosse

      

    Mourir à Saragosse

     

    L'an mil sept cent quatre vingt dix le vingt

    cinquième jour du mois de mars a été

    baptisé par moi prêtre curé de cette paroisse

    soussigné un garçon nommé Louis

    Jacques né hier du légitime mariage

    de Thomas Vaude manouvrier et de

    Marie Louise Langlois ses père et mère

    de cette paroisse Le parrain Jacques 

    Mabillotte jardinier la marraine Marie

    Dieudonné Waré blanchisseuse tous deux

    de cette paroisse qui ont signé avec nous

    Louis Jacques est donc né neuf mois après le déclenchement de la Révolution Française, si on considère la prise de la Bastille comme le début de l'affaire. De grands bouleversements se produisent. Louis Jacques, nourrisson, ne le sait pas, mais lui aussi va être entraîné dans le tourbillon de l'histoire. C'est toujours le curé du village qui tient le registre d'état civil. Cette tâche sera confiée à un laïc en 1793 seulement.

    Louis Jacques et le quatrième enfant du couple Thomas Vaude et Marie Louis Langlois, les deux premiers sont morts en bas âge. A ce jour je n'ai pas trouvé d'autres traces de lui dans les registres de Viarmes. Mais le décryptage de ces registres est loin d'être achevé. Peut-être en apprendrons nous un peu plus sur lui si son nom est cité dans un acte à venir.

    Louis Jacques est un lointain cousin de l'auteur de ces lignes. Nous avons un couple d'ancêtres commun. Il s'agit de Philippe Toquiny et Marie Bimont. Ils sont mes aïeux de la onzième génération et portent respectivement les numéros Sosa 1350 et 1351. Et ils sont aussi les aïeux de la sixième génération de Louis Jacques Vaude dont ils sont les Sosa 52 et 53. Je vous épargne la description des méandres généalogiques qui nous relient.

    Il est temps à présent de nous intéresser à la fameuse fiche matricule que voici .

    Mourir à Saragosse

     

    Cette fiche nous apprend que louis Jacques mesure un mètre et soixante-treize centimètres, ce qui est plutôt grand pour l'époque. Il a le visage plein, ce qui est le contraire d'osseux. Son front est couvert, pas de calvitie naissante. Il a les yeux bleus et son nez est aquilin, donc, selon Larousse, fin et recourbé en bec d'aigle. Ses cheveux et sourcils sont bruns, on dirait sans doute plutôt châtain aujourd’hui. Sa bouche est moyenne et son menton large.

    La profession mentionnée dans cette fiche est vigneron.

    Louis a été incorporé dans l'armée du nord en 1809, le 31 mai. En 1810, il est en Espagne et il meurt à l’hôpital de Saragosse, par fait de diarrhée selon la mention de la fiche.

    Depuis 1808, l'armée de Napoléon lutte en Espagne. Mais la période pendant laquelle les populations européennes accueillaient favorablement les troupes françaises, porteuses d'idées progressistes, est maintenant révolue et le peuple espagnol, fortement incité par l'église, mène une lutte de guérilla contre les français. Les troupes anglaises sont aussi présentes dans la péninsule et les français subirent de nombreux revers. Je n'ai pas trouvé de traces de combat à Saragosse. Peut-être que Louis Jacques Vaude est tombé malade lors d'un mouvement de troupe. Dans la période du décès de Louis Jacques, on note la bataille de Salamanque le 22 juillet 1812. Ensuite, il y a le siège de Burgos du 18 septembre au 22 octobre. En avril 1813, on combat à Valence. Il est bien difficile d'être plus précis sur le contexte du décès de notre malheureux cousin. On mourait souvent de diarrhée dans les hôpitaux militaires dont l'état sanitaire était épouvantable. Le nombre de morts dans l'armée française pendant la campagne d'Espagne oscille selon les historiens entre trois et quatre cent milles, ce qui fait de cette guerre un des épisodes les plus sombre de cette époque. Louis Jacques Vaude est de ce nombre, il avait vingt-deux ans.


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